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Full text of "Bulletin de la Socit nationale d'acclimatation de France"

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BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

I>E FFIAISOE 



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5977. — BountOTOS — Imprimeries réunies, A, rue Mignon.i, Paris. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

Fondée le 10 février 1854 

RECONNUE ÉTABLISSEMENT D UTILITÉ PUBLiaUE 
PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER 1855 



4^ SERIE— TOME III 



1§86 



TRENTE-TROISIEME ANNEE 






PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 

41, RUE DE LILLE, 41 
188G 



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SOCIETE NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 



r>E FFtAIVOE 



ORGANISATION POUR L'ANNÉE 1886 «gv, y .|^^ 

Conseil. — Délégués. — Commissions. — Bureaux des Sections. ^OTAWiCAt. 



CONSEIL D'ADMINISTRATIOiN POUR 1886 



BUFtEAU 

Président. 

Vice-présidents. 

MM. Ernest COSSON(0. ^), membre de l'Institut (Académie des sciences), 
ancien conseiller général, membre du conseil d'administration 
de la Société botanique de France. 

Le comte d'ÉPRÉMESNlL (^), propriétaire. 

De QUATREFAGES (G. ^), membre de l'Institut (Académie des 
sciences), professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

Le marquis de SINÉTY, propriétaire. 

Secrétaire général. 

M. Albert GEOFFROY SAINT-HILAIRE (^), directeur du Jardin 
zoologique d'Acclimatation du Bois de Boulogne. 

Secrétaires. 

MM. E. DUPIN (^), Secrétaire pour l'intérieur, ancien inspecteur des 
chemins de fer. 
^ Maurice GIRARD, Secrétaire du Conseil, docteur es sciences. 

^ G. RAVERET-WATTEL (^), Secrétaire des séances, chef de 
bureau au ministère de la guerre. 
P.-L.-H. FLURY-HÉRARD (^), Secrétaire pour l'étranger, banquier 
^^ du corps diplomatique. 



••^' 



VI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Trésorier. 

M. Sainl-Yves MÉNARD, vétérinaire, docteur en médecine, directeur ad- 
joint du Jardin zoologique d'Acclimatation du Bois de Boulo- 
gne, professeur à l'École centrale des arts et manufactures. 

Archiviste-bibliothécaire. 
M. Amédée BERTHOULE, avocat, docteur en droit. 

iVIE]VIBR.ES I>U OONSEIL. 

MM. Camille DARESTE, docteur es sciences et en médecine, directeur 

du laboratoire de tératologie à l'École pratique des hautes 

études. 
A. GRANDIDIER (^), Membre de l'Institut, voyageur naturaliste. 
Léon LEFORT (0 ^), membre de l'Académie de médecine, pro- 
fesseur à la Faculté de médecine. 
Edouard MÈNE (^), docteur en médecine, médecin de la maison 

de santé de Saint- Jean-de-Dieu. 
A. MILNE EDWARDS (0 ^), membre de l'Institut (Académie des 

sciences), professeur au Muséum d'histoire naturelle. 
Aug. PAILLIEUX, propriétaire. 

P. -Amédée PICHOT, directeur de la Revue britannique. 
Edo-ar ROGER, conseiller référendaire à la Cour des comptes. 
Le marquis de SELVE (^), propriétaire. 

Léon VAILLANT (^), professeur au Muséum d'histoire naturelle. 
Henry de VILMORIN (^), ancien membre du tribunal de commerce 

de la Seine. • 

' Vice-président honoraire. 

M. RICHARD (xiu Cantal), ancien représentant du peuple, propriétaire. 

Membre honoraire du Conseil. 

M. Fréd. JACQUEMART (^), manufacturier, membre de la Société 
nationale d'agriculture de France. 



Agent général. 
M. Jules GRISARD (P A.), gérant des publications de la Société. 



ORGANISATION. 



VII 



DÉLÉGUÉS DU CONSEIL EN FRANCE 



BoM%ne-s.-iJf., MM. Carmier-Adam. 
Douai, L. Maurice. 

La Roche-sur Y on, D. Gourdin. 



Poitiers, MM. Malapert père. 

Saint-Quentin, Theillier-Des- 

JARDiNS. 



DÉLÉGUÉS DU CONSEIL A L'ÉTRANGER 



Bruxelles, MM. Comte de Liede- 

kerke. 
Cerna?/ (Alsace) , A. Zurcher. 
Milan, Ch. Brot. 

Odessa, P. de Bourakoff. 



Pesth (Hongrie), 

Rio-Janeiro, 

Téhéran, 

Wesserling, 



MM. Ladislas de 
Wagner. 
De Capanema. 
Tholozan. 
Gros-Hartmann. 



COMiyiISSION DE PUBLICATION 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 
D''E.GossoN, Vice-Président. 
E. DuPiN, Secrétaire pour l'intérieur. 
Maurice Girard, Secrétaire du Conseil. 
Baveret-Wattel, Secrétaire des séances. 
Flury-Hérard, Secrétaire pour l'étranger. 
Saint-Yves Ménard, Trésorier. 
Docteur Ed. Mène, Membre du Conseil. 
P. A. Pichol, — — 



COMMISSION DES CHEPTELS 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 



Membres pris dans le Conseil. 

MM. Amédée Berthoule. 
Maurice Girard. 
Saint-Yves MÉNARD. 
Edg. Boger. 
A. Paillieux. 



Membres pris dans la Société. 
MM. De Barrau ûe Muratel 

D'AUBUSSON. 

Jules Fallou. 
P. Mégnin. 

E. JOLY. 



COMMISSION DES FINANCES 
MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 



MM. Amédée Berthoule. 
Flury-Hérard. 



MM. Eug. DupiN. 

Saint-Yves Ménard. 



VIII 



SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 



COMMISSION MÉDICALE 

MM. Je Président et le Secrétaire général, membres de droit. 

MM. E. Hardy. MM. Saint-Yves Ménard. 

E. Decroix. L. Lefort. 

Edouard Mène. Léon Vaillant. 



COMMISSION PERMANENTE DES RÉCOMPENSES 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 

Délégués du Conseil. 



MM. Amédée Berthoule. 
Maurice Girard. 



MM. A. Paillieux. 
Raveret-Wattel. 



Délégués des sections. 

Première section. — Mammifères. — MM. Mailles. 

Deuxième section. — Oiseaux. — P>athelot. 

Troisième section. — Poissons, etc. — Berthoule. 

Quatrième section. — Insectes. — Jules Fallou. 

Cinquième section. — Végétaux. — Docteur E. Mène. 



BUREAUX DES SECTIONS 



*" Section. — niaininirères. 

MM. Geoffroy Sl-Hilaire, d. du Cous. 
E. hecro'n, président. 
Mégnin, vice-président. 
Mailles, secrétaire. 
Trémeau, vice-secrétaire. 

t* Section. — Oiseaux. 

MM. Ménard, dél. du Conseil. 

Huel, président^ 

Dautreville, vice-président. 

E. Joly, secrétaire. 

Comte d'Esterno, vice-secrétaire. 



3* Section. — Poissons, etc. 

MM. L. Vaillant, délégué du Conseil 

et président. 
Brocchi, vice-président. 
Mailles, secrétaire. 
i. Cloquet, vice-secrétaire. 

4* Section. — Insectes. 
MM. Maurice Girard, délégué du 

Conseil et président. 
Jules Fallou, vice-président. 
Sédillot, secrétaire. 
Eug. Joly, vice-secrétaire. 



»^ Section — Végétaux. 

MM. Henry de Vilmorin, délégué du Conseil et président. 
Aug. Paillieux, vice-président. 
Jules Grisard, secrétaire. 
Jean Dybowski, vice-secrétaire. 



YINGT-NEUVIÈME SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DE DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE 



PROGES-YERBAL 

La Société nationale d'Acclimatation de France a tenu sa 
vingt-neuvième séance publique annuelle de distribution des 
récompenses, le vendredi 11 juin 1886, dans sa salle des 
Conférences, sous la présidence de M. de Quatrefages , 
Membre de l'Institut, Vice-président de la Société. 

Après une allocution très applaudie , M. le Président a 
donné la parole à M. Raveret-Wattel, Secrétaire des séances, 
qui a présenté un rapport sur les travaux de la Société pen- 
dant l'année 1885. 

Puis M. Saint-Yves Ménard, trésorier, a exposé la situation 
financière de la Société au 31 décembre dernier. 

Enfin M. A. Geoffroy Saint-Hilaire, secrétaire général, a 
donné lecture du rapport au nom de la Commission des ré- 
compenses. 

11 a été décerné cette année : 

1" Une médaille d'or off'erte par le Ministère de l'agricul- 
ture; 

2° Une grande médaille d'or (hors classe), à l'effigie d'Isi- 
dore Geoffroy Saint-Hilaire, d'une valeur de 500 francs; 

3" Deux médailles d'or, hors classe, d'une valeur de 
300 francs; 

4" Deux prix extraordinaires d'une valeur de 1500 francs; 

5° Deux primes d'une valeur de 400 francs; 

6" Yingt et une médailles d'argent et un rappel ; 

7° Quatre médailles de bronze; 

8* Cinq mentions honorables; 



X SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

9° Deux récompenses pécuniaires d'une valeur de 300 fr. ; 
10' Les deux primes de 200 et de iOO francs fondées par 
feu Agron de Germigny ; 

14° Huit primes offertes par l'administration du Jardin 
zoologique d'Acclimatation à ses employés, d'une valeur de 
600 francs. 

Le Secrétaire des séances, 
G. Raveret-Wattel. 



PRIX EXTRAORDINAIRES ENCORE A DÉCERNER <^> 



GENERALITES 

i° — 1882. — Prix de 1000 francs fondé 
pai* feu ni. BERE.\D, membre de la Société. 

Un prix de 1000 francs sera décerné à l'auteur du meilleur tra- 
vail faisant connaître, au point de vue historique et pratique, les 
travaux relatifs à l'acclimatation et les résultats obtenus depuis 1854. 

Concours prorogé jusfju'au !<"" décembre 1890. — Prix : looo francs. 

2" — 1863. — Prix pour les travaux théoriques relatifs à 
l'acclimatation. 

§ I. Les travaux théoriques sur des questions relatives à l'accli- 
matation, publiés pendant les cinq années qui précèdent, pourront 
être récompensés, chaque année, par des prix spéciaux de 500 francs 
au moins. 

La Société voudrait voir étudier particulièrement les causes qui 
peuvent s'opposer à l'acclimatation ou la faciliter. 

§11. Il pourra, en outre, être accordé dans chaque section des 
primes ou des médailles aux auteurs de travaux relatifs aux ques- 
tions dont s'occupe la Société. 

Ces travaux devront être de nature à servir de guide dans les ap- 
plications pratiques ou propres à les vulgariser. 

Les ouvrages (imprimés ou manuscrits) devront être remis à la Société 
avant le 1" décembre de chaque année. 

3° — 1867. — Prix pour les travaux de zoologie pure, pouvant 
servir de guide dans les applications. 

La Société, voulant encourager les travaux de zoologie pure (mo- 
nographies génériques, recherches d'anatomie comparée, études 
embryogéniques, etc.), qui servent si souvent de guide dans les ap- 
plications utilitaires de cette science, et rendent facile l'introduction 
d'espèces nouvelles ou la multiplication ou le perfectionnement d'es- 
pèces déjà importées, décernera annuellement, s'il y a lieu, un prix 
de 500 francs au moins à la meilleure monographie de cet ordre, 
publiée pendant les cinq années précédentes. 

Elle tiendra particulièrement compte, dans ses jugements, des 
applications auxquelles les travaux ,de zoologie pure appelés à con- 

(1) Le cliiffre qui précède l'énoncé des divers prix, indique l'année de la fon- 
dation de ces prix. Tous les prix qui ne portent pas l'indication d'une fondation 
particulière sont fondés par la Société. 



XII SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

courir auraient déjà conduit, que ces applications aient été faites par 
les auteurs de ces travaux ou par d'autres personnes. 

Un exemplaire devra être déposé avant le l^"" décembre. 

40 _ 1875. — Des primes ou médailles pourront être accordées 
aux personnes qui auront démontré, pratiquement ou théoriquement, 
les procédés les plus favorables à la multiplication et à la conserva- 
tion des animaux essentiellement protecteurs des cultures. 

Concours prorogé jusqu'au l^"" décembre 1890. 

50 — 1807. — Prix perpétuel foudé par feu 
M'"' GUÉR1I\EAU , née DELALJiI\DE. 

Une grande médaille d'or, à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire, et destinée à continuer les fondations faites les années 
précédentes, dans l'intention d'honorer la mémoire de l'illustre et 
intrépide naturaliste voyageur, Pierre Delalande, frère de M"'' Gué- 
rineau. 

Cette médaille sera décernée, en 1887, au voyageur qui, en 
Afrique ou en Amérique, aura rendu depuis huit années le plus de 
services dans l'ordre des travaux de la Société, principalement au 
point de vue de l'alimentation de l'homme. 

Les pièces relatives à ce concours devront parvenir à la Société avant 
le 1" décembre 1886. 

6» — 1861. — Primes fondées par feu 
M. AGROIV DE GERllIGIVY. 

Deux primes, de 200 francs et de 100 francs, seront décernées, 
chaque année, pour les bons soins donnés aux animaux ou aux vé- 
gétaux, soit au Jardin d'acclimatation (200 francs), soit dans les 
établissements d'acclimatation se rattachant à la Société (prime de 
100 francs). 

Les pièces relatives à ce concours devront parvenir à la Société avant 
le 1*' décembre de chaque année. 

PREMIÈRE SECTION. — MAMMIFÈRES 

1» — 1804. — Introduction d'espèces nouvelles. 

11 pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle, utile ou ornementale, d'un réel intérêt. 

2" — 1885. — Introduction d'une espèce nouvelle de Mam- 
mifère insectivore en France. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XIII 

Les candidats devront justifier de la possession de dix sujets au moins 
nés chez eux et adultes. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. Prix: 500 n-ancs. 

30 1S70. — lutroduclioii en France des belles races asines 

de l'Orient. 

On devia faire approuver par la Société d'Acclimatation les .\nes éta- 
lons importés, et prouver que vingt saillies au moins ont été faites dans 
l'année par chacun d'eux. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 1000 francs. 

40 186S. — Domestication complète, application à l'agricul- 
ture ou emploi dans les villes de l'Hémione {Equus Hemionus) ou 
du Dauw {E. Burchelli). 

La domestication suppose la reproduction en captivité. 

Concours prorogé jusqu'au l^-" décembre 1890. — Prix : looo francs. 

50 _ -1867. — Métissage de l'Hémione ou de ses congénères 
(Dauw, Zèbre, Couagga) avec le Cheval. 
On devra avoir obtenu un ou plusieurs métis âgés au moins d'un an. 
Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890.— Prix : 1000 francs. 

(30 — 1867. — Propagation des métis de l'Hémione ou de ses 
congénères (Dauw, Zèbre, Couagga) avec l'Ane. 

Ce prix sera décerné à l'éleveur qui aura produit le plus de métis. (11 
devra en présenter quatre individus au moins.) 

Concours prorogé jusqu'au 1*'' décembre 1890. — Prix : 1000 francs. 

7» — 1885. — Multiplication en France du Sanglier nain 
{Porcula Salvianï). 

On devra justifier de la possession de douze sujets au moins, nés chez 
le propriétaire et âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1"^' décembre 1890. — Prix : soo francs. 

Le prix sera doublé si les sujets présentés sont nés d'individus ayant 
déjà reproduit en France. — Prix : 1000 francs. 

go — 1867. — Élevage de l'Alpaca, de l'Alpa-Lama et du Lama. 

On devra présenter au concours douze sujets nés chez l'éleveur et 
âgés d'un an au moins. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : tsoo francs. 

90 — 1869. — Prix perpétuel fondé par feu 
lU-^'Ad. DUTROIVE, née GALOT. 

Une somme annuelle de 100 francs sera, tous les trois ans, con- 
vertie en prime de 300 francs (ou médaille d'or de cette valeur), 
et décernée, par concours, au propj^iétaire ou au fermier qui, en 
France ou en Belgique, aura le mieux contribué à la propagation de 
la race bovine désarmée sarlabot, créée par feu M. le conseiller 
Ad. Dutrône. 

Ce prix sera décerné en 1887 et 1890. 



XTV SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

10° — 18Î3. — Chèvres laitières. 

On devra présenter I Bouc et 8 Chèvres d'un type uniforme, et justifier 
que trois mois après la parturition les Chèvres donnent 3 litres de lait 
par jour et par tête. 

Les concurrents devront présenter un compte des dépenses et recettes 
occasionnées par l'entretien du troupeau, et faire connaître à quel usage 
le lait a été employé (lait en nature, beurre, fromage). 

Concours prorogé jusqu'au l*^"" décembre 1890. — Prix : 50o n-nncs. 

11" — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf Wapiti (Cervus 
Canadensis), du Cerf d'Arislote {Cervus Aristotelis) ou d'une autre 
grande espèce. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 

l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1'^'" décembre 1890. — Prix : i500 francs. 

12° — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cer? axis {Cervus axis), 
du Cerf des Moluques {Cervus Moluccensis) ou d'une autre espèce 
de taille moyenne. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1"" décembre 1890. — Prix : looo francs. 

13» — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf-Cochon {Cervus 
porcinus) ou d'une autre espèce analogue. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés déplus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au l^"" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

14," — 1874, — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf Pu du (Ceri'WS 
Pudu) ou d'une espèce analogue. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

15" — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de l'Antilope Canna {Bos- 
elaphus Oreas) ou d'une autre grande espèce. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 

l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 1500 francs. 

16" — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de l'Antilope Nylgau {Por- 
tax picta) ou d'une autre espèce de taille moyenne. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XV 

l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 
Concours prorogé jusqu'au l*-" décembre 1890. — Prix : «ooo francs. 

470 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage 

(dans un grand parc clos de murs ou en forêt), d'Antilopes de petite 

taille. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

18° — 1873.— Introduction en France de VHydropotes inermis 

{Ke ou Chang). 

On devra avoir introduit au moins trois couples de Ke ou Chang, et 
faire constater que trois mois après leur importation, ces animaux sont 
dans de bonnes conditions de santé. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

19o_ 1 87S. — Multiplication en France de VHydropotes inermis 

(Ke ou Chang). 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins âgés de 
plus d'un an et issus des reproducteurs importés. 

Concours prorogé jusqu'au !<='■ décembre 1890. — Prix : looo francs. 

20" — 1865. — Domestication en France du Castor, soit du Ca- 
nada, soit des bords du Khône. 

On devra présenter au moins quatre individus mâles et femelles, nés 
chez le propriétaire et âgés d'un an au moins. 

Concours prorogé jusqu'au l^"" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 
— Le prix sera doublé si l'on présente des individus de seconde géné- 
ration. 

2I0 _ 1875. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de Kangurous de petite taille. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux s eront âgés de plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1*'' décembre 1890. — Prix: 500 francs. 

22" — 188^. — Multiplication en France du Lapin géant des 
Flandres, à oreilles droites. 

On devra présenter 5 mâles et 5 femelles adultes, nés chez l'éleveur, 
du poids moyen de 8 kilogrammes. 

Concours prorogé jusqu'au 1^'' décembre 1890. — Prix : 300 francs. 

23" — 188*1. — Alimentation du bétail par le Téosinlé (Beana 
luxurians). 

On devra présenter un compte établissant le rendement obtenu, en 
poids, d'une plantation de Téosinté couvrant au moins 25 ares et fournir 
des renseignements circonstanciés sur les avantages ou les inconvénients 
que présente ce mode d'alimentation pour le bétail. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 300 francs. 



XVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATÂTION. 

24° — 1882. — Alimentation des animaux par le Soya. 

On devra fournir des renseignements circonstanciés sur les avantages 
ou les inconvénients que présente ce mode d'alimentation pour les ani- 
maux soit à l'état vert, soit à l'état sec. 

Concours prorogé jusqu'au l'"' décembre 1890. — Prix: 300 francs. 



DEUXIÈME SECTION. — OISEAUX 

1" — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle utile ou ornementale a'un réel intérêt. 

2" — 1864. — Introduction et acclimatation d'un nouveau gibier 
pi'is dans la classe des Oiseaux. 
Sont exceptées les espèces qui pourraient ravager les cultures. 
On devra présenter plusieurs sujets vivants de seconde génération. 
Concours prorogé jusqu'au 1*"' décembre 1890. — Prix : 500 à 

14»00 francs. 

3" _ 1S70. — Multiplication et propagation en France ou en 
Algérie du Serpentaire {Gijpogeranus Serpentarius). 

On devra présenter un couple de ces oiseaux de première génération, 
et justifier de la possession du couple producteur et des jeunes obtenus. 

Concours prorogé jusqu'au 1*"' décembre 1890. — Paix : looo francs. 

4.0 — 1868. — Acclimatation du Martin triste {Acridotheres 
tristis) ou d'une espèce analogue, en Algérie ou dans le midi de la 
France. 

On devra présenter cinq paires de ces oiseaux, adultes, de seconde 
génération. 

Concours prorogé jusqu'au 1"" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

5» — 1810. — Multiplication en France, à l'état sauvage, de la 
Pintade ordinaire (Numida Meleagris). 

On devra faire constater l'existence, sur les terres du propriétaire, 
d'au moins quatre compagnies de Pintades de six individus chacune, 
vivant à l'état sauvage. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1890. — Prix : «so francs. 

6° — 1875. — Multiplication en France, à l'état sauvage, du 
Faisan vénéré. 

On devra faire constater l'existence d'au moins dix jeunes sujets vivant 
en liberté et provenant du couple ou des couples lâchés. 

Concours prorogé jusqu'au 1''' décembre 1890. — Prix : 500 francs. 



rillX EXTRAORDINAIRES. XVII 

7" — 1S70. — Création d'une race do Poules domestiques 
pondant de gros œufs. 

On devra présenter au moins douze Poules de 3" génération, constituant 
une race stable, et donnant régulièrement des œufs atteignant le poids de 
75 grammes. Cette race, créée par la sélection ou par croisement, devra pré- 
senter les caractères d'une variété de bonne qualité pour la consommation. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 500 francs. 



Vvix fondés pai* il. Georges lflatliia.«i, uieinbre de la 

Société. 

8" — 1885. — lîeproductioii en captivité d'un oiseau quel- 
conquc, de l'ordre des Gallinacés, qui jusqu'à ce jour ne s'est pas 
reproduit dans ces conditions. 

On devra présenter au moins quatre sujets adultes nés chez le pro- 
priétaire. 
Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — l'uix : «50 franc». 

9" — 1885. — Monographie des [*hasianidés (Faisan, Trago- 
pan, Lophophore, etc.). 

liCs auteurs devront indiquer, dans un livre ou un mémoire étendu, 
les diverses espèces de cette famille, leur distribution géographique, 
leur description, moeurs, habitudes, instincts, leur mode de reproduc- 
tion, leur alimentation. 

En d'autres ternies, les ouvrages présentés devront pouvoir servir de 
Guide pratique. 

Concours ouvert jusqu'au 1'=' décembre 1890 — Prix.: «»o francs. 



10° — 1867. — Introduction et multiplication en France, en par- 
(luels, du Tétras liuppecol (Tetrao Cupido) de l'Amérique du Nortl. 

On devra présenter au moins douze sujets, complètement adultes, nés 
et élevés chez le propriétaire. 

(concours prorogé jus(pi'au 1" décembre 1890. — l'Rix : aso francs. 

Le prix sera dou])lé si la multiplication du Tétras huppecol a été 
obtenue en liberté. 

11" — 1810. — Multiplication en France, à l'état sauvage, delà 
Perdrix de Chine {Galloperdix Sphenura) ou d'une autre Perdrix 
percheuse. 

On devra faire constater l'existence d'au moins six sujets vivant en 
liberté et provcnaut du ondes couples làcdiés. 

Concours prorogé jiis(iu'au 1" décembre 1890. — Pni\ : 3oo francs. 
i" SKUIK, T. III. — .Sciiiiri! iiuli|i(iuc: ;miiiicile. h 



XVIII SOCIETE NATIUNALE D ACCLIMATATION. 

li" — 1877. — Importation des grosses espèces de Colins (ori- 
ginaires du Mexique et du Brésil) et des petites espèces de Tina- 
mous de l'Amérique méridionale. 

On devra avoir importé au moins six couples de ces oiseaux et justifier 
que trois mois après leur importation ils sont dans de bonnes conditions 
de santé. 

Concours prorogé jusqu'au 1^'' décembre 1890. — Prix : «sofrnncs. 

13"— 1877. — Multiplication en volière des grosses espèces de 
Colins originaires du Mexique et du Brésil, ou des petites espèces de 
Tinamous de l'Amérique méridionale. 

On devra itrésenter dix sujets vivants nés des oiseaux directement im- 
portés du pays d'origine. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 300 rrancM. 

M" — 1^81. — Reproduction de la grande Outarde {Olis tarda) 
à l'état sauvage. 

On devra prouver que trois couples au moins de grandes Outardes ont 
couvé et élevé leurs jeunes en France, sur les terres du propriétaire. 

Concours prorogé jusqu'au 1*"' décembre 1890. — Prix : 300 rrnncM. 

15° — 1870. — Domestication en France ou en Algérie de l'Ibis 
sacré (Ibis religiosa) ou de l'Ibis falcinelle (Ibis falcinellus), ou 
d'un autre oiseau destructeur des Souris, Insectes et Mollusques nui- 
sibles dans les jardins. 

Sont exceptées les espèces qui pourraient ravager les cultures. 

On devra faire constater l'existence de quatre sujets au moins de pre- 
mière génération, vivant en liberté autour d'une habitation et nés de 
parents libres eux-mêmes dans la propriété. 

Concours prorogé jusqu'au l'^'^ décembre 1890. — Prix : 500 francs. 

16° — 1867. — Domestication de l'Autruche d'Afrique (Stru- 
thio canielus) en Europe. 

On devra justifier de la possession d'au moins six Autruches nées chex 
le propriétaire et âgées d'un an au moins. 

(Concours prorogé jusqu'au 1^' décembre 1890. — Prix : 1500 rrancM. 

17" — 1879. — Création en Algérie d'une ferme d'Autruches. 

On devra être possesseur de dix couples, au moins, de reproducteurs, 
et avoir fait naître et élever dans les trois années précédentes cent jeunes 
aulruchons. Les concurrents ne seront pas tenus d'entretenir chez eux 
tous les jeunes produits; mais ils devront fournir des documents authen- 
tiques justifiant de la destination qui leur a été donnée. 

Les concurrents devront présenter un compte des dépenses et recettes 
occasionnées par l'entretien du troupeau; faire connaître la valeur des 
plumes livrées au commerce; les procédés à employer pour la multipli- 
cation des jeunes (incubation naturelle ou hydro-incubateurs), et adresser 
à la Société un ra})port circonslancié donnant tous les détails propres à 
rétlucatioii do rAuliuche en cafitivité. 

Concours prorogé jus(pi'au 1" décembre 1890.— Prix : looo rrancs. 



PIUX EXTUAOUDIJNAIKES. XIX 

18" — 1873. — Domestication d'un nouveau Palmipède utile. 

On devra présenter au moins dix sujets vivants de seconde génération 
produits en captivité. 
Concours prorogé jusqu'au 1"" décembre 1890. — Prix : looo rrancM. 

19° — 1882. — Un prix de 300 francs sera décerné à l'auteur 
du meilleur travail sur les nichoirs artificiels pour la protection et 
la propagation des espèces d'oiseaux qui nichent dans les creux 
ou trous des arbres, des murailles ou des rochers. 

L'auteur devra produire des modèles de nichoirs en indiquant leur 
mode de construction et leur prix de revient, et justifier des résultats 
obtenus depuis cinq ans au moins. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 300 francs. 

20° — 188*1. — Un prix de 300 francs sera accordé à l'inven- 
teur d'un genre de nourriture artificielle ou composition pouvant 
remplacer les pâtées fraîches, pour les oiseaux insectivores entre- 
tenus en volières. 

On devra faire connaître la composition et le mode de préparation, 
justifier des avantages que présente l'emploi de cette composition au 
point de vue de sa conservation, de ses qualités nutritives et de son pri.v 
de revient. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : soo francs. 



TROISIÈME SECTION. — POISSONS, MOLLUSQUES, ETC. 
CRUSTACÉS, ANNÉLIDES 

1° — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur' 
de 200 à .500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle, utile ou ornementale, d'un réel intérêt. 

"2" — 1S82. — Recherches sur les propriétés physiques et 
chimiques des eaux douces au point de vue de l'aquiculture. 

L'auteur devra faire ressortir, par des observations et des analyses 
pratiques, les conditions favorables au développement des diverses 
espèces de Poissons, Crustacés, Mollusques et Végétaux. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 5oo francs. 

3" — 1883. — Recherches sur les propriétés physi(|ues et chimi- 
ques des eaux de mer et saumâtres au point de vue de l'aquiculture. 

L'auteur devra faire ressortir, par des observations et des analyses 
pratiques, les conditions favorables nu développement des diverses 
espèces de Poissons, Crustacés, ftlollusiiues et Végétaux. 

Concours proi'ogé jusqu'au \" décembre 1890. — Prix : ftoo franc». 



XX SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

4" — 1884. — Alimentation du Poisson. 

Le prix sera accordé à la découverte d'un procédé véritablement pra- 
tique, peu coûteux et réellement industriel, pour la production rapide et 
en quantité illimitée d'une nourriture r/uanic (Daphnies, Cyclopes, etc.) 
propre à l'alimentation du poisson et en particulier de l'alevin de Sal- 
monide. 

On devra faire connaître en détail le mode de production employé et 
justifier du plein succès obtenu. 

Concours ouvert jusqu'au i"" décembre 1890. — Prix : soo rrancM. 



BATRACIENS 

5° — 1886. — Multiplication en France de la Grenouille 
h'£ui {Rana mugiens) de rÀmcrique du Nord. 

On devra justifier de la possession de vingt-cinq sujets adultes nés chez 
le propriétaire. 
Concours ouvert jusqu'au l*"^ décembre 1890. — Prix : «50 rnince*. 



POISSONS 

(■»" — 1873. — Acclimatation dans les eaux douces de la France 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 
Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : looo rrancM. 

7" — 1873. — Introduction dans les eaux douces de l'Algérie 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins ; on 
devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au l" décembre 1890.'^ — Prix : 500 n-anc»*. 

Le prix sera doublé si le poisson introduit est le Gourami {Osphrome- 
nus olfax). 

S" — 1873. — Acclimatation dans les eaux douces de l'Algérie 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : lOoo frunc». 
Le prix sera doublé si le poisson acclimaté est le Gourami {Osphrome- 
nus olfax). 

9* — 1873. — Introduction dans les eaux douces de la Guade- 
loupe et de la Martinique d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins ; on 
devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1800. — Prix : 50o frauoN. 

Le prix sera doublé si le poisson introduit est le Gourami {Osphromc- 
nus olfax). 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXI 

10» — 1873.— Acclimatation dans les eaux douces de la Gua- 
deloupe et de la Martinique d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Concours prorogé jusqu'au !•" décembre 1890.— Prix : looo francs. 

Le prix sera doublé si le poisson accliaiaté est le Gouiami {Osphrome- 
nus olfax). 

41» — 1874. — Introduction en France du Coregomis otsego de 
l'Amérique du Nord. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins, et 
l'on devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1K90. — Prix : 500 francM. 

Si des multiplications du Coregonus otsego ont été obtenues en France, 
le prix sera doublé. 

12° — 1879. — Multiplication en France du Saumon de Cali- 
fornie (Salmo quinnat) de l'Amérique du Nord. 

On devra présenter au moins 500 alevins, âgés d'un an, nés de parents 
existant dans les eaux du propriétaire depuis au moins dix-buit mois. 
L'étal des reproducteurs devra être constaté au moment du frai par 
des pièces authentiques. On devra également faire constater l'époque de 
l'éclosion des œufs et faire connaître dans un rapport circonstancié les 
observations auxquelles donnerait lieu l'éducation de ces jeunes poissons. 

Concours prorogé jusqu'au l" décembre 1890. — Prix : soo n-ancs. 

13» _ 18S2. — Établissement d'échelles pour les Poissons mi- 
grateurs. 

Un prix de 500 francs sera décerné aux usiniers ou propriétaires qui 
auront établi, dans des conditions pratiques, des échelles pour le passage 
des Poissons migrateurs. 

Concours prorogé jusqu'au f'" décembre 1890. — Puix : 500 fi-ancH. 

14,0 — 1886. — Multiplication artificielle, sur les côtes do 
France, d'un Poisson de mer propre à l'alimentation. 

Les résultats devront avoir été obtenus sur une échelle suffisante 
pour présenter un intérêt véritablement pratique. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décendjre 1895. — Prix : soo rrancN. 

Le prix sera doublé si l'élevage «lu Poisson a donné lieu à une 
exploitation industrielle. 

l.V — 1S86. — Multiplication des Cyprinides. 

H pourra être accordé des primes ou des médailles à toute personne 
qui aurii obtenu, dans des eaux closes, de l'alevin de Cyprinide, notam- 
ment la Carpe et la Tanche, et i|ui justifiera en avoir introduit en grand 
nombre dans les cours d'eau de la région et aura ainsi contribué le plus 
efficacement à leur repeuplement. 

Si les travaux faits dans cet ordre d'idées ont une importance suffi- 
sante, il pourra être accordé un prix de sou francs. 

Concours ouvert jusipi'nu 1*' décembre 1890. 



XXII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 



MOLLUSQUES 

jgo — 1867. — Acclimatation et propagation d'un Mollusque 
utile d'espèce terrestre, fluvialile ou marine, resté jusqu'à ce jour 
étranger à notre pays.— Cette acclimatation devra avoir donné lieu 
à une exploitation industrielle ; ses produits alimentaires ou autres 
seront examinés par la Société. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 50© francs. 

17» l§69. — Reproduction artificielle des Huîtres. — Un prix 

de 1000 francs sera décerné pour le meilleur travail indiquant, au 
point de vue pratique, les méthodes les plus propres à assurer cette 
reproduction artificielle. L'ouvrage devra, en outre, faire connaître 
d'une manière précise les conditions à remplir pour obtenir les au- 
torisations de créer des établissements huîtriers, et énumérer les 
travaux que comportent les bancs d'Huîtres naturels, aussi bien que 
les caractères auxquels on peut reconnaître qu'un banc est exploi- 
table; enfin quelles sont les mesures qu'il convient de prendre pour 
l'enlèvement du coquillage. En un mot, ce travail devra constituer 
un véritable manuel d'ostréiculture. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. —Prix: «ooo francs. 

48° 1886. — Élevage de l'Huître sur les côtes françaises de 

la Méditerranée. 

On devra justifier de l'élevage, pendant au moins deux années, de 
plusieurs milliers d'Huîtres françaises [Ostrea edulis ou 0. Cyrnensh) 
(^10 000 au maximum). 

Il sera nécessaire de faire constater : 

.1" La grandeur (diamètre) des Huîtres au moment de leur introduc- 
tion dans les parcs. 

2" La croissance obtenue au bout de 18 mois. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 500 franco. 

490 1879. — Culture de la Moule sur les côtes méditerra- 
néennes. 

On devra justifier d'une superficie d'un hectare mis en culture, soit sur 
fond horizontal, soit sur bouchots, et ayant donné des produits alimen- 
taires au moins une année. 

Les concurrents devront joindre à l'appui de leur demande un mémoire 
indiquant, au point de vue pratique, les moyens les plus propres à assurer 
le succès de semblable industrie, et présenter un compte des dépenses 
occasionnées pour rétablissement de l'exploitation et des bénéfices qu'on 
peut en tirer. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1890. — Prix : 1000 franc». 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXIII 



CRUSTACES 



20° — 1867. — Introduction et acclimatation d'un Crustacé 

alimentaire dans les eaux douces de la France ou de ses colonies. 

Concours prorogé jusqu'au l*"" décembre 1890. — Prix : 500 rrancN. 

21» — 1886. — Multiplication artificielle du Homard ou de la 
Langouste en France. 

Cette multiplication devra avoir été obtenue sur une échelle assez 
large pour constituer une exploitation industrielle. 

Concours ouvert jusqu'au 1^'' décembre 1895. — Prux : looo ri-ones. 



QUATRIÈME SECTION. — INSECTES 

4" — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle, utile ou ornementale, d'un réel intérêt. 

2° — 1865. — Acclimatation et multiplication soutenue pen- 
dant trois années au moins en Europe ou en Algérie d'un insecte 
producteur de cire, autre que l'Abeille ou les Mélipones. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix: tooo rraneii». 

SÉRICICULTURE 

3° — 1881. — Acclimatation et multiplication soutenue pen- 
dant trois années au moins, en France ou en Algérie, d'une nouvelle 
espèce de Ver à soie produisant de la soie bonne à dévider ou à 
carder pour employer industriellement. 

Le prix ne sera accordé que sur preuve d'une production annuelle de 
trois mille cocons au moins. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Piux : t ooo rrancH. 

4" — 1886. — Application industrielle de la soie de VAt- 
tacus Cynthia vera, Ver à soie de l'Allante. 

On devra présenter plusieurs coupes d'étoffe formant ensemble au 
moins 50 mètres, et fabriquées avec la soie cardée (ailantine) de VAttacua 
Cynthia et sans aucun mélange d'autres matières. Les tissus de bourre 
de soie sont hors de concours . 

Concours prorogé jusqu'au l""" décen»1)re 1890. — Prix : 5oo franchi. 

Le prix sera doublé si l'étotTe provient d'une soie grège du même 
Ver dévidée en fil continu. 

5° — 1878. — Encouragement, en France, à un établissemen 
industriel pouvant livrer à la consommation, et prêtes à être tissées, 



XXIV SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

des soies grèges ou des fdoselles des cocons d'une des espèces ci- 
après désignées : 

Attacus Yama-maï, Pernyi, Cijnlkia, Cearopia, Pohjphe- 
mus, etc., espèces qui ont déjà été l'objet d'éducations en France 
sur une échelle plus ou moins étendue. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890.— Prix : «ooo ri-ancs. 

6» — 187 y. — Vers à soie du Mûrier. — Etudes théoriques et 
pratiques sur les diverses maladies qui les atteignent. Les auteurs 
devront, autant que possible, étudier monographiquement une ou 
plusieurs des maladies qui atteignent les Vers à soie, en préciser 
les symptômes, faire connaître les altérations organi(jues qu'elles 
entraînent, étudier expérimentalement les causes qui leur donnent 
naissance et les meilleurs moyens à employer pour les combattre. 
Concours prorogé jusqu'au 1'^'" décembre 1890.— Prix : looo ri-anct^. 

70 — 1S70. — Vers à soie du Mûrier. — Production dans le nord 
de la France de la graine de Vers à soie de races européennes par 
de petites éducations. 

Considérant l'intérêt qu'il y aurait à encourager la production de 
la graine saine des Vers à soie du Mûrier de races européennes, les 
prix sont institués pour récompenser dans les bassins de la Seine, 
de la Somme, de la Meuse, du Rhin, ainsi que dans la portion sep- 
tentrionale du bassin de la Loire, les petites éducations qui permet- 
tront de mettre au grainagedes cocons provenant d'éducations dans 
lesquelles aucune maladie des Vers n'aura été constatée. 

La Société n'admettra au concours du grainage que les graines de 
Vers à soie de races européennes. 

Elle ne primera aucune éducation portant sur plus de 30 grammes 
de graine pour une même habitation. 

Mise au grainage de plus de 50 kilogrammes de cocons : 

Deux Prix de 500 francs chacun. 

Mise au grainage de 25 à 50 kilogrammes de cocons : 

Deux Prix de 250 francs chacun. 

Mise au grainage de 10 à 25 kilogrammes de cocons : 

Quatre Prix de 150 francs chacun. 

Mise au grainage de 5 à 10 kilogrammes de cocons : 

Dix Prix de 100 francs chacun. 

Ces primes seront distribuées chaque année, s'il y a licu,]\i%({noA\ 1890. 

Les concurrents devront (cette condition est de rigueur; se faire con- 
naître en temps utile, afin que la Société puisse faire suivrn par ses di'- 
léîués la marche des éducations et en constater les résultats. 



PRIX EXTr.AOr.DINAlRES. XXV 



APICULTURK 



S» — 1870. — Éludes lliéoiiques et praliques sur les diverses 
maladies qui atteignent les Abeilles, et principalement sur la loqiie 
ou pourriture du couvain. 

Les auteurs devront, autant que possible, en préciser les sym- 
ptômes, indiquer les altérations organiques qu'elle entraîne, étudier 
expérimentalement les causes qui la produisent et les meilleurs 
moyens à employer pour la combattre. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 5oo rennes. 

0" — 1886. — Croisements de l'Abeille ordinaire {Apis mel- 
lifica) avec les races italiennes, Cbypriotes, Carnioliennes et 
Syriennes et avec l'Abeille égyptienne {A. fasciata). 

Il pourra être accordé des primes ou des médailles. 
Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. 

10" — 18Î0. — Introduction en France d'une Mélipone ou Tri- 
gone (Abeille sans aiguillon) américaine, australienne ou africaine. 
Présenter une colonie vivant depuis deux ans chez le propi-iétaire. 
Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 5«m» francM. 

CINQUIÈME SECTION. — VÉGÉTAUX. 

1" — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

11 pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle, utile ou ornementale, d'un réel intérêt. 

•i" — 1886. — Plantes de pleine terre utiles et d'ornement, in- 
troduites en Europe dans ces vingt-cinq dernières années. 

Les auteurs devront indiquer dans un livre, ou dans un mémoire étendu, 
les usages divers de ces plantes, leur pays d'origine, la date de leur in- 
troduclion, la manière de les cultiver; les décrire et désigner les diffé- 
rentes variétés obtenues depuis leur importation, ainsi que les différents 
noms sous lesquels ces végétaux sont connus. 

En d'autres termes, les ouvrages présentés au concours devront pouvoir 
servir de guide pratique pour la culture des plantes d'importation nouvelle . 
Les ouvrages (manuscrits ou imprimés) devront être remis à la Société 
avant le i" décembre. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : soo n-ancH. 

3» — 1866. — Introduction en France et mise, en grande cul- 
ture d'une plante nouvelle pouvant être utilisée pour la nourriture 
des bestiaux. 

(concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — 1" Prix : 5oo rrancH. 
— 2* Prix : .100 rrnneN. 



XXVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION 



40 _ fl§S0. — Prix de 200 francs, fondé par 
m. OODEFROY-LEBEUF. 

Un prix de '200 francs sera décerné à la personne qui présentera 
un double décalitre de graines QVElœococca vernicia récoltées sur 
des plantes cultivées à l'air libre, en Europe ou en Algérie, sans 
autres abris que les rangées d'arbres nécessaires à leur protection 
dans le jeune âge (comme au Se-tchuen). 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : too rranes. 

50 _ 1870. — Utilisation industrielle du Lo-za {Rhamnus utilis) 
qui produit le vert de Chine. 

On devra fournir a la Société, sous réserve des droits de propriété, les 
documents relatifs aux méthodes et procédés employés. 

On devra également présenter des spécimens d'étoffes teintes en France 
avec les produits du Lo-za préparés en France. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 5©o rranc*«. 

6» — 1881. — Introduction et culture en France du Noyer 
d'Amérique {Carya alba), connu aux États-Unis sous le nom de 
Hickory (bois employé dans la construction des voitures légères). 

On devra justifier de la plantation sur un demi-hectare de Noyers d'A- 
mérique ou de la possession de 500 arbres hauts de l^jSO au moins. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : soo n-anc»». 

7° — 1881. — Introduction et culture pendant deux années 
successives d'une Igname (Dioscorea) joignant à sa qualité supé- 
rieure un arrachage facile. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. —1" Prix : «00 rrancH. 
— 2* Prix : 4©0 francs. 

8" _ 1870. — Culture du Bambou dans le centre et le nord de 
la France. 

Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1^ Cultivé avec succès le Bambou pendant plus de cinq années, et dont 
les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, un demi- 
hectare; 

2° Exploité industriellement ses cultures de Bambou. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. 

Deux Prix de 1000 francs chacun. 

9" — 1873. — Culture de YEucaltjptus en Algérie. 

Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1" Cultivé avec succès VEucalijptus pendant plus de cinq années et dont 
les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, 8 hectares; 
2" Exploité industriellement ses cultures d'Encalijptua. 
Concours prorogé jusqu'au l'*'' décembre 1890.— Prix : 14M»« francs. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXVH 

10" — 1S73. — Culture de l'Eucalyptus en France et particu- 
lièrement en Corse. 

Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1" Cultivé avec succès VEucalyptiis pendant plus de cinq années et dont 
les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, 2 hectares ; 

2° Exploité industriellement ses cultures d'Eucali/ptun. 

Concours prorogé jusqu'au l""" décembre t890. — Pnix : looo rranps. 

il" — 1886. — fiuide théorique et pratique de la culture de 
VEucalyptiis. 

Les auteurs devront surtout étudier, en s'appuyant sur des expériences, 
et comparativement, quelles sont les espèces à' Eucalyptus qui peuvent 
être cultivées sous les divers climats; faire connaître la nature du sol qui 
leur convient, les soins spéciaux de culture que chaque espèce exige, le 
degré de froid auquel elle résiste et leur valeur relative. 

Les ouvrages imprimés peuvent seuls prendre part à ce concours. 

Concours ouvert jusqu'au \" décembre 1890. — Prix: 5oo rranes. 

12° — 1876. — Culture du Jahorandi {Pilocarpus pinnatus) 
dans les colonies françaises. 

Le prix sera décerné à celui qui aura : 

1° Cultivé avec succès le Jaborandi pendant plus de cinq années et 
dont les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, un 
demi-hectare ; 

2" Exploité commercialement ses cultures de Jaborandi. 

Concours prorogé jusqu'au l^"^ décembre 1890. — Prix : soo francs. 

13" — 1879. — Reboisement des terrains en pente par 
l'Ailante. 

Considérant que l'Ailante s'accommode facilement de tous les sols , 
que les troupeaux ne touchent ni à ses feuilles ni à son écorce, et qu'il 
serait par conséquent essentiellement propre au reboisement de certains 
terrains pauvres servant actuellement de pâture, la Société institue un 
prix de 1000 francs, qui sera décerné à la personne ou à la commune qui, 
en France ou en Algérie, justifiera de la plantation de 5 hectares de cette 
essence. 

Les concurrents devront établir que le reboisement est fait depuis plus 
de cinq ans. 

Concours prorogé jusqu'au i^-" décembre 1890. — Prix : looo francs. 

14° — 1885. — Utilisation, pour le reboisement en Algérie, 
d'essences étrangères à la colonie. 

On devra faire connaître les espèces employées, la date des planta- 
tions, la nature du sol et les précautiqns prises pour assurer le succès 
de la plantation, enfin l'étendue consacrée au reboisement. 

Concours ouvert jusqu'au i" décembre 1890. 

La Société décernera : 

Un prix de six cents (600) francs; un prix de quatre cents (400) francs ; 
un prix de deux cents (200) francs. 



XXVIII SOCIKTK NATIONAI-E D ACCLIMATATION. 

15" — 18S*î. — Alimentation du bétail par le Téosinté {Reann 
hixurians) dans les colonies françaises. 

On devra présenter un compte établissant le rendement obtenu, en 
poids, d'une plantation de Téosinté couvrant au moins 25 ares et fournir 
des renseignements (•irconstanciés sur les avantages ou les inconvénients 
que présente ce mode d'alimentation pour le bétail. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 3©o rrnnes. 

16" — 1S82. — Alimentation des animaux par le Soya. 

On devra fournir des renseignements circonstanciés sur les avantages 
on les inconvénients que présente ce mode d'alimentation pour les ani- 
maux, soit à l'état vert, soit à l'état sec. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1890. — Prix : soo francs 

17" — ISS'l. — Jardin fruitier exotique en Algérie ou sur le 
littoral méditerranéen français. 

On devra faire connaître les espèces et les variétés d'arbres fruitiers 
exotiques entretenues, indiquer la date des plantations, la nature du sol, 
et les précautions prises pour assurer le succès de la plantation. 

Ce travail devra faire connaître les variétés les plus recommandables 
pour la localité où l'expérience aura été faite. 

t^iOncours ouvert jusqu'au 1'=' décembre 1895. — Prix : soo ri-une<4. 

18" — 1883. — Culture du Vhaseoliis radialus. 

Le prix sera accordé à la personne qui aura cultivé avec succès le 
Haricot radié dans un champ d'un demi-hectare au moins. 

S'il se présentait plusieurs concurrents, la préférence serait donnée à 
celui qui produirait les plus beaux spécimens de préparations alimen- 
taires, obtenues avec les graines du Phaseolus radiatus. 

Concours ouvert jusqu'au l*' décembre 1890. — Prix : »oo ri-aucH. 

19" — 1886. — Fabrication d'un vin ou cidre d'oranges 
douces, titrant après fermentation, de 4 à () degrés ou davan- 
tage, sans addition d'alcool, et pouvant se conserver plusieurs 
années en tùls ou en bouteilles. 

Les candidats devront présenter dix bouteilles au moins de ce pro- 
duit, et faire connaître les procédés de fabrication. 

Concours ouvert jusqu'au f' décembre 1890. — Prime on médaille 
d'une valeur de .loo rruncs. 

20" — 18S6. — Introduction de culture pendant plus de cinq 
années, dans le sud algérien ou tunisien, du Nara de la (lafrerie 
occidentale {Acanthosycios horrida) sur une superlicie impor- 
tante. 

Concours ouvert jusqu'au l'"" décembre 1890. — Prime on médaille, 
d'une valeur de :ioo rrancN. 



ALLOCUTION 

PUONONCliE 

Par M. DE QUATREFAGES. 

IMeiiibrv «lu riiiMtiCiit, vico-pi-é»<i«lcnt do la Mooiétc 

à la 
VINGT-NEUVIÈME SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

bK LA SOCIÉTÉ NATIONALK D'ACCLIMATATION 



Messieurs, 

En eiiliant dans celle salle, en jelanl les yeux aulour de 
vous, vous avez dû èlrc quelque peu surpris, peul-êlre même 
désappoinlés. Le jour où noire Société dislrihue ses récom- 
penses a élé jusqu'ici pour elle une fêle solennelle, donl on 
chercliait à rehausser l'éclal. Nous ouvrions largement aux 
ramilles de tous nos Sociétaires, à un public d'élite, à des 
sommités sociales un local exceptionnel; des conlêrences 
allrayanles et inslruclives captivaient rallention de Faudi- 
loire, et un orchestre de choix saluait de ses fantares les 
concurrents couronnés. 

Aujourd'hui, rien de semblable. Point de musique; point 
de gaz éclairant les loges et la scène ; dans la salle, sur une 
modeste estrade, rien que des collègues; et aulour de nous 
des murs tout nus, à peine grattés de la veille. Telle est noire 
réunion celte année. El pourtant, malgré ce qu'elle a de peu 
brillant et de sévère, elle marque un moment important dans 
notre existence; elle est bien réellement une fêle. 

En effet. Messieurs, jusqu'à ce jour la Société d'Acclimata- 
tion était en réalité errante el logée au hasard. En se trans- 
portant d'une rue à l'autre, elle subissait les nécessités im- 
posées par chaque nouveau domicile; et celui-ci, acquis aux 
conditions d'une location ordinaire, pouvait, à rliaque 
échéance, la laisser dans rend)ai'ras. Aujourd'hui, elle va 
habiter un local construit en vue de satisliiire à ses besoins. 



XXX SOCIÉTÉ NATlOiNALE D ACCLIMATATION. 

de laciliter ses services ; et dix-lmit ans de stabilité lui sont 
assurés. Pour la première fois depuis sa fondation, notre So- 
ciété est chez elle. 

Votre Conseil a pensé que cette transformation heureuse 
dé nos conditions d'existence méritait d'être célébrée. Mais il 
a senti en même temps qu'une solennité trop éclatante serait 
mal venue en ce moment. Si nous avons nos joies, nous avons 
aussi nos douleurs ; et, pour pouvoir marier librement les 
uns aux autres ces sentiments opposés, il a jugé qu'il ne fal- 
lait pas appeler à nous un public indifférent, qu'il était mieux 
de s'en tenir à une réunion de famille. 

Bien peu de mois se sont écoulés depuis que la Société a 
perdu son troisième président. Ce n'est pas quand la tombe 
de Bouley est à peine fermée, que nous pouvions songer à 
une grande fêle, où manquerait celui-là même qui aurait dû 
la présider. Ce n'est pas au milieu des préoccupations inspi- 
rées par cette perte, qu'il eût été possible de se livrera des 
manifestations bruyantes en désaccord avec notre deuil. 

Messieurs, dans toute Société libre comme la nôtre, la pré- 
sidence a une importance tout autre que dans une Académie. 
Pour être à la hauteur de sa tache, pour maintenir le présent 
et assurer l'avenir de l'association, celui qui en est la tête doit 
posséder des qualités spéciales et rarement réunies. Jusqu'ici 
nous avons été favorisés. Vous savez fce qu'ont été Isidore 
Geoffroy Saint-Hilaire et Drouyn de Lhuys. Le premier par 
son savoir si grand, si élevé, uni au sentiment si net et si 
droit de tout ce qui peut être utile, représentait, à un degré 
exceptionnel, l'union de la science pure et de l'application. 
Le second, par sa haute position sociale, nous ouvrait les 
classes influentes et riches. Tous deux ont servi la Société 
avec un égal dévouement; et je n'ai pas besoin de vous rap- 
peler combien furent grands et sérieux les progrès accom- 
plis, grâce à leurs mérites si divers. 

Par la nature des études qui avaient rempli sa vie, par la 
haute situation qu'elles lui avaient méritée, Bouley nous 
rattachait à la fois au monde scicntilique et aux agriculteurs. 
Ceux-ci auraient écouté avec conliance le praticien éprouvé 



ALLOCUTION. XXXI 

qui s'attachait ciiaque jour davanlaiçc à nos travaux, qui en 
comprenait de mieux en mieux l'imporlance. En le frappant 
avant riieure, la mort nous a pris un liommequi aurait bientôt 
rivalisé avec ses prédécesseurs, qui aurait rendu des services 
signalés à la Société, au pays ; et, — répétons-le après tant 
d'autres, — un homme qui se faisait aimer autant qu'esti- 
mer, par ses qualités à la fois charmantes et sérieuses. 

Voilà surtout, Messieurs, pourquoi votre Conseil a cru de- 
voir vous convoquer en petit comité. Il lui a semblé d'ailleurs 
que, pour être plus intime, notre réunion n'en aurait pas 
moins un intérêt tout spécial. Remettre, ici, à nos lauréats 
les récompenses qu'ils ont méritées, c'est inaugurer notre 
nouvelle demeure, c'est consacrer la prise de possession d'un 
édifice qu'il est bien permis d'appeler VHûtel de la Société, 
puisqu'il a été bâti pour elle. 

L'expression d'Hôtel est peut-être un peu ambitieuse, car, 
en réalité, notre installation est très modeste. Votre (<onscil 
n'a rien voulu faire pour le luxe. 11 a bien rarement franchi 
les bornes du nécessaire, jamais celles de l'utile. Mais du 
moins, nous pourrons désormais recevoir convenablement 
chez nous les étrangers et il a été pourvu à des besoins jus- 
qu'ici restés en souffrance. 

Ce changement de demeure marquera, nous l'espérons, 
pour la Société les débuts d'une ère nouvelle. Pour une 
Association comme la nôtre, que rien ne rattache aux pou- 
voirs officiels et qui ne doit compter que sur elle-même, c'est 
beaucoup d'avoir un cliez-soi. A lui seul, ce fait lui assure 
une notoriété qui attire l'attention du public dont elle a be- 
soin et qui vient à elle avec plus de confiance. Mais, })our que 
cette modification matérielle porte tous ses fruits, il faut 
qu'elle soit accompagnée d'améliorations d'un autre ordre. 

Votre Conseil n'a pas méconnu ce côté de la question. 
Déjà il a pris des mesures pour activer et étendre notre cor- 
respondance, pour en assurer la régularité. Il espère pouvoir 
bientôt rendre plus fréquentes les communications entre 
tous les membres; il étudie les moyens de compléter nos 
publications et d'en accroître l'attrait; il se ))réoccupc 



XXXII SUCIÉTÉ NATlOiNALE DACCLIMATATION. 

des voies qu'il sera peut-être bon d'indiquer à l'activité de 
nos membres. En un mot, il s'ingénie à trouver et à mettre 
en œuvre tout ce qui peut solliciter les intelligences et don- 
ner un nouvel élan à nos travaux. 

Mais vous aussi, Messieurs, vous avez votre part de tâche 
à accomplir dans cette rénovation. Venez-nous en aide en re- 
doublant de zèle. Apportez-nous plus souvent le résultat de 
vos études, de vos expériences ; faites autour de vous la pro- 
pagande honorable qui résulte de l'exemple et du travail. 
Ces paroles que je vous adresse ici de vive voix, je les envoie 
à tous nos collègues des départements et de l'étranger. Déjà 
notre Association internationale a porté bien des fruits ; res- 
serrons-en les liens, unissons plus que jamais nos ctforis, et 
aux succès du passé s'ajouteront les progrès de l'avenir. 



RAPPORT ANNUEL 

SUR 

LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ NATIOXALE D'ACGUMATATION 

DE FRANCE ElN 1885 

Par M. C. RWERET-^VATTEL 

Secrétaire des séances. 



Messieurs, 

Je répondrais mal à vos sentiments si, en commençant ce 
compte rendu succinct des travaux de notre Compagnie pen- 
dant l'année écoulée, je ne saluais d'un dernier hommage le 
savant éminent, le chef sympathique à tous dont la place 
reste vide aujourd'hui et auquel, par un pieux sentiment, 
vous vous êtes abstenus jusqu'à ce jour de donner un succes- 
seur. Des voix éloquentes ont retracé la carrière scientifique 
de M. Henri Bouley, analysé sa vie si brillamment remplie, 
mesuré l'étendue de la perle que la science a faite en sa per- 
sonne, et assurément, Messieurs, nous qui avions l'honneur 
de le posséder à notre tète, nous avons, plus que personne, 
à déplorer sa lin inattendue. Mais, si nous regrettons en lui le 
savant qui honorait notre Société, nous avons à regretter 
bien plus encore l'homme de cœur, l'homme aimable et bon, 
dont la bienveillance était acquise à tous et qui réservait un 
accueil favorable à quiconque l'approchait. 

Une autre illustration scientifique a également disparu de 
nos rangs : le 29 juillet dernier, la mort nous enlevait 
M. Henri Milne-Edwards, membre de l'Institut, grand offi- 
cier de la Légion d'honneur, Doyen de la Faculté des sciences, 
professeur au Muséum d'histoire naturelle, etc. Si par son 
âge et par des occupations absorbantes, M. Henri Milne- 
Edwards se trouvait un peu éloigné de nos travaux, il ne les 
a pas moins suivis toujours avec le plus sympathique intérêt. 
Aussi, sa perte, qui est un deuil profond pour la science, ne 
pouvait-elle être que vivement sentie par notre Compagnie. 
Nous avons du moins la consolation de voir ce nom illustre 

4' SÉRIE, T. in. — Séance publique anauelle. C 



XXXIV SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

fiffurer encore au milieu de nous et honorer notre Société 
en continuant de glorieuses traditions. 

Parmi les membres du conseil, nous avons eu la douleur 
de perdre M. le docteur Henri Labarraque, qui fut longtemps 
un des membres les plus assidus de nos séances, auxquelles 
il apportait, avec le concours de ses lumières, ce zèle, ce 
dévouement, cette bienveillance extrême, cette bonté par- 
faite qui formaient le fond même de son caractère. C'est 
pour nous une perte bien sensible que celle d'un collègue 
qui se distinguait par une si heureuse combinaison des 
qualités du cœur et de l'esprit. 

Un de nos membres à vie nous a aussi été enlevé : M. Vau- 
vert de Méan, ancien consul général, qui appartenait à la 
Société depuis de longues années, et qui avait souvent enrichi 
le Bulletin de communications intéressantes. Très dévoué à 
notre œuvre, notre regretté collègue lui a légué en mourant, 
une somme de 15 000 francs comme dernier témoignage de son 
sympathique attachement et de la part qu'il prenait aux inté- 
rêts de l'acclimatation; son nom restera désormais inscrit au 
nombre des bienfaiteurs de la Société. 

Dans les rangs de notre 5' Section, un autre vide doulou" 
reux s'est produit. Nous avons perdu M. Vavin, qui, l'un 
des membres les plus anciens et les plus actifs de la Société, 
s'était toujours occupé avec zèle de la propagation des végé- 
taux utiles et qui n'avait pas abandonné ses travaux alors que 
l'âge eût pu lui permettre le repos. 

Ces pertes douloureuses ne sont malheureusement pas les 
seules que nous ayons à déplorer : je dois encore rappeler à 
vos souvenirs, à vos regrets, M. Sentis, consul général en 
retraite; M. le colonel Pauthonnier, ancien aide de camp de 
S. A. le vice-roi d'Egypte ; M.Gustave Arosa; M. Paul de 
Bourakoff, qui était, depuis de longues années, délégué de 
la Société à Odessa ; enhn, M. Victor Ghatel, de Valcongrain, 
dont le zèle et le dévouement étaient à toute épreuve quand 
il s'agissait de se consacrer à quelque œuvre utile, et surtout 
de travailler à l'amélioration de la situation morale ou maté- 
rielle de nos populations des campagnes. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XXXV 

Dans ce temps où l'on oublie vite, c'est l'honneui' de 
notre Société de se souvenir de ceux qui ne sont plus. Mais 
en présence des vides qui s'ouvrent dans ses rangs, un autre 
devoir s'impose à ceux qui restent : redoubler de zèle, pour 
continuer l'œuvre commencée avec ces regrettés collabora- 
teurs et la faire prospérer. 

Vos travaux, du reste, n'ont été, Messieurs, ni moins nom- 
breux ni moins importants cette année que les années précé- 
dentes. Des progrès nouveaux ont été réalisés, des succès 
obtenus, des questions intéressantes étudiées avec fruit, et si 
nombreux, si variés sont les sujets qu'embrassent vos études, 
que je puis craindre de faire quelques omissions dans ce 
compte rendu, lequel ne saurait être que très rapide, car j'ai, 
avant tout, à cœur de ne pas abuser de votre bienveillante 
attention. 

Si les tentatives d'acclimatation et de domestication pré- 
sentent des diflicultés spéciales en ce qui concerne les Mam- 
mifères, nous n'en avons pas moins à enregistrer cette année 
des résultats satisfaisants au sujet de diverses espèces inté- 
ressantes, et je dois rappeler en première ligne les nombreu- 
ses reproductions de Cervidés, d'Antilopes, de Gazelles, etc., 
obtenues dans son domaine de la Palaudière (Indre-et- 
Loire), par notre collègue M. Pays-Mellier (1), qui a pu con- 
stater la rusticité de plusieurs de ces espèces, aussi bien que 
le mal-fondé de l'opinion d'après laquelle ces animaux ne 
pourraient vivre et se reproduir en captivité (2). 

De leur côté, M. de Carpentier (3) et M. E. Delloye (4-) ont 
obtenu la reproduction du Cerf nain de la Chine, qu'ils con- 
sidèrent comme parfaitement rustique, d'un élevage facile et 
très prolifique; ces petits Cervidés, qui ne causent pas de 
dommage aux bois, paraissent être appelés à fournir un 
précieux appoint pour repeupler nos chasses. 



(1) Pays-Mellier, Reproductions de Mammifères (Bulletin, 1885, p. :}:J7). 

(2) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p 525). 

(3) Ibidem, p. 37(5. 

(4) Ibidem, p. C5I. 



XXXVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Les noies de M. le vicomte Powerscourt (1) sur racclimata- 
tion en Irlande du Cerf Sika {Cervus Sika) ont appelé votre 
attention sur celte charmanle espèce du Japon, qui repré- 
sente un gibier de bonne qualité, pouvant faire l'ornement 
d'un parc et, bien que de petite taille, trouver sa place à côté 
des espèces les plus robustes (^). 

Dans une note sur les Cerfs à acclimater, M. Huet, aide 
naturaliste au Muséum d'histoire naturelle , a d'ailleurs insisté 
auprès de vous (3) sur les qualités du Cerf Sika et de quelques 
autres espèces qui, sans grande dépense ni beaucoup de 
difficultés, pourraient être acquises en vue du repeuplement 
de nos forêts. 

M. Huet a signalé (4) également l'intérêt qui s'attacherait 
à l'introduction en France de cette belle Antilope connue au 
Sénégal sous le nom de petite Vache brune, et dans les nomen- 
clatures scientifiques sous celui de Kob (Kohus unctuosus 
Lauril.). Des observations faites depuis quatre ans par notre 
collègue (5) l'ont convaincu que ces animaux vivraient très 
bien sous notre climat, que leur domestication ne présente- 
rait aucune difficulté, et qu'on peut, en conséquence, espérer 
les voir prendre place un jour dans nos élables, àcôlé de nos 
Bœufs et de nos Moutons, avec lesquels ils s'accommoderaient 
parfaitement. 

Gomme les années précédentes, M. Huet a bien voulu tenir 
la Société au courant des naissances de Mammifères et d'Oi- 
seaux obtenues à la ménagerie du Muséum d'histoire natu- 
relle (6). Quelques-unes de ces naissances, comme par exem- 
ple celles d'Antilopes de l'Inde, de Munjacks, de Bless-Bocks, 
etc., survenues à la fin de l'année, présentent un grand inté- 
rêt ; elles donnent la mesure de la vigueur, de la force de 
résistance au froid des jeunes, issus cependant d'espèces 

(1) Vicomte Powerscourt, Acclimatation en Irlande du, Cerf Sika, du Ja- 
pon (Bulletin, 1885, p. 254). 

(2) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 196). 

(3) Huet, Cerfs a acclimater (Bulletin, 1885, p. 257). 

(4) Huet, Sur l'Antilope Kob du Sénégal (Bulletin, 1885, p. 145). 

(5) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 317). 

(6) Huet, Notes sur les naissances, dons et acquisitions du Muséum d'his- 
toire naturelle {Bulletin, 1885, p. 314, 465, 661). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XXXVII 

provenant de contrées plus chaudes et plus ensoleillées que 
notre pays sombre et froid pendant les mois d'automne. 

Acclimatateur infatigable, M. Joseph Cornély vous a fait 
part cette année de ses succès dans l'élevage du Mara, ou 
Lièvre patagon {Dolichotis patachonica) , petit mammifère 
qui paraît être d'une rusticité remarquable, et qui, s'il n'est 
pas destiné à devenir un animal de chasse, sera tout au moins 
un animal de grand parc, donnant un tiré des plus intéres- 
sants (1). 

Les observations précédemment recueillies par M. LeGuay 
et par M. Mathey sur la fécondilé de la Chèvre naine du 
Sénégal et sur la remarquable aptitude de cette race à sup- 
porter les intempéries de notre climat, ont été confirmées par 
celles de M. le docteur Clos (^), directeur du Jardin des Plan- 
tes de la ville de Toulouse. M. Fuzier-IIerman vous a entre- 
tenus des qualités que lui semble présenter la race des Mou- 
tons chinois Ong-ti (3), animaux robustes, d'assez forte taille, 
peu difficiles pour la nourriture ; notre confrère estime 
qu'à l'aide de croisements prudents avec cette race, on arri- 
verait facilement à augmenter, dans une notable proportion, 
la fécondilé de nos races indigènes. 

Vous devez à M. Couput, directeur de la Bergerie nationale 
de Moudjebeur (Algérie), une intéressante communication 
sur les résultats satisfaisants de l'élevage de la Chèvre d'An- 
gora (4-), sous un climat absolument saharien, dans un pays 
où de vastes espaces incultes attendent d'être mis en valeur, 
où le seul mode d'exploitation culturale possible est l'éle- 
vage du bétail. Si l'Arabe, avec ses habitudes invétérées de 
négligence, ne peut retirer de cet élevage un résultat avanta- 
geux, l'Européen pourra, sans nuire aux forêts algériennes, 
qui doivent être l'objet des préoccupations de tous, s'adonner, 
lui aussi, à l'élevage de la Chèvre, resté jusqu'ici l'apanage 

(}) Joseph (Cornély, Note sw le Lièvre Patagon ou Mara (Bulletin, 1885, 
p. 553). 
(2) Procès-verbaux [Bulletin, 1885, p. 587). 
^3) Ibidem, p. 70. 

(l) Couput, Au sujet des Chèvres angoras en Algérie (Bulletin, 1885, 
p. 120). 



XXXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

exclusif de la population indigène. Il suffira pour l'encourager 
dans celle voie, de lui prouver que non seulement l'élevage de 
la Chèvre d'Angora est facile dans le Sud, mais encore que le 
prix delà toison de cette Chèvre est assez élevé pour donner 
un bénéfice raisonnable. 

C'est d'après ces considérations que, sur la proposition de 
M. Decroix (1), vous avez décidé de faire auprès de M. le 
ministre de l'agriculture une démarche tendant à obtenir 
que des mesures soient prises en vue d'encourager la propa- 
gation de la Chèvre d'Angora en Algérie et la substitution de 
cette espèce à la race indigène. 

Avec une entière compétence en pareille matière, M. De- 
croix vous a aussi entretenus de l'importante question du 
transport des animaux à bord des navires (2) et des précau- 
tions qu'il conviendrait de prendre, tant pour éviter les acci- 
dents que pour maintenir les animaux en bonne santé, mal- 
gré les fatigues du voyage. 

Des renseignements fort curieux vous ont été donnés par 
M. Pierre-Amédée Pichot sur les Éléphants de service dans 
l'Inde, ainsi que sur les maladies qui affectent parfois ces 
gigantesques pachydermes (o), et cette intéressante commu- 
nication a été complétée par les observations que M. Saint- 
Yves Ménard s'est trouvé à même de recueillir sur les Elé- 
phants du Jardin d'Acclimatation (4). Vous avez de même 
accueilli avec intérêt les notes statistiques que P.-L. Sim- 
monds vous a fait parvenir sur le Chameau et sur l'utilisa- 
tion de cet animal (5), un des plus précieux auxiliaires de 
l'homme dans certaines régions du globe. 

J'ai également à rappeler ici les communications : de M. le 
comte de la Touche, sur l'élève du Cheval dans le dépar- 
tement des Côtes-du-Nord ; de M. le baron de Sachs, sur 



(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 71, 196, 326). 

(2) Ibidem, \>. 390. 

(3) Pierre-Amédée Pichot, Les maladies des Eléphants de service (Bulletin, 
1885, p. 1). 

(i) Saint-Yves Ménard, Sur les maladies des Eléphants (Bulletin, 1885, 
p. 9). 
('.) P,-L. Simiiionds, Le Clmneau (Bulletin, \%^'^, p. 392). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XXXIX 

une curieuse émigralion de Campagnols observée dans les 
plaines de la Beauce (i) ; de M. Mailles (2) et de M. O'iNeill (3), 
sur le Rat noir; de M. Amédée Berlhoule , sur l'Ornitho- 
rynque (4) ; de M. Pays-Mellier, sur la multiplication du Porc- 
épic (5); de M. Mailles (6) et de M. Fernand Lataste (7), 
sur l'intérêt qui s'attacherait à l'introductiou chez nous de 
deux Hérissons du nord de l'Ah-ique, particulièrement re- 
commandables au j)oint de vue de la destruction des Mol- 
lusques et des insectes nuisibles dans les jardins. Enfin, je 
ne dois pas oublier de mentionner les détails fort intéres- 
sants qui vous ont été communiqués par M"' Lagrenée, sur 
l'utilisation industrielle des poils de Lapins angoras de 
grande race. Jusqu'à présent on n'avait presque pas élevé 
cette race de Lapins. On considérait souvent ces animaux 
comme des animaux de luxe ; mais aujourd'hui on peut être 
sûr d'un débouché pour les produits, qui ne sont pas sans 
valeur, car un Lapin adulte ne rapporte pas moins de 6 à 
8 francs de soie (8). Il y a donc lieu de féliciter tout particu- 
lièrement M'"' Lagrenée du zèle désintéressé qu'elle apporte 
à la propagation de cette belle et utile race. 

Pour les animaux qui ne sont encore que peu répandus, 
insuftisamment connus et acclimatés, il y aurait grand intérêt 
à ce que chaque amateur qui les possède ne gardât pas pour 
lui seul ses observations, mais en fit publiquement part et 
dît ce qu'il a appris de leurs moeurs, de leur manière d'être, 
de leurs habitudes. Si cet usage se généralisait beaucoup 
plus parmi les membres de notre Société, l'acclimatation en 
acquerrait un sérieux avantage. Quels tâtonnements, quel 
gaspillage de temps et de sujets rares et précieux on évite- 
rait en profitant des essais précédents, puisque chacun, d'or- 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 525). 

(2) Ibidem, p. 537. 

(3) Ibidem, p. 503. 

(4) Am. Berlhoule, L'Ornitliorijnque {BuÛelin, 1885, p. 5U5). 

(5) Proces-verbaux (Bullelin, 1885, p. 133j. 

(6) Ibidem, p. 325. 

(7) Ibidem, p. 32tJ. 

(8) M™" G. L-.igrenée, Utilisation indusirielle des poils de Lapins angoras. 
[Bulletin, 1885, p. 642). 



XL SOCIÉTÉ NATIOISALE D ACCLIMATATION. 

dinaire livré à ses propres moyens et inspirations, est à peu 
près obligé de faire son éducation à ses dépens, et, en 
somme, à ceux de l'acclimatation en général, dont, par inex- 
périence, on retarde le développement et souvent on stérilise 
et même on anéantit les ressources. 

Ce sont précisément ces raisons qui donnent une sérieuse 
valeur aux comptes rendus que veulent bien nous adresser 
sur leurs élevages de zélés éducateurs, parmi lesquels 
M. Gabriel Rogeron mérite cette année encore une mention 
spéciale. Les observations faites par noire collègue (1) sur les 
Canards Casarkas de Paradis {Tadorna variegata), les essais 
qu'il poursuit sur le croisement de ditîérentes espèces de 
Canards (2) ont, ajuste titre, fixé votre attention. Il en a été 
de même des renseignements adressés par M. le comte A. de 
Monllezun sur la Bernache de Magellan (3), par M. le mar- 
quis de Brisay sur la Perruche érythroptère(4'), par M. Gour- 
raud sur le Canard de Bahama (5). 

D'autres élevages ont également été couronnés de succès, 
et nous avons à mentionner en première ligne celui du Lo- 
phophore resplendissant (Lophophorus refulgens) , mené à 
bien par M. Georges Mathias, qui a réussi à obtenir dix Lo- 
phophores vivants (6) et réalisé ainsi les conditions du prix 
fondé par la Société. Mais notre généreux collègue n'a pas 
voulu bénéficier personnellement de la récompense promise. 
Joignant le désinléressement à la modestie, et se contentant 
de la constatation du succès obtenu, il a immédiatement 
affecté le montant du prix mérité par lui à la création de deux 
prix destinés : l'un à l'éleveur qui aura obtenu la reproduc- 
tion en captivité d'une espèce quelconque de l'ordre des 
Gallinacés n'ayant pas encore multiplié en France dans ces 
conditions ; fautre, à l'auteur de la meilleure monographie 

(1) Gabriel Rogeron, Le Casarka de Paradis {Bulletin, 1885, p. 151). 

(2) Gabriel Rogeron, Croisements de Canards {Bulletin, 1885, p. 4-01). 

(3) Comte A. de Montlezun, Sur la Bernache de Magellan {Bulletin, 1885, 
p. 609). 

(4) Marquis de Brisay, Sur la Perruche érythroptére {Bulletin, 1885, 
p. 558). 

(5) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 592). 

(6) Ibidem, p. 592. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLI 

des Phasianidés. Ce sont deux fondations utiles ajoutées à 
la liste de nos prix. Qu'il me soit permis de renouveler ici à 
notre collègue, pour cette création, les félicitations et les re- 
merciements de la Société. 

Vous avez eu à applaudir également aux succès de M. le 
D"" Clos dans la reproduction du Nandou (1), de M. Maxwell 
dans l'élevage de la Tourterelle maillée ('2), de M. Th. Leroux 
dans l'éducation de la Perruche omnicolore et de la Perruche 
de Pennant (3), de M. le comte Henri de Bussierre dans la 
propagation du Colin de Virginie et du Faisan de Mongolie (4), 
de M. Delaurier dans l'élevage de la Colombe grivelée (5), de 
M. Courtois (6) dans la multiplication du Canaid de Paradis 
(Casarka variegata). Signalons, en passant, qu'en même 
temps qu'ils sont, pour ceux qui s'en occupent, un sujet 
d'attachantes distractions, beaucoup de ces élevages peuvent 
devenir une véritable source de revenu. C'est ainsi qu'une 
seule femelle de Canards de Paradis, achetée par M. Courtois 
au Jardin d'Acclimatation en 1875, à raison de -400 francs la 
paire, lui a donné, en l'espace de sept ans, 34 sujets mâles et 
33 femelles, qui ont été vendus au prix total de 5 470 francs (7). 
On voit, par cet exemple, les bénéfices que l'éducation des 
oiseaux de luxe peut donner entre les mains d'éleveurs véri- 
tablement entendus et bien installés. 

Nombreuses sont les espèces intéressantes à acquérir, et, 
chaque jour, des importations nouvelles multiplient vos 
sujets d'expérience. Prétendre établir actuellement la liste 
exacte des espèces qui pourront un jour être utilisées serait 
assurément téméraire; mais il est du moins possible, comme 
le conseillait notre illustre et vénéré fondateur, de « dresser 
celle des espèces dont la domestication, déjà préparée par 
quelques études préliminaires, par des observations faites 



(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 587j. 

(2) Ibidem, p. 181. 

^3) Ibidem, p. 647. 

(i) Ibidem, p. 73. 

(5) Ibidefii, p. G52. 

(&} Ibidem, p. 189. 
(7\ thiriorn i^ mn 



\Dj loiuem, p. iot>. 
(7) Ibidem, p. 190. 



XLII SOCIÉTÉ NATIO^^ÂLE d'ACCLIMATATION. 

dans le pays, ou même par des expériences sous notre climat, 
est assez manifestement utile et possible pour que tous les 
auteurs s'accordent à cet égard (1) ». 

C'est en prenant pour guide ces judicieuses réflexions que 
notre collègue M. d'Aubusson a entrepris un travail d'une 
grande utilité : le catalogue raisonné des espèces d'oiseaux 
qu'il y aurait lieu d'acclimater et domestiquer en France (2). 
Cette élude n'est pas un aride inventaire des richesses futures 
que peuvent nous procurer l'acclimatation et la domestica- 
tion de certains oiseaux; c'est un exposé, aussi exact que le 
permettent les documents recueillis par la science, de leurs 
mœurs, de leurs habitudes, de leur distribution géogra- 
phique, de leur habitat, de leur régime et enfin de l'utilité 
que nous pouvons en retirer. L'importance d'un pareil travail 
n'échappera à personne, et l'on doit remercier vivement 
l'auteur de l'avoir entrepris. 

Dans urie série de communications faites en 1883 et 1884, 
M. le D' Camille Dareste avait fait part à la Société des résul- 
tats de ses belles recherches expérimentales sur les condi- 
tions physiques et physiologiques de l'évolution normale du 
Poulet dans l'œuf. Cette année, notre savant collègue a porté 
son attention sur un point qui restait à élucider : l'influence 
du déplacement des œufs pendant l'incubation (3). Nous sa- 
vons que la Poule couveuse remue fréquemment ses œufs, 
que la pratique du retournement quotidien des œufs est gé- 
néralement adoptée par toutes les personnes qui s'occupent 
d'incubation artificielle, qu'enfin, tout récemment, on a ima- 
giné des appareils pour pratiquer le retournement des œufs 
par des procédés mécaniques. L'immobilité des œufs pen- 
dant toute la durée de l'incubation est-elle donc un obstacle 
à l'éclosion? Des expériences comparatives ont permis à 
M. Dareste de résoudre cette question, en démontrant, de la 

(1) Isidore Geoffroy SaiiU-Hilaire, Acclimatation et domestication des ani- 
maux utiles, p. i8. 

(2) Magaud d'Aubusson, Catalogue raisonné des oiseaux qu'il y aurait lieu 
d'acclimater et domestiquer en France {Bulletin, 1885, p. 471). 

(3) D' Camille Dareste, Note sur l'éclosion des œufs de Poule {Bulletin, 1885, 
p. 209). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. XLIII 

manière la plus nette, que l'immobilité de l'œuf lait adhérer 
l'allantoïde au jaune et amène ainsi la mort de l'embryon. 
Toutes ces recherches expérimentales sur l'éclosion avaient 
été entreprises par M. Dareste dans un but tout scientifique; 
elles étaient le point de départ d'études sur les conditions de 
l'évolution anormale ou de la production des monstruosités. 
Mais elles ont une utilité pratique évidente, puisqu'elles 
rendent compte des difîérenles conditions qui font réussir 
l'incubation artificielle. L'importance de l'incubation artifi- 
cielle comme procédé industriel s'accroît tous les jours. En 
substituant des notions scientifiques aux notions purement 
empiriques dont on s'était contenté jusqu'à présent, notre 
savant collègue a rendu service à tous ceux qui s'occupent de 
l'élève des oiseaux. 

En même temps qu'il appelait votre attention sur les pro- 
grès que fait en divers pays l'élevage industriel de l'Autruche, 
M. le Secrétaire général vous a signalé les difficultés particu- 
lières que présente cet élevage dans notre colonie algé- 
rienne (1), où, dès qu'ils ont une quinzaine de jours, les Au- 
truchons sont sujets à une affection des os qui, jusqu'à l'âge 
de six mois, les fait périr en grand nombre. 

Heureusement ces difficultés paraissent devoir être bientôt 
surmontées d'une manière définitive, grâce aux persévérants 
efforts d'éleveurs intelligents et soigneux, parmi lesquels nous 
avons à mentionner plusieurs de nos collègues et en particu- 
liers M. Laloue (de Zéralda) (2), M. Créput (de Misserghin) 
et M. Lucien Merlato (d'Ain Marmora) (3). 

Des renseignements que vous avez enregistrés avec intérêt 
vous ont été fournis par M. Iluet sur les habitudes et les al- 
lures du Menure Lyre (Menura superba) en captivité (4) ; par 
M, Fernand Lataste, sur l'alimentation des Kapaces noc- 
turnes (5); par M. Gabriel llogeron (6) et par M. Gretté de 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, ItiSô, p. \'i\). 

(2) A. Laloue, Ferme iV Autruches de Zéralda (Bulletin, 1885, p. 665). 

(3) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. G;{, 646, 703). 

(4) Bulletin, 1885, p. 46J. 

(5) Proces-verbaux (Bulleti).i, 1885, p. 327, 391), 

(6) Ibidem, p. 588. 



XLIV SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Palluel (1), sur le phénomène de la mue chez différentes 
espèces d'oiseaux; par M. O'Neill (2) et par M. Maxwell (3), 
sur le développement extraordinaire de l'œuf chez certaines 
Poules; enfin par M. Huet (4), sur les résultats très satisfai- 
sants que donne, pour l'éducation déjeunes Faisans, la nour- 
riture spéciale proposée par notre collègue M. Dautreville. 
D'après les expériences comparatives qu'il a été à même de 
faire au Muséum d'histoire naturelle, M. Huet estime que les 
amateurs sont désormais à l'abri des ennuis de l'élevase au 
moyen des œufs de Fourmi, attendu qu'avec la poudre toni- 
nutritive de M. Dautreville on pourra, sans plus de frais, 
mener parfaitement à bien l'élevage des Faisandeaux. 

Gomme les années précédentes, la culture des eaux a été, 
de votre part, l'objet d'une sérieuse attention; vous avez 
suivi avec intérêt le développement de cette industrie tant 
en France (5) qu'à l'étranger ((3), et vous vous êtes préoccu- 
pés de la nécessité, qui s'impose plus que jamais, de mesures 
protectrices réellement efficaces en faveur du poisson (7). 
C'est spécialement à ce point de vue qu'à l'occasion des ex- 
positions d'Edimbourg et de Londres, vous vous êtes fait 
présenter, par votre Secrétaire des séances, un rapport sur 
la situation de la pisciculture dans la Grande-Bretagne et 
quelques autres pays voisins (8). En même temps, d'utiles 
relations ont été nouées avec diverses Sociétés de piscicul- 
ture régionales (9) ou étrangères (10), dont les travaux, 
comme les vôtres, ne pourront que gagner à se combiner 
dans une sage et fructueuse communauté d'efforts. 

Parmi les nombreux rapports qui vous ont été adressés sur 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 392). 

(2) Ibidem, p. -426. 

(3) Ibidem, p. 416, 428. 

(4) Bulletin,, 1885, p. 466. 

(5) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 67, 181, 182, 251, 310, 311, 378,590, 
704, 705). 

(6) Ibidem, p. 71, 127, 130, 134, 179, 246, 590, 591, 601, 647, 656). 

(7) Comte V. de Lorgeril, Dépeuplement des eaux (Bulletin, 1885, p. 394). 

(8) Raveret-Watlel, Rapport sur les Expositions internationales de pèche 
d'Edimbourg et de Londres [Bulletin, 1885, p. 260). 

(9) Proces-verùaux (Bulletin, 1885, p. 176, 181). 

(10) Ibidem, p. 246, 526. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. XLV 

les travaux de repeuplement des eaux entrepris sur différents 
points, je dois rappeler spécialement les communications de 
MM. Wagner (1), Rivoiron (2), Delg range (3), Berthoule (4), 
Julien (5), Vacher (6), marquis de Scey de Brun (7) et des 
Vallières (8). 

Je dois aussi mentionner d'une façon toute spéciale les 
travaux d'empoissonnement, complètement désintéressés, que 
M. René de Sémallé poursuit depuis plusieurs années dans 
le département du Puy-de-Dôme, où notre collègue fait gé- 
néreusement lâcher, dans divei's cours d'eau et dans la Dore 
en particulier, des quantités importantes d'alevins de Carpe. 
Déjà aujourd'hui il n'est pas rare de voir les pêcheurs cap- 
turer des sujets du poids de plus de 1 kilogramme (9). On 
peut donc espérer que, grâce à M. Sémallé, la Dore se repeu- 
plera de cet excellent poisson et que l'alimentation publique 
retrouvera sur ce point une ressource qui n'aurait jamais dû 
lui faire défaut. 

Vous avez applaudi aux résultats obtenus par M. le vicomte 
de Causans (10) dans l'empoissonnement du lac de Saint-Front 
(Haute-Loire), où notre collègue a créé, pour l'élève de la 
Truite, un établissement important, installé dans des condi- 
tions particulièrement remarquables. 

Des renseignements intéressants vous ont été donnés par 
M. le docteur Paul Brocchi sur la possibilité de mettre en 
exploitation les étangs de la Basse-Camargue (11), à l'instar de 
ce qui se fait, depuis si longtemps et avec tant de profit, dans 
les lagunes du delta du Pô, à Commacchio. 



(I) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 67, 74, 311). 
(2i Ibidem, p. 67. 

(3) Ibidem, p. 134, 181, 705. 

(4) Ibidem, p. 311. 

(5) Ibidem, p. 378. 

(6) Ibidem, p. 704. 

(7) Ibidem, p. 704. 

(8) Ibidem, p. 134. 

(9) Ibidem, p. 175, 190). 

(10) Vicomte de Causans, Établissement de pisciculture du lac de Saint-Front 
{Bulletin, 1885, p. 148). 

(II) Paul Brocchi, Sur les étangs de la Basse-Camargue (Bullet., 1885, 
p. 407). 



XLVI SOCIÉTÉ NATIO-NALE d'ACCLIMATATION. 

Enfin, il convient de rappeler les excellents résultats obte- 
nus, de plusieurs côtés, dans les essais d'acclimatation de di- 
vers poissons étrangers (1) qu'il serait intéressant d'intro- 
duire dans nos eaux douces et sur lesquels des notes vous 
ont été communiquées à différentes reprises (2). 

Des dons précieux d'œufs ou d'alevins vous ont mis à 
même de continuer ces essais et d'en entreprendre de nou-' 
veaux. L'éminent Président de la Société allemande de pisci- 
culture, M. de Behr, auquel vous êtes déjà redevables de 
nombreux et intéressants envois, vous a encore fait adresser 
cette année cent mille œufs de Coregunus albula (3), excel- 
lente espèce des lacs du nord de l'Europe, dont l'acquisition 
présenterait une réelle valeur pour nos eaux douces et en 
particulier pour nos lacs de l'Auvergne. Les œufs, arrivés en 
parfait état, ont été placés en bonnes mains, et nous avons 
tout lieu d'espérer que les alevins obtenus prospéreront dans 
les eaux où ils ont été versés (4). 

Un autre envoi très précieux que nous a généreusement 
fait M. le professeur Spencer F. Baird, commissaire des Pê- 
cheries des États-Unis, vous a permis d'essayer l'acclimata- 
tion de VAmiurus nebulosus ou Poisson-Ghat, de l'Amérique 
du Nord (5). Ce poisson, très estimé aux États-Unis (6), mé- 
rite spécialement l'attention en ce qu'il se contente d'une 
eau stagnante et même vaseuse ; robuste et d'une grande fé- 
condité, il serait une excellente acquisition pour l'empois- 
sonnement des fosses de tourbières, où il réussirait à mer- 
veille, tandis que peu de nos Poissons indigènes y prospére- 
raient de façon à donner des produits vraiment sérieux. 

M. Max von dem Borne, de Berneuchen, nous a fait, lui 
aussi, deux envois dont vous avez apprécié toute la valeur : 
l'un, de jeunes Sandres (7) ou Perches-Brochets (Lucioperca 

(1) Procès-verbaux {BuUelin, 1885, p. 67, 74, 75, 134, 311, 704). 

(2) Raveret-Wattel, La Truite arc-en-ciel [Bulletin, 1885, p. 81). 

(3) Procès-verbaux [Bulletin, 1885, p. 67, 75). 

(4) Ibidem, p. 75. 

(5) Ibidem, p. 526. 

(6) Ibidem, p. 313, 541. 

(7) Ibidem, p. 704. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. XLVIl 

Sandra), espèce qui pourra, malgré son robuste appélil, 
rendre des services dans les eaux closes; l'autre, de Black- 
Bass (1) ou Perche noire d'Amérique {Microplenis salmo- 
nidés et Micropterus Dolomieu Lacépède), un des meilleurs 
poissons des États-Unis, recommandable par son aptitude 
à vivre à peu près dans toutes les eaux. La facilité avec 
laquelle notre généreux donateur, M. Max von dem Borne, a 
obtenu, en Allemagne (2), la multiplication de celte intéres- 
sante espèce donne lieu d'espérer qu'elle pourra de même 
s'acclimater chez nous. 

De nouveaux documents vous ont été fournis concernant la 
maladie qui sévit d'une façon si désastreuse sur les Écrevisses 
de nos rivières (3). Si la cause de cette maladie n'a pu en- 
core être établie d'une façon indiscutable (4), les expériences 
faites prouvent du moins que, dix-huit mois ou deux ans 
après le passage de la maladie, un cours d'eau n'est plus in- 
fecté et peut être repeuplé d'Ecrevisses au moyen d'importa- 
tions bien dirigées. C'est donc de ce côté que doivent se 
porter aujourd'hui les etîorts, et il semble qu'on soit en droit 
d'espérer qu'avec un peu d'intelligence et d'initiative, on 
pourra faire de nouveau prospérer dans nos cours d'eau ce 
crustacé, qui semblait être sur le point de disparaître. 

En outre des travaux que je viens de rappeler, je dois en- 
core mentionner les communications faites par M. Charles de 
Souancé (5) sur des faits curieux de migrations de poissons, 
par M. Laisnel de la Salle (6) et par M. Mailles (7), sur les 
Grenouilles-Bœufs; par M. Fernand Lalaste (8), sur le Scor- 
pion de l'Algérie; par M. Mailles (9) et par M. E. Joly (10), sur 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 649, 654, 655). 

(2) Ibidem, p. 127. 

(3) /fttdem, 67, 384, 591, 705. 

(4)^ Raveret-Wattel, Résumé des réponses au questionnaire sur la maladie 
des Ecrevisses (Bulletin, 1885, p. 614). 

(5) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 527). 

(6) Laisnel de la Salle, Histoire de Grenouilles-Bœufs (Bulletin, 1885, p 213). 
— Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 527). 

(7) Ibidem, p. 247. 

(8) Ibidem, p. 188. 

(9) Ibidem, p. 175, 328. 

(10) Ibidem, p. 182. 



XLVIII SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

les Grenouilles indigènes el sur l'utilité de protéger ces 
Batraciens, destructeurs de Mollusques et d'Insectes nui- 
sibles, etc. 

Pendant cette dernière session, vous avez encore reçu de 
nombreux rapports sur la sériciculture et sur les différentes 
espèces de Vers à soie. L'un des plus zélés correspondants de 
la Société, M. Alfred Wailiy, vous a, comme de coutume, 
fait parvenir un compte rendu détaillé de ses travaux de 
l'année (1) comportant l'éducation d'un grand nombre de 
Lépidoptères séricigènes exotiques. Parmi les différentes 
observations consignées dans ce rapport (2), il en est une 
particulièrement intéressante à enregistrer : c'est la possi- 
bilité d'élever le Ver à soie du Chêne du Japon, VAttacus 
Yama-maï, avec les feuilles de l'Aubépine, et de parer ainsi 
à l'inconvénient du développement tardif des feuilles du 
Chêne, cause fréquente de grand embarras pour l'éducation 
de ce Bombycien exotique. 

Des rapports très intéressants vous sont parvenus de divers 
côtés sur l'élevage du Ver à soie du Chêne de la Chine, 
VAttacus Pernyi, que sa rusticité véritablement exception- 
nelle rend précieux pour notre climat (8). On doit donc 
applaudir vivement aux efforts que font pour propager cette 
espèce plusieurs éducateurs zélés, parmi lesquels figurent, 
au premier rang, M. Fallou (4), M. E. Charrin (5), M. le 
comte Léon de Danne (6), M. le docteur Gilbert (7) et surtout 
M"* veuve Turpin (8), de Sillats, qui travaille à cette œuvre 
utile par de nombreuses distributions de graines et de 
cocons, et qui a bien voulu, cette année, faire à la Société, 
l'envoi d'un lot important de graine choisie (9). 



(1) Procès-verbaux {BuUelin, 1885, p. 529, 531). 

(2) Alfred Wailiy, Éducations d'Attacietis séricigènes [Bulletin, 1885, p. 410). 

(3) Procès-verbaux {Bulletin, 1885, p. 320, 329). 

(4) Ibidem, p. 192,320. 

(5) E. Charrin, Essai d'élevage du Ver à soie du Chêne de Chine (Bulletin, 
1885, p. 542). 

(6) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 378, 648, 707). 

(7) Ibidem, p. 378. 

(8) Ibidem, p. 529. 

(9) Ibidem, p. 311, 592. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLIX 

Le R. p. Camboué, missionnaire apostolique à Tama- 
lave, auquel vous devez de nombreuses notes sur la flore et 
la faune de Madagascar (1), vous a notamment fait parvenir 
un travail très intéressant sur les Bombyciens séricigènes de 
cette île (2). Les renseignements fournis par ce travail, et les 
échantillons de soies qui l'accompagnaient, font voir tout le 
développement que la sériciculture pourrait prendre à Mada- 
gascar, où cette industrie ne sera pas la moindre ressource 
offerte à nos colons, quand la France s'établira solidement 
sur ce point, La quantité de soie consommée annuellement 
par nos fabriques françaises se chiffre par 250 millions de 
francs environ; or la moitié de cette soie nous vient de la 
Chine, par l'Angleterre. Du jour où la grande île africaine 
sera vraiment et de fait la France orientale, nous pourrons 
y trouver, entre autres avantages, celui d'y prendre la ma- 
tière première que nous sommes actuellement obligés de 
demander à l'étranger. Puissions-nous donc, dans un avenir 
prochain, voir sur la grande île africaine de Madagascar, 
triompher définitivement, avec les droits de la France, les 
intérêts de la vraie civilisation ! 

M. P. Mégnin, l'auteur de si importants travaux et de si 
nombreuses découvertes concernant les Acariens, poursuit 
ses savantes recherches sur ce groupe d'êtres microscopiques 
que l'on regarde généralement, mais à tort, comme étant tous 
nuisibles. La plupart sont inoffensifs; beaucoup peuvent 
même être considérés par nous comme des auxiliaires. Avec 
la collaboration de M. le professeur Laboulbène, M. Mégnin 
vient de faire l'étude complète d'une espèce qui restait fort 
mal connue , le Sphœrogyna ventricosa , et, d'après les 
mœurs, la manière de vivre de cette espèce, on est en droit 
de penser qu'elle pourrait devenir, pour combattre le Phyl- 
loxéra, un agent destructeur des plus efficaces (3). 

Parmi les communications ressortissant à la 4' Section, je 



(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 183, 247, 329, 658). 

(2) Le R. P. Ciuiiboué, Bombyciens séricigènes de Madagascar {Bulletin, 
1885, p. 367). . 

(3) P. Mégnin, Note sur un Acarien utile (Balletin, 1885, p. 4.59). 

4' SÉRIE, T. III. — Séance publique annuelle. d 



L SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

dois encore mentionner celle de M. Moleyie sur les Insectes 
et les Craslacés comestibles (1); celles de M. Maurice Girard, 
concernant divers insectes nuisibles aux cultures (2) ; celle 
de M. O'Neiil, sur la destruction des Criquets dans l'île de 
Chypre (3) au moyen du procédé décrit il y a quelque temps 
dans le Bulletin, ])2iV notre collègue M. Decroix (4); celle 
de M. Fallou sur un Lépidoptère de l'Europe méridionale, le 
Lasiocampa otus, qui produit un beau cocon soyeux et qui 
mériterait qu'on essayât de l'acclimater en Algérie (5) ; enfin, 
celle de M. Charles Naudin, sur les ressources que pourrait 
offrir, pour l'élevage des Vers à soie du Chêne {Attacus 
Yama-maï et A. Pernyi), le Chêne de Mirbeck {Quercus 
Mirbeckii), qui, plus précoce que ses congénères, fournirait 
des feuilles bien développées à l'époque de l'éclosion des 
jeunes Chenilles (6). 

Des rapports détaillés vous ont été adressés par plusieurs 
de nos collègues, sur la culture des plantes qui leur avaient 
été confiées par la Société. Il convient de mentionner parti- 
culièrement ceux de MM. le docteur Lecler (7), Willist (8), 
Yincendon-Dumoulin (9), Faudrin (10), Duchastel (11), 
Baron d'Avène (12), Sœhnlin (13), llédiard (14), Fallou (15), 
de Barrau de Muratel (16), Félix de la Rochemacé (17), 
AdenoL (18), Fleury(19) et Mathey (20). 

(1) Molevre, Insectes et Crustacés comestibles {Bull., 1885, p. 500, 56"2,668). 

(2) Proces-verbuux (Bulletht, 1885, p. 311, 531 j. 

(3) Ibidem, p. 135. 

(4) Ibidem, p. 311. 

(5) Ibidem, p. 194. 

(6) Ibidem, p. 049. 

(7) Ibidem, p. 7U. 

(8) Ibidem, p. 70. 

(9) Ibidem, p. 128. 
(lOj Ibidem, p. 185. 

(11) Ibidem, [k 187. 

(12) Ibidem, p. 321. 
(13j Ibidem, p. 388. 

(14) Ibidem, p. 387. 

(15) Ibidem, p. 388. 

(16) Ibidem, p. 534. 

(17) Ibidem, p. 592. 

(18) Ibidem, p. 710. 

(19) Ibidem, p. 710. 

(20) Ibidem, p. 712. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LI 

Votre atlention a été appelée par iM. Cli. Naiidia sur difle- 
rents végétaux économiques, dont l'acclimalalion lui paraî- 
trait devoir être essayée dans noire Midi (1). 

Continuant à s'occuper, avec le zèle infatigable qu'on lui 
connaît, des végétaux exotiques intéressants à acquérir pour 
nos cultures potagères, M. A. Paillieux vous a entretenus, à 
plusieurs reprises (2), de diverses plantes alimentaires nou- 
velles, qu'il travaille activement à propager et qui méritent, 
en effet, une attention toute spéciale (3). 

M. le docteur Mène a complété le travail si important qu'il 
avait entrepris sur les productions végétales du Japon, et 
dans lequel sont passées en revue toutes les plantes alimen- 
taires, industrielles, forestières ou ornementales. Le savoir 
étendu, le soin minutieux, la conscience extrême apportée 
dans l'exécution de ce travail en font, au point de vue scienti- 
fique comme au point de vue purement pratique, un des 
documents les plus remarquables que notre Bulletin ait pu- 
bliés jusqu'à ce jour (4). 

Vous avez appris avec satisfaction le développement de la 
culture des Eucalyptus, dont plusieurs espèces ont fait l'objet 
de communications de la part de MM. Henry de Vilmorin (5), 
le docteur J. Michon (6), R. de Noter (7), Brau (8) et Ra- 
verel-Wattel {9). M. Félix delà Rochemacé vous a fait par- 
venir des renseignements complémentaires sur le procédé 
qu'il emploie pour rendre ces arbres australiens plus résis- 
tants aux froids, procédé qui lui donne les meilleurs résul- 
tats et qui, même sous le climat du département de la 
Loire-Inférieure, lui a permis d'obtenir, à quatre ans et 
demi de plantation, des Eucalyptus amygdalina de 10™,50 

(l) Ch. Naiidin, Sur divers végétaux économiques (Bulletin, 1885, p. 138). 
(2j Proces-verbaux (Bulletin, 1885, p. 75, 194, 195, 197, 324, 386). 

(3) A. Paillieux, Quelques plantes alimentaires nouvelles [Bulletin, 1885, 
p. 634). 

(4) Edouard ^ène, P:is productions végétales du Jupon [Bulletin, 1885, p. 93, 
2-24, 288, 347. 423). 

(5, Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 19?). 

(6) Ibidem, p. 252. 

(7) /fcirfem, p. 592. 

(8) Ibiilem, p. 709. 

(9) Ibidem, p. 129, 462. 



LU SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

de hauteur et de 0'",53 de circonférence à 1 mètre au-dessus 
du sol (1). De son côté, M. Jaille a fait, dans le département 
de la Gironde, d'intéressanles observations sur la rusticité 
de plusieurs espèces d'Eucalyptus et en particulier de rjE*. 
amydalina, qui, par sa végétation rapide et par son aptitude 
à résister au froid, mérite une attention spéciale (2), Nous 
pouvons d'autant plus, Messieurs, nous féliciter des résultats 
obtenus, que la Société d'Acclimatation a contribué pour 
une très large part à la propagation des Eucalyptus, et il con- 
vient, d'ailleurs, de rappeler que c'est à un de nos collègues, 
M. Alfred Bonchereaux, que revient le mérite d'avoir dé- 
montré la possibilité de l'utilisation du bois d'Eucalyptus, 
non seulement pour des travaux tels que les grosses char- 
pentes, mais encore pour la fabrication des meubles. On a 
longtemps prétendu que l'Eucalyptus ne pourrait pas être 
employé en ébénisterie, parce que les fibres de ce bois se 
tordaient. M. Bouchereaux a constaté qu'en lui faisant subir 
un certain séjour dans l'eau, ce bois perd complètement le 
défaut qu'on lui reprochait et peut recevoir une foule d'ap- 
plications. Des meubles ont été confectionnés en utilisant le 
bois d'Eucalyptus globulus, provenant de la succursale du 
Jardin d'Acclimatation, à Hyères, et M. Bouchereaux a éga- 
lement essayé l'emploi de l'-É^. rostrata, qui fournit un excel- 
lent bois de placage, plus élégant que Tacajou moucheté (3). 
Une remarquable élude de notre collègue. M, Charles 
Rivière, directeur du Jardin d'essai du Hamma, sur une vé- 
gétation assainissante au Gabon (4), a provoqué au milieu de 
vous une intéressante discussion sur l'influence des planta- 
tions d'Eucalyptus dans les régions paludéennes (5), et cette 
controverse ne peut être que profitable à la vérité scienti- 
fique. Comme M. le docteur Michon l'a fait remarquer avec 
tant de justesse, dans des questions aussi difficiles que celle 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 380, 651). 

(2) Ibidem, p. \U. 

(3) Ibidem, p. 187. 

(4) Ch. Rivière, Végétation assainissante au Gabon {Bulletin, 1885, p. 12, 

38 71). 

(5) Bulletin, p. 28, 31, 54, 55, 71. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LUI 

de l'assainissement i]e ces contrées que la civilisation mo- 
derne dispute à la nature sauvage, les expériences sont très 
difficiles; elles ne sauraient se faire avec la rigueur et la pré- 
cision des essais de laboratoire. Des fLÙts, riooureusement 
constatés, peuvent seuls servir à élucider cette question d'hy- 
giène, une des plus importantes qui puissent faire l'objet des 
études de la Société d'Acclimatation. 

Au nombre des végétaux exotiques dont l'acquisition vous 
préoccupe à bon droit, les Bambous occupent une des pre- 
mières places. La culture de ces précieuses graminées gagne 
heureusement chaque jour du terrain, grâce aux efforts de 
plusieurs d'entre vous (1), et elle prend déjà, sur quelques 
points, une véritable importance. A Bayonne, M. Gustave 
Pinède, qui a l'un des premiers introduit cette culture dans 
la région en 1865, possède aujourd'hui une magnifique plan- 
tation, où certains Bambous présentent des jets de plus de 
10 centimètres de diamètre, sur une longueur de 12 mètres. 
En présence d'un pareil résultat, on est porté à croire que 
cette plante trouvera sa place en France, non seulement à 
titre de plante d'ornement, mais encore comme une essence 
forestière appelée à rendre, dans un temps plus ou moins 
rapproché, les plus grands services (2). 

De nombreuses notes vous ont été adressées sur des végé- 
taux provenant de diverses régions du globe, ou sur des cul- 
tures particulières ; il convient de citer spécialement les com- 
munications de M. Gourdin, sur la réussite remarquable de 
ses plantations de Chamœrops excelsa et à' Araucaria imbri- 
cata à la Roche-sur-Yon (o) ; de M. Jules Cloquet, sur la cul- 
ture des Cèdres sous le climat de Paris (4) ; de M. Charles 
Mailles, sur des essais de culture de différents végétaux 
dans la mousse (5) ; de M. le D' Vidal (6) et de M. Charles 



(1) M. le I)'' Lecler s'est particulièrement occupé de celte intéressante 
question (voy. Bulletin, 18<S5, p. 70, 651). 

(2) Proces-rerbaux [Bullelin, 1885, p. 60, 189. 

(3) Ibidem, p. 177. 

(4) Ibidem, p. 178. 

(5) Ibidem, p. 388. 

(6) Ibidem, p. 379. 



LIV SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

Nandin (1), sur le Rlius vernicifera, et sur l'utililé que pré- 
senterait l'introduction chez nous de ce Sumac du Japon ; 
de M. Decroix (2), sur le Pacanier ou Noyer d'Amérique {Cary a 
olivœfo'rmis) ; de M. llédiard (3), sur la production et le com- 
merce des Oranges en Algérie, et sur l'urgence d'une revision 
des tarifs des chemins de fer, au point de vue des intérêts du 
producteur et du consommateur ; enfin, de M. le D' Pallas 
sur le Pinus australis, conifère des États-Unis, qu'il y au- 
rait intérêt h essayer dans les Landes, pour la production 
de la résine (4). 

Comme les années précédentes, des envois précieux d'ani- 
maux, de plantes et de graines vous ont été faits. Je dois men- 
tionner principalement ceux de MM. Sarrazin (5), Albuquer- 
que (6), de Bouchaud de Bussy (7), Romanet du Caillaud (8), 
Gamba (9), James Jakson (10), Pioulland (M), de Vilmo- 
rin (12), von Mueller (13), et Daruty (li). 

Enfin, j'ai à signaler que, aussi bien que nos collections, 
notre bibliothèque s'est enrichie cette année, grâce à des dons 
nombreux et importants (15) et, à ce sujet, je ne dois pas 
omettre de rappeler les intéressants bulletins bibliographi- 
ques que vous devez tant à la plume à la fois élégante et con- 
sciencieuse de votre bibliothécaire-archiviste, M. Amédée 
Berthoule (16), qu'à celle de plusieurs autres collègues, 
M. Georges Mathias en particulier (17). 



(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1885, p. 380). 

(2) Ibidem, p. 384. 

(3) Ibidem, p. ) 7'J. 
(4.) Ibidem, p. 75. 

(5) Ibidem, p. 178. 

(6) Ibidem, p. 183. 

(7) Ibidem, p. 185. 

(8) Ibidem, p. 312. 

(9) Ibidem, p. 313. 

(10) Ibidem,]). 379,532. 

(11) Ibidem, p. 530. 

(12) Ibidem, p. 536. 
,13) Ibidem, p. 560, 657. 
(U) Ibidem, p. 651. 

(15) Ibidem, p. 243, 250, 251, 702, 711. 

(16) Bulletin, 1885, p. 78, 142, 204, 206, 333, 606, 608. 

(17) Ibidem, p. 423. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. L\ 

Messieurs, la tâche du rapporteur est finie. Il ne lui reste 
plus qu'à vous demander pardon d'avoir soumis à une si lon- 
gue épreuve votre indulgente attention ; sa seule excuse est 
dans le nombre et l'importance de vos travaux, dont il craint 
de n'avoir réussi, toutefois, à donner qu'une idée bien 
imparfaite. 



RAPPORT 

AU NOM 

DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES <*> 

Par M. A. GEOFFROY SAU^T-HILAIRE 

Secrétaire général de la Société. 



La Société nationale d'Acclimatation récompense par des 
prix, par des primes, par des médailles et par des allocations 
pécuniaires les travaux tant théoriques que pratiques inté- 
ressant l'acclimatation et d'une façon générale les applica- 
tions de l'histoire naturelle. 

Notre Association encourage tous les efforts, accueille tous 
les progrès. A mesure qu'on avance sur le chemin que nous 
parcourons, le but semble reculer, c'est que chaque jour le 
désir d'un nouveau progrès vient s'ajouter aux convoitises 
de la veille. Il semble que rien ne soit fait tant qu'il reste 
quelque chose à faire. Et pourtant, Messieurs, si nous jetons 
un regard en arrière, que d'efforts déjà récompensés depuis 
la fondation de la Société, que de résultats obtenus ! Com- 
bien d'expériences intéressantes consacrées par vos médailles, 
combien de résultats définitifs acquis ! 

La liste des récompenses décernées par la Société depuis 
sa fondation serait en quelque sorte le résumé des progrès 
accomplis. 

Ces progrès, ces succès, pour les bien apprécier, il faut 
avoir assisté comme nous aux efforts qui les ont donnés. 

Mais ce n'est pas le lieu d'entreprendre la nomenclature, 
pourtant instructive, des encouragements décernés, des prix 
gagnés. En attirant vos regards veis ce laborieux passé j'ai 

(1) La Commission des récompenses était ainsi composée : 

Membres de droit: MM. le Président et le Secrétaire général. 

Membres délégués du Conseil : MM. Bertlioulc, Maurice Girard, A. Paillieux 
et le marquis de Sinéty. 

Membres délégués des sections: MM. Saint-Yves Ménard , Georges Mathias, 
Raveret-Watlel, J. Fallou, le docteur E. Mène. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LVII 

voulu seulement vous donner bon courage pour la marche en 
avant. 



PREMIÈRE SECTION. — MAMMIFÈRES. 
médaille d'or (Hors classe). 

Les travaux de vulgarisation et les publications périodiques 
relatives aux sciences appliquées sont toujours l'objet de 
l'attention de la Société. A ce titre les services rendus par 
M, Ernest Menault, inspecteur général de l'agriculture, 
sont appréciés comme il convient. Ils font connaître au grand 
public les efforts qui ont pour objet les applications de la 
zoologie et de la botanique ; c'est dire que les travaux de la 
Société d'Acclimatation trouvent en M. iMenault un historien 
compétent autant que bienveillant. 

Nous sommes heureux de pouvoir remercier M. Menault 
de son concours en lui remettant une médaille d'or hors 
classe. 

Prix de lOOO francs. 

Fondé par la Société pour la multiplicalion en France de Kangiirous de grande 

espèce. 

Depuis plusieurs années déjà, la Société avait proposé un 
prix ainsi libellé : 

<,( Multiplication en France, à l'état sauvage, dans un 
grand parc clos de murs ou en forêt, de Kangurous de 
grande taille. 

» On devra faire constater la présence de dix individus au 
moins, nés à l'état de liberté, parmi lesquels six animaux 
seront âgés de plus d'un an. — Prix : 1000 francs. » 

M. le vicomte Cornély, dont le nom a été inscrit déjà bien 
souvent sur la Uste des lauréats de la Société, a rempli et 
au delà le programme du prix, puisque dans son parc de 
Bcaujardin nous avons pu voir quatorze Kangurous géants, 
dont dix nés sur place. 

Ce nouveau succès de M. le vicomte Cornély a son impor- 



LVIII SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

tance et la Société félicite le lauréat d'avoir mené à bien cette 
intéressante expérience. 

médailles «le prcniièro classe. 

A la suite de persévérants efforts M. le vicomte Cornély a 
réussi à se procurer un couple de Lièvres de Patagonie ou Ma- 
ras {Dolichoiis patagonica). Il a fallu bien des années pour 
obtenir cette importation; enfin elle a été faite et notre lauréat 
s'est trouvé, après une longue attente, en possession d'un 
couple de ces rongeurs. Dès la première année la reproduc- 
tion en a été constatée. Dans un mémoire étudié, M. le 
vicomte Cornély a fait part à la Société des observations qu'il 
a recueillies. Nous avons voulu constater ce résultat en dé- 
cernant une médaillejle première classe. 

Utiliser un produit négligé, en vulgariser l'emploi, consti- 
tue un progrès sérieux. Nous décernons à des services de cet 
ordre trois médailles de première classe, à M. Jacquier, de 
Saint-Innocent (Savoie), à M. Patard-Ghatelain, de La Ferté- 
Macé, à M"" G. Lagrenée (de Beauvais). 

Ces trois lauréats produisent, on peut dire industrielle- 
ment, du poil de Lapins angoras. Ils fournissent une matière 
première qui prend de plus en plus sa place dans le com- 
merce de la bonneterie. Si l'utilisation de la laine de Lapins 
angoras acquiert peu à peu de l'importance, c'est, sans aucun 
doute, à l'exemple donné par MM. Jacquier et Patard-Cha- 
telain et à M"" Lagrenée qu'on le devra. 

Menfion honorable. 

Une mention honorable est accordée à M. Jules Pataillot, 
instituteur à Maizières (Haute-Saône), qui cherche dans son 
enseignement à intéresser ses élèves à la connaissance des 
animaux utiles. Ses dictées relatives à l'histoire naturelle 
appliquée sont conçues dans un esprit excellent. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LIX 

DEUXIÈME SECTION. — OISEAUX. 
Médaille d'Or. 

La nourriture artificielle destinée aux Gallinacés, dont 
M. Dautreville est l'inventeur, constitue un progrès inté- 
ressant. 

Cette nourriture artificielle, étant facile à transporter et à 
conserver, rendra les plus signalés services pour l'éduca- 
tion des oiseaux-gibiers et des oiseaux de volière. Un grand 
nonîbre d'éleveurs et d'amateurs des plus honorables ont 
fourni à M. Dautreville les meilleurs témoignages sur 
l'emploi qu'ils ont fait de la poudre toni-nutritive. Pourra- 
t-elle remplacer partout et complètement les œufs de 
fourmi? Plusieurs des attestations mises sous nos yeux l'af- 
firment et nous serions portés à le croire. Mais il n'est pas 
besoin de faire cette preuve pour admettre que la poudre 
toni-nutritive est un excellent produit et que, par son in- 
vention, M. Dautreville a rendu un véritable service aux 
éleveurs. 

La Société décerne à M. Dautreville une médaille d'or hors 
classe. 

Médailles de iireinièrc clas.«ic. 

Domestiquer une espèce d'oiseau propre à détruire dans 
les jardins les souris, les insectes et les mollusques nuisibles, 
est un but intéressant à atteindre. Les essais poursuivis par 
M. le vicomte Cornély tendent vers la solution du problème 
posé. En effet, depuis plusieurs années déjà l'Ibis à la face 
noire du Chili {Ibis melanopis) reproduit régulièrement au 
parc de Beaujardin. Dans combien de générations ces robustes 
oiseaux, qui peuvent supporter les rigueurs de nos hivers, 
deviendront-ils domestiques ? 

M. le vicomte Cornély reçoit une médaille de première 
classe pour les expériences faites sur cette intéressante es- 
pèce. 



LX SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Les études faites par M. le professeur Forbes, de l'université 
commerciale de l'illinois, sur le régime alimentaire des 
oiseaux et des poissons, méritent l'attenlion. Ces recherches 
ont une utilité pratique, que la Société est heureuse de ré- 
compenser par une médaille de première classe. Il serait à 
souhaiter que les efforts de M. Forbes fussent imités sur di- 
vers points du globe. 

L'ouvrage intitulé: Élevage des animaux de hasse-cour, 
a été écrit par M. Lemoine, dont le nom est bien connu de 
toutes les personnes qui s'occupent de Gallinoculture, car 
la réputation de l'établissement de Crosne n'est plus à faire ; 
l'auteur du livre que nous récompensons aujourd'hui d'une 
médaille de première classe, a l'expérience et le savoir, aussi 
trouvons-nous dans cette publication, à côté de descriptions 
exactes, des conseils pratiques, des enseignements précieux 
pour l'élevage et l'entretien des volailles. 

Une médaille de première classe est décernée à M. le comte 
de MoNTLEzuN pour le mémoire qu'il a publié sur les Ber- 
naches. Ce travail descriptif a de l'intérêt ; il est d'une grande 
précision. L'auteur a réuni à ses observations personnelles, 
sur ce groupe de palmipèdes, tous les renseignements qu'il a 
su se procurer. Cette monographie conscigncieuse est accom- 
pagnée de dessins soigneusement exécutés et qui sont d'une 
grande exactitude. 

La section ornithologique de la Société impériale russe 
d'Acclimatation de Moscou a recommandé les services ren- 
dus par M'"" Barbe Tcherepow à l'attention de la Commission 
des récompenses. 

M'"' Tcherepow s'occupe depuis longtemps déjà et avec suc- 
cès d'introduire en Russie les bonnes races de Poules. Elle 
entretient plus de deux mille de ces oiseaux et son établisse- 
ment concourt utilement à l'amélioration des basses-cours. 
La lauréate s'occupe en outre d'oiseaux de luxe ; elle a obtenu, 
peut-être la première en Russie, la multiplication du Cygne 
noir d'Australie. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXI 

La Société est heureuse de remettre à M'"' deTcherepowune 
médaille de première classe. 

M. VoiTELLiER (de Mantes) a publié un volume sur lln- 
cuhalion artificielle et la basse-cour, auquel nous décernons 
une médaille de première classe. 

Dans ce livre, l'auteur traite d'une façon étendue ce qui 
concerne l'usage des hydro-incubateurs ; il s'étend avec com- 
pétence sur toutes les questions relatives à l'installation et à 
l'hygiène des oiseaux. Enfin il s'occupe de l'étude des races. 

Comme le dit M. Voitellier dans la lettre qui accompagne 
l'envoi de l'ouvrage : « Ce livre est le résumé d'une expé- 
rience de vingt années. » Il rendra, nous en avons l'assurance, 
de grands services aux éleveurs. 

niédaille de seconde classe. 

On a souvent observé que les oiseaux sauvages indigènes 
se reproduisaient moins facilement en captivité que les exo- 
ti(jues. Les résultats obtenus par M. Audap dans la multipli- 
cation du Canard pilet (Dafila acuta) semblent donner tort à 
cette croyance. Depuis 1877, M. Audap obtient régulière- 
ment, de plusieurs couples, des œufs fécondés; les uns sont 
confiés à des Poules, les autres aux Canes elles-mêmes. Il 
semble que le lauréat soit parvenu à assouplir le caractère 
essentiellement farouche et méfiant du Pilet, L'espèce subit 
un commencement de domestication. M. Audap réussira-t-il 
à conserver ses élèves le jour où il aura renoncé à les éjoinler? 
Il l'espère. La Société décerne une médaille de seconde classe 
à M. Audap. 

Mention honorable. 

Les amateurs d'oiseaux sont arrivés depuis quelques an- 
nées à faire reproduire la plupart des espèces de Perruches 
avec une parfaite régularité. Ils sont même parvenus à faire 
naître des métis entre diverses espèces. Nous récompensons 



LXII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

aujourd'liui d'une menlion honorable le croisement obtenu 
par M. Th. Leroux entre la Perruche de Pennanl et l'Omni- 
colore. Ce qui ajoule à l'intérêt de l'expérience, c'est que les 
oiseaux métis ont produit à leur tour. 

TROISIÈME SECTION. — POISSOiNS, CRUSTACÉS, ETC. 
niédaillo d'or offerte par le Ministre de l'Agriculture. 

L'établissement de pisciculture créé à Apeldoorn (Pays- 
Bas) par M. Noordhoeck-Hegt, est entré depuis longtemps 
dans la voie pratique. C'est par centaines de mille qu'il 
produit les alevins de Saumons que le gouvernement néer- 
landais fait lâcher chaque année dans les eaux du Rhin. 

Les sujets reproducteurs sont saisis en pleine eau, au mo- 
ment de la montée. Les œufs sont fécondés, mis en incuba- 
tion ; enfin les alevins sont conservés jusqu'au jour où ils ont 
acquis assez de force pour être abandonnés à eux-mêmes. 

Depuis plusieurs années déjà on a pris soin de marquer 
(à la nageoire adipeuse) les jeunes poissons lâchés, et on a 
pu ainsi maintes fois reconnaître, dans les Saumons péchés, 
les élèves sortis des bassins d'Apeldoorn. 

M. Noordhoeck-Hegt, outre l'élevage des Saumons, s'oc- 
cupe des divers Salmonidés dont l'introduction présente de 
l'intérêt. Pour être moins importantes, les multiplications et 
les éducations qu'il fait des Sahno fonlinalis, Qulnnat, etc., 
méritent cependant l'attention. 

En décernant à M. Noordhoeck-Hegt la médaille d'or offerte 
par le Ministre de l'agriculture, la Société est heureuse de 
pouvoir récompenser la création d'un établissement de pisci- 
culture pratique des plus importants et des plus prospères. 

Médailles do première classe. 

Bien entendue, la culture des eaux peut donnei" des résul- 
tais pratiques très rémunérateurs. Mais, pour réussir, il faut 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXIII 

savoir préparer le succès par des installaLions raisonnées. 
C'est ce que M. André d'Audeyille a bien compris lorsqu'il a 
créé l'établissement de pisciculture d'Andecy. 

Ayant à sa disposition de belles eaux, il a fait creuser des 
bassins d'alevinage très étendus, et aujourd'hui l'entreprise 
est en pleine activité. Avant peu d'années, l'établissement de 
pisciculture d'Andecy récompensera par ses produits les ef- 
forts de son fondateur. La Société a voulu encourager les 
premiers résultats obtenus en décernant cà M, d'Audeville une 
médaille de première classe. 

Depuis plusieurs années déjà, la Société a reçu des États- 
Unis des œufs fécondés de Salmonidés, grâce au concours 
oblii;eant de M. Blackford. 

En 1885, nous avons dû à cet excellent coopérateur l'envoi 
d'œufs de Truite arc-en-ciel {Salmo iricleus). 

Nous avons voulu remercier M. Blackford des services ren- 
dus à la Société en lui décernant une médaille de première 
classe. 

Il y a plus de trente années que M. le vicomte de Causans 
a commencé à s'occuper de pisciculture. L'exploitation des 
eaux du lac de Saint-Front a donné des résultats de plus en 
plus considérables; on peut même dire des résultats indus- 
triels. 

La fécondation artificielle est pratiquée chez M. de Cau- 
sans sur la plus grande échelle ; 330000 œufs ont été recueil- 
lis en 1883. Bientôt on arrivera, espère-t-on, à un produit 
d'un million d'œufs. 

La Société est heureuse de pouvoir offrir à M. de Causans 
une médaille de première classe. 

M. le capitaine G. -M. Dannevig a été le promoteur de la 
création de la station d'aquiculture, marine de Flodevig près 
Arandal (Norvège). 

Grâce à l'emploi des appareils dont il est l'inventeur, 
M. Dannevig pratique avec succès l'élevage de divers poissons 



LXVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

QUATRIÈME SECTION. — INSECTES. 
Prix de 500 franet^. 

Fondé par la Sncielc pour les travaux llicoriques relatifs a racclinialation. 

La Société décerne à M. Alfred Wailly un des prix fondés 
pour récompenser les travaux théoriques relatifs à l'acclima- 
tation. 

Le Catalogue raisonné des séricigènes sauvages connus 
n'est pas une simple nomenclature, c'est un travail dans le- 
quel sont discutés les mérites comparatifs des diverses espèces 
de Lépidoptères producteurs de soie qui vivent dans toutes 
les parties du monde. 

Dans son mémoire, M. Wailly a résumé en quelque sorte 
vingt ans de persévérantes recherches, et les renseignements 
fournis par un savant compétent ont le plus haut intérêt. 

M. Alfred Wailly reçoit un prix de 500 francs. 

Primo de .lOO franc»*. 

L^'ouvrage intilulé : Leçons sur le Ver à soie du Mûrier, 
publié par M. E. Maillot, est un travail des plus sérieux, 
dans lequel l'auteur traite avec une haute compétence tout 
ce qui concerne la conservation des graines, l'élevage, les 
maladies des Vers à soie. Non seulement M. Maillot résume 
les notions acquises, mais il a su y ajouter les résultats de 
ses propres études personnelles, le fruit de ses propres tra- 
vaux. 

Les Leçons sur le Ver à soie du Mûrier sont un livre qu'on 
peut considérer comme un guide pratique, comme un guide 
excellent pour tous ceux qui s'occupent de sériciculture. 

M. Maillot reçoit une prime de 300 francs. 

Prime de lOO francs. 

Les Abeilles. La brochure à bon marché, publiée par 
M. de Layens, est un résumé pratique et clair de tout ce que 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXVII 

doit connaître un apiculteur. Mobiliste, c'est-à-dire partisan 
des ruches à cadres mobiles, comme tout ami du progrès, 
M. de Layens a su réunir dans son petit ouvrage les notions 
pratiques et les conseils utiles. En mettant cette publication 
à la portée de tous par son prix très modéré, l'auteur a rendu 
un nouveau service à l'apiculture, service que la Société est 
heureuse de récompenser par une prime de 100 francs. 

Médaille do première classe. 

Xes renseignements fournis par le R. P. Gamboué sur les 
séricigènes de l'île de Madagascar ont été accueillis avec in- 
térêt par la Société. 

Les détails relatifs aux Vers à soie indigènes, dont les Mal- 
gaches tirent la soie de leurs étoffes dites Lamba-landy, et 
qu'ils appellent Bibindandy, ont particulièrement attiré l'at- 
tention. 

La Société est heureuse de remercier le R. P. Gamboué de 
son concours en lui décernant une médaille de première 
classe. 

llention honorable. 

Une mention honorable est accordée à M. E. Gharrin, qui 
s'est occupé avec succès de l'éducation de Vers à soie du 
Ghêne {Attacus Pemyi) à l'orphelinat agricole de Laforet 
dans le Gantai. 

Les résultats de cette expérience ont été assez satisfaisants. 
Il faut espérer que dans l'avenir on donnera à ces essais plus 
d'importance, 

cinquième SECTION. — végétaux. 

■Jll ^ ,XÏI 

Grande médaille d'or (Hoi'S classe) 
A l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

Ghargé parla Société d'étudier les productions' Végétales 
du Japon qui ont figuré à l'Exposition universelle de 1878, 
M. le D' Mène s'est livré aux recherches les plus conscien- 



LXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION- . 

cieuses, les plus approfondies. Il s'est entouré de renseigne- 
ments complets, circonstanciés, sur les sujets les plus divers. 
Il a groupé des faits épars; il a profité de toutes les bonnes 
volontés qu'il a su faire naître. A force de sagacité, de travail 
et de ténacité, notre collègue nous a apporté une œuvre ex- 
cellente, une œuvre achevée et parfaite, faisant connaître de 
la façon la plus complète les richesses végétales du Japon et 
les produits qu'on en peut obtenir. Le botaniste, le voya- 
geur, l'industriel, l'horticulteur, consulteront avec fruit cet 
ouvrage important, dû à l'esprit critique et au patient labeur 
de notre collègue. 

Les premiers fascicules de cette publication ont valu à leur 
auteur une des récompenses de la Société. Aujourd'hui le 
livre est terminé, et il est apprécié comme il mérite de l'être 
par les juges les plus compétents. La Société remercie le 
D'' Mène de ses efforts; elle est heureuse de pouvoir lui dé- 
cerner la plus haute des récompenses dont elle puisse dis- 
poser, la grande médaille d'or hors classe. 

Médailles de première clattse. 

Dans le courant de l'année 1885, la Société a entendu les 
communications de MM. Zeiller, Godefroy-Lebeuf et Duval 
(de Versailles) sur les Orchidées de serre froide. Bien que ces 
végétaux ne puissent vivre sans abris sous le climat du nord 
de l'Europe, ils présentent cependant un très réel intérêt au 
point de vue de la décoration de nos demeures, et même au 
point de vue de la décoration de nos jardins dans la région 
de l'Oranger. 

Les lauréats que la Société récompense aujourd'hui ont 
démontré, par les expériences qu'ils ont faites, par leurs com- 
munications, les résultats importants qu'on peut obtenir, pour 
l'ornementation, de ces végétaux aux fleurs éclatantes et par- 
fumées, qui semblaient, il y a peu d'années encore, réservés 
à la culture des serres chaudes et aux riches collections. Au- 
jourd'hui, pourvu qu'on sache choisir, tout le monde peut 
parer sa demeure de fleurs d'Orchidées, puisqu'une serre à 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXIX 

Géranium, et peut-être même de modestes châssis, suffisent 
pour cultiver avec succès ces plantes réputées si difficiles 
autrefois. 

La Société décerne à MM. Zeiller, Godefroy-Lebeuf et Duval 
(de Versailles), des médailles de première classe. 

L'introduction en France du Pacanier des États-Unis 
(Cari/a olivœformis) , qui pourrait fournira notre industrie un 
bois méritant, a été, à diverses reprises, l'objet de l'attention 
de la Société. 

Grâce aux envois de semences faits par M. Sanford, des 
essais importants pourront être tentés. 

La Société, reconnaissante du concours que lui a donné 
M. Sanford, lui décerne une médaille de première classe. 

M. VoiNiER, médecin vétérinaire à l'armée du Tonkin, a 
su créer en peu de mois, à Hanoï, un véritable potager 
européen. Grâce à son initiative, nos compatriotes ont pu 
trouver dans l'Extrême-Orient des légumes frais et de bonne 
qualité. M. Voinier a donné un excellent exemple. Il a prouvé 
expérimentalement les résultats que peut donner, même dans 
les conditions les plus difficiles, une culture bien conduite. 

M. Voinier reçoit une médaille de première classe. 

Médaille de seconde classe. 

Dans un mémoire étendu, M. P,-L. Simmonds a étudié les 
progrès de la culture des Eucalyptus dans les différentes par- 
ties du globe. Ce travail consciencieux contient un grand 
nombre de renseignements utiles et nouveaux. Il montre qu'en 
moins de vingt ans les Eucalyptus ont été introduits avec 
succès dans un grand nombre de contrées, sous les latitudes 
les plus diverses. 

M. Simmonds fait en outre connaître dans son mémoire les 
résultats obtenus en divers lieux des nombreuses espèces 
d'Eucalyptus mises en expérience. 

Ce travail a reçu à la Société le meilleur accueil, et il est 
décerné à son auteur une médaille de seconde classe. 



LXX SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

RÉCOMPENSES PÉCUNIAIRES 

Une récompense pécuniaire de 200 francs est accordée a' 
M. Pierre Bosc, pisciculteur chez M. le vicomte de Gausans. 

Attaché depuis de longues années à l'établissement de 
Saint-Front, le sieur Bosc a rendu les plus grands services à 
la pisciculture. Son zèle, son intelligence sont appréciés 
comme ils le méritent par M. de Gausans. 

Une récompense pécuniaire de 100 francs est accordée à 
M. Henri Véniat, jardinier chez notre excellent collègue, 
M. Paillieux, Le sieur Henri Véniat est un serviteur dévoué, 
que la Société est heureuse de pouvoir récompenser. 

Primes fondécN par feu Agron do Gerniigny 

Pour récompenser les bons soins donnés aux aninianx ou aux plantes. 

Prime de 200 francs. 

M. Blondel, gardien chef des Mammifères au Jardin zoolo- 
gique d'acclimatation depuis plus de vingt-cinq ans, reçoit la 
prime de 200 francs. 

Prime de flOO francs. 

M. ScH.^FFER, employé à la ménagerie du Muséum d'his- 
toire naturelle, reçoit la prime de 100 francs. 



Primes offertes par l'administration du Jardin zoologiqne 
d'jtcciimatation à. ses employés. 



'' M. 


Bouvière . . . 


(Service 


des 


; Mammifères). — 200 fr. 


M. 


Moutard. . . . 








Oiseaux). ' 


:': 100 fr. 


M. 


Debaize 








Mammifère 


!s). 100 fr. 


M. 


Baudouin. . . . 








Poneys). . 


. . 100 fr. 


M. 


Baudouin jeune 




— 




- ) 


25 fr. 


" M. 


MOY 








- ) 


25 fr. 


M. 


Bodevin . . . . 








- ) 


25 fr. 


M. 


Testard. . . . 








r tiiiUn: 


25 fr. 

ffO- 



RAPPORT 

AU NOM DE LA COMMISSION DE COMPTABILITÉ 
SUR L'EXERCICE 1885 

Par M. le D' iSAINT-YVES MÉIVARD 

Trésorier. 



Messieurs, 

Comme nous sommes réunis en famille pour les raisons que vous a 
exposées M. le Président, votre Conseil a pensé qu'il convenait de vous 
parler dans celte séance de nos intérêts matériels. J'aurais à m'excuser 
de l'aridité du sujet si vous ne compreniez que, pour une œuvre d'ini- 
tiative privée comme la nôtre, la situation financière a l'importance de 
l'aliment pour les êtres vivants. 

J'ai donc l'honneur de vous faire connaître, au nom de votre Commis- 
^ sion de comptabilité, la situation financière de la Société en vous pré- 
sentant, d'une part, l'état des recettes et des dépenses du dernier exer- 
cice ; d'autre part, le bilan au 31 décembre 1885. 

Pour vous permettre d'apprécier les chiffres, je vous ferai comparer 
ceux de l'année 1885 à ceux de l'année précédente. 



Recettes ordinaires. 

Cotisations annuelles. — Le total des cotisations annuelles a baissé 
de -2822 francs. 

<>{.; Ce n'est pas que le nombre des membres anciens ait diminué sensi- 
blement plus que d'ordinaire, c'est surtout le recrutement de membres 
nouveaux qui a laissé à désirer. 

Le dénombrement de la Société au 31 décembre, après les démissions 
et les décès, s'établit comme suit : 'i- 

._ i,6'J4 membres ou sociétés agrégées payant cotisation à 25 fr... 42,350 fr. 
27 membres nouveaux entrés après le 30 juin, ayant payé 

9 francs 243 fr. 

Tolal (les cotisations annuelles.' , 42,593 fr. 

-lOlllOV 

16 membres honoraires. '" 

478 membres à vie. 
10 sociétés atliliées. 

2,225 au total, soit 103 de moins qu'en 1884. 



LXXII SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

Droits d'entrée. — Ce chiffre nous donne la mesure de la faible acti- 
vité de notre recrutement : 
Nous avons compté : 

En 1883 191 membres nouveaux. 

En 1884 133 — 

En 1885 81 — 

Il semble que nous subissions le contre-coup de la crise des affaires 
et de la gêne générale. Nous voulons espérer que cet état de choses 
prendra fin et que nous cesserons de suivre une progression descen- 
dante. 

Les revenus des valeurs de la Société ont diminué de 376 fr. 25; je 
vous en donnerai l'explication en vous exposant les dépenses extraor- 
dinaires. 

La subvention du ministère de l'agriculture a été diminuée de 500 fr.; 
c'est le résultat d'une mesure générale. 

Les tirages à part, les abonnements et annonces du Bulletin et de 
la Chronique ont produit un peu moins que l'année dernière. 

La location de la salle a donné aussi un peu moins. 

Au total, les recettes ordinaires de l'année 1885 sont inférieures de 
4885 fr. 10 à celles de l'année 1884. 

Recettes extraordinaires. 

Sous ce titre, nous comprenons les receltes qui ne doivent pas faire 
face aux dépenses courantes; telles sont les cotisations définitives 
(3000 francs eu 1884, 2500 francs en 1885) destinées à être capitalisées 
pour assurer le service des membres à vie; telles sont aussi les recettes 
imprévues, qui se trouvent être cette année d'une assez grande impor- 
tance, grâce à la libéralité d'un de nos confrères, M. Vauvert de Méan, 
consul de France à San-Francisco, membre de la Société depuis l'année 
1860, qui a toujours eu à cœur l'extension de l'influence française et 
s'est intéressé tout particuHèrement aux oeuvres d'initiative privée con- 
çues dans un but d'utilité générale. C'est à ce titre qu'il a apprécié les 
efforts de la Société d'Acclimatation ; il a été pénétré de l'importance 
des services qu'elle a rendus; enfin, désireux de contribuer largement 
à ceux qu'elle peut rendre dans l'avenir, il lui a légué par testament 
une somme de 15000 francs. 

Le jour où nous inscrivons à notre actif le legs du généreux dona- 
teur, nous voulons témoigner toute notre reconnaissance au collègue 
regretté. 



SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. LXXIII 



Dépenses ordinaires. 

Dans une année où les recettes tendaient à baisser, il était indiqué de 
chercher à réduire les dépenses. Telle a été la préoccupation de votre 
Conseil, qui est parvenu à maintenir à peu près l'équilibre. 

Le Bulletin mensuel a coûté 2900 francs de moins, et la Chronique 
500 francs de moins que dans l'exercice précédent. 

De même des économies ont été réalisées sur le chauffage et Véclai- 
rage, les frais généraux, les frais de bureau, les impressions diverses, 
les frais de recouvrement, \a. sténographie, la séance publique. 

La redevance au Jardin d'acclimatation s'est trouvée plus faible, 
puisqu'elle dépend du nombre des membres. 

Seuls les frais de correspondance, les cotisations perdues, les impo- 
sitions, les cheptels, offrent une légère augmentation. 

Les dépenses de loyer et de personnel restent stalionnaires. 

Au résumé, les dépenses ordinaires sont moindres de 104.64 fr. 90. 

Si bien que les comptes se soldent par un excédent de dépenses in- 
signifiant (697 fr. 35). 

Dépenses extraordinaires. 

Les dépenses extraordinaires comprennent les frais d'enregistrement 
pour le legs de M. Vauvert de Méan, et une petite partie des dépenses 
occasionnées par notre nouvelle installation, qui a été commencée à la 
fin de l'année 1885 (15006 fr. 90). 

Pour faire face à ces dépenses, nous devons distraire une partie de 
notre capital. C'est précisément la vente de certaines valeurs qui a di- 
minué déjà un peu nos revenus, comme je vous le faisais remarquer au 
début de mon rapport. 



LXXIV 



SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 



BILAN AU 



ACTIF 



Valeurs disponibles 



Caisse 

Banque de France. 



Obligations de chemins de fer et autres. 



Titre de rente Dutrône. 



Cotisations, Droits d'entrée, etc., à re- 
couvrer 



Crédit Lyonnais 

Jardin d'acclimatation de Paris 

Hodocanachi, banquier 

Société centrale de médecine vétérinaire. 

Valeurs réulisabies 

Bibliothèque 

Mobilier 

Valeur des animaux chez les chepteliers. 
Loyer d'avance 



Divers 

100 actions du Jardin d'acclimatation.. 
Legs Vauvert de Méan 



1S«« 




1.387 


50 


7.087 


05 


t6.5-i6 


75 


2.7U0 


)) 



1.300 » 
2 30 



5.294 65 
4.911 90 
6.820 20 



25.000 » 



201.050 35 



flSSâ 



608 


45 


6.038 


10 


16.328 


75 


2. 700 


II 


7.896 


» 


2 


30 


142 


90 


931 


55 


250 


» 



5.594 70 

5.046 75 

5.505 30 

4.000 I) 



25.000 « 
15.000 » 




SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIETE. 



LXXV 



31 DÉCEMBRE 1885. 



PASSIF 



Divers à payer 

Jardin d'acclimatation de Paris 

Recettes faites pour l'exercice suivant. . 
Prix offert par feu Bérend, à décerner. . 
Loyer à payer 




tS)^4 

11.639 30 

-1.716 85 

392 » 

1.000 » 



ftSS5 
5.780 60 

» H 

489 .) 
1 000 » 
1.375 .. 



I 



■ittthitfi. 




'< rH 




14.748 
186.302 


15 

20 


8.644 
180.460 


60 
20 


201 .050 


35 


195.104 


80 



LXXVIII SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

BIIi.*]ll AU 31 DÉCEMBRE ISS5. 

* Notre situation financière est toujours satisfaisante ; l'excédent de 
notre actif n'a pas varié. 

i 

; Actif. 

L'encaisse est de 668 fr. 45. 

Le dépôt à la Banque s'élève à 6038 fr. 10. 

Les valeurs mobilières figurent pour H 6 328 fr. 75, déduction faite de 
celles que nous avons dû vendre (30218 fr. 75). Nous conservons l'ha- 
bitude, adoptée jusqu'ici, de compter ces valeurs aux prix d'achat; 
mais les cours au 31 décembre dernier nous assuraient une plus-value 
notable. 

Les cotisations et autres créances restant à recouvrer représentent 
une somme un peu élevée (7896 francs), mais n'en sont pas moins un 
actif certain. 

La bibliothèque, le mobilier, les animaux en cheptel, n'ont pas changé 
sensiblement de valeur (1614.6 fr. 75). 

' Un article nouveau se présente ici, c'est un terme de loyer d'avance 
(4000 francs) remis à notre nouveau propriétaire, suivant les conditions 
'du bail. 

Les actions du Jardin d'acclimatation figurent toujours pour 
25000 francs. 

I Enfin le legs de M. Vauvert de Méan sera inscrit à part jusqu'au 
jour où il pourra être représenté en valeur mobilière. 
. Total de l'actif : 195104 fr. 80. 






i 



Passir. 



Notre passif est toujours composé de divers mémoires qui n'ont pas 
du être réglés avant la clôture de l'exercice (5780 fr. 50) ; 
ï De cotisations de l'année 1886, encaissées d'avance (489 francs); 

D'une somme de 1000 francs, offerte par feu Bérend et représentant 
un prix à décerner ; 

D'un terme de loyer échu et non encore payé (1375 francs). 

Au total, 864i fr. 60. ; 

L'excédent de l'actif est ainsi de 186460 fr. 20. 

Vous venez de voir, Messieurs, que l'équilibre des recettes et des dé- 
penses a été obtenu par suite de grosses économies dans l'adminis- 
tration. 
I Mais, pour le bien de la Société, il est désirable que le temps des 



SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. LXXIX 

économies forcées ne soit pas de longue durée ; vous avez bien des efforts 
à encourager, bien des travaux à récompenser, beaucoup de bonnes vo- 
lontés à diriger. Pour cela, vous avez besoin de grandes ressources, pI 
vous ne les trouverez que par l'accroissement du nombre des sociétaires. 
Telle est la conclusion forcée du rapport d'un trésorier. Notre prospérité 
matérielle en dépend. 



JARDIN D'ACCLIMATATION DU BOIS DE BOULOGNE 



RAPPORT 

PRÉSENTÉ AU NOM DU CONSEIL D'ADMINISTRATION 

Par ML A. GEOFFROY SAIIVT-HILAIRE 

DIRECTEUR DU JARDIN 

A l'Assemblée générale ordinaire des Aclionnaircs du 20 mai 1886. 



PRÉSIDENCE DE M. F. JACQUEMART, 
Président du Conseil d'administration. 

Messieurs, 

Au nom du Conseil d'administration, nous avons l'honneur de vous 
présenter les comptes de l'année 1885. 

Vous trouverez ci-dessous les chiffres du bilan arrête au 31 dé- 
cembre dernier. 

Bilan au Si décciultro tS94. 

ACTIF. 
Valeurs immobilisées. 

Création du Jardin 1,024,110 50 ^ 

Travaux neufs et appropriations diverses M, 731, 253 08 

exécutés depuis la création du Jardin.. 707,142 58 ; 
Le capital employé (1,731,253 fr. 08) fera 

retour à la Ville à la fin de la concession. 

Valeurs réalisables. 

Animaux 420,725 50 \ 

Approvisionnements ^ll'fH '^^ ) 850,786 05 

Cautionnement 10,000 » l 

Mobilier 206,819 20 j 

Valeurs disponibles. 

Caisse 2,90165) 

Effets à recevoir » » 5 68,436 10 

Débiteurs divers 65,534 45 ) 

Excédent du passif 22,187 65 

Total 2,672,662 88 



SITUATION FINANCIEP.E DU JARDIN. LXXXI 

PASSIF. 

Capital immobilisé. 

Sommes employées en immobilisation 
(voy. ci-contre) 731,253, 08 

Engagements sociaux. 

Capital-Actions (2000 actions à 500 fr.) 1,000,000 » 1,731,253 08 
Engagements envers les tiers (â terme) 

Dette consolidée : 702 obligations à 
•470 fr. (Solde des 1060 oblige émises 
sur l'emprunt autorisé de 1200.) . . 329,940 » 

{Exigibles.} 

Service de l'emprunt: obligations sor- 
ties aux tirages et intérêts des cou- 
pons 27,662 50 

Créanciers divers ,578,400 50 006,063 « 936,003 ,; 

Réserve. 
5 V„ du bénéfice de l'exploitation en 1883 (108,135 85).. 5,406 80 



ToTAi 2,672,662 88 

Pa.«isir. 

Vous voyez figurer au passif du bilan : 

1° Le capital immobilisé en travaux neufs depuis la création du Jardin 
zoologifjue d'acclimatation, soit 731 i253 fr. 08; 

2" Le capital initialement fourni par les actionnaires, soit un railbon 
Je francs ; 

3" Ce qui reste dû sur l'emprunt émis en 1876, déduction faite des obli- 
gations amorties, jusqu'au tirage du 15 décembre dernier (1885) inclu- 
sivement, soit 329940 francs. 

Au !"■ janvier 188G, trois cent cinquante-huit (358) obligations avaient 
été successivement extraittss de la roue et remboursées ; 

4" Dans le passif, que nous soumettons à votre examen, les engage- 
ments exigibles comptent pour 606 003 francs. Les valeurs actives qui 
figurent, d'autre part, représentent et au delà l'importance de l'ensemble 
de ce passif. 

Af<îl. ' 

L'actif, porté au bilan qui vous est soumis, comprend : 
1" Les valeurs immobilisées. La création du Jardin a coûté 1 million 
24110 fr. 50. Les appropriations diverses, les travaux neufs exécutés 
4" SÉKIE, T. m. — Séance publique annuelle. /■ 



LXXXII SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

depuis l'origine de la Société ont employé une somme de 707 14.î?fr. 58. 
C'est-à-dire que la création et les développements ultérieurs de l'éta- 
blissement que vous avez fondé sur la concession municipale, ont occa- 
sionné, à la date du 31 décembre 1885, une dépense totale de 1 million 
731 253 fr. 08. 

Ce capital immobilisé figure à votre actif pour représenter le capital 
initial, qui a été fourni par les actionnaires, et aussi pour clairement éta- 
blir l'emploi des bénéfices réalisés successivement par l'exploitation (1). 

Mais nous ne devons pas oublier que nous avons seulement la jouis- 
sance (pour un long temps, il est vrai) de l'établissement créé, puisqu'en 
1938, dans cinquante-trois années, il fera retour à la Ville, avec tous les 
aménagements divers qu'il contiendra. 

Pour expliquer clairement cette situation, nous avons fait figurer au 
passif, cette année, comme de coutume, un chiffre exactement égal aux 
sommes employées en immobilisations et qui sont inscrites à l'actif. 

11 n'est pas inopportun de faire observer que dans l'établissement de 

(1) Résultats annuels de l'exploitation du Jardin zoologique d'acclimatation 

(le 1860 à 1885. 

Insuffisance Excédent 

dos Reccitos. des Recettes. 

1860 (3 mois) 4.,982 40 

1861 39,341 54 

1862 90,186 17 

1863 78,461 52 

1864 52,967 88 

1865 15,053 05 » » 

1866 25,217 65 

1867 45,243 70 

1868 40,145 64 » 

1869 19,608 « 

1870 51,799 85 

1871 41,551 16 » » 

1872 22,356 « 

1873 37,250 05 

1874 40,382 40 

1875 27,757 60 « >. 

1876 17,004 75 

1877 83,852 05 

1878 96,049 90 

1879 91,734 88 » « 

1880 46,829 80 « » 

1881 102,746 20 

1882 146,225 65 

1883 108,135 85 

1884 27,063 80 » » 

1885 4,220 70 

Total 341,935 78 1,014,232 41 

Le total des insuffisances de recettes, les années 1870 et 1871 {Guerre 
franco-allemande et Commune) comprises, est de 341 935 fr. 78. Le total des 
excédents de recettes réalisées est de 1 014 232 fr. 41. Depuis sou commence- 
ment jusqu'au 1" janvier 1886, l'exploitation a donc produit 072 290 fr. 63 de 
plus qu'elle n'a coûté. 



SITUATION FINANCIERE DU JARDIN. LXXXIII 

ce bilan, nous n'avons jamais tenu aucun compte de la valeur de la con- 
cession et de l'achalandage qui nous est acquis. 

Dans le courant de l'exercice 1885, le compte des travaux neufs s'est 
peu augmenté. 11 a été chargé de l'amortissement de la construction du 
manège et de la maison du chenil, et aussi de quelques dépenses sans 
importance. 

L'ensemble de ces travaux neufs a coûté 14805 fr 90. 

Constructions nouvelles faites en 1885. 

Amortissement de la construction du manège 8,56-4 60 

— de la maison du chenil 3,933 » 

Dépenses diverses 2,308 30 

Total 1-4,805 90 

2° Les valeurs réalisables comptent pour 850 786 fr. 05 dans le bilan 
que nous vous présentons. Le tableau suivant vous fera connaître les 
éléments constituant ce chiffre important. 

1881 1882 1883 1884 1885 

A. Collection des animaux. 3il,878 65 366,763 d5 414,238 55 403,466 25 420,725 50 

B. Plantes diverses dispo- 

nibles 96,614 » 116.458 35 123,043 55 127,222 » 148,403 90 

C. Mohilier et Outillage.. 99,058 90 102,937 15 126,390 25 140.329 75 138,413 50 

D. Appruvisioniii'nients di- 

vprs, chai)ffaoe, nour- 
riture, libriirio, etc.. 40,870 10 50,093 05 57,194 25 67,46165 64,837 45 

E. Tramway extérieur, voie 

et matériel 65,062 80 69,922 10 65,42195 63,975 10 60,776 35 

F. Cautionnement de'posé 

dans les caisses de la 

Ville de Paris 5,000 » 5,000 » 10,000 » 10,000 » 10,000 » 

G. Outillai'o et Matériel à 

Meulan 1,578 » 5,601 « 3,705 55 7,424 70 7,629 35 

650,062 45 716,774 10 799.994 10 819,879 45 850,786 05 

Les valeurs disponibles figurant à l'actif représentent 68 436fr. 10. 
Compte (l'csploUation de roxorcice 1^95. 



Recettes. 

Subvention du Ministère de 

l'Agriculture 4,000 » 

Participation sur colisalions 

des membres de la Société 

d'Acclimatation 3,820 » 

Entrées du Jardin 312,914 75 

Abonnements. . . , 5,487 50 

Promenades 39,845 25 

Location des chaises 1 1,485 10 

Exposition permanente.... 3,761 » 

Loyer du bullet 13,998 » 

Manège 13,259 10 



Dons d'animaux 873 80 

Bénéfice ducompfanimaux, 

mortalité déduite 34,041 40 

Saillies 4,988 85 

Ventes des œufs 9,322 » 

Bénéfice du compte graines 

et plantes 41,477 65 

Pré t-itelan 6,863 70 

Succursale de Meulan 854 50 

Tramways 35,722 25 

Panorama 3,222 25 

Total.... 550,940 10 



LXXXIV 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



Dépenses. 

Personnel 173,065 25 

Uniformes 12,396 10 

Nourriture des animaux... 157,614 60 

AquariimT 3,292 70 

Entretien des bâtiments. .. 19,761 35 

Entrelien des clôtures 5,023 10 

Entretien du Jardin 2,(S83 65 

Abonnement des eaux 3,260 50 

Gbauffage et éclairage. .. . 14,521 55 
Mobilier industriel et outil- 
lage 34,795 75 

Outils de jardinage 720 05 

Concerts 30,873 10 

Frais de bureaux 6,362 50 

Frais de correspondance. . . 4,484 55 

Publicité.... 6,500 30 



Loyers 4,631 45 

Assurances 3,194 20 

Impositions 5,206 80 

Timbre et impôt des ac- 
tions et obligations 2,630 05 

Assemblée générale 975 75 

Frais généraux 34,504 90 

Ilucber 1,312 70 

Librairie 203 70 

Intérêts des obligations.. . . 18,475 » 



Total des dépenses de 

l'exercice 1885 546,719 40 

Excédent des receltes de 
l'exercice 1884 4,220 70 



Total 550,940 10 



Dépenses. 

Le total des dépenses, pour l'année 1885, s'est élevé à 546 719 fr. 40. 
Ce chiffre est inférieur de 45 922 fr. 15 à celui des dépenses de 1884 et 
de 180 738 fr. 15 à celui de l'année 1883. Notre exploitation a subi le 
contre -coup des enil)arras qui paralysent en ce moment le mouvement 
des affaires et nous avons dû modérer nos dépenses le plus possible. 

Recettes. 

Le chiffre atteint par les receltes de toutes natures, en 1885, s'est 
élevé à 550940 fr. 10. Le produit des entrées a été particulièrement 
faible, il est resté de 40 000 francs environ au-dessous des résultats de 
1884. Pendant les premiers mois le nombre de nos visiteurs avait été 
satisfaisant, mais après mai l'exploitation a été souvent contrariée par 
le mauvais temps. 

Par contre, nous avons vu certains chapitres de receltes donner des plus- 
values intéressantes. Le bénéfice du compte Animaux et celui du compte 
Graines et Plantes ont fourni des ressources importantes, aussi le résultat 
final de l'exercice a-t-il été un excédent de recettes de 4220 fr. 70. 

Nous devons, en terminant, Messieurs , vous demander l'approbation 
des comptes que nous vous avons présentés. 

Vous n'avez pas oublié, Messieurs, que la Ville de Paris a accueilli en 
1882 la demande de prolongation de concession que votre Conseil d'ad- 
ministration lui avait adressée avec votre autorisation. 

Depuis cette époque, vos administrateurs n'ont pas cessé de se préoc- 
cuper des obligations qui résultent pour votre Société des avantages 
nouveaux que la Ville de Paris lui a accordés. 

Mais, il faut li reconnaître, il a été assez difficile, jusqu'à ce moment, 
de réaliser le programme qui, de l'avis de tous ceux qui l'ont étudié, 
doit améliorer les conditions dans lesquelles se fait l'exploitation. 



SITUATION FINANCIÈRE DU JARDIN. LXNXV 

Nous nous sommes trouvés dans un sérieux embarras. Pour exécuter 
les travaux projetés, il faut obtenir d'une assemblée générale extraordi- 
naire, rautorisation d'émettre des obligations. Or, votre capital actions 
est tellement divisé que, dans l'état actuel des choses, il serait, pour 
ainsi dire, impossible de constituer cette assemblée. 

Après avoir sérieusement étudié la question, votre Conseil, usant des 
pouvoirs que vous lui avez conférés dans la séance du 21 avril 1883, a 
voté l'émission de mille actions nouvelles. 

Ces mille actions qui, placées, nous permettront de réunir une assem- 
blée générale extraordinaire pouvant délibérer valablement, nous avons 
aujourd'hui la certitude de les voir souscrire, car un groupe financier 
est prêt à assurer le succès de l'émission, mais ce groupe financier, 
formé d'actionnaires de la Société, souhaiterait d'avoir un certain nombre 
de places dans le Conseil. 

Pour faciliter les négociations en cours, tous vos administrateurs ont 
pensé qu'ils devaient se retirer. 

Ils vous demandent, Messieurs, de vouloir bien accepter leurs démis- 
sions et de leur en donner acte en votant les résolutions suivantes : 

Première résolution : 

L'Assemblée générale accepte la démission de : MM. Jacquemart, 
Blount, Uodocanachi, Edouard André, Henri Aron, comte de Camondo, 
Tony Conte, A. d'Eichthal, comte d'Eprémesnil, duc de Fitz-James, Flury 
Hérard, baron Gérard, Alfred Grandidier, duc de La Piocbefoucauld-Dou- 
deauville, 0. Maggiar, Pierre-Amédée Pichot, baron Alphonse de Roth- 
schild, M. de Saint-Paul, marquis de Selve, A. Touchard, prince de Wa- 
gram, membres du Conseil -d'administration de la Société, et leur donne 
décharge pleine et entière à l'égard de leurs fonctions. 

Deuxième résolution : 

Vu l'article 17 des statuts prescrivant que la Société sera administrée 
par quinze administrateurs, l'Assemblée générale nomme pour cinq 
années : 

MAL Edouard André, Amédée Berlhoule, Albert Geoffroy Saint- 
Hilaire, Alfred Grandidier, Er. Jacquemart, duc de La Piochefoucauld- 
Doudeauville, Saint-Yves ftlénard, Armand Pihorel, Pierre Piodocanachi, 
Maurice de Saint-Paul, marquis de Selve, Léon Simon, baron Arnould 
Thénard, Arthur Touchard, prince de Wagram, administrateurs de la 
Société du Jardin d'acclimatation. 

Conformément à l'article 10 des statuts, le Conseil d'administration se 
renouvellera chaque année par cinquième, d'abord par voie de tirage au 
sort, ensuite par roulement dans l'ordre indiqué par ces tirages. 

M. le Président informe l'assemblée que M. Charles de Souancé, 
membre du Conseil d'administration, avait donné sa démission le 5 no- 
vembre 1885. 



s 



LXXXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Odent, 11, boulevard Saint-Michel, à Paris. 

1 couple Eperonniers chinquis. 
Le comte Okecki, à Paris. 

1 couple de Pigeons frisés; 

1 lot de Poules Dorking. 

O'Neill, à Cognac (Charente). 

1 couple de Canards de Yeddo. 
Ramelet, à Neuvon, commune de Plombières-les-Digon(Côte-d'Or). 

1 couple de Canards Carolins. 
Le marquis de la Rochejaquelein, 73, rue de Grenelle, à Paris. 

1 couple de Cygnes noirs, 
Roussel, à Issoire (Puy-de-Dôme). 

1 couple de Canards de Rouen. 
Comte De Sainte-Marie, 13, avenue de Ségur, à Paris. 

1 couple de Cygnes blancs. 
TiiAUViN, à Orléans (Loiret). 

1 couple de Grenouilles-bœufs. 
Du Verne, au château de la Croix, commune de Varenne-les-Nevers 

(Nièvre). 

1 lot de Poules Dorking. 



Le Gérant ; Jules Grisaru. 



5977. — DoURLOTON. — Iiii|irimcric3 réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



BULLETIN MENSUEL 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

IDE FI^A.IVOE 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ (i) 



CATALOGUE RAISONNÉ 

PAR RÉGIONS 

DES ESPÈCES D'OISEAUX 

qu'il y aurait lieu 
D'ACCLIMATER ET DOMESTIQUER EN FRANCE 

Par L. MiieAUD D'AUBUSSOIV 

(Suite.) 



Thaumalé peint ou Faisan doré (Thaumalea pictaV^âgler). 

Phasianus aureus sinensis, Brisson, Ornith. (1760), t. I, p. 271. — PItasiantis 
pictiis, Linné, Sijst. nat. (1766), t. I, p. 27'2. — Le Faisan doré de la Chine, 
Buffon, PL Enl., 217 (1770). — Tliaumalea picta, Wagler, /s/s (1832), p. 1227. 

— Bonaparte, Compt. rend. Ac. se. (1856), t. XLII, Tahl. des Gall., n" 79. 

— Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1863), p. 307. — Gould, Birds of Asia (1866), 
livr. XVIIl, pi. — Chnjsolophus pictiis, Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), 
p. 398.— David et Oustalel, Ois. de la Chine (1877), p. ili. 

Tout le monde connaît le Faisan doré, et, quoique son in- 
troduction en Europe remonte à un passé déjà lointain, on 
ne s'est jamais lassé de l'admirer (3). 

(1) La Société ne prend sous sa responsabilité aucune des opinions émises par 
les auteurs des articles insérés dans son Bulletin. 

(2) Cuvier pense que le fameux Phéni.x des anciens n'est autre que le Faisan 
4' SÉRIE, T. 111. — Janvier 1886. 1 



2 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

C'est, en effet, un des oiseaux que la nature s'est plu à 
parer avec magnificence. L'or, l'azur, le pourpre, brillent sur 
son manteau. Une huppe d'un jaune doré vif décore sa tête 
et retombe élégamment sur une large collerette rouge orange 
bordée de satin noir, La gorge et le ventre sont d'un beau 
rouge safran vif. La queue brune, marbrée de noir, très dé- 
veloppée, ornée de longues et étroites couvertures supérieu- 
res, de couleur écarlate, termine avec grâce un corps élancé 
et souple. 

La femelle est, comme d'habitude, sombrement vêtue. Les 
jeunes mâles ressemblent aux femelles, et ce n'est qu'à la 
seconde mue qu'ils commencent à se revêtir de toute la ri- 
chesse et de toute la beauté de leur parure. 

Nous n'avons rien à dire du Thaumalé peint en captivité ; 
il est aujourd'hui tellement répandu dans les volières et les 
faisanderies, que nous ne pourrions rien ajouter qui ne fût 
déjà parfaitement connu. En revanche, on sait fort peu de 
chose sur les habitudes de cet oiseau, à l'état de liberté, dans 
son pays d'origine. Vainement chercherait-on dans les récits 
des voyageurs-naturalistes des indications satisfaisantes sur 
ce sujet. M. Swinhoë, le père Armand David, par exemple, 
qui ont pu observer le Faisan doré à l'état sauvage, sont 
presque muets quand il s'agit de nous parler de ses mœurs, 
d'où il faut conclure qu'elles doivent être à peu près les 
mêmes que celles de ses congénères, et que rien de bien spé- 
cial, en ce qui les concerne, n'est venu frapper ces voyageurs. 

Le père David se contente de dire que cet oiseau vit dans 
les bois, sur les montagnes d'altitude moyenne. Il l'a ren- 
contré, dit-il,, assez communément dans le Setchuan occi- 
dental et dans le Kokonoor oriental, et beaucoup plus rarement 
dans le Ghensi méridional. Il manquerait complètement dans 
les provinces septentrionales et orientales de l'Empire, ainsi 
qu'en Mantchourie et en Corée. 

doré; ce qu'en ont écrit les poètes se rapporte en effet assez bien à cet oiseau. 
On ignore Tépoque exacte de l'introduction du Faisan doré en Europe; on 
admet qu'il a été importe au quinzième siècle; les auteurs plus anciens ne par- 
lent point de cet oiseau. Sa domestication aurait eu lieu en Angleterre vers le 
milieu du dix-huitième siècle. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 3 

Les Chinois l'appellent « Ken-chy », Poule d'or, et c'est 
bien là le nom qui lui convient. 

On a lâché le Faisan doré dans des chasses aménagées avec 
soin; l'expérience n'a pas partout réussi, faute peut-être de 
précaution et de persévérance, car notre climat n'est pas trop 
rigoureux pour lui. On le voit encore figurer de temps à 
autre au tableau de quelques chasseurs privilégiés, et il faut 
avouer qu'il est, pour l'œil tout au moins, un merveilleux 
gibier. 

« Le Faisan doré, dit M. Cosson, est d'une chasse plus dif- 
ficile que celle du Faisan commun, car il se tient presque 
constamment dans les fourrés et se dérobe généralement à 
l'arrêt du Chien sans prendre son vul ; mais ces inconvénients 
sont largement compensés par une ponte abondante, qui a 
lieu généralement dans le mois de mars, et dont la précocité 
a l'avantage d'assurer la multiplication de l'espèce, même 
dans les années où celle du Faisan commun se trouve com- 
promise par les pluies d'avril et de mai. » 

Le Thaumalé peint se marie volontiers avec le Thaumalé 
d'Amherst, et de cette union résultent des hybrides de toute 
beauté. 

On élève au Japon et dans les jardins zoologiques d'Europe 
une variété du Thaumalé peint dont la queue est plus courte, 
la collerette plus sombre et la gorge noire. On lui a donné le 
nom de « Thaumalé sombre, Thaumalea obscurci », et vulgai- 
rement celui de « Charbonnier ». 11 existe aussi une variété 
Isabelle. 

Thaumalé d'Amherst {Thaumalea Amherstiœ Wagler). 

Phasianus Amherstiœ, Leadbeater, Linn., Trans., t. XVI, p. 129. — Temminck^ 
PL col., t. V. — Thaumalea Amherstiœ, Wagler, Isis (1832), p. 1228. — 
Bonaparte, Comptes rendus Acad. se. (1856), p. 879. — Swinhoë, Proc. 
Zool. Soc. (1863), p. 317. — David et Oustalet, Ois. de la C/jine (1877), 
p. 415. 

Cet oiseau ne le cède pas en beauté au précédent. 11 porte 
la huppe rouge et la collerette d'argent à bords foncés. Le 
cou, le haut du dos, les couvertures supérieures des ailes 



4 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

sont d'un vert doré clair. Sur le bas du dos règne une belle 
teinte d'un jaune doré, et sur les couvertures supérieures de 
la queue un rouge clair rayé et tacheté de noir. Le ventre est 
d'un blanc pur. 

Cette remarquable espèce fut rencontrée pour la première 
fois en Cochinchine par sir A. Gampbel, qui reçut deux mâles 
du roi de Awa. Il en fit présent à lady Amherst, qui eut la 
bonne fortune de les apporter tous deux vivants en Angleterre, 
où, du reste, ils ne vécurent que quelques semaines. Lead- 
beater donna une description de ce magnifique Phasianide et le 
dédia à lady Amherst, sous le nom de Faisan d'Amherst, P/ia- 
sianus Amherst et. 

Pendant longtemps les dépouilles de ces deux mâles, dont 
l'un prit place dans la collection du comte de Derby et se voit 
encore maintenant au « Derby Muséum » de Liverpool et 
l'autre resta dans la famille du comte Amherst, furent les 
seuls représentants en Europe de l'espèce. Mais, en 4869, 
M. J. Stone fit venir, par l'intermédiaire de M. Medhurst, 
consul de Sa Majesté Britannique à Shangaï, six individus, 
cinq mâles et une femelle, qui arrivèrent vivants en Angle- 
terre. Ils étaient les derniers survivants de vingt oiseaux ex- 
pédiés du Yunan occidental ; huit seulement étaient arrivés 
en bon état à Shangaï, où il en était mort deux autres. Déposés 
provisoirement au « Zoological Garden », ces Faisans, à l'ex- 
ception d'un jeune mâle, furent ensuite expédiés à M. Veke- 
mans, directeur du Jardin zoologique d'Anvers. Depuis, un 
grand nombre de couples ont été apportés en Angleterre et 
sur le continent; des reproductions régulières se sont effec- 
tuées, et aujourd'hui le Thaumalé d'Amherst est devenu un 
oiseau très répandu. 

C'est une acquisition précieuse. Comme oiseau d'ornement, 
il ne peut être surpassé : il est beau, élégant et facile à éle- 
ver en volière. Originaire de contrées assez froides, il n'a 
pas à redouter les intempéries de nos climats, où sa repro- 
duction est assurée. Sa place est donc marquée dans nos 
parcs et nos chasses à côté du Faisan vénéré. 

« Le Faisan de lady Amherst, dit le père David, habite pen- 



OISEAUX A ACCLIMATER. 5 

dant toute l'année les plus hautes montagnes boisées de 
l'ouest du Setchuan, du Yunan, du Kouycheou, et les hautes 
montagnes du Thibet oriental. Il affectionne particulièrement 
les massifs de Bambous sauvages qui croissent à une altitude 
de 2 à 3000 mètres, et dont les bourgeons constituent sa 
nourriture favorite ; c'est même de là que lui vient son nom 
chinois de Seng-ky (Poule des bourgeons). Pris jeune, il s'é- 
lève fort bien et se reproduit facilement en captivité, comme 
on a pu s'en assurer par des expériences faites au collège de 
Moupin. C'est un oiseau robuste, qui ne redoute ni le froid 
ni la neige, et qui s'accommode de toute espèce de nourriture, 
comme notre Poule domestique. A l'état sauvage, il se montre 
fort jaloux et ne souffre pas que le Faisan doré, qui seul 
pourrait rivaliser avec lui, s'approche de l'endroit où il s'est 
établi ; aussi ne rencontre-t-on jamais ces deux Faisans aux 
couleurs éclatantes sur la même montagne ni dans la même 
vallée. )) 

Nous avons dit que cette espèce contracte aisément des 
unions avec l'espèce précédente. Cet accouplement donne des 
oiseaux d'une rare beauté ; ils sont plus forts que les parents 
dont ils sont issus, et les mâles ont souvent une coloration 
des plus riches, participant des deux plumages. 

EUPLOCOME NYCTHÉMÈRE OU FaISAN ARGENTÉ (EuplocomUS 

nycthemerus Temminck). 

Phasianus albus sinensis, Brisson, Ornitli. (17G0), t. [, p. 277. — Phasianus 
nycthemerus, Linné, Sijst. nat. (1766), t. I, p. 272. — Le Faisan blanc de la 
Chine, Buffon, PL Enl., 123 et 124. (illO). — Gennœus nycthemerus, Wagler, 
Isis (1832), p. 1228. — Euplocomus nycthemerus, Temminck (1838). — Gen- 
nœus nycthemerus, Bonaparte, Compt. rend. Ac. se. (1856), t. XLII, Tabl. 
des GalL, WSd. — Gould, Birds of Asia (1859J, livr. XI, \A. — Euplocomus 
nycthemerus, Elliot, Mon. of Phas. (1870), livr. I, pi. — Swinhoë, Proc. 
Zool. Soc. (1871), p. 399. —David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), 
p. 416. 

Comme le Faisan doré, le Faisan argenté est depuis long- 
temps connu en Europe (1), et, pour le moins, aussi répandu 

(1) Son introduction est postérieure toutefois à celle du Faisan doré, caries 
auteurs du seizième siècle, Gessner notamment, ne parlent pas de cet oiseau. 



Q SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

que son congénère. Son plumage, qui n'a pas la richesse de 
celui du Faisan doré, est cependant fort remarquable, grâce 
aux couleurs en apparence disparates dont il est orné, mais 
qui s'harmonisent admirablement par leur distribution. 

Toutes les parties supérieures du corps, d'un blanc d'ar- 
gent, relevées par une huppe noire et des lignes étroites de 
même nuance disposées en zigzag; toutes les parties infé- 
rieures d'un noir à reflets bleus ; les pattes de corail et le bec 
opalin. La femelle d'un brun roux, finement tacheté de gris. 

M. Swinhoë nous dit que l'espèce est sauvage dans le sud 
de la Chine, qu'elle y habite les montagnes boisées de l'inté- 
rieur, qu'on en a tué plusieurs individus dans le voisinage 
d'Amoy, mais qu'il n'en a jamais rencontré dans ses voyages. 

D'après le père David, le Faisan argenté est devenu fort 
rare à l'état sauvage et ne se rencontre plus que dans la Chine 
méridionale, jusqu'au nord du Fokien, et peut-être jusqu'au 
Tché-kiang. Il n'existe pas au Setchuan, et est remplacé dans 
le sud-ouest du Yunan par une race de plus petite taille, que 
M. EUiot a désignée sous le nom d'Euplocome d'Anderson 
(Euplocomus Andersoni). Cette forme, qu'Anderson, con- 
servateur de « l'Indian Muséum » de Calcutta, a découverte en 
Birmanie, paraît être intermédiaire à Euplocomus nycthe- 
merus et Euplocomus lineaMs, qu'on rencontre également 
dans plusieurs contrées de la Birmanie. Nous y reviendrons 
lorsque nous parlerons ultérieurement du lineatus. 

En Chine, l'Euplocome nycthémère porte le nom de Jug-hj, 
Poule argentée, et de Pae-ky, Poule blanche. On voit cet oi- 
seau reproduit en broderies sur la poitrine et le dos des vê- 
tements officiels des mandarins civils, comme signe distinctif 
de leur rang. 

Le Faisan argenté réussit très bien dans nos volières et 
nos faisanderies; mais de bonnes raisons s'opposent à ce 
qu'il devienne un nouveau gibier pour nos forêts et nos tirés. 
La couleur éclatante du costume du mâle le dénonce de loin 
aux attaques des braconniers et des carnassiers, et son naturel 
querelleur l'empêche de souffrir un autre mâle de son espèce 
dans le même district. En outre, il combat et chasse les au- 



OISEAUX A ACCLIMATER. 7 

1res Gallinacés sauvages, le Coq-faisan notamment. Cette 
humeur farouche prend un caractère encore plus aigu au 
moment des amours. Cet oiseau entre alors dans un état d'ir- 
ritabilité excessive; il va même jusqu'à attaquer l'homme, à 
lui donner des coups de bec et des coups d'ergot. Sous l'in- 
fluence de cette excitation, il bat violemment des ailes et fait 
entendre un sifflement très prolongé, qu'accompagne une 
sorte de gloussement sourd et saccadé. 



EuPLOGOME DE S\NimiOE (Euplocomus SwinhoU Gou\d). 

Euplocamus Swinhoii, Gould, Proc. Zool. Soc. (1862), p. 284. — Id., Birds of 
Asia, pi.— Sclater, Proc. Zool. Soc. (1863), p. 119. —Gray, List Gall. (1867), 
p. 34. — Swinhoë, Ibis (1863), p. 401; (1865), p. 538; (1866), p. 308. — Id., 
Proc. Zool. Soc. (1871), p. 399. — Elliot, Mon. of Plias. (1871), t. II, pi.— 
David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877). 

Cette belle espèce est propre à l'île Formose, où elle vit 




Euplocome de Swinhoë {Euplocomus Swinhoii Gould). 

dans les grandes montagnes boisées de l'intérieur. Elle y fut 



8 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

découverte par M. Swinhoë, alors vice-consul d'Angleterre à 
Formose. Gould la décrivit en 1862 dans les Proceedings et 
la dédia à son inventeur, sous le nom d'Euplocome de 
Swinhoë, Euplocamus Swinhoii. 

Dans une lettre adressée en 1863 au directeur du journal 
VI bis, M. Swinhoë raconte comment il lut amené à connaître 
cet intéressant Phasianide. 

Un jour il apprit par ses chasseurs qu'il existait dans l'in- 
térieur un Faisan appelé par les Chinois Wa-koé. Ce Faisan 
fréquentait les hauteurs les plus sauvages, et descendait ra- 
rement sur les versants inférieurs. Ils ajoutèrent que le soir 
et le matin, au crépuscule et à l'aube, le mâle avait pour 
habitude de se placer sur une branche, bien en évidence, ou 
sur le toit d'une hutte solitaire, et que là, se prélassant, se 
pavanant, étalant sa queue, il faisait retentir l'air de cris stri- , 
dents. M. Swinhoë offrit à ses hommes de fortes récompenses 
pour qu'ils lui procurassent le plus grand nombre possible 
de spécimens de cet oiseau singulier. Mais il eut si peu de 
chance, qu'il ne put en obtenir qu'une paire, une femelle 
d'abord, et ensuite un mâle. Vainement, dans une tournée à 
l'intérieur, chercha-t-il à observer par lui-même cet oiseau, 
afin de l'étudier à l'état sauvage et dans ses demeures habi- 
tuelles ; tous ses efforts restèrent infructueux. 

En 1 865, ses chasseurs lui procurèrent un vieux mâle qu'ils 
avaient tué dans les montagnes. 

Dans une seconde lettre, M. Swinhoë, annonçant l'envoi 
de "plusieurs couples vivants de ce Faisan, exprime l'espé- 
rance qu'avant peu il aura réussi à introduire en Angleterre 
cette magnifique espèce, qui sera, dit-il, très répandue dans 
les jardins. Entre temps, le docteur Squire avait déjà importé 
une femelle par la voie de Calcutta. 

L'espoir de M. Swinhoë s'est réalisé; son Faisan orne les 
volières des jardins zoologiques. On l'a même croisé avec le 
Faisan argenté, et on a obtenu des hybrides qui sont assez 
curieux par la distribution des couleurs. 

Les premiers oiseaux de cette espèce que posséda notre 
Jardin d'Acclimatation furent acquis de M. le baron James 



OISEAUX A ACCLIMATER. Q 

de Rolhschild, en octobre 1866. L'année suivante, douze 
jeunes furent obtenus. 

Cet Euplocome, comme l'Euplocome nycthémère, est un 
oiseau robuste et qui s'élève facilement; aussi s'est-il bien 
vite partout répandu et partout multiplié. Malgré cela, il a 
peu d'avenir comme gibier. Très querelleur et très fort, 
comme son congénère, il fera difficilement bon ménage, en 
forêt, avec les autres Faisans, qu'il éloignera toujours de la 
faisanderie et des endroits qu'il aura adoptés. En outre, son 
dos blanc servira de point de mire aux carnassiers et aux 
braconniers. Il est probablement destiné à rester captif dans 
nos volières; mais de quel splendide oiseau d'ornement nous 
a dotés le naturaliste anglais! 

L'Euplocome de Swinhoë est, en effet, magnifiquement 
vêtu. Des caroncules d'un rouge vif s'élèvent de chaque côté 
du sommet de la tête, qui est ornée d'une touffe de plumes 
allongées d'un blanc légèrement mélangé de bleu. Une teinte 
bleu foncé, à reflets soyeux, règne sur la tête, le cou, la poi- 
trine et les flancs. Une longue tache d'un blanc de neige s'é- 
tend sur le milieu du dos et tranche sur le rouge carmin 
sombre à reflets de bronze florentin qui décore les scapu- 
laires. Le bas du dos est d'un noir soyeux, avec des reflets 
d'un bleu violet très brillant au bord des plumes. Enfin, les 
couvertures des ailes sont noires, glacées de vert bronze sur 
les bords, et les plumes médianes de la queue d'une blan- 
cheur éclatante. 

La femelle, beaucoup plus modeste, selon l'usage, n'a pas 
de caroncules, et son plumage revêt une teinte générale d'un 
brun rougeâtre ou orangé, avec des raies et des taches d'un 
brun foncé. 

L'Euplocome de Swinhoë ne prend ses couleurs que la 
seconde année, comme l'Euplocome nycthémère et le Thau- 
malé peint; il est propre néanmoins à la reproduction dès 
l'âge d'un an, moins sans doute qu'après avoir revêtu sa ma- 
gnifique livrée, mais d'une façon déjà satisfaisante. 



10 



SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION, 



Crossoptile mantchou (Crossoptilon mantchuricum 

Swinhoë). 

Crosxoptilon mantchuricum, Swinhoë, Proc. zool. Soc. (1862), p. 287. — 
A. David, Nouv. Arch. du Mus. (1871), Bull., VU, Cat., n" 349. — EUiot, 
Monogr. of Phas. (1871), liv. IV, pi. — David et Oustalet, Ois. de la 
Chine (1877), p. 405. 

Lorsque cet oiseau arriva pour la première fois en Europe, 
on le confondit avec l'espèce que Pallas avait décrite dans sa 




Crossoptile mantchou {Crossoptilum mantchuricum Swinhoë). 



Zoographie de la Russie asiatique, sous le nom de Faisan 
oreiWavd, Phasianus auritus; mais une comparaison atten- 
tive fit promptement reconnaître l'erreur dans laquelle on 



OISEAUX A ACCLIMATER. 11 

était tombé. M. Swinhoë adopta alors pour le différencier la 
dénomination de mantchuricum, mantchou, tirée de celle 
de son pays d'origine. 

Cette espèce fort intéressante fut, en effet, rencontrée en 
1862, en Mantchourie et dans les montagnes boisées du Pet- 
che-ly, au delà de Tan-Yu, par le père Armand David, ce 
missionnaire français qui a rendu tant de services à l'histoire 
naturelle de la Chine, et qui l'assimila tout d'abord à l'oi- 
seau de Pallas. 

M. Swinhoë dit de même que l'on rencontre ce Crossoptile 
en Mantchourie, dans les montagnes situées au nord de Pékin 
et qu'on l'apporte en hiver sur les marchés de cette ville. 

On assura à M. Saurin qu'il se trouve également dans le 
Wei-Chieng, terrain des chasses impériales ; mais ce natura- 
liste juge ce rapport inexact, car visitant ces localités il ne put 
parvenir à voir un seul des oiseaux dont on lui avait parlé. 

Les indigènes l'appellent « Ho-chi ». D'après MM. Saurin 
et Swinhoë, ce nom signifierait « Poule de feu ». Ce dernier 
ajoute que les plumes de cet oiseau étaient autrefois recher- 
chées comme parure par les guerriers tartares. 

Le Crossoptile mantchou est peu répandu et vit à l'état sé- 
dentaire. C'est un oiseau très doux et très sociable que Ton 
rencontre toujours en compagnie. Il se nourrit de toutes 
espèces de graines, de bourgeons, de feuilles, de racines et 
d'insectes. 

La connaissance du régime diététique d'une espèce est 
une des conditions principales de tout essai rationnel d'accli- 
matation ; il est donc utile d'insister sur ce point. 

Trois Crossoptiles tués au mois de juillet, dans leur pays 
natal, par le père David, avaient le jabot rempli de feuilles de 
cytise. Chez d'autres individus tués en hiver, le même obser- 
vateur trouva des noisettes, divers pépins, des feuilles d'ar- 
moise, de fougères et surtout des racines d'orchidées et autres 
racines succulentes, des coléoptères, des vers, des chenilles. 
Ce gallinacé paraît être plus herbivore que granivore, tout 
en se montrant peu difficile pour sa nourriture. Les Chinois 
qui apportent ces oiseaux sur les marchés les nourrissent 



12 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

avec une espèce de gâteau de millet. Ils sont aussi très 
friands d'orge que l'on récolte en grande quantité dans les 
vallées des montagnes qu'ils habitent. 

Le Crossoptile mantchou a les mœurs des autres Phasiani- 
des, mais se fait remarquer, comme nous venons de le dire, 
par son caractère paisible. Cette qualité jointe à la facilité que 
l'on a de le nourrir, semble le destiner à devenir la souche 
d'un nouvel oiseau domestique. Malheureusement cette es- 
pèce s'est montrée, jusqu'à présent, inféconde dans la plu- 
part des volières. Quelques éleveurs cependant ont obtenu 
des reproductions et la Société nationale d'Acclimatation de 
France a eu dernièrement à récompenser deux de ses mem- 
bres pour leurs succès dans l'éducation de ces Crossoptiles (1). 
Il est donc probable que, lorsque ces oiseaux auront été mieux 
étudiés, ils donneront, au point de vue de l'élevage, de.s ré- 
sultats satisfaisants. 

Ces résultats sont d'autant plus désirables que depuis quel- 
ques années cette espèce est devenue fort rare dans son pays 
d'origine et ne tardera pas, dit-on, à disparaître complète- 
ment, soit par suite de la guerre d'extermination qu'on lui 
fait, soit par la destruction des forêts qui lui servent de re- 
traite. 

Le Crossoptile mantchou est moins brillamment paré que 
la plupart des autres Phasianides ; mais son costume ne man- 
que pas d'une certaine originalité. 

Le genre auquel il appartient est, en effet, caractérisé 
principalement par la nudité de la face et les plumes effilées 
de la région auriculaire, qui s'allongent en pinceau et for- 
ment comme deux cornes en arrière de la tête. La queue est 
relativement courte, mais les plumes médianes ébarbées et 
pendantes retombent comme des franges par-dessus les au- 
tres. 

L'espèce qui nous occupe a le plumage brun poussant au 
noir vers le cou et sur la tête, au blanc d'argent sur le crou- 
pion et à la base de la queue, dont l'extrémité est noire à 

(1) M. Maillard, du Croisic (188i); M. Barrachin (1885). Ce dernier a obtenu 
des hybrides du Mantchuricum et du Cœrulescens. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 13 

reflets métalliques. La gorge est également blanche ainsi que 
les pinceaux. La femelle diffère peu du mâle par le plumage. 

Crossoptile oreillard (Crossoptilum auritum Gould). 

Phasianus auritus, Pallas, Zoogr. (1811), t. II, p. 86. — Crossoplilon cœrules- 
cens, A. David, mss., et Milne-Edwards, Compl. rend. Ac. se. (1870), 
t. LXX, p. 538. — Crossoplilon auritum, Gould, Birds of Asia (1870), liv. 
XXII, pi. — Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 119. — Elliot, Mon. of 
Phas. (1871), liv. V, pi. — David et OuStalet, Ois. de la Chine (1871), 
p. 406. 

C'est le Faisan oreillard de Pallas retrouvé en 1869 dans 
leSetchuan, parle père A. David, qui écrivait, en effet, à 
M. Milne-Edwards, à la date du 18 décembre de cette année : 
« J'ai découvert une nouvelle espèce de Crossoptilon, qui me 
paraît très remarquable et qui pourra recevoir le nom de 
Crossoptilon cœrulescens ». Mais, lorsque le père David eut 
sous les yeux la description de Pallas, il reconnut bien vite 
son erreur et renonça à la dénomination qu'il avait imposée 
à cet oiseau lorsqu'il le considérait comme une espèce nou- 
velle. 

Le Crossoptile oreillard offre des dimensions et des formes 
à peu près identiques à celles du Crossoptile mantchou ; les 
couleurs des yeux, du bec, des pattes et de la peau nue qui 
entoure les yeux sont absolument les mêmes. Mais le corps 
est d'un bleu-ardoise, avec la base des rectrices centrales et 
la plus grande partie des rectrices latérales d'un blanc pur. 
Les pinceaux auriculaires sont moins développés que dans 
l'espèce précédente. Il n'existe aucune différence de plumage 
entre les deux sexes. 

Jusqu'à ces derniers temps, cette belle espèce n'était re- 
présentée dans les musées d'Europe que par les quatre in- 
dividus que le père David avait envoyés de Pékin, C'est un 
oiseau encore fort rare, même dans son pays d'origine qui est 
le noi'd-ouest du Setchuan, le Kokonoor oriental et peut-être 
même le Kan-sou. 

En Chine, on recherche beaucoup les plumes de la queue 
de ce Crossoptile pour l'ornement des chapeaux des manda ^ 
lins. 



U SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 



Grossoptile du Thibet {Crossoptilon Thibetanum 

Hodgson). 

Crossoptilon Thibetanum, Hodgson, Journ. asiat. Soc. Beng., t. VIT, p. 864. 
— Gray, Zool. Mise. (1844) et Gen. of Birds, pi. — EUiot, Mon. of 
Phas. (1871), liv. V, pi. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), 
p. 407. 

Le plumape de cette espèce est entièrement blanc à l'excep- 
tion de la calotte qui est d'un noir velouté, des rémiges qui 
sont d'un noirbleuâtre et de la queue qui offre une teinte d'un 
noir métallique avec des reflets verts et pourprés, et une 
tache blanche à la base des rectrices latérales. Le bec est rose 
pâle, la peau nue qui entoure les yeux d'un rouge vif; les 
pattes et les éperons sont d'un rouge de corail. 

Les femelles et les jeunes mâles, avant la première mue, 
se distinguent des mâles adultes par les teintes moins pures 
de leur plumage et leurs éperons moins développés. 

« Le Crossoptilon blanc, dit le père David, ne se trouve 
en Chine que dans quelques localités boisées, sur les monta- 
gnes élevées du pays des Mantzes, par exemple à Yaotchy et 
à Tatsienlou, où son existence est protégée par le respect 
superstitieux des indigènes. C'est un oiseau doux et sociable 
qui aime à vivre en compagnie de ses semblables, même à 
l'époque de l'éducation des jeunes, et qui ne s'éloigne guère 
des lieux qui l'ont vu naître. Sa nourriture consiste en feuil- 
les, en racines, en graines et en insectes. Heureusement pour 
la conservation de l'espèce, la chair de ce Gallinacé est d'un 
goût fort médiocre; aussi les chasseurs préfèrent-ils comme 
gibier les Faisans, qui sont d'ailleurs beaucoup plus répandus 
et plus faciles à atteindre. » 



OISEAUX A ACCLIMATER. 15 



Grossoptile de Drouyn (Crossoptilon Drouynii 
Milne-Edwards). 

Crossoptilon Drouynii, Milne-Edwards, Compt. rend. Ac. se. (1868), t. LXVI, 
p. 767. — J. Verreaux, Nom. Arch. du Mus. (1865), Bull., t. IV, p. 85 et 
pi. 3.— Svinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 399. — Elliot, Mon. of Phas. 
(1871), liv. V, pi. — Crossoptilon Thibetanum, David et Oustalet, Ois. de la 
Chine (1877), p. 407. 

Forme très voisine de la précédente, si voisine que nous ne 
pouvons guère la considérer que comme une race locale ou 
peut-être même simplement comme une différence d'âge, les 
individus très vieux, suivant l'opinion de MM. David et Ous- 
talet qui assimilent les deux formes, ayant les rémiges d'un 
gris blanchâtre au lieu du noir bleuâtre que l'on observe 
dans le Grossoptile du Thibet.On peut relever encore d'autres 
différences ; ainsi les lectrices externes, non seulement ne 
sont pas noires, mais manquent de taches noires si caracté- 
ristiques dans l'espèce indiquée. En outre, les rectrices mé- 
dianes n'ont ni la largeur, ni l'éclat vert doré de l'oiseau 
décrit par Hodgson. 

Ge beau Phasianide, envoyé à M. Soubeiran par M. Dabry, 
consul de France à Hankow, et donné par M. Drouyn de 
Lhuys, président de la Société d'Acclimatation, au Muséum 
d'histoire naturelle de Paris, fut présenté par M. Milne-Ed- 
wards, à l'Académie des sciences, dans la séance du 20 avril 
1868, sous le nom de Crossoptilon Drouynii. 

Son régime, ses mœurs et ses allures ne diffèrent en au- 
cune façon de ceux du Crossoptilon thibetanum. Il provient 
comme lui du Thibet, dans la partie nommée Moupin. 



16 



SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 



EULOPHE A COU JAUNE 

{Pucrasia Xanthospila Gray). 

Pucrasia xanthospila, Gray, Proe. Zool. Soc. (18G4), p. 259 et pi. 20. — Pîtcrasia 
Davidiana, Milne-Edwards, Arch. du Mus. (1864), p. 15; xanthospila, id., 
Nouv. Arch. du Mus. (1865), Bull., I, p. 14 et pi. I, fig. 2. — Saiirin, Proc. 
Zool. Soc. (1866), p. 437. — Gould, Birds of Asia, liv. XXI, pi. — Swinlioë, 
Proc. Zool. Soc. (1871), p. 399. — David et Oustalet, Ois.de la Chine (1877), 
p. 407. 

Le D' Lamprey révéla le premier l'existence de cette espèce 
dans une lettre adressée à la Société zoologique de Londres, 




Eulophe à cou jaune {Pucrasia XanUiospila Gray). 

en 1861 . 11 la trouva au marché de Tientsin et vanta beaucoup 
l'excellence de sa chair. 

Le père David en possédait des exemplaires dès la fin de 
1862. Ils provenaient de Ta-Tchio-Chan, de Jehol et de la 
chaîne de 1 Ourato. En 1868, il les apporta à Paris et ils furent 
décrits l'année suivante par M. Milne-Edwards, dans les Ar- 
chives du Muséum. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 17 

Le missionnaire signale cet oiseau comme un gibier très 
estimé sur le marché de Pékin, où il arrive surtout de Man- 
tchourie. 

« Les Eulophes à cou jaune ou Song-ky, dit-il, se ren- 
contrent en petit nombre dans les montagnes boisées du 
N. 0. de la Chine, depuis la Mantchourie jusqu'au Thibet 
oriental, ainsi que dans la chaîne de l'Ourato. Ils ne quittent 
guère les taillis et les fourrés, où ils vivent solitaires ou par 
couples, se nourrissent des graines de divers végétaux et par- 
ticulièrement de conifères. Leurs allures sont celles des Fai- 
sans. Ils constituent un excellent gibier, et, chaque hiver, les 
Chinois prennent au collet un certain nombre de ces oiseaux 
qu'ils apportent au marché de Pékin ; les résidents euro- 
péens préfèrent avec raison ces Gallinacés aux autres Phasia- 
nides du pays. » 

Cet oiseau a la tête et la gorge d'un noir grisâtre avec une 
teinte d'ocre sur le vertex et une partie des plumes qui com- 
posent sa huppe occipitale. Sur les joues s'étend une grande 
tache blanche suivie d'une tache jaune encore plus large, oc- 
cupant les côtés et le dessus du cou. Une teinte d'un gris 
cendré avec de longues taches noires en forme de fer de lance 
règne sur le dos, le croupion, les côtés de la poitrine et l'ab- 
domen, le bas-ventre et les cuisses. Sur la partie inférieure 
de la gorge, une large bande marron qui se prolonge entre 
les jambes. Rémiges brunes, bordées de jaune d'ocre en de- 
hors. Scapulaires et couvertures alaires variées de brun, de 
gris et d'olivâtre. Tarse armé d'un éperon très aigu. Queue 
étagée. Plumes pour la plupart de forme lancéolée. 

Chez la femelle, la tête n'offre point de reflets d'un vert 
métallique, la huppe est plus courte, la gorge et la tache la- 
térale du cou sont d'un blanc jaunâtre, auquel succède vers 
le bas une teinte rosée. Les parties supérieures du corps sont 
mouchetées de gris, de noir et de roux, et les parties infé- 
rieures, un peu plus claires que le, dos, sont dépourvues de 
bande marron. 

Une variété qui serait propre au Chensi se distinguerait de 
l'oiseau type par les côtés du cou d'un roux très foncé, la 

4» SÉRIE, T. III. — Janvier 1886. 2 



18 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

tache latérale blanche peu développée et entourée de toutes 
parts par le noir métallique, la bande médiane marron moins 
étendue""sur le ventre, les teintes noires plus développées sur 
le dos et sur les ailes. 

Le premier couple d'Eulophe à cou jaune importé vivant 
en Europe, a été envoyé au Jardin zoologique d'Acclimatation 
de Paris par M. Dabry, à la fin de 1867. 

Les expériences dont cet oiseau a été l'objet de la part 
d'un certain nombre d'éleveurs prouvent que nous nous trou- 
vons en présence d'une espèce très robuste et qui otîre des 
titres sérieux à être essayée comme oiseau de chasse, car 
elle ne craint ni la neige, ni les ti-mpératures rigoureuses qui 
se produisent souvent, en hiver, dans nos contrées. 

« Par sa fécondité et sa rusticité, dit M. Joseph Gornely 
qui a étudié avec soin l'Eulophe à cou jaune et dont la com- 
pétence en matière d'élevage est bien établie, cet oiseau est 
destiné à peupler les chasses et à nous fournir un nouveau 
gibier exquis. » 



EULOPHE DE DARWIN 

{Pucrasia Darwini Swinhoë). 

Pucrasia Darwini, Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1872), p. 552. — Elliot, Mov. 
of Pluis. (1872), livr. VI, pi. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877). 
p. 409. 

Cette nouvelle espèce d'Eulophe fut découverte par 
M. Swinhoë, dans les montagnes du Tchéldang. Elle est éga- 
lement sédentaire et assez commune dans le Fokien, où elle 
vit dans les endroits boisés et escarpés. 

Son plumage rappelle, comme ton général, celui de l'es- 
pèce précédente, mais il s'en distingue, à première vue, par 
l'absence des taches jaunes sur les côtés du cou et par les 
teintes métalliques de la tête moins vertes et plus bleuâtres. 

La femelle ressemble beaucoup à celle de l'Eulophe à cou 
jaune, mais le noir domine davantage dans les teintes du 
plumage. 



OISEAUX A ACCLIMATEU. 19 

Régime, mœurs et allures comme l'espèce précédente. Les 
Chinois lui donnent le même nom « Song-ky », Poule de 
pins. 



TRAGOPAN DE TEMMFNCK 

(Cerioniis Temminckil Blyth). 

Satyra Temminckil, J. E. Gray et Hardwick, Illust. Ind. Zool. (1830-34), t. I 
pi. 50 —Ceriornis Temminckii, Blyth, C«i. B. Mus. As. Soc. Beng. (184-9)' 
p. 240. — Sclater, Proc. Zool. Soc. (1863), p. 123. — Swinhoë, iôi'rf. (186.3),' 
p. 307.— Gould, Birds of Asia (1869), livr. XXI, pi.— Swinhoë, Proc. Zool. 
Soc. (1871), p. 123. — Elliot, Mon. of Plias. (1871), livr. Il, pi. — David et 
Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 418. 

Le Tragopan de Temminck est un des plus beaux du genre 
et semble former une transition, pour l'éclat du costume, 




Tète et rabat du Tragopan de Temminck [Ceriornis Temminckii Blyth). 

entre le splendide Tragopan satyre et le Tragopan de Cabot 
plus modestement paré. La forme et la distribution des taches 
du plumage le rapprochent de cette dernière espèce, mais ses 
couleurs sont bien plus brillantes. 

La peau nue qui entoure les yeux est bleu-indigo avec le 



20 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

loriim et les sourcils verts; le rabat est aussi bleu passant au 
vert bleu sur les bords, qui sont ornés de taches carrées d'un 
rouge pourpre. Les cornes sont d'un vert bleuâtre avec la base 
d'un bleu indigo. Au printemps, vers la fin d'avril, les mâles 
entrent dans une excitation amoureuse très grande et font une 
cour des plus assidues et des plus démonstratives aux femelles. 
Le rabat, qui le reste de l'année est comme contracté et dissi- 
mulé au-dessous de la gorge, se déploie alors, à intervalles, 
d'une façon tout à fait surprenante. Il s'étale magnifiquement 
sur la poitrine, variant d'intensité dans ses teintes rouges, 
bleues et vertes, pendant que les cornes, brillamment colorées, 
se dressent de chaque côté de la tête. La longueur de ces 
cornes atteint jusqu'à O^.O? et celle du rabat O",!?. L'effet 
produit par le développement de ces appendices est fort 
étrange et on ne peut guère s'en faire une idée sans l'avoir vu. 
En même temps, l'oiseau redresse les plumes du corps du 
côté opposé à celui où se trouve la femelle, de sorte que ces 
plumes élégamment tachetées sont ainsi que les autres expo- 
sées au regard de la compagne qu'il veut séduire. Car cet 
étalage d'ornements, ces parades passionnées ont pour but 
d'attirer l'attention de la femelle, d'exciter son admiration 
et de la charmer en exerçant sur elle une sorte de fascination. 
C'est pour la même raison que nous voyons dans nos volières 
le Faisan doré, lorsqu'il fait sa cour, étendre et relever sa 
magnifique fraise, la tourner obliquement vers la femelle, de 
quelque côté qu'elle se trouve, afin de développer devant elle 
une large surface de plumes brillantes et de la captiver par 
ce manège amoureux. 

La riche coloration du plumage du Tragopan de Temminck 
vient encore ajouter à ces moyens de plaire. Un beau rouge 
marron, orné de petites taches arrondies d'un gris-perle 
ourlé de noir, règne sur les parties supérieures du corps, et de 
grandes taches ovales d'un gris bleuâtre au centre des plumes 
sont répandues sur le rouge des parties inférieures. Enfin la 
coloration de la tête, d'un noir profond, est relevée par la 
teinte rouge-brique des plumes de l'occiput et du cou. 

La femelle, pour qui on met en jeu de si brillants atours, 



OISEAUX A ACCLIMATER. 21 

est, elle, au contraire, pauvrement vêtue. Le brun, le noir, le 
roux, le gris, çà et là quelques taches blanchâtres, sont les 
teintes modestes de son costume. Elle n'a point de rabat sur la 
gorge, d'éperons aux tarses, point de huppe ni de cornes sur 
la tête. 

Le jeune mâle lui ressemble. Il fait une sorte de noviciat 
sous un habit dont l'humilité ne fait guère prévoir les 
splendeurs de celui qu'il est destiné à porter plus tard. C'est 
seulement à la troisième année que sa livrée est complète. 
Dans le cours de la deuxième année, son plumage prend bien 
des teintes rouges sur le cou et la poitrine; en même temps 
apparaissent sur les plumes du dos et de l'abdomen des taches 
d'un gris bleuâtre, mais il est loin encore de posséder toute 
la perfection de sa parure. 

Ce bel oiseau, selon le père David, habite le sud-ouest de 
la Chine, jusqu'au Chensi méridional inclusivement, mais 
n'est nulle part très répandu. Il vit sur les montagnes boisées 
et se tient dans les taillis, où il se nourrit de graines, de fruits 
et de feuilles. Son cri, très sonore, peut être rendu par les 
syllabes « oua » deux fois répétées; c'est de là que lui vient 
son nom chinois de « Oua-Oua-Ky ». On l'appelle encore « Ko- 
Ky, Kiao-Ky », « Poule à cornes », à cause des appendices 
colorés qui décorent sa tête, et « Sin-tseou-Ky », « Poule 
étoilée », à cause des taches dont est marqué son plumnge. 
C'est un gibier très estimé en Chine, d'autant plus qu'il est 
rare et ne peut être capturé qu'au piège ou au collet. Les 
Chinois le représentent fréquemment dans leurs peintures sur 
papier de riz et pendant longtemps on l'a considéré comme 
le fruit de l'imagination fantaisiste de leurs artistes. 

On peut dire que le Tragopan de Temminck a pris une place 
délinitive dans nos faisanderies. Depuis que M. John Reeves (1) 
l'a introduit en Angleterre, un grand nombre de reproduc- 
tions ont été signalées. 

Selon l'opinion d'un éleveur, dont les succès témoignent de 
l'expérience et de Thabileté, « ces oiseaux sont d'une rusticité 

(1) Toutefois c'est au concours actif de M. Dabry que l'on doit le premier 
Tragopan de Temminck arrivé vivant en Europe. 



22 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

remarquable et leur élevage n'est pas sensiblement plus dif- 
ficile que celui des Poulets. Les larves de fourmis leur parais- 
sent moins nécessaires qu'une verdure variée, herbe tendre 
principalement (i). » 

« Je ne saurais trop dire, ajoute ailleurs le même éleveur, 
quelle bonne couveuse et quelle excellente mère est la Poule 
Temminck. Elle se familiarise rapidement et est aussi facile 
que la meilleure des nourrices. Elle fait ses pontes dans des 
nids en élévalion; les petits qui naissent avec les plumes de 
l'aile volent à terre sans accident, trente-six ou quarante-huit 
heures après l'éclosion. Chaque soir ils remontent au nid sur 
les invitations de la mère, qui les y abrite pendant presque 
deux mois et plus tard les garde près d'elle sur le per- 
choir (2). » 

La grande douceur de caractère dont ces oiseaux font 
preuve à l'égard de l'homme, pai'aît bien constatée. Un autre 
éleveur dit en effet : « Une des particularités des Trngopans 
de Temminck et Satyres est Texlrême familiarité de ces 
oiseaux : ils viennent littéralement manger dans la main et 
accourent du bout de leurs volières dès qu'ils me voient 
«ntrer (3). » 

A ces mœurs sociables vient s'ajouter la possibilité de 
croiser les espèces entre elles; ainsi on a obtenu fréquem- 
ment des hybrides du Tragopan de Temminck et du Tragopan 
Satyre. 

Ces intéressants oiseaux se présentent, on le voit, dans 
d'excellentes conditions pour être promplement et sûrement 
soumis à l'homme. 

(1) A. Delaurier aîné, Lettre adressée à M. le directeur du Jardin zoologique 
d'Acclimatation (Bulletin de la Soc. d'Ace, de France, 1877, p. 395). 

(2) Éducations d'oiseaux exotiques faites à Angoulême en 1878 et 1879 
Bulletin de la Soc. d'Ace, de France, 1880, p. 88). 

(3) Andelle, Élevage d'oiseaux exotiques (Bulletin de la Soc. d'Ace, de France, 
novembre 1878). 



OISEAUX A ACCLIMATER. 23 



TiiAGOPAN DE Cabot (Ceriornis Caboti Goiild). 

€eriornis Caboti, Gould, Proc. Zool- Soc. (1857), p. Ul.— Birds of Asia (1858), 
livr. X, pi. — Swinhoë, Ihin (1865), p. 350. — Elliot, Monogr. of Phas. (1 71), 
livr. IV, pi. — David et Ouslalet, Ois. de la Chine (1877;, p 419. 

Gould déciivit le premier celle espèce d'après un spécimen 
de provenance incerlaine apparlenanl au docteur Cabot, de 
Boston. Plus lard, en 1865, pendant un séjour à Hong-Kong, 
M. Swinhoë s'en procura un autre individu dont il donna une 
description dans Vlbis, mais sans pouvoir indiquer sa véri- 
table patrie. Nous savons maintenant que cet oiseau est propre 
aux montagnes boisées du sud-est de la Chine, où il remplace 
l'espèce précédente. En 1873, le P. David le trouva en assez 
grand nombre dans la chaîne qui sépare le Fokien du Kiangsi, 
et envoya son signalement au Muséum d'histoire naturelle de 
Paris sous le nom provisoire de Ceriornis modestus à cause 
des couleurs relativement peu éclatantes de son plumage. 

Si l'on compare le ïragopan de Cabot à ses congénères 
Temminck et Satyre, sa livrée paraît, en effet, modeste, 
bien qu'elle offre, dans certaines parties, une assez grande va- 
riété de tons. Le dessous du corps est d'un jaune d'ocre uni- 
forme, avec quelques taches rousses et noires sur les flancs et 
les cuisses. Une couleur noire tachée de blanc, de jaunâtre, 
de gris et de roux règne sur les parties supérieures. Ces 
teintes un peu sombres sont relevées par la coloration rouge- 
garance de la peau nue du tour des yeux et du milieu du ra- 
bat. Ce dernier est entouré d'une bande d'un rose pâle, avec 
des raies et un liséré d'un bleu pâle. Les cornes sont d'un 
bleu de cobalt. Au-dessous de l'oreille, de chaque côté,. une 
tache d'un roux vif tirant au rouge, tranche sur un noir pro- 
fond. 

La femelle, plus petite que le mâle, est, comme dans l'es- 
pèce précédente, variée de noir, de roux et de gris. 

Le jeune mâle revêt la livrée de l'adulte dès la fin de l'au- 
tomne de la première année. 

Mœurs du Tragopan de Temminck. Chair excellente. 



24 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACGLIMATATION. 



LopiioPiiORE DE Levys (Lophophorus Lhuysii) . 

Lopliophorus Lliuysii, J. Verreaiix et A. Geoffroy Saint-Hilairc, Bull. Soc. Ace. 
(1866), p. 223. — J. Verreaux, ihid. (1867), p. 706. — Sclater, Proc. ZooL 
Soc. (1868), p. 1, pi. 1. — Ibis (1870), 297. — A. David, Nouv. Air.h. du 
Muséum, Bull, VII. — Swinhoe, Proc. Zool. Soc. (1871). — Gould, Birds of 
i4sw (1873), livr. XXV, pi. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), 
p. 403. 

Dans la séance du 20 avril i8G6, M. Alberl Geoffroy Saint- 
Hilaire, annonçant à la Société d'Acclimatation l'arrivage 
d'oiseaux qui avaient été adressés à notre Jardin zoologique 
par M. Dabry, appela l'attention de la Société sur une espèce 
nouvelle de Lophophore dont on trouva la dépouille à côté de 
celles de l'Itagine dans la caisse d'animaux en peaux que notre 
consul à Hankow envoyait à un ami. M. Geoffroy proposa de 




Tèle de Lopliophore de Lliuys (Lopliophorus Lhuijsii J. Verreaux). 

dédier ce bel oiseau, qui se rapproche extrêmement de son 
congénère plus anciennement décrit, à M. Drouyn de Lhuys , 
président de la Société d'Acclimatation, et de le désigner sous 
le nom de Lophophore de Lhuys (Lopliophorus Lhiujsii). 

En 1867, M. Jules Verreaux donna une description détail- 
lée de ce Lophophore, insérée dans le Bulletin, et adopta la 
dénomination que M. Albert Geoffroy Saint Hilaire, le pre- 
mier, lui avait appliquée. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 25 

La taille de cet oiseau est supérieure à celle du Lophophore 
ordinaire. Son bec est plus long et plus fort, ses pattes plus 
vigoureuses. Il n'a pas de huppe proprement dite comme son 
congénère de l'Himalaya ; mais la tête est ornée en arrière 
d'une touffe de longues plumes occipitales, d'une teinte pour- 
pre à reflets métalliques. Les plumes de la nuque et du dos 
ont un ton de cuivre doré très brillant. Le vert à reflets et le 
bleu métallique dominent sur les ailes ainsi que sur la queue. 
Les parties inférieures du corps sont noires, glacées de vert. 

Les mâles ne revêtent cette livrée splendide que dans leur 
deuxième année ; avant cette époque ils ressemblent à la fe- 
melle. Celle-ci a le plumage brun, presque semblable à celui 
de la femelle du Lophophore resplendissant, mais d'une 
nuance beaucoup plus foncée. 

D'après le P. David, ce magnifique oiseau habite les régions 
les plus élevées de Moupin, du Kokonoor oriental et les fron- 
tières occidentales du Setchuan. Il vit en petites troupes dans 
les prairies découvertes au-dessus de la région des forêts, et 
vient se percher sur les arbres pour dormir. Sa nourriture 
habituelle consiste en substances végétales et surtout en ra- 
cines succulentes qu'il arrache adroitement au moyen de son 
bec robuste et évasé ; comme il recherche particulièrement 
celles d'un Fr ilillari a i^une appelé Pae-mou, les indigènes 
lui ont donné le nom de Pae-mou-ky. Dans ce pays on nomme 
aussi Ho-lhau-ky « Poule charbon ardent », le mâle adulte, 
revêtu de sa livrée métallique. 

C'est un oiseau très farouche et dont le vol est assez puis- 
sant. Son cri, qu'il faut entendre de très grand matin et lors- 
que le temps est à la pluie, consiste en trois ou quatre notes 
pei'çantes et bien détachées. 

Son aire de dispersion s'étend dans une grande partie du 
Thibet oriental ; mais il est rare partout et il est à craindre 
qu'il ne tarde pas à disparaître cçmplètement. Les Chinois, 
en effet, chassent très activement et prennent au moyen de 
collets ce superbe Gallinacé, dont la chair est très délicate. 

Les spécimens que le P. David a envoyés au Muséum d'his- 
toire naturelle ont été tués à 4-500 mètres d'altitude. 



26 



SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 



Tétraphase sombre {Tetraophasis obscurus Elliot). 

Lopliopliorus obscurus, J. Verreaux, Nouv. Arch. du Mus., Bull. (1869). — 
Tetraophasis obscurus, Elliot, Mon. of Phas., t. 1, pi. — A. David, Nouv. 
Arch.du Mus., Bull. (1871), p. 11. — Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 
3;i9. — Gould, Bmii of Asia (1874), liv. XXVI, pi. — David et Oustalet, 
Ois. de la Chine (1874), p. iOi. 

Cet oiseau fut découvert par le père Armand David pen- 
dant son voyap^e au Thibet. Il adressa, au Muséum d'histoire 




Tétraphase sombre {Tetraophasis obscurus '^Wmi). 

naturelle de Paris, cinq individus de sexes et d'âges diffé- 
rents qui furent examinés avec soin par M. J. Verreaux et 
déterminèrent cet ornithologiste à ranger cette nouvelle 
espèce parmi les Lophophores. Plus tard M. Elliot créa pour 
elle, avec raison, un genre particulier. 

Le Tétraphase sombre paraît être assez répandu dans les 
montagnes du Kokonoor oriental, où il vit en petites compa- 
gnies dans l'intéiieur des forêts, se nourrissant comme les 



OISEAUX A ACCLIMATER. 27 

Crossoptiles et les Lophophores de racines succulentes qu'il 
arrache avec son bec robuste. Les chasseurs du pays le dési- 
gnent sous le nom de Yancj-ko-hij, « Poule des royaumes 
d'Occident ». 

Celte espèce, à première vue et par les teintes de son 
costume, rappelle beaucoup l'aspect des Tétraogales. Le plu- 
mage est, dans son ensemble, d'un brun-olive, passant sur 
certaines parties du corps au gris cendré ; mais l'accident le 
plus remarquable de cette livrée, en somme assez modeste 
pour un Phasianide, est un grand rabat d'un brun marron 
qui s'étend sur la gorge. 

La femelle, plus petite que le mâle, ne porte pas d'éperons 
et les flancs n'offrent pas de ces taches rousses que l'on 
observe chez le mâle. 



Ithagine de Geoffroy {Ithaginis Geoffroy i J. Verreaux), 

Ilhagiiiis Geoffroy!, J. Verreaux, Bull, de la Soc. dWcc. (1867), p. 706. — 
Elliot, Mon. of Phas. (1871), t. Il, pi. — Gould, Birds of ksïa, (1872), 
liv. XXIV, pi. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 401. 

L'envoi que fit en 1866 M. Dabry comprenait, comme nous 
l'avons dit, outre des espèces vivantes adressées au Jardin 
zoologique du Bois de Boulogne, une collection de peaux 
d'oiseaux destinées par l'expéditeur à un de ses amis qui 
s'empressa de les mettre sous les yeux de la Société d'Accli- 
matation. Parmi les dépouilles qui composaient cette inté- 
ressante et précieuse collection se trouvaient cinq exemplai- 
res d'une espèce d'Ithagine nouvelle, quatre mâles et une 
femelle. Elle fut décrite par M. Jules Verreaux dans le Bulle- 
tin de la Société et dédiée par lui à M, Albert Geoffroy Saint- 
Hilaire. « Nous sommes heureux, dit à cette occasion M. J. 
Verreaux, d'imposer à ce bel oiseau, le second d'un genre 
resté si longtemps avec un seul représentant, le nom illustre 
de Geoffroy, comme un témoignage de notre estime et de 
notre amitié pour M. Albert Geoffroy Saint-IIilaire. » 

Cet oiseau a la face noire. Dans tout le reste du plumage 
le gris ardoisé domine, relevé par des raies noires et blan- 



28 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

ches au centre des plumes. Sur les côtés de la poitrine, l'ab- 
domen et les sous-caudales règne une belle couleur d'un 
rouge-carmin atténuée par une teinte grise à l'extrémité de 
chaque plume. Les pattes et les éperons sont d'un rouge de 
corail. Le bec est noir avec la base rouge, de même que les 
narines et la peau nue qui entoure les yeux. Des plumes 
déliées d'un gris ardoisé foncé forment une sorle de huppe. 




Ithagine de Geoffroy {Ilhaginis GeolJroiji J. Verreaux). 

La femelle plus petite que le maie et dépourvue d'éperons 
aie rouge des pattes et des narines moins vif et tout le plu- 
mage brun vermiculé de noir et de gris avec une teinte 
ardoisée. 

« Je n'ai rencontré l'Ithagine de Geoffroy, dit le père 
David, que dans les forêts les plus élevées du Setchuan occi- 
dental et du pays des Mantzes; mais cette espèce paraît habiter 
une grande partie du Thibet oriental. Elle vit en troupes 
plus ou moins nombreuses près de la limite supérieure de la 



OISEAUX A ACCLIMATER. 29 

région des forêts, et se tient de préférence au milieu des 
banibouseraies sauvages. Sa nourriture ordinaire consiste en 
bourgeons, en feuilles et en graines ; mais l'estomac de trois 
individus que j'ai tués en avril, quand la neige couvrait en- 
core tout le pays, ne renfermait que de la mousse. Ces jolis 
oiseaux se perchent volontiers sur les arbres : leur naturel 
est très sociable, et, quand les couvées sont écloses, on voit 
fréquemment plusieurs couples se réunir pour veiller en- 
semble sur leur jeune famille. Les Chinois désignent cette 
Ithagine sous le nom de « Tsong-ky, Poule des buissons. » 

Ithagine de la Chine {Ithaginis sinensis David). 

Ilhaginis sinensis, A. David, Ann. Se. nat. (1873), 5» série, t. XVIII, art. n° 5. 
— (1874), ibicL, t. XIX, art. n° 9. 

Cette espèce nouvelle d'Ithagine, la troisième du genre, a 
été découverte par le père Armand David. Elle habite les 
plus hautes montagnes du Chensi méridional. On la trouve 
dans le centre du Tsinling en compagnies assez nombreu- 
ses, au milieu des bois et des bambouseraies, à une hauteur 
de 3500 mètres. Ces oiseaux, qui se rencontrent dans toute 
cette région, jusqu'au Honan, sans être nulle part très répan- 
dus, ont, du reste, absolument les mêmes mœurs que ceux 
de l'espèce précédente. 

Les indigènes les désignent sous les noms de Hoa-Ky, 
« Poule tleurie » et Song-hoa-ky, a. Poule fleurie des sapins. » 

Le plumage de celte espèce rappelle beaucoup celui de 
rilhagine de Geoffroy; mais il en diffère principalement par 
une grande plaque d'un jaune d'ocre sale sur le devant du 
cou et par la couleur rousse de la moitié des ailes qui dans 
rithagine de Geoft'roy est verte. D'autres différences reposant 
sur des caractères moins apparents servent encore à distin- 
guer les deux espèces. 

{A suivre.) 



II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ 



NOTES 

POUR SERVIR A 

L'HISTOIRE DES AQUARIUMS 

Par M. H. BOUT. 



?^n1876, kl Chambre des députés décida, sur la proposi- 
tion de M. de Tillancourt et de plusieurs de ses collègues, que 
l'on pourrait désormais introduire l'élude de la pisciculture 
dans le programme d'enseignement des fermes-écoles. 

On comprenait enfin que, si la pisciculture, qui prospérait 
dans tous les autres pays de l'Europe et jusque dans les par- 
ties les plus reculées du monde, avait toujours trouvé si peu 
de faveur en France, cela tenait à l'ignorance des moyens et 
des ressources de cette science, ignorance où le public se 
complaisait, malgré les efforts persévérants et les travaux 
remarquables des savants. 

Les esprits n'étant pas tournés dès la première jeunesse, 
par une étude sérieuse, vers ces connaissances spéciales, ne 
pouvaient s'astreindre plus tard à porter un regard attentif 
sur des démonstrations auxquelles il était plus simple de ne 
pas ajouter foi. On écoutait un instant d'une oreille distraite 
et puis l'on n'y pensait plus. On ne se disait pas que cette in- 
différence, fort bien portée, était coupable envers l'intérêt 
général, envers la prospérité de la patrie. On ne voulait pas 
songer aux résultats désastreux de ce parti pris d'incrédulité. 
M. de Tillancourt et ses collègues, dans leur exposé des mo- 
tifs, en révélaient les conséquences lorsqu'ils disaient : 

« L'Angleterre, depuis qu'elle a développé la pisciculture, 
trouve annuellement dans ses eaux douces pour plus de 
200 millions de francs de poissons. Nous n'obtenons pas la 
centième partie de ce produit de nos deux cents rivières. » 

La conclusion était facile à tirer. Il fallait vaincre la force 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 31 

d'inertie puisée dans l'ignorance. La Chambre crut y arriver 
en édictant la mesure rapportée plus haut. 

Mais, si l'on réservait aux seules fermes-écoles l'enseigne- 
ment des connaissances que l'on voulait propager, on ne 
s'adressait encore qu'cà un nombre d'hommes des plus res- 
treints, qui d'ailleurs pouvaient toujours se soustraire à cet 
enseignement, puisqu'il ne devait être que facultatif. 

Nous écrivions à cet égard, en 1879, dans une analyse ra- 
pide des étapes et des procédés de la pisciculture, les lignes 
suivantes : « Il serait à désirer que l'étude de cette science 
entrât dans les programmes universitaires et que les nom- 
breux problèmes scientifiques, industriels et économiques 
que soulève cette question complexe de la culture des eaux, 
fussent exposés aux jeunes gens des écoles par des professeurs 
éminents. » Il serait à désirer aussi, ajouterons-nous, que les 
grades, qui sont la consécration des études, ne puissent plus 
être conférés sans que les candidats aient prouvé qu'ils ont 
retenu les leçons à eux faites sur ces matières. 

Nous pensions, nous pensons toujours, qu'un jeune homme 
qui sortirait d'un lycée, n'ignorant plus ce que c'est qu'un 
poisson, connaissant l'industrie, les besoins, les maladies, 
les mœurs, nous dirions presque les passions de l'étrange 
population des eaux, n'affecterait plus la même indifférence 
ni le même scepticisme, et serait capable de rendre, à un mo- 
ment donné, de grands services à la science qui nous occupe 
et à ses semblables. 

Qu'on nous permette de revenir aujourd'hui sur ce sujet 
et de dire qu'au point de vue de ce complément d'instruction 
pratique que nous croyons devoir préconiser avec ardeur, il 
nous semble qu'on pourrait attendre de grands avantages de 
ces établissements si curieux, qui se sont élevés un peu par- 
tout depuis un certain nombre d'années et que l'on désigne 
sous le nom d'aquariums. 

L'aquarium, que le savant anglais Warington a, non sans 
à-propos, défini en disant que c'est une « organisation qui se 
suffit à elle-même », est un appareil où des animaux et des 
végétaux aquatiques sont entretenus dans des conditions se 



32 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

rapprochant le plus possible de celles que ces animaux et ces 
véo"étaux trouvent dans la nature. En d'autres termes, l'aqua- 
rium est le résumé du monde liquide, c'est le panorama, c'est 
le musée vivant des eaux, et c'est devant ce musée, devant ce 
panorama que, pour être fructueuses, doivent être faites et 
écoutées les leçons d'ichtyologie et de botanique aquatique. 

Or, si l'on s'inspirait de notre désir, chacune de nos grandes 
villes serait bientôt dotée d'un établissement de ce genre, qui 
serait ouvert tous les jours de l'année et dont l'entrée serait 
gratuite. Bientôt enfin chaque Faculté, chaque lycée posséde- 
rait son aquarium particulier, lequel, du reste, bien que 
spécialement réservé à l'instruction des jeunes gens, pour- 
rait, à défaut d'autres, être, à de certains jours, livré au pu- 
blic et servir à des conférences accessibles à tout le monde. 

Et qu'on ne nous objecte pas les sacrifices pécuniaires à 
faire, car ce serait une grande erreur de croire qu'il est né- 
cessaire de dépenser des sommes considérables pour avoir un 
appareil remplissant toutes les conditions requises pour ser- 
vir à des études sérieuses. 

D'après M. Lloyd, fhomme qui a construit presque tous 
les grands aquariums d'Angleterre après avoir débuté par ce- 
lui de notre Jardin d'Acclimatation, et dont la compétence en 
la matière n'est pas récusable, on peut construire un bon 
aquarium sans dépenser plus de 200 livres sterling, soit 
5000 francs. 

Il n'est pas question, comme on le voit, de constructions 
dispendieuses engloutissant quelquefois des centaines de 
mille francs sans donner les résultats attendus, et il n'est 
pas autrement utile, en effet, si l'on a seulement en vue 
l'étude pour laquelle le luxe et le plaisir des yeux ne sont pas 
indispensables, d'élever des édifices immenses d'un entretien 
coûteux et dans lesquels, s'ils ne sont pas absolument par- 
faits, les observations consciencieuses sont souvent difficiles. 

Sans avoir la prétention d'écrire un traité complet des 
aquariums, ce qui pourra tenter des plumes plus autorisées 
que la nôtre, nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt, au 
point de vue de la vulgarisation de ces appareils, de faire un 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 33 

exposé rapide des principes scientifiques sur lesquels repose 
leur construction. 

De même que le vivier primitif fut un simple panier en 
osier, de même l'aquarium a commencé par être un simple 
flacon de verre, et il n'y a pas de longues années qu'il était 
encore à l'état rudimentaire. 

En Europe, la première mention qui soit faite d'un aqua- 
rium se trouve dans un ouvrage allemand sur le microscope, 
par Ledermuller, paru en 1760-61-62. On y voit la descrip- 
tion d'un bassin contenant des plantes et des animaux. Des 
bulles d'oxygène paraissent s'exhaler des plantes sous l'in- 
fluence de la lumière, et les animaux semblent se trouver 
dans un état de parfaite santé. Un siècle plus tôt, il était déjà 
de mode d'avoir chez soi des Anémones de mer, ainsi qu'on 
peut le voir dans les ouvrages de Tremblay et de Baker; toute- 
fois, on ne connaissait en aucune façon, alors comme plus 
tard même, l'utilité de l'emploi des plantes pour l'aération 
de l'eau, et, si l'on en mettait dans le réservoir, c'était uni- 
quement pour l'ornementation. En 1790, sir John Graham 
Dalyell commençait à collectionner quelques poissons de mer 
dans le but de les étudier, et continuait ses études dans sa 
propriété d'Edimbourg jusqu'à sa mort, survenue en 1850. 
Mais il changeait l'eau deux ou trois fois par semaine et ne 
connut jamais l'usage des plantes. 

On ne peut pas considérer ces quelques tentatives isolées 
comme le véritable point de départ des aquariums, puisqu'on 
n'en avait pas encore découvert et appliqué rationnellement 
les données scientifiques. 

D'après M. Gosse, l'honneur de la première application à 
l'aquarium, du principe de l'absorption de l'acide carbo- 
nique par les plantes et de la restitution de l'oxygène par ces 
mêmes plantes, revient à M. Warington, qui, en mars 1850, 
fit part à la Société de chimie de Londres du résultat de ses 
premières expériences. 

Mais ceci n'est point exact, et c'est un de nos nationaux 
qui, le premier, a dégagé et fait connaître l'un des plus im- 
portants principes de la science des aquariums. 

4' SÉRIE, T. m. — Janvier 1886. 3 



34 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

En effet, dès 1830, M. Charles des Moulins (de Bordeaux) 
proposa de mettre dans les vases, où l'on voulait conserver 
vivants des poissons d'eau douce, des plantes aquatiques 
flottantes ou submergées, de manière que ces végétaux s'as- 
similassent le carbone en décomposant l'acide carbonique 
que produit la respiration des animaux et en dégageant l'oxy- 
gène dont ces derniers ont besoin pour leur existence. 

Quelques années après, le professeur Dujardin pensa à ap- 
pliquer à l'eau de mer les conseils donnés par M. des Moulins 
pour l'eau douce. Le succès répondit à ses tentatives, et, pour 
la première fois en 1838, il rapporta, dans de légers flacons, 
des poissons de mer vivants. 

L'aquarium, dans le sens exact du mot, était enfin définiti- 
vement inventé, 

A la même époque, en 1837, M. Ward installa à Londres 
un aquarium d'eau douce, où les animaux vivaient et étaient 
conservés en bonne santé grâce à l'emploi des planles. En 
1842, le docteur George Johnston (de Berwick upon Tweed) 
établit une sorte d'aquarium minuscule consistant en 6 onces 
d'eau de mer contenue dans un petit bocal, et dans lequel il 
plaça des plantes et des poissons. L'eau ne fut pas changée 
durant un espace de huit semaines, sans qu'il en résultât au- 
cun dommage pour les habitants. En 1847, M"' Thynne, qui 
n'avait point entendu parler des essais que nous venons de 
rapporter, voulut conserver des poissons de mer à Londres. 
Les difficultés qu'elle éprouva à se procurer une eau toujours 
nouvelle et les observations qu'elle avait faites, la portèrent 
à introduire, dans le but bien défini de donner aux poissons 
ce qui leur manquait, c'est-à-dire l'oxygène, des plantes dans 
ses réservoirs. C'est alors seulement que M. Robert de Wa- 
ringlon commença, avec la même intention et le même succès 
que M"" Thynne, ses expériences sur les animaux d'eau douce. 
Au commencement de l'année 1852, il les renouvelait sur les 
poissons de mer et les plantes sous-marines. Vers le même 
temps aussi, M. Gosse commençait à Londres des expériences 
identiques. Il publiait en 1854, sous le titre V Aquarium ou 
les Merveilles de la mer dévoilées, un ouvrage qui obtint en 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 35 

Angleterre un succès de popularité sans précédent, et qui fut 
la cause première de cet engouement pour les choses de la 
mer, qui s'étendit pendant un moment à tous les habitants 
du Royaume-Uni. 

Cet ouvrage avait pour objet de signaler les services que 
rendait tous les jours à la science l'établissement de Regent's 
Park. 

Après avoir lu le livre de M. Gosse, tout le monde voulut 
posséder un aquarium pour vérifier ses assertions et répéter 
ses expériences. 

A en juger par la date récente de l'origine scientifique de 
l'aquarium et par la simphcité de son point de départ, l'essor 
pris depuis par cet appareil est vraiment incroyable ! Quelle 
figure feraient les modestes flacons de verre de Dujardin près 
des constructions grandioses que nous avons vues s'élever un 
peu partout depuis vingt-cinq ans? Et ce n'est pas seulement 
par le développement des dimensions de ces édifices, que le 
progrès est remarquable, c'est encore par le perfectionnement 
des moyens d'alimentation et de purification de l'eau. 

Au point où nous en sommes, l'aération s'obtient unique- 
ment par les plantes. Nous allons voir ce moyen devenir in- 
suffisant dès que les proportions de l'établissement seront un 
peu considérables, et nous allons nous trouver en présence 
de deux grands systèmes de construction, consistant : le pre- 
mier dans l'alimentation de l'aquarium par une eau toujours 
renouvelée, le second, dans l'introduction, une fois pour tou- 
tes, de la quantité de liquide suffisante et dans le maintien, à 
l'aide de procédés mécaniques, de l'équilibre nécessaire à la 
vie des animaux. Le second de ces deux systèmes, inauguré à 
Paris et préconisé par M. Lloyd, est certainement appelé à 
être un jour exclusivement employé. 

Le but unique que l'on doit se proposer étant, comme nous 
venons de le dire, de maintenir l'eau qui alimente les bassins 
dans les conditions indispensables à la vie aquatique, les pre- 
miers constructeurs d'aquariums se sont tenu naturellement 
1(3 raisonnement suivant: « Mettons notre établissement en 
communication directe avec la mer ou avec un cours d'eau, 



36 SOCIÉTÉ NATIONALE d'AGCLIMATATION. 

de manière à alimenter les lacs d'une eau courante se renou- 
velant sans cesse. Comme cette eau sera prise sur les lieux 
mêmes où vivent les poissons que nous voulons conserver en 
captivité, elle se trouvera dans les conditions biologiques les 
meilleures, puisqu'elle sera une partie du grand tout. » 

Ils étaient dans l'erreur. Les aquariums établis d'après ce 
principe, ont toujours été imparfaits et d'un entretien fort 
coûteux. La mortalité y a été très grande et la vue a constam- 
ment été gênée par l'opacité du milieu. 

Cela se comprend: l'appel d'une masse d'eau assez consi- 
dérable pour alimenter des réservoirs et des bassins de di- 
mensions importantes ne peut se faire sans que les fonds 
soient énergiquement remués. L'eau arrive donc dans les bacs 
chargée de détritus végétaux, animaux et calcaires de toute 
espèce, qui ont pour résultat de rendre cette eau impropre à 
la vie des poissons et, le plus souvent, trouble à n'y pouvoir 
distinguer aucune forme, à n'y saisir aucun détail. 

Dans la mer, dans un fleuve, si telle région ne convient 
pas à un animal, il peut émigrer, changer de lieu. Dans l'a- 
quarium, c'est-à-dire dans un milieu des plus restreints, le 
poisson est dans l'impossibilité de fuir et, pour peu que vous 
lui donniez un habitat chargé à une dose quelconque d'élé- 
ments délétères, vous l'empoisonnez sans rémission dans un 
délai plus ou moins court. 

Or, pour alimenter un aquarium d'eau de mer, vous ne 
pouvez, quoi que vous fassiez, que prendre cette eau au bord 
du rivage, c'est-à-dire dans la zone où elle est contaminée par 
les déjections des villes. De même pour l'eau douce. On peut 
avoir choisi la source avec le plus grand soin; cette source 
peut être ordinairement absolument pure. Il suffira, si c'est 
à un fleuve ou aune rivière que l'eau est puisée, d'un excès de 
matières en décomposition ou de produits chimiques amenés 
tout à coup par le courant pour tuer toute la population. Si 
l'eau provient d'une source souterraine, elle pourra être sur- 
chargée de calcaires ou de sels métalliques, suivant les ter- 
rains à travers lesquels elle passera. Le résultat sera encore 
mortel pour le poisson. Conclusions : dépenses considérables 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 37 

et imprévues de renouvellement, sans compter les murmures 
du public qui ne voit que peu ou point. 

Ce qui fait surtout le prix d'un aquarium situé aux environs 
de la mer, ce n'est pas que l'eau nécessaire à son alimenta, 
tion puisse être facilement renouvelée, c'est simplement que 
la première eau, celle qui doit être la seule employée, peut 
s'acquérir à bon marché. Il en est de même des animaux à 
introduire. 

Les essais n'ont du reste pas tardé à faire ressortir les in- 
convénients qu'offrait le mode de construction basé sur le re- 
nouvellement de l'eau et, bien que ce dernier ait encore 
aujourd'hui des partisans convaincus, il est généralement 
condamné par les gens véritablement compétents. 

Ce système étant reconnu défectueux, on s'est demandé par 
quels moyens plus parfaits on pourrait le remplacer. On a ob- 
servé alors ce qui se passait dans la nature. On a vu que la 
masse des eaux était toujours la même depuis le commence- 
ment des siècles ; que celles-ci étaient toujours propres à la 
vie des myriades d'organismes qui les peuplent et qu'il n'y 
avait pas d'apparence qu'elles cessassent de l'être jamais. On 
a vu en outre que le mouvement continuel des particules 
dont la réunion formait les eaux constituait une puissance 
mécanique de malaxement, d'épuration et d'absorption de 
l'oxygène à nulle autre comparable. On en a conclu avec rai- 
son que, si l'on parvenait, par un procédé quelconque, analo- 
gue à ceux que la nature emploie, à maintenir une masse d'eau 
dans les conditions exigées pour le maintien de la vie, une 
telle eau n'aurait jamais besoin d'être changée. 

Le problème posé, la solution n'en était pas éloignée. On 
se dit que, puisque le mouvement était dans la nature le 
moyen le plus puissant d'oxygénation et de purification, il 
fallait imprimer à la masse d'eau remplissant les bassins un 
mouvement factice et continuel, qui aurait pour effet d'ame- 
ner successivement toutes les molécules liquides au contact 
de l'air, et de permettre à l'oxygène d'en brûler toutes les 
impuretés, en même temps que de s'y dissoudre en quantité 
suffisante pour les besoins des animaux. 



38 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

On reconnut de même qu'on pouvait rendre l'action consi- 
dérablement plus puissante encore en lançant à travers la 
masse, et de haut en bas, des jets d'air doués d'une grande 
force et divisés au point de ressembler à une fine poussière, 
mais non pas, comme on l'a fait en certains endroits, de bas 
en haut et en grosses bulles. 

M. Lloyd, dans un opuscule intitulé Observations sur les 
aquariums publics, relate une expérience des plus con- 
cluantes et des plus curieuses qu'il a faite à ce sujet. Nous 
lui laissons la parole. 

« Dans l'annexe orientale de l'Exposition internationale te- 
nue à Londres en 1862, je fis, sur une masse d'eau bourbeuse, 
chargée de matières animales et végétales en pleine décompo- 
sition, des expériences en vue de comparer la valeur respec- 
tive de chacun des deux systèmes de purification préconisés. 
» Je commençai par lancer dans un bac contenant 
800 litres de cette eau, 200 litres d'air par minute, pendant 
six heures par jour et pendant six jours consécutifs, d'après 
le système d'aération par grosses bulles. Xu bout de ce 
temps, alors que plus de 400000 litres d'air avaient été in- 
jectés en exigeant une dépense de force de déplacement de 
400000 litres d'eau sans grand effet, je réunis à ce bassin, 
dont l'apparence était à peine modifiée, un second bac de la 
même capacité rempli d'eau encore plus corrompue que la 
première, absolument noire, puante et complètement empoi- 
sonnée par la présence de l'hydrogène sulfuré et bicarburé. 
Je mis alors toute la masse en mouvement et je dirigeai vers 
la surface de l'eau, de manière qu'elle fût frappée avec force, 
à une très petite distance et sous un angle léger, un jet d'air 
très puissant, mais n'ayant pas plus d'un dixième de pouce 
de diamètre. 

» Ce courant, qui n'employait que 240 litres à l'heure ou 
4 litres par minute, fut maintenu pendant 10 heures, à la fin 
desquelles, après une dépense totale de force ne dépassant 
pas 2400 litres d'eau à une pression de 50 livres par pouce 
carré, toute mauvaise odeur avait disparu par l'oxygénation. 
Le courant fut renouvelé deux fois et le troisième jour l'eau 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 39' 

était claire et limpide et pouvait recevoir des animaux. » 

M. Lloyd ajoute : « Une bouteille avait été remplie de cette 
eau avant sa clarification. Elle fui hermétiquement bouchée 
et conservée ainsi. Elle est toujours dans le même état et 
ressemble à de l'encre. Mais, bien qu'il y ait plus de quinze 
ans de cela, elle pourrait encore aujourd'hui être purifiée et 
rendue propre à la respiration des animaux. » 

Dans de vastes aquariums qui contiennent une nombreuse 
population dévorant une grande quantité de nourriture et re- 
jetant une quantité d'excréments également considérable, on 
ne pourrait donc utilement employer le système d'aération 
par grosses bulles qu'à la condition d'augmenter le nombre 
des orifices laissant- pénétrer l'air de telle sorte qu'il s'en 
trouvât au moins un par mètre carré à la base des bassins. 
Mais l'installation de larges courants d'air agissant sur des 
espaces aussi rapprochés les uns des autres, serait d'abord 
une chose à peu près impraticable et exigerait, en tous cas, 
une dépense de force hors de proportion avec le résultat ob- 
tenu. En outre, le passage incessant dans tous les points des 
bassins de ces bulles d'air nuirait beaucoup à la vue et trou- 
blerait continuellement le poisson. 

Ainsi d'un côté, aération insuffisante, de l'autre, des in- 
convénients aussi graves et une dépense énorme. 

De plus, avec ce système, on ne peut éviter l'enlèvement 
à la main des dépôts que forme l'accumulation des résidus de 
la nourriture et des déjections des animaux. C'est un surcroît 
de travail, de dépense et de gêne pour le poisson. Avec le 
procédé contraire, aucun travail manuel n'est nécessaire 
pour le nettoyage des fonds , tout disparaît par le mouvement 
et le contact de l'air. 11 suffit de passer de temps en temps 
une éponge emmanchée au bout d'une perche sur les glaces 
pour les débarrasser de la matière verte (conferves) et encore 
peut-on être aidé dans ce travail par les Lymnées, les Planor- 
bes, les Buccins, les Haliotides, etc. 

Un des plus grands perfectionnements apportés dans la 
construction des aquariums, établis d'après le système de cir- 
culation, consiste dans l'adjonction d'un réservoir placé à 



40 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

une certaine profondeur sous terre, de manière qu'il reste 
toujours à une température égale. L'eau, dans son mou- 
vement circulatoire, passe du réservoir dans le premier bas- 
sin; de celui-ci, dans tous les autres successivement, et, du 
dernier, retourne dans le réservoir et ainsi de suite, en sorte 
que sa température n'est que fort peu influencée par les va- 
riations thermométriques. De plus, l'obscurité dans laquelle 
l'eau passe alternativement a pour effet de ralentir la produc- 
tion des conferves. 

C'est M. ^Edward Demenay qui, selon M. Lloyd, a été le 
premier à faire l'application de la chambre à eau obscure aux 
aquariums. L'expérience a démontré qu'il fallait donner à ces 
réservoirs une capacité égale à cinq fois celle de la totalité 
des bacs. 

L'attention s'était déjà portée, avec M. Gosse, sur un autre 
point, qui était de savoir quelles proportions il fallait donner 
aux dimensions respectives des bacs. On arriva bientôt à éta- 
blir une règle à peu près fixe, et d'après laquelle la plupart 
des aquariums sont construits aujourd'hui. Pour l'eau douce, 
la hauteur du liquide ne doit jamais dépasser la largeur des 
bassins; pour l'eau de mer, cette hauteur ne doit pas être su- 
périeure à la moitié de la largeur. 

Une autre question s'est posée ensuite. De ce que, dans un 
aquarium de grandes dimensions, la puissance oxygénatrice 
des plantes devient insuffisante, s'ensuit-il qu'elles soient inu- 
tiles et qu'il faille les dédaigner? Loin de là. Leur action 
vient en aide au mouvement pour la vivification de l'eau. De 
plus, elles entrent pour une grande part dans l'alimentation 
des animaux aquatiques. H y a donc lieu, avant d'introduire 
le poisson, et une fois que l'eau se trouve dans les conditions 
de limpidité requise, de répartir dans les bassins certaines 
variétés de plantes que l'on prendra parmi celles qui sont les 
plus vivaces et qui ont la puissance d'absorption la plus con- 
sidérable. Parmi celles-ci, il faut citer, pour l'eau douce, les 
Épis ou Potamots, les Volants d'eau, les Renoncules, les Va- 
lisnéries, les Lustres d'eau, les Callithrix, les Morènes, les 
Plantains, etc. 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. M 

Parmi les plantes de mer, les meilleures sont les Ulves» 
rUlve verte et VUlva latissima, et la Mousse chondrille. 

Mais, si l'emploi des plantes est de toute nécessité, il n'est 
pas bon toutefois de laisser la végétation croître avec excès. 
Les plantes aquatiques meurent facilement et d'autant plus 
facilement qu'elles se trouvent en plus grand nombre dans 
un espace plus restreint; il en résulte tout d'abord une sur- 
veillance continuelle, car il faut se garder de les laisser se 
décomposer dans l'eau. En outre, l'accroissement excessif de 
la végétation ne tarde pas à donner au liquide une teinte vert 
opaque, qui rend l'examen des animaux peu facile. Enfin une 
végétation trop touffue forme pour le poisson des abris où il 
est très difficile de l'apercevoir et où il pourra mourir sans 
que l'on s'en doute. 

D'ailleurs on ne perd rien à être réservé dans l'emploi de 
la verdure, car, sous l'influence de la lumière, la flore con- 
fervoïde ne tarde pas à se produire et vient en aide aux 
plantes dont on a orné les bassins, si bien que l'on est sou- 
vent, ainsi que nous l'avons dit, obligé de la modérer. 

On règle, du reste, facilement les progrès de la végétation, 
queUe qu'elle soit, en disposant la lumière avec plus ou moins 
d'économie. 

Au point de vue du poisson, on doit savoir aussi qu'une 
grande lumière, l'exposition aux rayons directs surtout, est 
extrêmement dangereuse, sauf pour quelques espèces exo- 
tiques, tels que le Gourami, l'Arc-en-ciel, etc. Trop de lu- 
mière aveugle le poisson, attaque ses couleurs et devient 
pour lui une cause de nombreuses maladies. L'excès contraire 
n'est, du reste, pas moins préjudiciable. Une trop grande 
obscurité amène bientôt le dépérissement de la population 
et de la végétation, et ne tarde pas à faire de tous les bacs de 
sombres cloaques, qui ne sont bientôt plus qu'un vaste cime- 
tière où s'ébattent seuls les organismes du monde microsco- 
pique. 

En ce qui concerne l'aménagement intérieur des bassins 
d'un aquarium, l'observation a encore conduit à imiter la 
nature, et l'on a parsemé le fond et les parois de ces bassins 



42 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

de cailloux, de pierres ou de roches, selon les dimensions, 
en ménageant entre les blocs des anfractuosilés représen- 
tant, à une échelle réduite, les crevasses et les grottes que 
l'on trouve dans la mer. A l'exception des Pleuronectes qui 
restent constamment appliqués sur le sable, les autres pois- 
sons se trouvent fort bien de ces accidents de terrain qui leur 
servent de lieux de repos et d'abris. 

L'emploi de ces dispositions devint bientôt général et l'abus 
ne tarda pas à se produire. Les rochers, en effet, sortirent de 
l'eau. Ils gagnèrent les murs, les plafonds, le sol des aqua- 
riums, et les transformèrent en grottes plus ou moins na- 
ture , plus ou moins pittoresques. Cela ne manqua pas de 
frapper l'imagination du public ignorant transporté ou à peu 
près sur les bords de la mer, mais fit sourire les hommes 
instruits qui voyaient donnera une chose sérieuse une tour- 
nure enfantine et souvent grotesque. Ce nouveau genre fut 
très goûté, bien que d'un goût douteux, et la plupart des 
aquariums construits depuis cette époque, c'est-à-dire depuis 
4866, le furent d'après ces principes d'un art peu sévère. 

M. Lloyd s'élève contre ce travers. Il a raison. N'a-t-on en 
vue qu'un objet d'amusement? Que l'on construise alors des 
grottes, que l'on ménage des chutes, des cascades, des cata- 
ractes même, rien de mieux. Ajoutez-y des chemins escarpés, 
des pics, des précipices, des ponts branlants, tout ce que vous 
pourrez imaginer. Mettez là dedans quelques poissons, les 
premiers venus, des Ablettes et des Goujons, aussi bien que 
des Carpes et des poissons rouges, et vous aurez tout ce que 
vous voudrez, excepté un aquarium. 

Si, au contraire, vous désirez avoir un instrument sérieux 
d'étude et d'observation, écartez tout ce qui peut nuire à 
votre but. Que l'ornementation soit d'un style sobre et élevé, 
que la circulation soit facile, les dégagements commodes, les 
couloirs larges et frais sans être froids. Dans ces conditions, 
les visiteurs, qu'aucune préoccupation étrangère ne distraira, 
verront avec fruit ce qu'ils viennent voir, c'est-à-dire le pois- 
son chez lui. 

Pour nous résumer, nous énoncerons les principales règles 



HISTOIRE DES AQUARIUMS. 43 

qui doivent présider à la construction et à l'entretien d'un 
aquarium. Elles se réduisent, en somme, aux suivantes, qui, 
bien appliquées, conduiront toujours à des résultats heu- 
reux. 

L'eau ne doit jamais être renouvelée. Il faut seulement 
compenser la perte produite par Tévaporation. Le maintien 
de l'équilibre doit être demandé exclusivement au mouve- 
ment et à l'injection de l'oxygène. 

L'usage des filtres doit être rendu inutile par une sage ap- 
plication des deux moyens ci-dessus. 

Il ne doit jamais y avoir dans les bassins une quantité de 
déjections et de détritus telle qu'on ne puisse la faire dispa- 
raître par une accélération de quelques heures du système 
de circulation ; ce qui revient à dire que la surveillance de 
l'appareil ne doit jamais être négligée, au point de permettre 
une accumulation trop considérable de matières organiques 
en décomposition. Les glaces seules doivent être nettoyées à 
la main. 

La capacité des réservoirs souterrains doit être au moins 
de cinq fois celle de la capacité des bacs. Ils doivent être 
construits à une profondeur telle que leur contenu ne puisse 
jamais être influencé par les variations thermométriques. 

On doit faire un emploi judicieux et plutôt modéré de la 
végétation. 

Enfin le choix de l'exposition doit être l'objet de beaucoup 
de soin. 

Que si l'on est dans une ville d'intérieur et que l'on veuille 
avoir un aquarium marin, mais que l'on soit arrêté par le 
prix du transport de l'eau de mer, des expériences nom- 
breuses ont démontré qu'il est possible de faire vivre des 
poissons dans une eau artificielle. C'est M. Gosse qui a signalé 
ce fait curieux, et il a démontré en outre que les substances 
chimiques trouvées dans l'eau de mer naturelle, telles que la 
chaux, le fer, l'iode, la silice, finissent, au bout d'un certain 
temps, par se trouver également dans l'eau artificielle, sans 
qu'on les y ait introduites en aucune façon. 

Nous nous arrêtons, espérant avoir non pas traité la ques- 



44 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

tion comme elle mériterait de l'être, mais du moins indiqué 
la voie, et démontré que, si l'on peut parfois encore rencon- 
trer certaines difficultés dans la construction des aquariums, 
ce ne sont plus que des difficultés d'exécution, les inconnues 
théoriques étant aujourd'hui complètement dégagées. 

Nous voudrions pouvoir nous flatter que l'avenir nous 
amènera la réalisation de nos vœux, en multipliant de pré- 
cieux instruments d'études, qui deviendront les vulgarisateurs 
de la science des eaux ainsi que des sources de saines distrac- 
tions pour les masses, au même titre que les musées et les 
bibliothèques. 

Si les quelques pages qui précèdent, tout incomplètes 
qu'elles sont, pouvaient avoir une certaine influence sur la 
solution d'un problème économique, qui de nos jours mérite 
tant de sollicitude, nous nous estimerions trop récompensé 
de les avoir écrites. 



III. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 8 JANVIER 1886. 
Présidence de M. Amédée Berthoule, Archiviste. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

iM. le Secrétaire procède au dépouillement de la correspondance. 

M. le Ministre de la marine et des colonies adresse un exemplaire 

du Catalogue des produits des colonies établi à l'occasion de l'Exposition 
de 1878, ainsi qu'un Catalogue spécial des produits naturels des éta- 
blissements français dans l'Inde. — Remerciements. 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. de la Brosse, 
Chandèze, Le Guay, L. Mercier, Le Pelletier de Glatigny, l'abbé Daux, 
La Peyre, E. Delloye, F. Galland, Marcel Cote, L. Dupuy, comte de Mont- 
lezun, Dupouet, P. Martineau, Larrieu, capitaine Mengin, marquis de la 
Rochejaquelein, John 0'Neill,Brelte, Audap, de Confévron, de Bouteyre, 
Paul Gredy, A. Hiver, l'abbé Laborde, de Boussineau et Th. Beliemer. 

— M. A. Touchard, des Aulxjouannais (Indre), rend compte de la 
situation de son cheptel de Gervules, et demande des renseignements au 
sujet du renvoi de ces animaux. 

— M. Delaurier aîné annonce que les Colombes grivelées (Leucosar- 
cia picata) qu'il a en cheptel ont pondu dans la saison dernière. Les 
jeunes ont été élevés par des Colombes ordinaires et sont maintenant 
(décembre 1885) aussi beaux que les parents. Il est à croire que ces 
élèves reproduiront dès le printemps de 1886. 

— M. Max von dem Borne-Berneuchen annonce l'envoi qu'il est chargé 
de faire à la Société, de la part de la Société allemande de pisciculture, 
de 50000 œufs embryonnés de Coregonus marœna, du lac Soldin. 

— M. Raveret-Wattel signale, d'après un article publié par V Ottawa 
Citizen, le développement donné à la pisciculture dans les possessions 
anglaises du nord de l'Amérique. Le Canada, la Nouvelle-Ecosse et le 
Nouveau - Brunswick comptent actuellement douze établissements de 
pisciculture, dans lesquels ont été mis en incubation, pour la présente 
campagne, 68 000000 d'oeufs de Saumon, de Truites et de Corégones de 
différentes espèces. 

— M. Berthéol prie la Société de vouloir bien mettre à sa disposition 
des alevins de Biack-Bass, et demande, en outre, à prendre part aux 
distributions d'oeufs ou d'alevins d'espèces exotiques qui pourraient être 
faites. Notre collègue ajoute qu'il dispose, dans la vallée d'Yères, d'un 
bras de fausse-rivière dans lequel il lui est facile de s'occuper de l'éle- 
vage du poisson. 

— M. Boby de la Chapelle, de Champloret, par Sainl-Servan (Ule-et- 
Vilaine), adresse une demande d'alevins de Saumon de Californie. 

— En remerciant de l'envoi qui lui est annoncé d'un lot d'œufs de 



46 SOCIÉTÉ NATIONALE d'AGCLIMATATION. 

Truite des lacs, M. Després, de Nanleuil-en-Vallée, fait connaître qu'il 
compte adresser prochainement à la Société un rapport sur ses travaux 
de pisciculture en 1885, et notamment sur les résultats qu'il a obtenus 
dans l'élevage du Salmo fontinalis. 

— M. le Président de la Société Linnéenne de nord de la France, à 
Amiens, adresse une demande d'œufs de Salmonidés. 

— M. le marquis de Scey de Brun fait parvenir de nouveaux renseigne- 
ments sur le laboratoire de pisciculture qu'il a récemment installé à 
Scey-en-Varais, près Ornans (Doubs), et dans lequel il peut mettre en 
incubation 100 000 œufs de Truite. Notre collègue saisit cette occasion 
pour prier la Société de vouloir bien le comprendre dans les distribu- 
tions d'œufs de Salmonidés qu'il lui serait possible de faire. 

— M. Mailles adresse la note suivante : « J'ai lu dans le Bulletin de 
septembre dernier les lettres de MM. Laisnel de la Salle et Cornély. Je 
crois devoir y répondre. 

3» Tout d'abord, je tiens à remercier M. Laisnel de la Salle de l'impor- 
tance qu'il attache à mes appréciations, relativement aux Bana mugiens. 

ï Je déclare avec franchise que la communication de M. Laisnel de la 
Salle m'a surpris. En effet, notre collègue ayant fait, au commencement 
de l'année, une très amusante histoire de Grenouilles-Bœufs, je pensais 
que, lorsqu'il traiterait à nouveau ce sujet, ce serait pour y apporter des 
éléments nouveaux. Il n'en est rien. La question de savoir si ces batra- 
ciens se sont reproduits ou non au Bois de Boulogne n'a pas fait un pas 
en avant. Bien au contraire, d'après des renseignements que je liens de 
M. Laisnel de la Salle, et qu'il a oublié, ce qui est très regrettable, de 
mentionner dans sa lettre, la susdite question a fait un pas en arrière. 
— Je m'explique. 

» J'ai eu l'honneur de visiter le charmant petit jardin que notre col- 
lègue possède à Neuilly, et oîi ont vécu les fameuses Grenouilles qui 
sont la cause, involontaire, j'en suis convaincu, des discussions et des 
chocs d'où jaillit l'obscurité. 

» Donc M. Laisnel de la Salle, après m'avoir raconté tout ce que nos 
collègues connaissent, m'avance certains faits qui, ainsi qu'il est dit plus 
haut, ne sont pas mentionnés dans sa lettre. Mes lecteurs pourront 
juger mieux, ensuite, cette phrase de M. Laisnel de la S.ille : « Ainsi le 
» fait est indéniable » (le fait de la reproduction de Rana mugiens au 
Bois de Boulogne). 

» 1° Cette année (1885), il n'a pas été possible de trouver un seul têtard 
de Bœuf, bien que notre collègue ait ofl'ert aux gardes et autres agents 
du Bois une prime de 5 francs par tète. 

» 2" M. de la Salle a écrit son spirituel travail sur les Grenouilles- 
Bœufs longtemps après qu'il ne les possédait plus, entièrement de mé- 
moire, n'ayant pris aucune note. 

» 3" 11 en résulte, entre autres inconvénients, que le passage où il est 



PROCÈS-VERBAUX. 47 

dit que les jeunes Grenouilles mugissaient dès l'année qui a suivi celle 
de leur transformation a été reconnu inexact par son auteur, sur l'obser- 
vation que j'en fis. 

î Pourquoi ces trois révélations très importantes ne figurent-elles pas 
dans la lettre parue au i??t//ef m? Quant aux témoignages des gardes, etc., 
que M. de la Salle nous ofïre, je ne pense pas qu'ils puissent servir à 
grand'clîose. Celui de notre confrère est bien préférable, et pourtant il 
ne peut, à mon avis, suffire, même additionné de tous les cautionnements 
que pourraient fournir des personnes étrangères à l'erpétologie. Je n'ai 
jamais révoqué en doute la bonne foi et l'honorabilité de M. Laisnel de 
la Salie, pas plus que celle des personnes qu'il propose de faire témoi- 
gner. J'ai expliqué bien souvent ce qui a pu faire croire, peut-être à 
tort, à l'existence de Têtards-Bœufs dans les eaux du lac Saint-James; 
je n'ai pas à y revenir. 

» Je n'ai pas nié que les Rana mugiens aient reproduit au Bois de 
Boulogne, mais j'ai nié, et je nie encore, que ce fait ait été prouvé. Il le 
sera, pour l'avenir bien entendu, car pour le passé ce n'est plus pos- 
sible, les Têtards- Bœufs, ou ceux du Pelobates fuscus, ne se trouvent 
plus dans ce lac; il le sera, dis-je, quand quelqu'un nous montrera de 
ces larves vivantes, ici même, à la troisième Section, où ceux des membres 
compétents pourront les déterminer; quand, enfin, les récits concernant 
l'élevage, la transformation, etc., seront écrits d'après des notes prises au 
jour le jour, dans un style prouvant, par ses expressions, que leur auteur 
connaît assez les batraciens annoncés pour ne pas faire de confusion. 

» Pour ce qui concerne mes déclarations sur l'installation de ces ani- 
maux au Jardin d'Acclimatation en hiver et au printemps 1885, je les 
maintiens absolument. Ici encore la mémoire, non secondée par des 
notes, de iM. Laisnel de la Salle l'a mal servi. Actuellement les Rana 
mugiens courent librement dans le parc aux Pingouins, et non moins 
librement dans la campagne, quand elles le veulent. Évidemment, on en 
prendra encore souvent au Bois. Mais au commencement de l'année, 
l'enclos dont j'ai parlé existait encore et renfermait des Grenouilles- 
Bœufs. Il a été défoncé, comme je l'ai dit, puis retiré plus tard. Tous 
ces faits, d'autres que moi, d'ailleurs, les ont constatés, et ici point n'est 
besoin de connaissances spéciales pour témoigner utilement. 

» M. Cornély, qui possède de grosses Grenouilles dans son parc de 
Beaujardin, veut bien, lui aussi, me faire l'honneur de prendre en con- 
sidération les observations que j'ai présentées à l'occasion des repro- 
ductions de Rana mugiens signalées de divers côtés. 

> Je ne puis répondre que ceci à M. Gornély : Quelles sont les Gre- 
nouilles qu'il élève ? Il en a, dit-il, trois espèces. Y a-t-il parmi des 
Rana mugiens ? 

> Notre confrère parle d'énormes têtards qu'il a vus dans sa propriété. 
Sont-ce ceux du Pelobates cultripes , ou bien pense-t-il qu'ils pro- 



48 SOCIÉTÉ NATIONALE D* ACCLIMATATION. 

viennent de ses Grenouilles, dont il ne sait pas le nom. Car s'il y en a trois 
espèces, à la rigueur l'une d'elles pourrait être le Rana mugiens, il est 
vrai. Mais rien n'indique que les têtards énormes en proviennent. Si 
M. Cornéty veut, ou peut me fournir les renseignements ci-dessus, j'en 
serai charmé. S'il peut aussi fournir de ses têtards vivants, ce sera en- 
core mieux. 

» A mon avis, le Rana mugiens pourrait parfaitement vivre et repro- 
duire en France. Au Bois de Boulogne les conditions sont défavorables, 
comme situation et provenance des sujets qui, échappés du Jardin zoo- 
logique, où ils ont langui et souffert plus ou moins longtemps, doivent 
être peu ou pas aptes à la multiplication. Au parc de Beaujardin , au 
contraire, les conditions sont excellentes. Il me paraît facile d'y avoir de 
bons résultats; peut-être même ont-ils déjà été obtenus. Je clos ici cette 
trop longue communication en souhaitant vivement que M. Cornély, ama- 
teur distingué, veuille bien nous fournir à ce sujet les éclaircissements 
nécessaires. 

» En attendant, je déclare que, à moins de faits nouveaux et intéres- 
sants, de preuves irréfutables comme celles fournies par l'envoi de 
Têtards-Bœufs vivants, je ne m'occuperai plus de cette question de la 
reproduction des Rana mugiens en France. » 

— Le Conseil ayant, pour satisfaire au désir exprimé par la troisième 
Section, adressé aux préfets une circulaire leur demandant des rensei- 
gnements sur la situation de la pisciculture dans leurs départements, 
MM. les préfets de l'Aube, de l'Ariège, de la Charente, de la Creuse, du 
Finistère, de Meurthe-et-Moselle, du Morbihan, du Nord, de la Haute- 
Savoie, du Var et de Vaucluse font parvenir des réponses aux questions 
qui leur ont été posées. 

— M. Mailles demande que son travail concernant la culture dans la 
Mousse soit soumis à l'examen de la Commission des récompenses. 

— MM. Adrien Bourgarel et Mathieu Boisson adressent une note sur 
les plantations d'Eucalyptus, faites à la villa Sainte-Marguerite, et sur 
l'utilisation industrielle de ces plantations : 

» C'est en 1865, au mois de février, que M. Bourgarel planta pour la 
première fois cinq Eucalyptus globulus originaires du jardin du Hanima, 
à Alger. 11 n'existait jusqu'alors, dans la région de Toulon, aucune plan- 
tation d'Eucalyptus. 

» Dès la première année, la végétation des arbustes fut si luxuriante 
que M. Bourgarel n'hésita pas à continuer les plantations. 

» A l'aide de graines variées rapportées d'Australie par l'amiral Chai- 
gneau, les premiers semis comprirent une assez grande variété. Entre 
autres, nous citerons au premier rang le Globulus, puis VAmygdalina, 
le Colossea, le Goniocalyx, le Leucoxylon, le Piperita, le Robusta, 
le Rostrata, le Viminalis. 

» Moyennant quelques soins, lors du premier empotage,qui se fait dans 



PROCÈS-VERBAUX. 49- 

de petits godets, les semis réussirent constamment bien, et bientôt 
l'étendue de la plantation atteignit la superficie de 3 hectares, étendue 
qu'elle occupe aujourd'hui et qui est en voie d'accroissement. 

» La hauteur des Eucalyptus est en moyenne de 20 à 25 mètres; un 
certain nombre atteignent 30 mètres, et quelques-uns même semblent 
dépasser cette hauteur. Les plus gros mesurent 2 mètres de circonfé- 
rence à la base, et tous présentent l'aspect d'une végétation si luxuriante 
que le poids moyen des branches chargées de feuillage est de 50 kilo- 
grammes, tandis que leur longueur dépasse 5 mètres. 

» Les arbres de notre plantation de Sainte-Marguerite ont déjà donné 
lieu à plusieurs tailles très sérieuses, ne laissant qu'un tronc de quel- 
ques mètres de hauteur et complètement dépouillé de branches. Malgré 
la sévérité de ces tailles, les Eucalyptus qui y ont été soumis dévelop- 
paient déjà l'année d'après des branches de 3 mètres de long chargées 
de feuillage. 

ï Si nous ajoutons que la plantation est située dans des terrains schis- 
teux, sur le bord de la mer, et qu'elle n'est arrosée que par les pluies 
naturellement très rares en Provence, sans que les arbres aient d'ail- 
leurs jamais souffert de la sécheresse, nous aurons donné, croyons-nous, 
tous les détails intéressants sur la plantation elle-même. » 

— M. Hédiard présente des bulbilles de Dioscorea bulbifera remar- 
quables par leur grosseur. Six de ces bulbilles forment un poids de 
1^3,500, et le plus gros d'entre eux pèse, à lui seul, 350 grammes. Fari- 
neux et d'un goût agréable, ces bulbilles se font cuire et se préparent 
comme les rhizomes d'Ignames. La plante paraîtrait pouvoir être culti- 
vée avantageusement dans notre Midi, car elle donne des produits même 
sous le climat de Paris, ainsi que l'ont montré les essais faits l'année 
dernière à Grignon par M. Uybowski. 

— M. le Secrétaire général demande si les racines ont autant de pro- 
fondeur que celles du Dioscorea batatas- 

— M. Hédiard répond que, sous ce rapport, les deux plantes sont sem- 
blables. 

Notre collègue met également sous les yeux de l'assemblée des 
fruits de Luffa cylindrica et de L. acutangula, cucurbitacées dont 
l'une, la dernière, connue dans l'Inde, à Maurice, à la Réunion, etc., 
sous le nom de Pipengaille, est très estimée des créoles, qui la pré- 
fèrent à l'Aubergine. Quant à l'autre espèce, le fruit en est revêtu d'une 
écorce toute particulière, dont le tissu léger et souple la rend propre à 
divers usages domestiques. 

— En remerciant M. Hédiard de cette présentation de produits exo- 
tiques, M. le Président signale l'intérêt qui s'attache à de semblables 
communications, particulièrement propres à faire connaître nos colonies 
et les ressources qu'elles présentent. 

— M. Pichot présente à l'assemblée une nappe de peaux de Maras 

4" SÉRIE, T. III. — Janvier 1886. 4 



50 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

qu'il a reçue du Gliili. Le poil, comparable à celui du Chevreuil, paraît 
être un peu cassant. Si le Mara peut arriver à se reproduire abondam- 
ment chez nous, c'est probablement surtout comme animal alimentaire 
qu'il présentera un véritable intérêt. 

— M. Jules Grisard dépose sur le bureau, de la part du R. P. Cam- 
l)Oué, missionnaire apostolique à Madagascar, plusieurs échantillons de 
Saturnia suraka et de Borocera Madagascar iemis. Le zélé corres- 
pondant de la Société a constaté qu'un de ces deux Lépidoptères séri- 
cigènes, le Borocera, peut vivre sur VEucalyptus. C'est un renseigne- 
ment utile à enregistrer, car il permet d'es|)érer qu'on pourra élever 
cette espèce dans le midi de la France. Le R. P. Camboué annonce l'en- 
voi prochain de spécimens de VUrania ripheus, qui est certainement 
le plus beau Lépidoptère connu. 

Un échantillon de cette magnifique espèce, obligeamment communiqué 
par M. Fallou, est mis sous les yeux de l'assemblée. 

Revenant ensuite sur la comiimnication faite par M. Hédiard, 
M. l'Agent général signale la possibilité de cultiver sous le climat de 
Paris le Luffa acutangula, plante dont il présente un fruii récolté à 
Crosne (Seine-et-Oise) par notre collègue M. Paillieux. Le fruit de cette 
espèce est, comme celui du Luffa cylindrica, connu sous le nom de 
« Courge à torchon ». 

— iM. Raveret-Wattel rend compte du concours d'ostréiculture qui a 
eu lieu récemment au Palais de l'Industrie, pendant 1' « Exposition du 
Travail», et pour lequel il avait été nommé membre du jury. Il pré- 
sente, à cette occasion, un aperçu de la situation actuelle de l'ostréicul- 
ture en France, et signale diverses mesures à prendre dans l'intérêt du 
développement de cette industrie, entre autres un abaissement dos droits 
d'octroi et des tarifs de transport. 

— M. Hédiard estime que, non seulement pour les Huîtres, mais en- 
core pour une foule de produits, il serait très utile d'obtenir des prix 
moins élevés que le tarif actuel pour des envois peu importants. On 
n'obtient actuellement de réduction dans les frais de transport qu'à la 
condition de faire des envois considérables, ce qui est préjudiciable au 
petit producteur aussi bien qu'au consommateur. 

— M. Camille Dareste rend compte d'expériences très intéressantes qu'il 
a récemment faites concernant l'action nuisible des bruits continus sur 
l'incubation des œufs de Poule. Les vibrations produites par un appareil 
régulateur de la température, dans les couveuses artificielles, ont suffi 
pour faire périr, vers le septième ou le huitième jour, les embryons de 
presque tous les œufs (7 sur 8) mis en observation dans un incubateur 
(voy. au Bulletin). 

— M. le Secrétaire général annonce à l'assemblée que le siège de la 
Société sera très prochainement transféré au n" 41 de la rue de Lille, oii 
se prépare une installation à la fois plus spacieuse et plus commode que 



PROCÈS-VERBAUX. 51 

le local actuel. Le nouvel immeuble qu'a fait construire la Société com- 
prend, outre les bureaux et la salle des séances, des salles spécialement 
affectées aux réunions du Conseil, à celles des différentes Sections et 
enlin une bibliothèi|ue formant salle de lecture. 

— A l'occasion d'une lettre mentionnée dans la correspondance et re- 
lative à des Eucalyptus qui, recépés, paraissent n'avoir nullement souf- 
fert de l'opération et donnent des pousses extrêmement vigoureuses, 
M. le Secrétaire général signale que cette expérience a été déjà très 
souvent faite au Jardin d'Acclimatation d'Hyères. Des Eucalyptus de 
sept à huit ans et de 30 à 40 centimètres de diamètre, coupés au niveau 
du sol, repoussent avec une vigueur telle qu'il est impossible, au bout 
de quelques années, de distinguer les arbres ayant subi l'opération de 
ceux qu'on a laissés croître. Aussi n'hésite-t-on pas aujourd'hui à em- 
ployer ce moyen pour rectifier la croissance de certains sujets laissant 
à désirer sous le rapport de la forme. 

— Enfin M. Geoffroy Saint-Hilaire communique d'intéressantes obser- 
vations faites au Jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne sur la rus- 
ticité du Mara, (|ui a supporté des froids de 21 degrés pendant l'hiver 
1879-1880, et qui, sans abri, tapi dans la neige, a parfaitement résisté 
à cette épreuve. M. le Secrétaire général ajoute que de nouvelles impor- 
tations permettront sans doute prochainement d'obtenir chez nous la mul- 
tiplication rapide du Mara, qui, s'il n'est pas destiné à devenir un ani- 
mal de chasse, sera tout au moins un animal de grand parc, et qui, 
chassé par des Briquets ou des Bassets, donnera un tiré des plus inté- 
ressants. 

— En levant la séance, qui doit être la dernière dans le local actuel, 
M. le Président exprime le vœu que la prospérité conquise par la Société 
dans son ancienne résidence se continue dans la nouvelle, et qu'elle se 
continue aussi brillante que nos aspirations nous la font désirer. 



SEANCE GÉNÉBALE DU 22 JANVIER 1886. 
Présidence de M. le manjuis de Sinéty, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

» 

M. PRÉSENTATEURS. 

Bergman (Ernest), secrétaire de la Société E. Glatigny. 
nationale d'horticulture de France, château ' Jules Grisard. 
do Ferrières (Seine-et-Marne). ' Ch. Joly. 



52 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

MM. PRÉSENTATEURS. 

„„ , ( A. Berlhoule. 

DoRMEUiL (Auguste), négociant, 38, rue de \ ^ paiHieux 

Lisbonne, à Paris. [ Have'ret-Wa'ltel. 

., , V . 1 /^ >-. . of- ( •'• Fromage. 

Flers (H. de), avocat a la Cour d Appel, do, \ . „ «• c • . u-i • 

^ , '. , -^ . f r ' ' ) A.GeoffroYSaint-Hilaire. 

rue de nertiii, a Pans. I i r ■ i 

( J. Grisard. 

, , „ . , T^ f A. Berthoule. 

Leroy (Arnould), Sous-inspecleur des Do- \ ., ,^. , 

. . ^ ,,, . . ., I Maurice Girard, 

uiaines, a Oran (Algérie). / , , p . , 

' ^ ° V Jules Grisard. 

Mézières (Gustave), ancien secrétaire au [ Jules Grisard. 

Conseil d'État, avocat, 57, boulevard Mont- | Paillieux. 

parnasse, à Paris. ( Raveret-Wattel. 

' (^li OfisljrossG 
OCDINÉ (Ernest), propriétaire, 59, rue d'Ams- \ ,^ g^^^^^^, Sa.nt-Hilaire. 

terdam, à Pans. ( Saiut-Yves Ménard. 

— M. le Ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et des 
cultes adresse une note du Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques, indiquant divers sujets d'études pour le Congrès des sociétés 
savantes en 1886. 

— M. P. Vidal, de Chalabre (Aude), adresse deux exemplaires d'un 
almanach qu'il publie sous le titre de : Petit annuaire des découvertes 
ou inventions et antres connaissances utiles. 

— M. Maurice Le Pelletier rend compte de la perte d'une des femelles 
de son cheptel de Cerf Cochon. 

— M. E. Viéville annonce que la femelle de Bernache de Sandwich, 
qu'il avait en cheptel, vient de mourir. 

— M. Paul Martineau fait également connaître qu'il vient de perdre 
la femelle de son couple de Colombes Lumachelles. 

— M. Albouy, conducleur des ponts et chaussées à Ouillan, annonce 
qu'il vient de recevoir les cinq mille œufs de Saumon que la Société lui 
a fait expédier pour servir à des essais d'empoissonnement de l'Aude. 
Ces œufs sont arrivés en bon état. 

— M. Berthoule accuse réception et remercie de l'envoi d'œufs de 
Coregonus marœna qui lui a été fait. 

— M. Wagner, régisseur de l'établissement de pisciculture de Bouzey 
(Vosges), écrit à M. l'Agent général : « J'ai l'honneur de vous accuser 
réception des 12 500 œufs de Coregonus marœna, qui sont arrivés en 
très bel état, le 10 janvier, et qui ont été mis en incubation dès leur 
arrivée. Je vous remercie de cet envoi, dont on aura le plus grand soin, 
et vous serais bien reconnaissant si vous pouviez m'envoyer des œufs 
de Saumon de Californie. 

» Nos reproducteurs de Salmo fontinalis, provenant des œufs que 



PROCÈS-VERBAUX. 53 

vous nous avez envoyés, prospèrent bien et nous ont produit cette 
année-ci 3000 œufs, 

» On commence à voir et à pêcher des Coregonus marœna de 25 à 
30 centimètres de longueur dans les réservoirs de Bouzey et du canal de 
Wassy à Saint-Dizier, provenant de nos alevins. En outre, M. le maire 
de Gérardmer m'a signalé la présence de Feras et de C. marœna, pro- 
venant de nos alevins, dans le lac de Gérardmer. » 

— M. Raveret-Wallel signale un article de \sl Bayerische Fischerei- 
Zeitung, faisant connaître que le Reichstag vient de voter un crédit de 
100 000 marks pour encouragements aux pêcheries maritimes alle- 
mandes. La même assemblée a renvoyé à l'examen de la Commission 
du budget une demande tendant à faire porter à 30 000 marks (au lieu 
de 20 000) la subvention allouée à la Société de pisciculture. 

— M. de Confévron, de Flagey (Marne), fait connaître qu'en raison de 
l'époque de l'année, il lui est impossible d'envoyer à la Société des Écre- 
visses alteintes de la maladie. « Pour le moment, écrit notre collègue, je 
ne puis qu'ajouter les remarques suivantes à mes explications antérieures : 
au début de la maladie, beaucoup de sujets ont la carapace très dure et 
couverte d'un angobe calcaire, rugueux, gris et (lui pourrait être la 
gangue dans laquelle s'enferme un parasite. Mais ce symptôme n'est pas 
général ; le plus grand nombre des malades deviennent de suite flas- 
ques, leur carapace pâlit successivement jusqu'au blanchâtre, et, peu 
avant la mort, devient couleur peau d'oignon. » 

— MM. les préfets de l'Ain, de r.\rdèche et de la Haute-Loire adres- 
sent, en ce qui concerne leurs départements, les renseignements dont 
l'envoi leur a été demandé relativement à la pisciculture et au repeu- 
plement des cours d'eau. 

— iM. Alfred Wailly, de Norbiton (Angleterre), adresse un 'travail 
sur les Lépidoptères séricigènes sauvages. 

— M. Raveret-Wattel dépose sur le bureau, de la part de M. Dan- 
nevig, directeur du laboratoire de pisciculture marine de Flôdevig, près 
Arendal (Norvège), plusieurs brochures relatives aux travaux entrepris 
dans cet établissement. 

— M. Maurice Girard présente un travail dans lequel M. Jules Fallou 
rend compte de diverses éducations de Bombyciens séricigènes faites à 
Champrosay (Seine-et-Oise), en 1885 (voy. au Bulletin). 

— M. le Président fait ressortir l'intérêt que présente ce travail, et 
exprime l'espoir que M. Fallou voudra bien continuer à nous tenir au 
courant du résultat de ses efforts. 

— M. le Secrétaire général donne lecture d'une noie de M""* Lagrénée 
sur l'utilisation industrielle du poil de Lapin angora; il communique à 
cette occasion plusieurs lettres adressées sur la même question par 
M. Jacquier, de Buisson-Saint-Innocent, près Aix-les-Bains, et par M. Pa- 
tard-Chalelain, de la Ferté-Macé (voy. au Bulletin). 



54- SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

M. Geoffroy Saint-Hilaire dépose ensuite sur le bureau un travail de 
M. Noordliœck-Hegt, propriétaire de l'établissement de pisciculture 
d'Apeldorn, près Amsterdam. Ce travail renferme d'intéressants rensei- 
gnements sur les résultats remarquables obtenus en Hollande, au moyen 
tant d'une surveillance active de la pèche que d'opérations d'empois- 
sonnement bien conduites (voy. au Bulletin). En même temps qu'il 
adresse ce travail, M. Noordœck-Hegt veut bien mettre à notre disposi- 
tion 10 000 œufs de Salmo fontmolis, heureux, ajoute-t-il, de témoi- 
gner ainsi sa reconnaissance à la Société pour la part importante qu'elle 
a prise à l'introduction en Europe de cette précieuse espèce améri- 
caine. 

M. le Secrétaire général constate avec satisfaction cet hommage 
rendu, en pays étranger, aux efforts poursuivis par la Société. « Si la 
France, dit-il, est un des pays où l'on se livre le moins à la pisciculture 
vraiment fructueuse, quelques personnes, comme M. Noordœck-Hegt, 
se souviennent que c'est en France que cette science est née, que c'est 
dans le laboratoire du Collège de France qu'elle a pris naissance, et que 
c'est en grande partie par la Société d'Acclimatation qu'elle a été vul- 
garisée. » 

Enfin, M. le Secrétaire général rend compte du désir exprimé par 
Son Excellence le gouverneur général du Turkestan, d'introduire dans 
ce pays les Vers à soie de l'Ailanle et du Ricin, et de l'envoi qui lui a 
été fait, par suite d'une erreur, de cocons d'Attacus cynthia et Pernyi. 
Le Chêne n'existant pas dans le Turkestan, l'élève de VAttacus Pernyi 
y présente une difficulté spéciale. Ou espère toutefois mener à bien une 
éducation, grâce à déjeunes plants de Chênes cultivés à cette intention. 
Il convient de rappeler, d'ailleurs, qu'à différentes reprises des résultats 
satisfaisants ont été obtenus en donnant aux jeunes Vers des feuilles de 
Charme ou d'Aubépine, et ce fait a été porté à la connaissance de M. le 
gouverneur du Turkestan. 

— M. Pichot donne lecture d'une iiote de M. le comte de Montlezun 
sur la Bernache de Magellan (voy. au Bulletin). 

— A l'occasion de celte communication, iM. le Secrétaire général 
donne des détails intéressants sur l'espèce d'apprivoisement dont parais- 
sent susceptibles certains oiseaux, d'un naturel habituellement très 
sauvage au moment de la nidification. 

M. Geoffroy Saint-Hilaire rend compte ensuite de la naissance récem- 
ment obtenue, au Jardin d'Acclimatation, d'un Tapir d'Amérique, et si- 
gnale l'intérêt que présente ce fait au point de vue climatologique. 

Le Secrétaire des séances, 
C. Raveret-Wattel. 



IV. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



PREMIÈRE SECTION. 

SÉANCE DU 10 NOVEMBKE 1885. 
Présidence de M. Deckoix, Président. 

M. Daulreville, secrétaire, s'excuse de ne pouvoir assister à la réu- 
nion. 

M. Mailles donne lecture du procès- verbal de la dernière séance, en 
l'absence de M. le secrétaire, empècbé. — Adopté. 

M. Joly demande la parole à l'occasion du procès-verbal. Notre col- 
lègue regrette vivement de n'avoir pas été compris dans la distinction 
qu'il a cherché à établir entre les Léporidcs hybrides et non hybrides. 

M. Joly exprime l'opinion qu'il iloil èlre fort difficile, sinon impossible, 
d'obtenir des produits issus des espèces Lièvre et Lapin, vu l'éloigne- 
ment spécifique de ces animaux, leur reproduction si différente, tant en 
ce qui concerne la durée de la gestation que le développement des 
jeunes lors de la mise bas. En terminant, M. Joly déclare que, dans un 
concours, un Léporide-Lapin, tout ce qu'il y a de plus lapin, élevé chez, 
lui et exposé par un de ses amis, a été primé (l^"" prix). 

M. Mailles partage les doutes de M. Joly relativement à la possibilité 
d'obtenir des Léporides hybrides. Mais, ajoute M. Mailles, ce point, im- 
portant au point de vue zoologique, n'offre qu'un intérêt médiocre pour 
les éleveurs, si, comme il iiaraît probable, ces hybrides, s'ils existent, 
sont stériles, au moins d'une façon relative; et, dans les cas de repro- 
duction, il y aurait divergence et retour vers l'une ou l'autre espèce 
procréatrice. 

Puisque plusieurs personnes prétendent posséder des Léporides, il 
serait, pense M. Mailles, facile d'éclaiicir la question, en demandant 
certains renseignements importants, tels que: 

1" Durée de la gestation des femelles Léporides; 

2" État de développement des jeunes lors de la naissance ; 

3" Mœurs des mères, relativement à la construction des nids où elles 
doivent mettre bas. 

4" Mœurs générales des Léporides, notamment en ce qui concerne le 
fouissage. 

Les Hases portent de quarante à quarante-cinq jours et mettent bas 
des jeunes couverts de poils, se tenant debout et les yeux ouverts. 

Les Lapines portent une trentaine de jours et mettent au monde des 
petits tout nus, incapables de se tenir et les yeux fermés. En consé- 
quence, si les Léporides sont les produits obtenus de l'accouplement des 
espèces Lièvre et Lapin, il est impossible que la reproduction de ces 



56 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Léporides soit la même que celle des l^apins ou des Lièvres. Elle doit 
être à peu près intermédiaire. En tous cas, c'est de ce côté que nous 
devons rechercher les preuves. 

M, Uecroix est d'avis qu'en zoologie aucune affirmation ne vaut 
une preuve. MM. Joly et Mailles appuient vivement l'opinion de M. le 
Président, opinion déjà exprimée par M. Mégnin. M. Mailles parle do la 
différence de saveur et de fumet soi-disant observée entre la chair des 
Léporides et celle des Lapins. Mais cette différence n'a jamais été dé- 
crite qu'en termes trop vagues pour être compréhensibles. D'ailleurs, 
que peuvent prouver, pour ou contre les faits en discussion, la couleur 
plus ou moins foncée, le goût plus ou moins prononcé de la chair des 
Léporides? L'influence de la race, du milieu, de la nourriture, etc., 
suffit pour changer considérablement la qualité de la viande. 

M. Joly demande à prendre connaissance du rapport fait sur le mé- 
moire de M. Gayot, mémoire ayant trait aux Léporides, et récompensé 
par notre Société. 

M. le Secrétaire donne lecture de ce rapport. De l'avis unanime de 
l'assemblée, les preuves y font défaut, mais non les affirmations; plu- 
sieurs de ces dernières sont très embiouillées. Enfin, il est question dans 
ce rapport d'un certain Bibi, dont l'identité reste obscure; on ne peut 
dire s'il est IJèvre ou Lapin. Pourtant il produit, avec des Lapines, des 
Léporides. Pourquoi baptiser ces produits, alors qu'on n'a pu détermi- 
ner la valeur spécifique du père? 

M. Rathelot déclare que, en présence de ces affirmations, notamment 
de celles émanant d'hommes tels que M. le D"^ Broca, la question lui pa- 
raît décidée en faveur de l'affirmative. 

MM. Decroix, Joly et Mailles ne peuvent partager cette manière de 
voir. Le savant le plus consciencieux peut faire des erreurs d'observa- 
tion ou être trompé par ses collaborateurs. 

M. Jules Grisard demande que, vu l'importance du débat qui tend à 
mettre en doute un fait généralement admis, la question soit traitée en 
séance générale. 

M. Joly est désigné par la Section pour la rédaction d'un rapport sur 
ce sujet, pour être lu en séance générale ; notre collègue est en outre 
chargé de demander des renseignements à M. le Directeur du Jardin 
d'Acclimatation pour ce qui concerne les Léporides de cet établisse- 
ment. 

Le Vice-Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



PROCÈS-VERBAUX. 57 

CINQUIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 24 NOVEMBRE 1885. 

Présidence de M. de Vilmorin, Président. 

M. Paillieux donne lecture d'une note sur quelques plantes potagères 
nouvelles cultivées par lui pendant la dernière saison. (Voy. au Bulletin.) 
M. Mailles fait connaître qu'il a cultivé cette année la Brède qui, bota- 
niquement, ne lui semble pas différer de la Morelle noire. Cependant 
l'ensemble de la plante a un aspect tout à fait particulier qui la fait 
distinguer de cette dernière, au premier coup d'oeil Notre confrère a 
reconnu que contrairement à l'opinion souvent émise dans divers ou- 
vrages, les fruits ne sont pas vénéneux. Quant aux feuilles, elles ont un 
goût amer peu agréable. 

M. Fallou fait connaître qu'il n'a obtenu aucun bon résultat de la 
culture du Haricot radié, le temps froid n'ayant pas permis le dévelop- 
pement complet du fruit. 

M. le Secrétaire présente diverses graines envoyées à la Société et 
mises à la disposition des membres de la Section. 

M. Grisard soumet ensuite les 6 premières séries de Vlconographie 
de la Flore française, par H. Bâillon. 

Chaque série se compose de 10 planches en couleurs et l'ouvrage 
complet comprendra environ 40 ou 50 séries. 

L'image de la plante est aussi fidèle que possible, et le moins exercé 
la reconnaît immédiatement. 

D'ailleurs, toutes les fois qu'il a paru nécessaire, quelques figures 
analytiques permettent de distinguer l'une de l'autre, deux espèces dont 
le port, les dimensions, la coloration sont à peu près semblables, et 
que, par conséquent, on serait à première vue exposé à confondre l'une 
avec l'autre. L'ouvrnge de M. le professeur Bâillon est destiné aux étu- 
diants, aux enfants des écoles, aux débutants et aux personnes qui ne 
peuvent suivre les herborisations publiques, à remplacer les avis d'un 
maître ou d'un compagnon instruit. Il permettra bien souvent de recon- 
naître une plante du premier coup d'œil, sans effort, sans crainte de 
s'égarer dans les descriptions des meilleurs livres et surtout dans l'em- 
ploi des clefs dichotomiques au milieu desquelles on se perd souvent à 
moitié chemin, quelquefois même dès les premiers pas. 

Le texte qui est imprimé au dos de chaque figure comprend : le nom 
scientifique de l'espèce et de sa synonymie ; le nom de la famille et de 
la tribu auxquelles elle appartient; les principaux noms vulgaires qu'elle 
porte dans nos diverses provinces. Suit une description renfermant les 
caractères essentiels, ceux surtout qui permettent de distinguer la plante 



58 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

d'une espèce voisine avec laquelle on serait exposé à la confondre. Plus 
bas se trouve le tableau abrégé de la distribution de la plante, avec des 
indications spéciales des localités quand elle fait partie de la flore pari- 



sienne. 



Enfin M. le Secrétaire appelle l'attention de la Section sur un très inté- 
ressant article de M. Jules Poisson, inséré dans le journal la Nature, 
sur l'utilisation de divers fruits secs ou graines de végétaux dans la con- 
fection de passementeries d'un fort bel effet. 



Le Secrétaire, 
Jules Grisard. 



PREMIÈRE SECTION. 

SÉANCE DU 8 DÉCEMBRE 1885. 
Présidence de M. Decroix, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté, après recti- 
fication demandée par M. Joly. 

L'ordre du jour appelle les élections pour la nomination du Rureau 
et d'un délégué à la Commission des récompenses. 

Sont élus : 

Président : M. Decroix ; 

Vice-Président : M. Mégnin ; 

Secrétaire: M. Mailles; 

Vice-Secrétaire : M. Trémeau ; 

Délégué aux récompenses : M. Mailles. 

M. le Président remercie la Section d'avoir bien voulu continuera lui 
accorder sa confiance ; il exprime son intention de faire son possible, 
secondé par toute la Section, pour que la session qui commence soit 
utilement conduite. 

M. le Président fait une communication sur la reproduction de l'es- 
pèce chevaline et sur les services que rendent et pourraient rendre les 
chevaux dans l'armée et dans les services civils (voy. au Bulletin). 

A l'occasion de cette communication, M. H. de Pallissaux de Tal- 
lobre dit qu'en général les poulains sont mal nourris et mal soignés 
par les éleveurs, qui ne veulent même pas leur donner une mesure 
d'avoine par semaine. Ce système de négliger les jeunes animaux de 
difl'érentes espèces est répandu dans toutes nos campagnes. Les paysans 
croient qu'il suffit de bien nourrir ou d'engraisser leurs bêtes quand le 
moment de les vendre approche. C'est là une grave erreur et qui fait 
obstacle à l'amélioration de tous nos bestiaux. 



PROCÈS-VERBAUX. 59 

M. Decroix demande à notre collègue s'il peut dire à combien par 
jour revient l'entretien d'un cheval dans le Bourbonnais. 

iM. de Taliobre répond que, dans celle contrée, on élève pêle-mêle 
chevaux, bœufs et vaches, sans soins spéciaux pour les premiers, ce qui 
rend impossible une évaluation de ce genre. 

Le même orateur parle des mauvais résultats obtenus par le croise- 
ment des races de chevaux de Tarbes et anglais. Les produits ainsi ob- 
tenus sont mal proportionnés, peu solides, inférieurs, en un mot, aux 
parents. Comparés aux chevaux Barbes, dits arabes, ces métis sont moins 
rapides que les premiers. Cette manie de croiser nos animaux domes- 
tiques avec les races étrangères, principalement avec des sujets anglais, 
est encore un fait regrettable qui s'étend aux animaux de basse-cour. 
Pour ce qui concerne les chevaux de Tarbes, il n'en existe presque plus 
de pure race. 

Enfin, notre collègue parle d'un stratagème employé par certains 
marchands de chevaux, consistant à faire sauter la dent de lait des 
bêtes de trois ans afin de les faire passer comme en ayant quatre. 

M. Grisard remet à la Section une dépêche dans laquelle M. Geoffroy 
Saint-Hilaire s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. 

La parole est donnée à M. Joly pour qu'il continue sa communication 
relative aux Léporides. 

M. Joly déclare que, conformément aux instructions qu'il avait reçues 
de la première Section, il adressa une lettre à M. le directeur du Jardin 
d'Acclimatation, lui demandant divers renseignements sur les Léporides 
de cet établissement. 

M. Geoflroy Saint-Hilaire répondit qu'à la séance du 8 décembre il 
espérait pouvoir donner verbalement les susdits renseignements. 

M. Joly, tout en regrettant que M. Geoffroy Saint-Hilaire ne puisse 
assister à la réunion d'aujourd'hui, espère que notre collègue voudra 
bien accéder aux désirs de la Section dans un bref délai. 

D'ailleurs, M. Joly estime que cette manière de se renseigner ne sau- 
rait fournir des documents plus certains que ceux qu'il a pu obtenir par 
des voies analogues. Aussi propose-t-il à l'assemblée d'adopter un 
moyen beaucoup plus simple et surtout plus elficace. Qu'un couple de 
Léporides soit conlié à un membre, et qu'une Commission soit nommée 
à l'elTet de surveiller ces animaux et de communiquer à la Section le 
résultat de ses observations; lesdites observations faites sur place par 
ceux de nos collègues nommés par notre Section auraient plus de va- 
leur, dit M. Joly, que tous les renseignements que nous pourrions obte- 
nir par d'autres voies. 

M. Huel pense qu'il serait préférable de donner, en cheptel, à un 
membre de la première Section un Lièvre et une Lapine, et de créer ou 
recréer le Léporide. 

M. Mailles exprime l'opinion que la proposition de M. Joly lui paraît 



60 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

être la préférable des deux, parce que, de l'aveu même des personnes 
qui prétendent avoir obtenu des produits issus de l'union du Lièvre et 
de la Lapine, il faut, pour y réussir, opérer sur un grand nombre de 
couples et attendre souvent fort longtemps. De plus, parce qu'il s'agit 
de savoir seulement si, oui ou non, la race dite Léporide existe, en tant 
que race fixe, se reproduisant indéfiniment avec ses caractères d'hy- 
bride. 

M, le Président met les deux propositions aux voix; la Section dé- 
cide qu'il y a lieu de nommer une Commission de trois membres, qui 
jugera à laquelle des deux propositions elle devra se rallier. En consé- 
quence, MM. Iluet, Lataste et Joly sont nommés membres de la Commis- 
• sion. 

M. .loly avait été également chargé, par la Section, de faire des re- 
cherches dans le livre de M. Gayol : Le Léporide et le Lapin de Saint- 
Pierre, par E. Gayot, membre de la Société nationale d'agriculture de 
France. Notre collègue fait savoir qu'il n'a trouvé, dans cet ouvrage, 
que des affirmations concernant l'existence du Léporide. Par contre, les 

preuves font défaut. 

Les ouvrages de MM. Heech et des D^s Broca et Pigeaux ne fournissent 
aucune preuve valable de l'existence de la race léporide féconde et bien 
fixée. 

En conséquence, iM. Joly ne pourra terminer son rapport sur cette 
question que lorsque la Commission qui vient d'être nommée se sera 
prononcée. 

Pour terminer, notre collègue fait observer que les animaux qu'on 
nomme aujourd'hui Léporides Gayot, sont aussi désignés sous celui de 
Lepus Darwini. 

M. H. de Pallissaux de Tallobre dit qu'un de ses amis a obtenu un 
grand nombre de Léporides, et que ces animaux se reproduisent bien. 

M. de Tallobre déclare pourtant qu'ayant possédé de ces Léporides, 
il n'en a pu obtenir aucun produit. 

Sur la demande de la Section, l'auteur de celte communication veut 
bien demander des renseignements plus probants à son correspondant ; 
M. de Tallobre les fera connaître à la prochaine séance. 

Le Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



PROCÈS-VERBAUX. 61 

DEUXIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 8 DÉCEMRRE 1885. 
Présidence do M. Paillieux. 

Composition du bureau pour rannée 1886 : 

Président : M. Huet; 

Vice-Président : M. Dautreviile ; 

Secrétaire : M. E. Joly ; 

Vice-Secrétaire : M. le comte d'Esterno ; 

Délégué de la Section à la Commission des récompenses: M. Ra- 
thelot. 

Lecture est faite d'une lettre de M. G. Rogeron, relative à des détails 
d'imprimerie. 

M. O'Neil demande des renseignements sur les origines du mot et des 
Poules de Padoue. 

Littré attribue une origine polonaise à ces Poules. 

M. le comte de Okecki, consulté à ce sujet, affirme que ces Poules ne 
sont pas originaires de son pays; le climat ne lui paraît même pas favo- 
rable pour l'élevage de cette espèce. 

De nos jours, bien des objets français portent des noms anglais sans 
pour cela nous venir d'outre-M anche. 

M. Tliumara cite les noms des Pigeons Romains et Polonais, qui n'in- 
diquent pas non plus les pays d'origine pour ces espèces. 

M. Rathelot propose qu'à l'avenir les candidats aux récompenses 
soient proposés par la section à la Commission après examen des tra- 
vaux. 

MM. Paillieux et Grisard prennent part à cette discussion. 

Le Secrétaire, 
E. Joly. 



V. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



JMotes suv Madagascar. 

Extraits de diverses lettres adressées à M. le Président de la Société 
par le R. P. Paul Camboué, missionnaire apostolique. 



« Tamatave, 21 septembre 1885. 

D Je suis heureux de vous annoncer en même temps l'envoi par 
celle malle d'un petit paquet renfermant des graines de Riz sec mal- 
gache et autres différentes graines, provenant des parages de Vohémar 
et de l'île sakalave de Mamoko. 

> Parmi les graines venant de Vohémar, la plus grosse, portant le 
n" 7, apparlicnt à un arbre nommé par les indigènes Satranij. Elle est 
dépouillée de sa coque, qui est très dure; cette graine est, me dit-on, 
comestible. Les feuilles du Satranij servent à faire des balais et ont 
quelque ressemblance avec celles du Ropa {Sagas Raphia). Mon cor- 
respondant de Vohémar m'a aussi envoyé des graines fort belles de ce 
dernier végétal; je n'ai pas cru utile de vous les envoyer. Si cependant 
vous en désirez, je les joindrai à un de mes envois subséquents. 

» Quant aux autres graines venant de Mamoko, aucun renseignement 
ne m'est encore parvenu. 

j A propos d'entomologie, on m'avait parlé d'une Mouche funeste à 
nos Chevaux de gendarmerie à Vobémar. Renseignements pris, j'ai vu 
qu'il ne s'agissait que de la Mouche ordinaire, très abondante seulement 
dans les parages de Vohémar, par suite des nombreux troupeaux de 

Bœufs. 

» Si nos Chevaux ont à souffrir et sont malades à Vohémar, ce qui 
n'a pas lieu à Tamalave, c'est à la prodigieuse quantité de ces Mouches, 
aux refroidissements et surtout à la mauvaise qualité des eaux qu'il faut 
attribuer le fait. Ceci vient confirmer, ce me semble, l'observation faite 
par M. le Vice- Président de la première Section, dans la séance du 
21 avril dernier, au sujet de la mortalité des Chevaux au Tonkin. 

» Vous me demandez quelques indications sur nos végétaux : Voase- 
faJca, Voavontaka, Voanpena, que je m'empresse de vous transmettre. 

» Le Voasefaka est, si je ne me trompe, le Cnestis polyphtjlla. Sa 
graine est un poison utilisé par les Betsimisaraka pour faire mourir les 
animaux dont ils veulent se débarrasser. 

î Le Voavontaka (Biehmia spinosa Han.) semble affectionner les 
terrains sablonneux voisins de la mer. Ses gros fruits sphériques, ayant 
parfois jusqu'à 12 centimètres environ de diamètre, renferment une 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 63 

grande quantité de graines entourées d'une pulpe acidulée, qui fournit 
au voyageur un excellent rafraîchissement ménagé par la Providence 
sur nos côtes brûlantes. 

» Quant au Voanpena, j'en ignore complètement le nom scientifique, 
si toutefois il eu a un. C'est peut-être, un végétal appartenant à la fa- 
mille des Strychnées. .\rl)re semblant aussi affectionner les terrains 
sablonneux voisins delà mer; il donne un fruit sphérique, mais moins 
régulier et plus petit que celui du Voavontaka; les plus gros que j'ai 
observés n'avaient pas plus de 5 centimètres de diamètre Ces fruits ne 
renferment que peu de graines, parfois une seule, entourées d'une pulpe 
épaisse parfumée. Mûres à point, ces graines, mises dans la bouche, 
produisent sur le palais, pendant un quart d'heure environ, une impres- 
sion parfumée ou aromatisée correspondant un peu à l'effet d'un bonbon 
fondant. 

)> Le Voanpena est beaucoup plus rare que le Voavontaka dans nos 
parages. A la saison des fruits, j'essayerai néanmoins de m'en procurer 
quelques-uns encore verts pour les envoyer à la Société. Ils pourront 
peut-être ainsi arriver à Paris en état d'être goûtés et de donner d'eux- 
mêmes une idée plus exacte. 

» D'ailleurs, dès que je serai moins occupé aux insectes, je me pro- 
pose de faire des envois et communications relativement à nos végé- 
taux, qui, je l'espère, ne seront pas sans quelque intérêt. Notre flore 
malgache est si riche et si peu connue ! Je ne manquerai pas, autant 
que possible, d'indiquer le nom malgache des plantes envoyées. » 

« Tiimalave, 22 octobre 1885. 

» J'ai le plaisir de pouvoir vous envoyer aujourd'hui, encore à temps 
peut-être, un échantillon complet de l'Asclépiadée dont vous avez dû 
recevoir un follicule par un précédent envoi. 

» Voici quelques renseignements au sujet de ce végétal, que l'industrie 
pourrait, ce semble, utiliser. 

» Il est de provenance des parages de Vohémar et Amboanio, d'où il 
m'a été envoyé par deux de mes correspondants, les RR. PP. A. Gros et 
F. Cayssalié, missionnaires dans ces postes. Son nom indigène est Bo- 
kadahy, liane ou plante sarmenteuse. Sa graine passe pour un poison. 

» Je joins à cet envoi quelques cocons et insectes à l'étal parfait de 
notre Attacus ou Saiurnia Suraka Bdv., en attendant que je puisse 
vous expédier les sujets divers destinés à accompagner le mémoire que 
je prépare sur nos Séricigènes. 

)) p. 5. — En même temps que cette lettre, je vous envoie deux pe- 
tites et bien modestes cartes de la mission de Madagascar. Au poste 
d'Ambohipo, marqué au nord de Tananarive, nous possédons un beau 
jardin d'acclimatation créé par les missionnaires, où nous avons pu ac- 
climater plusieurs de nos végétaux d'Europe. » 



64 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

« Taiiiatave, 21 novembre 1885. 

» J'ai déjà eu l'honneur de vous parler de notre Ver à soie malgache 
Bibindandy. Or, en me livrant à diverses observations et éducations de 
ce Séricigène, en vue du mémoire que je prépare pour la Société, j'ai 
constaté que ce Borocera peut se nourrir et vivre sur VEucaiyptus, 
dont un certain nombre de plants ont été récemment introduits à Ta- 
matave. 

ï. Le fait d'un Ver à soie de l'Eucalyptus ma paru avoir son impor- 
tance, surtout à une époque où, d'une part, la culture de ce végétal 
australien s'est répandue dans plusieurs contrées du monde, et, d'autre 
part, la question des Vers à soie sauvages semble tout à fait à l'ordre du 
jour. 

» J'ai tenu à vous en informer, afin que, s'il y a lieu, la Société d'Ac- 
climatation soit des premières à le signaler. 

» Sous peu, d'ailleurs, Monsieur le Président, j'espère pouvoir vous 
envoyer de plus amples détails sur notre Borocera Bibindandy, que 
j'étudie activement en ce moment. > 



Le Gérant : Jules Grisard. 



5093. — BOURLOTON — Imprimeries réunies, A, nie Mignon, 2, Paris. 



# 



TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOClETË. 



NOTE 

SUR L'ELEVAGE DES AUTRUGHONS 

EN ALGÉRIE (VERSANT DE LA MÉDITERRANÉE) 
LEURS MALADIES ET LES MOYENS DE LES PRÉVENIR 

Par M. LUCIEIV IHERLATO 

Ex-sous-directeur du parc à Autruches du Caire 
Directeur du parc de A'in-Marraora (province d'Alg:cr) 



Monsieur le Secrétaire général, 

Par l'attestation ci-jointe qui m'a été délivrée par M. Bergue, 
maire de Coléah (Algérie), vous relèverez que les naissances 
des Autruchons au parc de Aïn-Marmora pendant la dernière 
année de ma gestion ont été de 21 artificielles et 33 naturelles 
avec une mortalité de 9 artificielles et 9 naturelles, ayant ainsi 
obtenu un résultat de 12 artificielles et 24 naturelles, soit 
36 sujets au 8 septembre dernier. 

Ce lésultat, considéré jusqu'à présent presque impossible 
à atteindre en Algérie, je ne le dois qu'à la vigoureuse appli- 
cation, pendant l'élevage, du traitement préventif que j'ai eu 
l'honneur de déposer entre les mains de la Société, il y a un 
an, sous pli cacheté. Je crois donc avoir atteint le but qui 
m'amenait il y a trois ans en Algérie et n'ai plus, dés lors, 
aucun motif pour garder secret un procédé qui est appelé, 
j'en suis convaincu, à rendre des services dans la branche 
agricole. Je vous prie en conséquence de vouloir bien ou- 
vrir le pli cacheté portant la devise : « Facile est inteliigere » 
à une des prochaines séances de notre Société et en faire 
donner lecture. 

Mes honorables confrères jugeront si ce travail et les résul- 

4' SÉIUE, T. III. — Février 1886. 5 



66 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

lats obtenus méritent d'être soumis à la Commission des ré- 
compenses. 

Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ma note cachetée, car 
l'expérience de cette année m'a prouvé que le principe ainsi 
que l'application et les doses étaient exacts. Du reste les 
personnes que la question intéresse plus particulièrement 
peuvent toujours s'adresser à moi — je serai bien heureux 
de leur être agréable. 

Il n'y a qu'une seule remarque que je crois utile de faire 
ici — c'est que, contrairement à une assertion contenue dans 
ma note, il faut éviter l'emploi du son comme véhicule, — ceci 
m'a été prouvé par les essais ultérieurs. 

J'ose espérer avoir ainsi contribué à un plus grand dé- 
veloppement de cette intéressante industrie non seulement 
en Algérie, mais aussi dans toute autre colonie française où, 
à cause de l'état constant de forte humidité de l'air, l'élevage 
des jeunes Autruchons présentait tant de difficultés, et compte 
que la judicieuse application de la méthode mettra bientôt 
plusieurs des parcs existants dans la possibilité de concourir 
au prix fondé dans ce but par notre Société. 

Veuillez agréer. Monsieur le Secrétaire général, l'assurance 
de ma plus haute considération. 

L. Mer LATO. 



ATTESTATION. 

Nous, Bergue Barthélémy, maire de la commune de Koléah, arron- 
dissement et département d'Alger, soussigné : 

Certitions avoir reçu dans le courant de la présente année 1885, de 
M. MerJato, directeur du parc d'Aïn-Marmora (Société française pour 
l'élevage des Autruches en Algérie), les lettres ci-après mentionnées et 
dont le résumé suit, savoir : 

1" Lettre du 5 avril déclarant cinq éclosions artificielles ayant produit 
cinq poussins alors qu'aucun couple ne couvait. 

2" Lettre du 9 même mois déclarant l'éclosion de dix autres poussins 
par suite d'incubation artificielle. 

3" Lettre du 16 avril déclarant la perte de deux poussins artificiels. 

4° Lettre du 24 mai déclarant l'éclosion de six nouveaux Autruchons 
artificiels. 



SUR l'Élevage des autruchons.- . 67 

5' Lettre du 17 juin déclarant l'existence de vingt-trois poussinsnatureis 
issus de trois couples qui avaient couvé eux-mêmes. 

6» Lettre du 13 juillet déclarant l'existence à ce jour de quinze Autru- 
chons artificiels et de trente-trois naturels; dix de ces derniers étant 
venus s'ajouter aux vingt-trois signalés dans la lettre ci-dessus. 

7° liCttre du Ai août déclarant une nouvelle perte de trois poussins, 
dont un artificiel et deux naturels; le nombre des présents à ce jour est 
donc de quatorze artificiels et trente et un naturels, soit en tout quarante- 
cinq. 

8° Lettre du 4 septembre déclarant la perte de neuf poussins, dont 
deux artificiels et sept naturels des plus jeunes. Par suite de ces pertes 
le nombre des présents à ce jour se trouve donc réduit à: 

Poussins artificiels 12 ) ^ . 

- naturels 21 j ^°" ""^ *°'"' ^^ ^^- 

Parmi les douze artificiels une partie aura bientôt atteint cinq moîs, 
l'autre les a dépassés. Les naturels sont tous entre deux et trois mois 
d'âge. 

Certifions, en outre, qu'après réception de chacune de ces lettres nous 
nous sommes rendu audit parc et que nous y avons constaté l'exactitude 
des faits et des chiffres qui y sont relatés. 

En foi de quoi nous avons délivré la présente attestation à M. Merlato, 
pour lui servir et valoir ce que de besoin. 

Fait en mairie, à Koléah, le 8 septembre 1885. 

Le maire, 
Bergue. 



Texte du pli cacheté, déposé par M. Lucien Merlato, le 30 décembre 1684 
ouvert en séance générale, le 18 décembre 1885. 

L'Autruchoa né viable commence à manger enti'e Ifois et 
six jouis d'âge. Depuis lors et jusqu'à deux mois, il est assu- 
jetti à une faiblesse toute spéciale, qui le rend plus particu- 
lièrement sensible dans les organes digestifs. Le petit mange, 
mais digère mal et peu. Les aliments se ramassent de plus 
en plus dans l'estomac et fioissent par y pourrir. Le peu qui 
s'en échappe et passe dans les intestins est dur, compact, 
presque sec, et détermine l'inflammation de ces organes. 
Mais l'organe qui en souffre le plus, c'est l'estomac, dont les 
parois, distendues par l'agglomération de la nourriture, de- 
viennent impuissantes à la broyer; il liait par présenter un 
état de complète désagrégation. 



08 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

f 

La décomposition de ces matières donne souvent lieu au 
développement de quelques vers qu'on retrouve dans les in- 
testins aussi. 

L'estomac, toujours rempli, et la présence éventuelle de 
vers ont donné lieu à penser, chez certains éleveurs, que 
l'Autruchon mangeait trop et qu'il était sujet à des vers mor- 
tels, suppositions très gratuites toutes les deux et qui ne 
prouvent qu'une chose, c'est qu'on a pris les effets pour la 
cause. 

Chez l'Autruchon en bonne santé, je n'ai presque jamais 
observé de vers intestinaux, et, lorsqu'il y en a, ils ne sont 
pas de nature à causer la mort de l'animal. Quant au manger, 
on peut dire qu'il n'en a jamais assez. Un Autruchon en bonne 
santé ne fait que manger du malin au soir, et la première 
règle pour l'élever, c'est qu'il ne manque pas un seul instant 
de nourriture. 

Donc si, en Algérie, ils ne peuvent pas digérer, c'est à l'es- 
tomac, c'est à la vigueur de l'organisme qu'il faut s'en prendre. 
Il ne s'agit que de prévenir cet état pathologique qu'on pour- 
rait comparer à un état anémique. 

J'ai successivement employé : 

Le Fer et ses diverses préparations; 

Le Quinquina et ses dérivés; 

La nourriture animale et, enfin, 

La Rhubarbe. 
''■ C'est à la Rhubarbe que je dois le succès. Elle est non seu- 
lement un remède, mais un préventif très efficace. Je n'at- 
tends pas l'apparition visible du mal. Quarante-huit heures 
après que les poussins ont commencé à manger et pendant 
vingt à trente jours, je leur en donne à raison de 1 décigramme 
par jour. Pendant les premiers jours, je délaye la Rhubarbe 
;n poudre dans de l'eau et la leur fais avaler de force. Plus 
tard, lorsqu'ils man^^enl franchement, je me contente d'en 
saupoudrer leur pain ou leur son, toujours dans la même 
proportion de 1 décigramme par bête et par jour. 

Au bout de vingt à trente jours, suivant la vigueur des 
sujets, on peut abandonner ce régime et être sûr que la pre- 



SUR l'Élevage des autruchons. 69 

mière maladie est évitée. Il ne faut pas supprimer brusque- 
ment. Au moment voulu, je commence par ne donner la 
Rhubarbe que tous les deux jours pendant une semaine, puis 
tous les trois et puis tous les quatre, jusqu'à la supprimer 
au bout de quinze jours. Ce qui fait qu'en moyenne chaque 
animal a absorbé environ 3 grammes de Rhubarbe en tout. 

Comme auxiliaires pour les plus faibles, on peut ajouter le 
Fer et le Quinquina, en mettant dans les abreuvoirs quelques 
morceaux de métal et en ajoutant, au moment de les rem- 
plir, une décoction de 30 grammes de Quinquina par 10 litres 
d'eau. 

Je n'ai employé que des produits de première qualité. Je 
ne garantis pas les mêmes résultats avec des produits infé- 
rieurs ou fraudés, qui abondent dans le commerce. 

Mais, même sans le secours du Fer et du Quinquina, le 
traitement à la Rhubarbe seul suffit à obtenir un bon effet. 

Voici donc la première maladie évitée, la seule qui affecte 
les Poussins en bas âge. 

Du deuxième au troisième mois d'âge, la croissance pro- 
cède ordinairement sans incidents, du moins apparents; 
mais à partir du troisième mois et jusqu'au cinquième ré- 
volu, les Autruchons sont sujets — à quoi — personne ne l'a 
dit encore — au rachitisme. 

Interrogez tous les éleveurs, lisez tout ce qu'il y a à lire à 
ce sujet et tous vous diront que les jeunes ont les jambes trèi 
fragiles et se les cassent. En effet, c'est toujours par les mem- 
bres locomoteurs que la maladie se manifeste le plus osten- 
siblement, le plus (pardonnez le mot) grossièrement. 

Examinons de plus près ces manifestations extérieures, 
qui amènent inévitablement la morl du sujet : 

i° Fracture du tuyau du fémur ou de celui du tibia (cuisse) 
sans choc et par le simple fait de la marche ou de la course 
de l'animal ; 

2° Flexion soit intérieure, soit extérieure, soit même pivo- 
tante du tarse (canon) jusqu'à arriver au demi-cercle ou à 
renvoyer le pied en arrière ; 

3° Enflement extraordinaire du talon (appelé à tort ge- 



70 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

noux) avec déboîtement des articulations au bout de quel- 
ques jours; ■ , 

^° Enflement du talon, accompagné de fracture dans la 
tête du tarse, qui alors perce la peau et apparaît à nu. 

Remarque. — Le membre le plus éprouvé est, huit fois sur 
dix, le gauche. 

• Or, quel que soit l'effet final, tous les squelettes des 
animaux qui se sont cassé les jambes présentent les carac- 
tères les plus clairs et les mieux définis du rachitisme. Même 
chez les sujets dont les jambes ont la meilleure apparence 
extérieure, mais qui finissent par s'en casser une (premier 
cas), on retrouve toujours une difformité quelconque dans la 
colonne vertébrale, les côtes ou le crâne. La fontanelle prinr 
cipale de ce dernier conserve une telle souplesse que la cer- 
velle repousse sensiblement cette partie du crâne et on dirait 
que la bête est coiffée d'une calotte. 

Il y a lieu de remarquer que, lorsque le rachitisme a pour 
siège spécial l'épine dorsale (animal bossu) ou le crâne, il y 
a espoir de voir le sujet se remettre par lui-même. Mais, 
lorsque la maladie se porte sur les os des jambes, et c'est la 
majorité des cas, tout espoir de guérison naturelle, ou d'arrêt 
de mal, est perdu. 

C'est pourtant la seule maladie des Autruchons entre trois 
et cinq mois. Il fallait y remédier. Mais toute la médecine 
était impuissante à combattre le mal. L'hygiène, le change- 
ment de local, la sécheresse, les régimes toniques, les phos- 
phates, voilà tout ce qu'on avait, et tout ceci est complètement 
impuissant. J'ai essayé de tout, sous toutes les formes, de 
toutes les manières. Le résultat a toujours été nul. Les phos- 
phates donnent les plus piètres résultats. .. ?.-.j 

Ce n'est pas le moment maintenant d'analyser les motifs 
qui m'ont fait douter de l'exactitude des théories émises 
jusqu'à ce jour sur l'ossification des cartilages et les phénor 
mènes si bizarres et variés du rachitisme. ■ ; 
' Les tout récents travaux exécutés et les succès obtenus à 
Vienne (Autriche) me mirent sur la voie et je n'hésitai pas à 
employer le phosphore pur comme moyen efficace de régler 



SUR l'Élevage des autruchons. 71 

rossification et prévenir aussi bien que guérir le rachitisme 
en ce sens que cette substance agit directement sur les vais- 
seaux sanguins intéressés et empêche la résorption du calcaire 
ou détermine et facilite le dépôt normal. 

Les résultats que j'ai obtenus jusqu'à ce jour sont réelle- 
ment surprenants. 

La dose que j'emploie est de 1 milligramme de phosphore 
pur par jour et par bête en dissolution dans l'huile, n'importe 
laquelle. 

Voilà ce que j'ai pu observer: 

1° Ce traitement prévient l'apparition du rachitisme sans 
avoir la moindre influence funeste sur l'économie géné- 
rale. 

2" Le mal n'apparaît plus, ou, s'il existait déjà, se trouve 
complètement arrêté au bout de vingt jours de traitement, 
c'est-à-dire lorsque le sujet a absorbé 2 centigrammes de 
phosphore. 

3" En augmentant la dose journalière, l'effet n'est pas pour 
cela plus prompt, ce qui amène à croire que le phosphore 
agit plutôt par sa présence prolongée que par sa quantité 
concentrée. 

Je considère (pour le moment) que ce traitement, pour 
être bien efficace, doit se poursuivre pendant trente à quarante 
jours. Lorsque l'action du phosphore n'agit plus efficacement 
sur le système d'ossification, il agit sur le plumage et fait 
virer au roux chocolat très prononcé la couleur jaune des 
bouts des plumes des poussins. Ce changement de couleur, 
très visible, s'opère en six à huit jours, et au bout de trente 
à quarante de traitement. C'est le moment de cesser l'admi- 
nistration du phosphore. 

Je ferai remarquer que ce traitement peut être d'une très 
grande importance en vétérinaire, car probablement il don- 
nera les mêmes bons résultats pour tous les animaux en 
croissance dont l'ossification est difficile ou défectueuse. 

Je désire, en conséquence, constater que, à la date du 
présent dépôt, j'avais : 



72 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

1" Déterminé les deux causes d'insuccès dans l'élevage de 
l'Autruche en Algérie, savoir : 

a) Impuissance digestive de l'estomac; 

b) Rachitisme pur et simple ; 

2° Fixé la rhubarbe comme préventif de la première ; 

3° Employé le phosphore comme préventif et curatif du 
second; 

4" Rendu en conséquence pratique cet élevage inutilement 
tenté en grand depuis plusieurs années ; 

5" Introduit le phosphore en vétérinaire comme agissant 
directement sur l'ossification. 

Fait à Aïn-Marmora (province d'Alger) et déposé sous pli 
cacheté, le 30 décembre 1884. 



CATALOGUE RAISONNÉ 

DES 

SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS 

Par M. Alfred 1¥AILLY. 



LNTRODUGTION 

Les pertes considérables éprouvées depuis nombre d'an- 
nées dans la production de la soie du Ver du Mûrier {Serica- 
ria Mori) par suite des terribles maladies qui ont sévi sur les 
Vers, ont attiré l'attention des sériciculteurs de divers pays sur 
certains Vers à soie sauvages susceptibles de s'élever à l'air 
libre dans les pays tempérés de l'Europe. 

Les maladies qui ont attaqué les races du Ver du Mûrier, 
étudiées à fond et décrites par M. L. Pasteur, forment le sujet 
d'un rapport très intéressant de M. Maurice Girard, qui a 
paru en 1871 dans le Bulletin de mai-juin de la Société d'Ac- 
climatation de France. Ces maladies, dont deux d'entre elles, 
la pébrine et la flacherie, sont à la fois héréditaires et conta- 
gieuses, ont pour causes principales : la trop grande agglo- 
mération des Vers dans les magnaneries ou dans les chambres 
où ils sont élevés, le manque d'air suffisant, la chaleur sou- 
vent trop élevée du local, et enfin la malpropreté occasionnée 
par les déjections des Vers. 

Elevés dans les mêmes conditions, les Vers à soie sauvages 
sont sujets aux maladies qui attaquent le Ver du Mûrier. Au 
contraire, élevés à l'air libre et sur les arbres, ils se trouvent 
dans des conditions d'hygiène qui les mettent pour ainsi dire 
à l'abri de ces maladies. 

Je n'entrerai pas dans de longs détails sur la manière d'éle- 
ver les Vers à soie sauvages ou autres Lépidoptères. On trouve 
tout ce qu'il est nécessaire de connaître dans des traités en- 
tomologiques spéciaux, tels que le Guide de Véleveur de 
Chenilles, par E. Berce, suivi d'un Traité spécial de Véduca- 



74- SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

tion des Chenilles produisant de la soie, par E. F. Guérin- 
Méneville. 

L'éducation en petit des Séricigènes peut se faire comme 
celle de la plupart des autres espèces de Lépidoptères, dans 
des cages ou boîtes décrites dans les traités ci-dessus men- 
tionnés; mais il est préférable de se servir de grandes cages> 
car alors on peut y mettre de fortes branches d'arbres dont 
les tiges sont plongées dans un vase rempli d'eau. Lorsque 
les branches ne trempent pas dans l'eau, on est obligé de les 
renouveler trop souvent, ce qui nuit beaucoup à la santé et 
à la bonne venue des Chenilles. 

Lorsqu'on élève les Chenilles dans les boîtes, il faut éviter 
avec soin d'arroser le feuillage, comme on le recommande 
quelquefois, afin, dit-on, de remplacer la rosée du matin, si 
salutaire aux Chenilles. Si l'éducation se fait à découvert sur 
des branches plongeant dans l'eau, ou, ce qui vaut mieux 
encore, sur de petits arbres en pots, alors l'arrosage du feuil- 
lage et des Chenilles est salutaire et il est même presque 
indispensable dans les grandes chaleurs. Dans une boîte, tant 
grande qu'elle soit, l'arrosage a un effet contraire : l'évapora- 
tion étant nulle ou à peu près nulle, il en résulte que le fond 
de la boîte se couvre d'une moisissure épaisse, d'un fumier, 
qui engendre les maladies et fait périr les Chenilles, si l'on 
ne se dépêche de les enlever à temps pour leur donner un 
logement plus propre. Nos Chenilles indigènes, plus robustes 
et moins délicates, peuvent quelque fois vivre impunément 
dans cet état de malpropreté, mais les Séricigènes résistent 
rarement à un pareil traitement. 

On peut faire de petites éducations en plein air, sur les 
arbres, en entourant d'un manchon les branches sur les- 
quelles ont été déposées les Chenilles ; mais il faut bien fer- 
mer les deux extrémités du manchon, afin d'empêcher les 
Insectes nuisibles, les Perce-oreilles surtout, d'y pénétrer. 
De temps en temps il faut nettoyer le manchon, surtout après 
la pluie, et lorsque la branche a été dépouillée de son feuil- 
lage, on la coupe et l'on transporte les Chenilles sur une 
autre branche. En plein air, lorsque lés Chenilles ne sont 



' SÉRIGIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 75 

nullement prolégées, leur plus dangereux ennemi est l'oiseau, 
surtout le Moineau. Il faut donc, dans les éducations faites 
sur une grande échelle, faire surveiller les Chenilles pendant 
toute la durée de l'éducation par un gardien qui tire, de 
temps en temps, des coups de fusil pour éloigner les oiseaux, 
comme cela se pratique au Japon pendant l'éducation de 
XAntherœa Yama-maï. 

Un système dont j'ai déjà parlé dans un rapport précédent 
et que j'ai adopté pendant nombre d'années pour l'éducation 
des jeunes Chenilles, est celui de cloches en verre, dontj'ai une 
quantité de diverses grandeurs, et qui toutes ont une ou plu- 
sieurs ouvertures au sommet afin de donner de l'air. Ayant eu 
tous les ans un nombre considérable d'espèces différentes à 
élever, sans ces cloches mon travail eût été impossible. Ces 
cloches, dont quelques-unes ont jusqu'à 50 oenlimètres de 
hauteur, et qui sont larges en proportion, reposent sur des 
soucoupes remplies de sable recouvert d'une feuille de 
papier. Les œufs de Vers à soie ou autres Lépidoptères sont 
placés sous ces cloches, et vers l'époque des éclosions on intro- 
duit, à travers le papier, dans le sable des soucoupes, de pe- 
tites branches de la plante qui doit servir de nourriture aux 
jeunes Chenilles. Aussitôt leur éclosion, les petites Chenilles 
montent de suite sur les branches. A mesure qu'elles gros- 
sissent, on en réduit le nombre, selon la grandeur de la 
cloche. On peut ainsi élever, jusqu'à leur transformation, un 
certain nombre de Chenilles, qui varie selon la grosseur des 
espèces ou celle des cloches. Ce système est surtout utile pour 
l'éclosion des œufs et l'éducation des Vers pendant le premier 
ou les deux premiers âges, car on a ainsi tout le temps néces- 
saire pour les enlever de dessous les cloches pour les placer 
sur les arbres ou les élever de telle ou telle autre manière. Il 
faut éviter sous ces cloches une trop grande agglomération de 
Chenilles, et surtout l'humidité qui leur serait fatale. Les 
branches ne doivent jamais être plongées dans du sable 
mouillé ; sous ces cloches, le feuillage se conserve parfaite- 
ment frais dans du sable sec. Rien n'est plus facile que de 
maintenir le local propre : il suffit d'enlever la cloche et de 



76 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

souffler sur le papier pour faire disparaître toutes les dé- 
jections. 

Jusqu'à présent, en Europe, on ne s'est occupé sérieuse- 
ment que de trois espèces de Séricigènes sauvages : VAnthe- 
rœa Yama-maî, du Japon; VAntherœa Pernyi eiVAttacus 
cynthia, tous deux originaires de la Chine. De nombreux 
rapports sur ces trois espèces ont été écrits et publiés dans 
les Bulletins de la Société d'Acclimatation. Ces trois espèces 
peuvent s'acclimater même dans les pays très tempérés, et il 
en serait de même de plusieurs espèces de l'Amérique du 
Nord. Dans la liste que nous allons donner, il est bon de 
faire remarquer que toutes les espèces du genre Antherœa, 
telles que Pernyi, Roylei, Yama-maî, Mylilla et Polyphe- 
mus, auquel les Américains ont donné le nom générique de 
Telea, sont toutes à cocon fermé et dévidable. Les cocons du 
genre Actias sont fermés aussi, mais ils sont irréguliers de 
forme et moins soyeux que ceux du genre Anlherœa. Les co- 
cons du genre Attacus, tels que ceux du Pyri et du Carpini 
de l'Europe, sont ouverts à une extrémité, de sorte que le 
cocon reste le même après la sortie du Papillon. Les Chenilles 
de ces divers Séricigènes sauvages sont remarquables par la 
beauté et la variété de leurs couleurs ; celles du genre An- 
therœa ont de brillantes taches métalliques à la base des 
tubercules, argentées, dorées ou cuivrées, selon les espèces. 
Quant à la qualité de la soie de diverses espèces de Séri- 
cigènes sauvages, plusieurs, lelies que Pernyi, Roylei, Yama- 
maï elPolyphemus, peuvent rivaliser avec le Sericaria Mori^ 
et un rapport sur ce sujet sera, je l'espère, publié par la So- 
ciété d'Acclimatation, qui possède des échantillons de soies 
dévidées ou cardées des principales espèces. 

Les soies cardées par un de mes correspondants de Maccles- 
field, en Angleterre, sont si bien travaillées, que même celle 
de notre Pyri français semble également fine et belle. 

En Angleterre, il n'y a pas de dévidage de cocons ; tous 
sont soumis au cardage, et certains filateurs anglais pré- 
tendent que la soie cardée vaut mieux et a plus de valeur que 
la soie dévidée. Qu'il en soit ainsi ou non, le cardage a tou- 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 77 

jours cet immense avantage sur le dévidage, c'est de rendre 
utilisables tous les cocons percés, ou ouverts naturellement 
ou endommagés. 

Espérant que les remarques qui précèdent seront de 
quelque utilité, nous allons maintenant donner la liste d'un 
certain nombre de Séricigènes sauvages. 

ESPÈCES ASIATIQUES 

Anlkerœa Yama-maï Guérin-Méneville. — Ver à soie du 
Chêne du Japon. Ce Ver à soie sauvage, cultivé sur une grande 
échelle au Japon à cause de la beauté et de l'excellente qualité 
de sa soie, fut introduit en France en 1861 par Guérin-Méne- 
ville. Élevé dans divers pays d'Europe avec plus ou moins 
de succès, il a actuellement presque disparu, les éducateurs 
l'ayant perdu ou abandonné pour élever une espèce plus 
facile, VAnlherœa Pernyi, Ver à soie du Chêne de la Chine; 
mais de nouveaux essais d'éducation seront probablement 
faits aussitôt qu'une quantité suffisante de graine pourra 
être importée directement du Japon. Ce qui a découragé 
nombre d'éducateurs, c'est que l'éclosion des Vers avait lieu 
le plus souvent avant le développement des bourgeons de 
Chêne; en outre, les Papillons pour la plupart refusaient de 
s'accoupler en captivité. Il serait. Je crois, facile de remédier 
à ces deux graves inconvénients. J'ai déjà, dans quelques- 
uns de mes rapports, préconisé l'emploi de petits Chênes en 
pots, dans les petites éducations, afin de commencer l'éle- 
vage des jeunes Vers, aussitôt après leur éclosion, jusqu'à 
la venue des bourgeons de Chêne. D'un autre côté, on évite- 
rait les éclosions prématurées en plaçant, pendant tout l'hi- 
ver, les œufs dans un sac de mousseline que l'on suspendrait 
à l'air libre à une exposition du nord, où ils ne recevraient 
jamais un rayon de soleil. Aussitôt les bourgeons de Chêne 
suftisamment développés, les œufs peuvent être soumis à une 
température douce et humide, afin de les faire tous éclore 
aussi rapidement que possible. 

Si, malgré les précautions indiquées ci-dessus, les œufs 



78 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

éclosent avant que les bourgeons de Chêne éclatent, il faut 
aloi"s avoir recours à un autre feuillage. Cette année-ci (1885), 
mes jeunes Vers Yama-maï se sont fort bien accommodés 
des feuilles du Charme et de l'Aubépine, et un de mes corres- 
pondants à Londres m'affirme avoir élevé ses Vers exclusive- 
ment sur l'Aubépine jusqu'à la formation du cocon (voy^ 
Rapport du Bulletin d'août 1885). 

Quant à l'autre difficulté, celle d'obtenir l'accouplement 
des Papillons, il suffit, pour réussir, de placer les cages à éclo- 
sions en plein air ou mieux encore de les suspendre aux 
branches des arbres. En chambre, les Papillons du Yama- 
maï, comme ceux d'autres espèces, s'accouplent très diffici- 
lement. Gomme ceux du Bombyx du Mûrier, les œufs du 
Yama-maï se conservent tout fhiver pour n'éclore qu'au 
printemps. Mais en réalité, il y a une différence notable. Les 
œufs du Bombyx du Mûrier ne contiennent pendant tout l'hiver 
qu'un germe; ils restent Hquides. Ce n'est qu'au printemps, 
lorsqu'ils sont soumis à la chaleur, que la larve se forme, et 
elle sort de l'œuf aussitôt après son développement. L'œuf 
fécondé du Yama-maï, au contraire, contient une larve qui 
se forme environ trois semaines après la ponte, et la jeune 
larve toute développée, au mois d'août ou en septembre, 
reste dans l'œuf jusqu'au mois de mars ou d'avril avant 
d'éclore. Le Bombyx du Mûrier hiverne donc à l'élat d' œuf, 
le Yama-maï à l'état de larve. Les œufs des autres espèces de 
Séricigènes dont j'ai fait l'éducation n'ont jamais pu hiverner, 
ils ont toujours éclos quelques semaines après la ponte, ou 
les larves ont péri dans l'œuf lorsque le temps était trop 
froid pour l'éclosion. Les œufs de seconde génération de 
VA. Pernyi et de VAttacus cynlhia, pondus en octobre, par 
exemple, n'ont jamais été d'aucune utilité pour le printemps 
de Fannée suivante. Il en a été de même des œufs de VAn- 
therœa mylitta, de VAttacus Atlas et autres. 

Les œufs Yama-maï, dans les pays du midi de l'Europe, 
peuvent éclore- dès le mois le mars ; dans ceux du Nord, ils 
n'écloront qu'en mai. En Ecosse, ils éclosent en juin. Tout 
dépend de la température des divers pays, et encore les éclo- 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 79 

sions d'œufs, comme de Papillons, sont-elles relardiîes ou 
accélérées par les variations de température, comme celles 
de nos Lépidoptères indigènes. Il en est de même de la durée 
des éducations, rien ne peut se préciser, à moins d'avoir une 
température uniforme. En plein air à Londres, la durée d'une 
éducation de Yama-maï a été de cent dix jours ; au contraire, 
une éducation faite à une température constante de 25 à 
27 degrés centigrades n'a duré qu'un mois à peu près. 

Une question qui m'est souvent faite, est celle-ci : à quelle 
époque éclosent les Papillons de telle ou telle espèce ? Il me 
faut de nouveau répondre qu'il est impossible de préciser 
l'époque. Une caisse de cocons d'A. mi/litla, par exemple, 
m'est expédiée de Calcutta à Londres. Ces cocons récoltés 
les uns à Darjeeling, les autres dans l'Assam, et par consé- 
quent, de différentes provenances, avaient déjà fait un pre- 
mier voyage avant d'être expédiés de Calcutta. Une fois arri- 
vés à Londres, ils sont réexpédiés les uns en Europe, les 
autres en Amérique, et dans des pays où le climat est plus 
froid que dans leur pays d'origine. En réfléchissant, on com- 
prendra qu'après de tels voyages et soumis en outre à une 
température plus froide, il s'opère un bouleversement dans 
l'économie de l'Insecte et que les Papillons ne peuvent éclore 
régulièrement. En 1885, le premier Papillon mylilta est éclos 
le 12 mai, le dernier à la fin- d'octobre; d'autres cocons ne 
sont pas éclos ; ils peuvent hiverner deux fois et même trois 
fois. Ce n'est qu'une fois acclimatés qu'ils peuvent avoir des 
mœurs régulières, ou à peu près régulières. 

Atlaciis cynthia Drury. — Ver à soie de TAilante, origi- 
naire de la Chine. Introduit en France par Guérin-Méneville 
en 1858, d'où il se répandit dans toute l'Europe, en Afrique, 
en Amérique et jusqu'en Australie. Cette espèce, à cocon 
ouvert, comme toutes celles du même genre, est naturalisée 
en France et aux Étals-Unis de l'Amérique du Nord. Outre 
l'Allante {Ailanlhus glandulosa), VAtlacus cynthia peut 
s'élever sur le Ricin, le Lilas, le Cytise {Cytisus laburnum), 
l'Épine-vinetle. (5er6ms vuigfans), le Cerisier, etc. 



80 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Les Papillons Cynlhia éclosent ordinairement au mois de 
juin dans les pays à climat tempéré, et les œufs éclosent de 
douze à quinze jours après la ponte à la température ordi- 
naire. Dans les pays chauds, l'espèce devient bivoltine et même 
polyvolline. Commun en Chine, VAttacus cynlhia se trouve 
aussi à l'état sauvage dans l'Inde, à Miissoorie où il vit sur 
diverses espèces de végétaux ; dans presque toute la chaîne 
de l'Himalaya, dans le Dehra Doon, dans l'Assam, à Gachar 
et à Sangor. Les Papillons s'accouplent très facilement. 

Antlierœa Pernyi Guévm-Méne\'û\e. — Ver à soie du Chêne 
de la Chine. Cette précieuse espèce à gros cocon fermé, et 
dont la belle soie peut se dévider, est maintenant élevée 
dans presque toute l'Europe. La reproduction du Pernyi est 
des plus faciles, les Papillons, lorsqu'ils sont bien conformés, 
s'accouplant toujours à l'air libre ou dans un local quel- 
conque. On ne saurait trop recommander l'éducation de cette 
espèce, qui peut se faire à l'air libre, même dans les pays du 
Nord. En Espagne, son éducation a déjà été faite sur une 
assez grande échelle ; l'espèce y est bivoltine ainsi que dans 
le midi de la France; dans les pays du Nord elle est uni- 
voUinc. 

Au sud de l'Europe, les Papillons peuvent éclore dès le 
mois de mciiS; au Centre et au Nord, en avril ou en mai. Les 
œufs éclosent deux, trois et quelquefois quatre semaines 
après la ponte. L'éducation à l'air libre dure de six à huit 
semaines, et quelquefois plus, selon la température. — Le 
Pernyi a éié élevé sur le Prunier, mais c'est sur le Chêne qu'il 
faut l'élever. Un de mes correspondants de l'illinois (Étals- 
Unis), a vu les Vers de la seconde génération quitter les Chênes 
dont le feuillage était devenu dur et coriace, par suite de la 
i-rande chaleur et de la sécheresse, et vivre sur les buissons 
d'Aubépine qui se trouvaient à côté des Chênes. D'autres 
furent trouvés dans un jardin, sur des Pommiers, où ils avaient 
atteint une taille énorme. 

Anllierœa Roylei Moore. — Ver à soie du Chêne de l'IIima- 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 81 

laya. Espèce très rapprochée de l'A. Pernyi ; les Papillons 
sont d'une nuance beaucoup plus pâle et verdâtre. La prin- 
cipale différence est dans le cocon ; celui de Roylei est recou- 
vert d'une énorme enveloppe irrégulière et extrêmement 
dure ; le cocon Pernyi^ au contraire, n'ayant aucune enve- 
loppe. Les Papillons provenant de cocons importés de l'Inde 
éclosent pour la plupart en mai et juin, quelques-uns au 
commencement de juillet. Les Papillons Pernyi et Boylei 
s'accouplent entre eux comme s'ils n'étaient qu'une seule et 
même espèce. Les œufs sont identiques, et il en est apparem- 
ment de même des Chenilles. L'éclosion des œufs a lieu après 
le même laps de temps et la durée de l'éducation est la 
même. Le croisement du Roylei avec le Pernyi produit le 
remarquable et robuste hybride que j'ai obtenu en 1881, 
susceptible de reproduction et de se propager en formant un 
type intermédiaire tenant à la fois du Roylei et du Pernyi. 
L'A. Roylei est commun à Simla, à Mussoorie, à Atmorah 
et il se trouve aussi à Darjeeling. 

Antherœa mylitta ; Attacus mylitta Fabricius ; Attacm 
paphia Linné. — Ver à soie connu sous le nom de Tussah, 
Tasser, Tussur, etc. Répandu dans toute l'Inde et l'île de 
Ceylan, où il vit à l'état sauvage. Il est cultivé sur une grande 
échelle dans le Bengale, l'Assam, etc. Les diverses races de 
cette espèce diffèrent de taille, les plus gros cocons provenant 
généralement de l'Himalaya et autres parties du nord de 
l'Inde. 

Le cocon fermé est lisse et sans aucune bourre ; il est sus- 
pendu par une forte corde de soie qui forme anneau autour 
de la branche de l'arbre. En Europe, cette espèce a été élevée 
sur le Chêne et le Charme. Dans l'Inde, l'A. mylitta vit sur 
un grand nombre d'arbres et d'arbrisseaux, entre autres : 
Terminnlia tomentosa, Ziziphus jujuba, Lagerstrœmia In- 
dica. Ficus Benjamina, Carissia, Enidia, etc. Le Mylitta a 
aussi été trouvé sur le Prunier sauvage. 

Les Papillons provenant de cocons importés du nord de 
l'Inde commencent généralement à éclore fin juin, mais 

4« SÉRIE. T. III. — Février 1886. & 



îSS SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

'C'est en juillet et août qu'ils éclosent en nombre; ils conti- 
nuent à éclore en petites quantités ou isolément jusque vers 
la fin d'octobre ; ils éclosent même pendant l'hiver, si le temps 
«st doux. Les cocons peuvent hiverner deux fois et même 
■trois fois. Dans les pays du Nord, le Mylitla ne peut s'élever 
'à l'air libre, l'éclosion des larves ayant lieu à une époque très 
"avancée de l'année. Il faudrait, pour réussir, pouvoir forcer 
l'éclosion des Papillons, et maintenir les œufs à une tempéra- 
Hure de 25 à 30 degrés centigrades, de manière à les faire 
éclore dix à douze jours après la ponte. En Espagne, où j'ai 
iniroduil le M y litta en 1884, M. Segin, vice-consul britan- 
nique, a réussi à élever, à l'air libre, sur le Chêne, les Vers 
provenant d'un accouplement qui eut lieu le 31 juillet. L'éclo- 
sion des œufs eut lieu dix jours après la ponte, et les Vers 
i commencèrent à filer le 29 septembre. Les Vers provenant de 
deux autres accouplements qui eurent lieu, l'un le 13 et l'autre 
• le 14- août, périrent tous au milieu de novembre, par suite 
d'un changement subit et complet de température, au mo- 
ment où ils allaient se mettre à filer. 

. Antherœa Assama; A. assamensis Helfer. — A l'exception 
tde Dehra Doon, où elle vit sur un arbre connu sous le nom de 
V4 Kirkee »^ cette espèce ne se trouve que dans l'Assam, où 
'•en langue assamoise elle porte le nom de Muga, qui signifie 
. « ambre » à cause de la couleur du cocon. L'A. assamensis 
■est cultivé dans l'Assam sur une grande échelle et la soie en 
est fort estimée. Dans certaines parties de l'Assam on ob- 
tient cinq générations. 

L'éclosion des Papillons et celle des œufs a lieu dans les 
maisons, après quoi on élève tes Vers à l'air libre sur di- 
verses espèces d'arbres. Les Vers sont surveillés pendant 
toute la durée de l'éducation et on les rentre au moment où 
ils commencent à filer. 

^ Le Suïïi {Machilus odoratissima) es,i \3l nourriture favorite 
de celte espèce; élevé sur cet arbre, le Ver produit, dit-on, la 
plus belle et la meilleure soie. Cette soie est dévidée. Dans 
l'Assam inférieur, on l'élève sur le Sualu (Telranlhera mo- 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 83 

nopetala). Le feuillage de certaines espèces d'arbres fores- 
tiers, tels que le Dighlati {Tel. glauca), le Patichanda {Cin- 
namomiim obtusifolium), et le Bamroti (Symplocos gran- 
diflora) peuvent aussi lui servir de nourriture, si le feuillage 
des deux premiers arbres vient à manquer aux derniers âges. 
Le cocon Muga a environ un pouce trois quarts de longueur 
sur un pouce de diamètre; il est d'un beau jaune d'or. Il y a 
cependant un certain nombre de cocons de couleur foncée. 
L'A. Assama vit aussi à l'état sauvage dans l'Assam. 

Antherœa Frithii Moore. — N'est probablement qu'une 
variété de l'A. mylitla, et doit vivre sur les mêmes végé- 
taux. A. Frithii se trouve dans quelques parties de l'Inde, en 
Cochinchine, etc., et, selon le capitaine Hulton, à Darjeeling. 

Antherœa Perroteti Guérin-Mén. — Espèce découverte à 
Pondichéry par M. Perroltet, et qui est tout simplement une 
des races ou une variété du Mylitta. 

Antherœa Helferi. — Autre espèce dont le cocon res- 
semble à celui de l'A. mylitta. Se trouve à Darjeeling. 

Antherœa nebulosa Hutton. — Espèce remarquable et 
assez commune dans l'Inde centrale, et dont la soie peut riva- 
liser avec celle de l'A. paphia (mylitta) (Gap. Hutton). 

Bombyx (Theophila) Huttoni Westwood. — Espèce bivol- 
tine vivant dans les montagnes sur le Mûrier indigène de 
Simla,de Mussoorie et d'Almorah. Le B. Huttoni est très ro- 
buste, et il produit un beau cocon blanchâtre. Quoique le Ver 
soit trop sauvage pour être élevé en captivité, cette espèce 
serait d'une grande utilité pour les éducations à l'air libre, 
sur le Mûrier même (Gap. Hutton). 

Bombyx {Theophila) Bengalensis Hutton. — Espèce poly- 
yolline ressemblant au ^. Huttoni, mais elle vit au Bengale 



84 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

sur VArtocarpus Locucha. Cette espèce est plus petite que la 
précédente (Gap. Hutton). 

Bombyx a f finis. — Découvert en 1869 à Ghota Nagpore 
' par M. Kingi ; il vit sur VArtocarpus Locucha, mais le capi- 
taine Hutton réleva avec le plus grand succès sur des bran- 
ches" de Morus Indica. 

Bombyx (Theophila) Sherwilli Moore. — Le Papillon de 
cette espèce ressemble beaucoup à celui du B. Huttoni, 
mais il est un peu plus grand. Tout ce que l'on sait, c'est 
que l'insecte parfait se trouvait dans la collection du major 
J.-L. Sherwill; on ignore s'il a été capturé dans les plaines 
ou à Darjeeling. 

Bombyx (Ocinara) religiosœ Helfer. — Quoique portant le 
nom de Bombyx, la description donnée par le docteur Helfer 
s'applique plutôt à une espèce d'Ocinara. Le docteur Helfer 
l'appelle le Ver à soie Goree^ et M. Hugon le Ver à soie Deo- 
mooga. On dit qu'il se trouve entre l'Assam et le Shylet 
(Cap. Hutton). 

Dans son rapport sur la « soie dans l'Assam » en date du 
29 février 1884-, M. E. Slack, Directeur de l'Agriculture, 

-.;parle ainsi de cette espèce : « Ce Ver à soie {Bombyx reli- 
giosœ) est appelé Deomuga à cause de sa grande taille. C'est 
le plus gros de tous les Vers à soie ; il atteint une longueur 
de six pouces et demi ; c'est aussi le plus joli. » M. Buckin- 

.gham en parle ainsi : « Ce Ver à soie vit sur le Sum (Machi- 
lus odoratissima) et quelquefois avec le Muga ordinaire. Au 

.deuxième et au troisième âge, il est d'une beauté remar- 
quable, avec des rangées de taches d'un bleu de turquoise sur 
les côtés. Au quatrième âge, les taches bleues disparaissent 
et des taches jaunes d'or les remplacent. De chaque côté du 
corps, il y a des bandes qui ont toutes les couleurs de l'arc- 
en-ciel, ce qui rend ce Ver à soie de beaucoup supérieur en 

'beauté à tous les autres. » 

■ Le Ver Deomuga vit, dit-on, trente jours et file son cocon 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 85,, 

en trois jours. Le Papillon éclôt au bout de quinze jours 
lorsque le temps est chaud, et au bout de trente jours pen- 
dant la saison froide ; le Papillon vit quatre jours. Le cocon 
est gros (3" x 1 j) ; il fournit une grande quantité de soie 
forte et grossière. La dureté du cocon rend le dévidage diffi- 
cile et la soie se noue souvent. Le fil du Deomuga est employé 
au Bengale à faire des lignes à pêcher. A Cachar, le Deomuga 
vit sur le Ficus Indica et sur le Pi'pal {Ficus religiosa). Il 
se trouve généralement dans la vallée de l'Assam. 

Ocinara lida Moore. — Cette espèce se trouve à Mussoo- 
rie ; la Chenille, qui ressemble à une Géomètre, vit sur le 
Ficus venosa et le Figuier sauvage. Elle file un petit cocon 
blanc sur une feuille ou sur une pierre au pied de l'arbre ; le 
cocon est trop petit pour être d'aucune utilité (Cap. Hutton). 

Ocinara lactea Hutton. — Cette espèce se trouve aussi à 
Mussoorie et elle vit sur le Ficus venosa, filant dans une 
feuille un curieux petit cocon jaune. Ce cocon est entouré 
d'une dentelle de soie jaune. La Chenille est liàse, tandis que 
celle de l'O. lida est velue (Cap. Hutton). 

Ocinara comma Hutton). — Le Papillon de cette espèce 
est blanc avec une marque foncée en forme de comma sur le 
disque des ailes supérieures. Il se trouve dans le Doon à en- 
viron 5500 pieds au-dessus de Mussoorie. 

îfc'j 

Trilocha varians Moore. — Petite espèce découverte â 
Ganara, et par M. Grote à Calcutta. N'est d'aucune utilité 
pour la soie. V* 

Cricula trifenestrata. — Cette curieuse espèce se trouve 
dans diverses parties de l'Inde , quelquefois en si grand 
nombre que les larves dépouillent entièrement les Mair- 
guiers, détruisent aussi le feuillage de VAcacia catechu et' 
attaquent même l'arbre à Thé. Se trouve dans le Birman, lé' 
Moulmein et à Chota Nagpore, dans l'Inde centrale. Les co- 



SS SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

cons se trouvent en las et ils sont tellement assujettis les uns 
aux autres qu'on ne peut les séparer pour filer la soie, ce que 
leur structure, du reste, ne permettrait pas; c'est pourquoi 
on les carde. Ils sont en forme de réseau et d'un jaune d'or. 
J'ai fait connaître et élever cette espèce en Europe en 4884?/^ 
Par moi, les Chenilles de cette espèce furent d'abord élevées 
sur le Chêne, le Prunier, le Pommier, le Poirier et le Saule, " 
ensuite sur le Prunier exclusivement. Un de mes correspon- 
dants les a, je crois, élevées sur le Tilleul. 

Dans le rapport de M. Stack, on trouve ce qui suit sur cette 
espèce : Amluri ou Ampotoni {Cricula trifenestrata). L'Aw- 
luri prend son nom du Manguier ou Am sur lequel il se 
nourrit. C'est un des Vers à soie les plus communs de l'As- 
sam. Il se trouve dans la vallée, au pied des collines du côté 
nord et du côté sud, et aussi à Gachar, où l'arbre à Thé sau-" 
vage lui sert de nourriture. Il se trouve aussi fréquemment 
sur le Sum ; mais sa nourriture favorite est le Manguier des 
forêts ou le Manguier cultivé près des villages. La chrysalide, 
comme celles de toutes les espèces de Vers à soie sauvages, est 
un mets recherché des Kacharis, des Rabbas, des Mèches et 
des Mikirs. LeR. P. Gambouénous a aussi fait savoir que les 
Malgaches, à Madagascar, mangent avec délices les chrysalides 
des Vers à soie, en friture. 

Caligula Simla Westwood. — Le cocon de cette espèce 
est en forme de réseau. Il ressemble pour la forme à celui de 
Cricula trifenestrata, mais il est plus gros et d'une couleur 
foncée, presque noire. Il y a quelques années, je reçus des 
cocons vivants de cette espèce, mais toutes les chrysalides que 
Ton voyait se mouvoir dans les cocons périrent au bout de 
quelque temps. Se trouve à Simla, à Miissoorie et dans la 
province de Kumaon, se nourrissant sur le Noyer, le Salix 
Babylonica, le Poirier sauvage, etc. Cette espèce se trouve 
aussi au Japon, où elle se nourrit sur le Châtaignier comes- 
tible. 

Caligula thibeta. — Se trouve à Mussoorie, où il vit sur 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 87 

VAndromeda ovalifolia, le Poirier sauvage et le Cognassier 
commun. Il se trouve aussi dans la province de Kumaon, mais 
son nom spécifique est faux, l'insecte ne s'approchant jamais 
du Thibet. Le cocon est un réseau grossier à travers lequel on 
voit la chrysalide. 

Neoris Hultoni Moore. — Espèce découverte par le capi-t 
taine Hutlon à Mussoorie, à environ 6500 pieds d'élévation, 
vivant sur le Poirier sauvage. Les Chenilles se trouvent en 
avril. Le cocon est un réseau qui ne produirait pas de soie. 

Attacus Ricini. — Espèce dont le Ver produit la soie con- 
nue des indigènes sous le nom de soie arrindy. Le Ver 
s'élève sur le Ricin (Ricinus communis). Les principaux en- 
droits où cette espèce est cultivée sont: l'Assam, le Bengale 
oriental, Rungpore et Dinagepore. Les Mékirs, dans la partie 
orientale du Bengale, en possèdent une très belle espèce à 
soie blanche. V Attacus Ricini {B . arrindia), selon certains 
sériciculteurs, n'est autre que V Attacus cynthia, élevé sur le 
Ricin à l'état de domesticité. C'est dans l'Assam que cette es- 
pèce est presque exclusivement cultivée, et, comme le Ver du 
Mûrier, elle est cultivée à l'état de domesticité, où elle porte 
le nom d'Eri, mot qui signifie iîicm. L'espèce vit aussi sur le 
Keseru {Heteropenex fragrans); il y a aussi plusieurs autres 
arbres, tels que le Gulancha (Jatropha curcas)^ le Gamari 
{Gmeiina arborea) et même, dit-on, le Bogri commun ou Ber 
{Ziziphus jujuha), sur lesquels le Ver peut s'élever, si le 
Ricin vient à manquer. 

Actias setene. — Espèce répandue dans l'Inde et l'île de 
Ceylan; cocon fermé, mais irrégulier et peu soyeux. Il y a ce- 
pendant quelques races à cocon épais et ferme, celle de Ma- 
dras, par exemple; la soie en a été, dit-on, dévidée. Le Pa- 
pillon de cette espèce est d'une beauté remarquable, ses ailes 
sont d'un beau vert tendre et sa forme est celle d'un Papilio 
à longue queue, tels que P. podalirius de l'Europe et 
P. ajax de l'Amérique du Nord. La Chenille s'élève très bien 



88 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

sur le Noyer; elle vit aussi sur le Cerisier sauvage. Dans 
rinde, elle vit sur le Poirier sauvage, le Noisetier, le Cedrela 
paniculata, le Coriara Nepalensis et plusieurs autres arbres 
et arbustes forestiers. 

Actias mœnas Doubleday. — Espèce qui se trouve à Dar- 
jeeling et dans TAssam. C'est une grande espèce dont on ne 
connaît encore ni les habitudes ni le produit. Le Papillon est 
vert tendre. • -^'^^ '^ 

Aclias leto. — Se trouve dans les mêmes contrées et avec 
l'espèce précédente. 11 est très probable que Mœnas et Leto ne 
sont que la même espèce : Mœnas est le Papillon femelle, 
Leto le Papillon mâle ; il n'y a maintenant, je crois, aucun 
doute à ce sujet. Les ailes de Leto sont vertes, mais couvertes 
de taches d'un brun rougeâtre, qui manquent chez le Pa- 
pillon femelle Mœwas. 

Saturnia pyretorum. — Se trouve à Darjeeling et à Cachar, 
mais c'est tout ce que l'on sait (Cap. Hutton). 

Saturnia Grotei Moore. — A été trouvé à Darjeeling et 
un ou deux Papillons ont été capturés à Mussoorie. Le capi- 
taine Hutton a lieu de croire que la Chenille vit sur le Poirier 
sauvage. 

Saturnia lindia Moore. — Tout ce que l'on sait de cette 
espèce, c'est qu'elle se trouvait dans la collection faite par le 
feu capitaine James Lind Sherwill et l'on suppose qu'elle 
provient de Darjeeling ou de ses environs; elle est alliée à 
Sat. Grotei (Cap. Hutton). 

Saturnia cidosa Moore. — De la collection du capitaine 
J. L. Sherwill, provient du nord-est de l'Inde. Nous n'avons 
aucun renseignement sur cette espèce. Comme elle est très 
rapprochée de Sat. pyretorum, je suis porté à croire qu'elle 
habite Darjeeling ou Cachar (Cap. Hutton). 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 89' 

Lœpa Katinka West. — Papillon jaune d'une beauté re- \. 
marquable, découvert pour la première fois dans l'Assam; se"î 
trouve aussi, à ce que je crois, à Mussoorie. M. Moore, cepen-- 
dant, considère l'espèce que je possède comme étant dislincte.o- 
On pourrait peut-être en obtenir une petite quantité de soie 
(Gap. Hutton). 

Lœpa sivalica Hutton. — Espèce étroitement alliée à la 
précédente; se trouve à Mussoorie, à 5500 pieds et aussi plus 
bas; pourra probablement produire une [petite quantité de 
soie (Cap. Hutton). 

Lœpa miranda Alkinson. — Belle et bonne espèce, dé-.j 
couverte à Darjeeling par M. Atkinson; mais là s'arrêtent les ; 
renseignements (Cap. Hutton). 

Lœpa sikkimensis Alkinson. — Très belle espèce, décou- 
verte à Darjeeling par M. Atkinson ; on peut la distinguer des 
autres espèces par sa petite taille et par ses ailes, qui sont 
tachetées de marron; on ne sait rien de son économie (C. H.).' 

Atlacus Atlas Linn. — Le plus grand des Bombyciens sé- 
ricigènes; commun à 5500 pieds d'élévation à Mussoorie' 
et dans le Dehra Donn ; il se trouve aussi dans les profondes 
vallées des collines environnantes; il est commun aussi à- 
Almorah, où le Ver vit sur leKilmorah ou Berberis Asiatica, 
tandis qu'à Mussoorie il n'attaque jamais cet arbuste et vit 
exclusivement sur les feuilles du Falconeria insignis. Le 
Ver de cette espèce est probablement plus facile à élever que 
celui de toutes les autres espèces de Bombycides sauvages; 
il produit un très gros cocon, riche en soie et d'une couleur 
grisâtre; l'espèce abonde aussi à Cachar, dans le Sylhet, et 
se trouve à Akyab, dans l'Arracan et aussi en Chine (Note 
du capitaine Hutton). 

VAtt. Allas est répandu dans toute l'Inde, l'île de Ceylan, 
la Chine, le Birman et autres pays jusqu'à Singapore, à l'ex- 
trémité de la péninsule malaise; il se trouve également à 



90 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Java, à Bornéo et probablement dans toutes les autres îles de 
l'océan Indien. Les diverses races de cette espèce diffèrent 
par la taille et le coloris des ailes, les cocons ont aussi une 
teinte un peu différente; la Chenille est tiès polyphage.Dans 
l'île de Geylan, elle vit de préférence sur le Cannellier {Lau- 
rus cinnamomum) et le Milnea Roxburghiana, mais elle 
se trouve aussi sur beaucoup d'antres arbres. 

En Europe, elle s'élève parfaitement bien sur l'Epine- 
vinette {Berberis vulgaris) ; elle peut aussi s'élever sur le 
Pommier, le Saule, le Charme et autres arbres et arbustes. 

En 1884 je l'ai élevé à Londres, sur l'Allante, à l'air 
libre, jusqu'au troisième âge. On ne pourrait élever VAtlas^ 
à l'air libre, jusqu'à la formation du cocon, que dans les 
pays du Midi, mais l'espèce s'élève facilement en captivité. 
La Chenille de VAllas, comme celle de VAtt. cynthia, est 
couverte sur tout le corps d'une sécrétion, formant une 
sorte de farine blanche. VAlt. Atlas et VAtt. cynthia ont 
quelques traits de ressemblance; les deux espèces ont été 
trouvées vivant sur rÉpine-vinetle , dans la province de 
Kumaon. i 

Attacus Edwardsii Moore. — Espèce découverte à Dar- 
jeeling, de couleur très foncée et d'une taille plus petite. On 
ne connaît ni sa nourriture, ni sa vie (Note du capitaine 
Hutton). Il est probable que VAtt. Edwardsii n'est qu'une 
des nombreuses races ôeVAtl. Atlas. 

ESPÈCES D'AFRIQUE 

Les Bombyciens séricigènes de l'Afrique, et il y en a un 
très grand nombre, sont encore presque tous inconnus 
comme sétifères; c'est pourquoi je ne pourrai que citer les 
noms de certaines espèces. Au Cap de Bonne-Espérance, il y 
en a au moins cinq espèces, dont l'une, la Saturnia Isis 
Weslwood, se trouve aussi à Sierra- Leone avec la Sat. 
aletida et la Sat. phœdura Dury. A Natal, il y a VActias 
mimosœ, dont le Papillon est admirable. Au Sénégal, il y ;a 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 91 

\e Faidherbia, à cocon fermé, dit-ori; ce serait alors un 
Antherœa; peut-être celte espèce est-elle celle qui est con- 
nue sous le nom de Bombyx Bauhiniœ. 

Les Séricigènes de Madagascar sont mieux connus, et le 
R. P. Gamboué en parle dans son intéressant rapport, qui 
a paru dans le Bulletin de juin 1885, de la Société d'Accli- 
matation, C'est dans le rapport du P. Camboué que je puise- 
rai les quelques renseignements que je vais donner sur les 
Vers à soie malgaches. ' 

Borocera Madagascariensis Boisduval. — Espèce que les 
Malgaches appellent Bibindandy (Ver à soie), et dont ils 
tirent la soie, qui sert à la confection de leurs magnifiques 
étoffes dites Lamba-Landy. Le cocon, qui est grisâtre, a, 
chez la femelle, environ 0'",05 de longueur sur O^jOS de 
plus grand diamètre ; chez le mâle, il n'a que O^jOS de lon- 
gueur sur 0'",015 de plus grand diamètre. L'éclosion du 
^ Papillon a lieu une trentaine de jours après la formation de 
la chrysalide. La Chenille du Bibindandy est très poly- 
phage; mais les Malgaches l'élèvent de préférence sur l'Em- 
brevattier {Cytisus cajanus) et sur le Tapia (Tapia edulis) ; 
elle vit aussi sur le Goyavier, le Bibacier et le Saule pleureur. 
Sur la côte, le R. P. Camboué a trouvé des cocons de Bibin- 
dandy sur l'Oranger, le Badamier, et le Fotabe {Baringtonia 
speciosa). Sur la côte ouest, on en trouve beaucoup sur les 
Palétuviers et autres arbres croissant aux bords de la mer. 

Le Bibindandy peut vivre jusque sur les hauteurs de l'in- 
térieur de l'île, où il n'y a que 3 à 4 degrés centigrades de 
chaleur. C'est le plus important des Vers à soie sauvages de 
Madagascar. 

Bibindandy dynamboa (Ver à soie des Chiens) et Bibin- 
dandy madinika (petit Ver à soie), sont deux espèces de 
Borocera se rapprochant du Madagascariensis. 

Saturnia Suraka Boisduval ; Caligula Suraka. — 
Grande et belle espèce, dont la Chenille atteint 10 centi- 
mètres del ongueur et forme un cocon à tissu double en 



92 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

treillis, très fort, de couleur jaunâtre, mesurant environ 
6 centimètres de longueur sur 3 centimètres de plus grand 
diamètre. La Chenille, qui est polyphage, vit très bien sur le 
Laurier rose {Nerium oleander). Arrivée au dernier âge, elle 
est verte avec plaques noir verdâtre et tubercules épineux ; 
tirant sur le rose. L'insecte parfait sort après une trentaine 
de jours. 

Le P. Camboué a observé sur le littoral est, à Tamatave, 
une autre espèce de Saturnia, se rapprochant assez de Su- 
raka. La Chenille, fausse Arpenteuse, est d'un beau noir, 
garnie sur ses segments de proéminences épineuses, jaunes 
sur les huit derniers, rosées sur les premiers. Le corps est 
parsemé de taches jaunes de la même couleur que les tuber- 
cules. Les stigmates sont noirs, bordés de jaune; les fausses 
pattes d'un beau noir luisant. Elle atteint 9 centimètres de 
longueur sur 12 millimètres déplus grand diamètre. Elle est 
aussi polyphage et vit bien sur le Laurier rose. Le cocon est 
plus petit et de couleur plus sombre que celui de S. Suraka. 



LISTE D ESPÈCES SÉRICIGÈNES D AFRIQUE 

Bombyx Bauhiniœ {1res recommandé). 

Bombyx annulipes Boisduval. 

Salurniu Cajani Guérin-Méneville. 

Bombyx Bhadama Bdv. — Espèce commune à Madagascar. 
Les Chenilles vivent en société dans des poches communes 
contenant de 500 à 600 cocons, dont la soie grossière est 
utilisée. 

Bombyx Diego. — Moins connu que le précédent et vivant 
de la même manière. 

Bombyx Fleuriotii Guérin-Méneville. — A peine connu 
et servant à tisser des lambas sur la côte méridionale. 

Saturnia auricolor Mabille. 

Saturnia fuscicolor Mabille. 

Bombyx panda. — Vit comme le Bhadama et produit une 
soie très estimée. 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 93 

Saturnia vacuna Westwood. — Habite l'Ashantee. 

Saturnia mythimnia Weslw. — Port Natal. 

Saturnia arata Westw. — Ashantee et Sierra-Leone. 

Saturnia belina Westwood. — Zoulouland. 

Saturnia hersilia Westw. — Congo. 

Saturnia menippe Westw. — Natal et autres parties de 
l'Afrique australe. 

Saturnia tyrrhea Cramer. — Cap de Bonne-Espérance et 
Afrique australe. 

Saturnia cytherea Fabricius. — Gap de Bonne-Espérance 
et Afrique australe. 

Saturnia nenia Westw. — Congo. 

Saturnia agathylla Westw. 

Saturnia Said Oberthùr. — Belle et grande espèce trou« 
vée par M. Raffray à Bagamoyo, en face de l'île de Zanzibar. 

Saturnia thyella Zamberia Felder. 

ESPÈCES D'EUROPE 

Il n'y a en Europe aucun Bombycien qui soit important 
comme séricigène. Des six espèces que je vais mentionner, 
les trois premières produisent une soie assez grossière, et 
il en est de même, je crois, de la quatrième, Cœcigœna. La 
Sat. Isabellœ fournit un cocon dont la soie est assez fine, 
mais elle est peu abondante. UOtus seul semblerait être une 
espèce digne d'attention comme sétifère, mais cette espèce 
est plutôt asiatique qu'européenne. 

AttacusPyri S. V. Godard; Saturnia pavonia major Linn. 
— Europe centrale et méridionale. Se nourrit principale- 
ment sur le Pécher, l'Amandier, le Poirier, le Pommier, le 
Prunier, l'Orme, le Frêne, etc. En France, la Chenille atteint 
toute sa taille dans le courant du mois d'août. Elle forme son 
cocon sous les corniches des murs, aux bifurcations des 
grosses branches, ou au pied des arbres. Il y a en Algérie une 
variété de Pyri, décrite par M. H. Lucas, sous le nom de 
Saturnia Atlantica. 



' 94- SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Attacus carpin.i S. V. God., Dup., Bdv. ; Saturnia pavonia 
minor L. — Dans presque toute l'Europe ; se trouve jusque 
dans le nord de l'Angleterre. La Chenille vit sur l'Orme, le 
Charme, le Bouleau, le Saule, le Prunellier, la Ronce, la 
Bruyère, etc. Cette espèce est plus précoce que la précédente; 
les papillons éclosent généralement en avril. Les Chenilles 
écloses en mai forment leur coque, qui est pyriforme, vers le 
milieu de juillet, dans les buissons. 

Attacus spini Borkha.usen; S at. pavonia média Fabricius. 
— Allemagne, Autriche, Hongrie. Cette espèce ne peut, dit- 
on, s'accoupler qu'à l'air libre. Je n'ai jamais pu obtenir la 
reproduction de cette espèce en captivité après plusieurs 

. annéCvS d'essai. En 1881, avec une quarantaine de cocons, je 
ne pus obtenir que sept ou huit Papillons; les chrysalides, 
comme celles de Pyn et de Carpini, restent souvent deux 
ans et même trois ans avant d'éclore. Les Papillons de Spini, 
en 1881, ont commencé à éclore le 17 avril, les Carpinile SO. 
D'après ces dates, le Spini serait encore plus précoce que le 

' Carpini. La Chenille vit sur le Prunellier, Prunus spinosa. 
Le cocon est plus gros et plus soyeux que celui de Carpini 
et est de forme ovale. Le Papillon, qui ressemble assez à 
cehii de Pyri, est, comme chez celui-ci, de même couleur et 
de même taille chez les deux sexes; il y a, au contraire, une 

• différence très marquée chez le mâle et la femelle dé Carpini, 
tant pour la taille que pour la couleur. 

Saturnia cœcigœna Hubner. — Dalmatie, Turquie, Asie 

• ' Mineure. Je n'ai encore aucune donnée sur cette espèce. 

■ . Saturnia (Actias) Isahellœ. — Espagne centrale. Magni- 
fique espèce découverte par M. Mieg, décrite et figurée dans 
les Annales de la Société entomologique, 1850, p. 241, 
■ pi. Vlil, par M. le professeur Graells. Le Papillon ressemble 
'par la forme à V Actias luna des États-Unis de l'Amérique du 
' Nord ; il est d'un be'au vert avec les nervures brunes. La Che- 
nille est verte, avec la tête et le milieu des segments bru- 



n'vsÉRIClGÈNES SAUVAGES eONWUS. .95 

• nâtres; deux taches allongées, rouges, bordées de blanc, se 
remarquant sur le bord de chaque segment; elle vit sur le 
Pin des forêts, Pinus sylveslris. 

Cette belle espèce est loujours maintenue à un prix assez 
élevé, et la propagation en est pour ainsi dire interdite. 

En 1878, je reçus dix-huit chrysalides d'Espagne; elles 
coûtaient 15 francs pièce, mais le prix a baissé depuis cette 
époque. 

Mon désir était, avec ces dix-huit chrysalides, de repro- 
duire et d'élever l'insecte, mais je n'eus aucun succès, pro- 
bablement par suite du système employé pour l'envoi des 
chrysalides. Il en fut de même de deux autres essais que je 
fis les années suivantes. Les chrysalides, avantd'être expédiées 
d'Espagne, sont sorties du cocon, enveloppées de petites 
bandes de papier de soie, et elles sont ensuite remises avec 
un peu de ouate dans le coton préalablement coupé d'une 

- extrémité à l'autre. Cette opération est faite dans le but pré- 
tendu de voir si les chrysalides envoyées sont bien vivantes et 

' aussi afin de les protéger contre les chocs du voyage. Le 
résultat de cette opération, faite avec de bonnes intentions, 
dit-on, c'est qu'une partie des Papillons qui éclosent sont 
avortés, et que la plupart des chrysalides sont détruites par 
des parasites diptères auxquels on a ouvert la porte. Avec 
mes dix-huit chrysalides d'habellœ^y je. n'obtins qu'un tout 
petit nombre de Papillons, tous femelles, à l'exception d'un 
mâle, cinq ou six Papillons en tout. 
.1 ., ■■ , 

. Bombyx {Lasiocampa) Oins Drury. -^ C'est le Bombyx 
séricigène, dont les Grecs et les Romains obtenaient de la 
soie, avec laquelle ils fabriquèrent des tissus avant l'intro- 
duction du Ver à soie du Mûrier de la Chine. ,Qu'est devenu 
ce célèbre Bombyx « Hibou » des anciens? Un de mes an- 
ciens correspondants de Sicile, M. J. Pincitore Marolt, de 
Palerme, dans un article -qui a paru le 1" août 1873, dans 
les Petites nouvelles entomoiogiques, parle de la découverte 
i etde lapropagatiiinde ce remarquable Lépidoptère eq Italie, 
et dit dans un passage de son rapport : « Le Bombyx Otus 



96 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

est d'uno grande importance, car sa Chenille est séricigène 
et susceptible, peut-être, de remplacer le B. (Sericaria) 
Mori; la soie qu'on obtient du cocon de cette espèce est 
presque aussi belle que celle produite par le Yama-maï; la 
véritable patrie de VOtus étant l'Asie Mineure, la découverte 
de cet insecte en Italie prouve que nos conditions climaté- 
riques et notre flore, au moins en partie, se rapprochent de 
celles de l'Orient, et que l'élevage de celte espèce pourrait 
être opéré avec succès. — M. Correale, de Scandole, près 
Crotone (Calabre), est le premier qui a retrouvé en Italie le 
papillon Otus; il a fait quelques tentatives, jusqu'ici couron- 
nées de succès, pour élever cette espèce dans un but com- 
mercial. Cesobservationsontété publiées par M. le professeur 
Cornalia, dans les Annali di Storia naturale, t. VIII, 1865. » 

M. Marott ajoute que VOtus n'est pas rare aujourd'hui 
(1873) dans la partie méridionale de l'Italie continentale, et 
qu'il l'a trouvé aussi aux environs de Monte-Cuccio (Pa- 
lerme). 

La Chenille vit sur diverses plantes, mais elle préfère le 
Lentisque. 

Outre l'Asie Mineure, l'espèce se trouve aussi dans la 
Turquie d'Europe. 

ESPÈCES DE L'AMÉRIQUE 

Dans mes divers rapports anglais et français, j'ai parlé de 
l'éducation en Europe des principaux Vers à soie sauvages 
des États-Unis de l'Amérique du iNord ; quant aux autres; je 
'ne pourrai qu'en donner les noms d'après la liste des Pa- 
pillons hétérocères de l'Amérique du Nord, par Aug. R. Grote, 
président du club entomologique de New-York, et publiée en 
mai 188-2. 

Telea polyphemus; Telea Hubner, polyphemus Crammer. 
'■" — Le meilleur Ver à soie sauvage des États-Unis, à cocon 
fermé, comme celui de toutes les espèces appartenant au 
genre Antherœa, et dont il a tous les caractères. 



SÉRIGIGÈNES SAUVAGES COiNNUS. 97 

• La soie blanche du Poli/phemus peut rivaliser avec celle 
du Pernyi, mais le cocon est ordinairement moins gros. Eu 
Europe, l'espèce a été élevée à l'air libre, avec le plus grand 
succès, sur le Chêne. Les Papillons s'accouplent difficilement 
en captivité, et je crois que l'on doit opérer avec cette espèce 
de la même manière qu'avec le Yama-mal du Japon, c'est- 
à-dire placer les cages à Papillons à l'airlibre. Outre le Chêne, 
la Chenille peut s'élever sur le Bouleau, le Hêtre, le Saule, 
le Noisetier, le Châtaignier, etc. La Chenille, qui est une des 
plus belles, a cinq âges; elle est blanchâtre au premier âge. 
Aux autres âges elle est d'un beau vert, avec tête brune, mais 
sans points noirs comme celle du Pernyi. A la base de tous 
les tubercules il y a une plaque argentée à reflets métalliques. 
Noms de plantes données par divers entomologistes amé- 
ricains, comme servant de nourriture au Polyphème: Quer- 
cus, Ulnms, Tilia Americana, Rosa, Acer, Salia),Populus, 
Corylus, Betula, Vaccinium, Carya, Juijlans nigra, J . ci- 
nerea , Cratœgus, Quercus virens, Prunus Virginiana, 
Plalanus, Castanea vesca, Fagus, Tilia Europœa, Carya 
tomentosa, Alnus incana, etc. 

Platysamia cecropia ; Attacus cecropia Linn. — Platy- 
samia est le nom générique donné par Grote à cette espèce 
et aux trois suivantes, qui toutes sont très rapprochées. 
Cecropia est le plus grand Séricigène des Etats-Unis. Le 
cocon, ouvert comme tous ceux du même genre, est entouré 
d'une enveloppe irrégulière qui est souvent d'une grosseur 
extraordinaire. La Chenille, qui a six âges (quelques auteurs 
disent qu'elle n'a que cioq âges), est plus difficile à élever à 
l'air libre dans les pays du Nord, que l'espèce précédente. 
Elle vit sur nombre d'arbres fruitiers et autres, surtout le 
Prunier sauvage, le Saule, etc. La Chenille et le Papillon se 
font remarquer par la beauté et la variété de leurs couleurs. 
Les Papillons s'accouplent facilement. 

Noms des plantes nourricières du Cecropia, en Amérique. 
Brodie {Papilio, février 1888) donne une liste de quarante^ 
neuf espèces de plantes appartenant aux genres suivants : 

4» SÉRIE, T. m. — Février 1886, 7 



98 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Tilia, Acer, Prunus, Spirœa, Cratœgus, Pyrus, Amelan- 
chier, Ribes, Sambucus, Ulmus, Quercus, Fagus, Corylus, 
Carpinus, Betula, Alnus, Salix et Populus. D'autres au- 
teurs donnent les genres suivants : Berberis, Liriodendron, 
Syringa, Carya, Gleditschia, Rubus, Ceanothus, Ampélop- 
sis, Cephalanlhus, Fraxinus, Vaccinium et Rosa. 

Plalysamia Ceanothi Behr ; Californica Gr. — Espèce 
plus petite que la précédente. L'enveloppe du cocon, qui est 
pyriforme, est gris de fer, le cocon intérieur brun et petit 
comparé à l'enveloppe, l'espace entre les deux étant assez 
considérable. La Chenille de cette espèce a été élevée sur le 
Prunier et sur le Saule. Il est probable qu'elle peut vivre sur 
les mêmes plantes .que Cecropia et que l'espèce suivante, 
Gloveri. Elle prend son nom de Ceanothus de l'une des plantes 
sur lesquelles elle vit. La Chenille de Ceanothi, ainsi que 
celle de Gloveri, ressemble beaucoup à celle de Cecropia^ 
surtout aux deux premiers âges. A partir du troisième âge, 
la différence la plus sensible est que les tubercules dorsaux 
de Ceanothi et de Gloveri sont d'une couleur à peu près uni- 
forme, rouge orangé ou jaune, tandis que les quatre pre- 
miers tubercules dorsaux de la Chenille de Cecropia sont 
rouges et les autres jaunes. Les tubercules latéraux sont 
bleus chez les trois espèces. Les Papillons de Ceanothi ont 
les quatre ailes d'un brun rouge pour le fond ; au contraire, 
les couleurs sont variées chez les deux autres espèces. Les 
Papillons ne s'accouplent pas avec la même facilité que ceux 
de Cecropia. 

Platysamia Gloveri Strecker. — Espèce qui tient le mi- 
lieu entre les deux précédentes pour la taille et le coloris 
des ailes. L'enveloppe du cocon est d'un gris argenté; le vrai 
cocon est brun foncé. L'enveloppe extérieure adhère au 
cocon, sans laisser aucun espace entre les deux. Cette espèce 
a été découverte dans l'Utah, où des cocons ont été récoltés 
sur une espèce de Saule à petites feuilles; elle se trouve 
aussi dans l'Arizona, 



SÉRICIGÈNES SAUVAGES CONNUS. 99 

Platysamia Columbia Smith. — Cette espèce ne semble 
être qu'une race plus petite de Gloveri. 

Callosamia promethea; Attacus promethea Drury. — 
Callosamia est le nom générique donné par Packard. Espèce 
dont le cocon ressemble assez à celui de V Attacus cynthia, 
mais il est un peu plus petit et plus allongé. La Chenille 
s'élève facilement, à l'air libre, sur le Lilas et le Cerisier. En 
Amérique elle vit sur les Sassafras (Cerisier sauvage), Cepha- 
lanthus, Laurus benzoin, Syringa, Berberis, Betula, Acer, 
Quercus, Pinus, Fagus, le Pommier, le Poirier, le Pêcher, 
le Liriodendron, les Populus, etc. Selon W.-H. Edwards, la 
Chenille de Promethea n'a que trois mues ou quatre âges, 
dans la Virginie occidentale. ^\vvMf^ ni'^ .y^^ 

Callosamia angulifera Walker. — Espèce se nourris- 
sant, je crois, sur le Tulipier. 

Philosamia Gr.; Cynthia Drury. — C'est V Attacus cyn- 
thia, originaire de la Chine, actuellement naturalisé aux 
États-Unis. 

Attacus splendidus de B. 

Saturnia gu'lbinà ; Saturnia KvsLïik ; Galb ina Clem. 

Saturnia meûdocino Behrens. 

Actias luna ; Attacus lun a Linn. — Actias, nomgénérique 
donné par Leach. Espèce qui ressemble assez à VActias 
selene de l'Inde, mais elle est plus petite. Le cocon, qui est 
fermé comme tous ceux de ce genre, est irrégulier et peu 
soyeux. Papillon vert, remarquable par sa beauté. Aux États- 
Unis, VActias luna est bivoltin. La Chenille, qui est verte 
avec tubercules rouges, a souvent été élevée en Europe, où 
elle semble préférer le Noyer; elle est cependant très poly- 
phage. Les plantes citées par les entomologistes américains 



100 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

comme lui servant de nourriture sont : Juglans cinerea. 
Cary a porcina, Quercus, Platanus, Liquidamhar, FaguSy 
Belula, Salix, Ostrya Virginica, Castanea, et le Prunier. 

Hyperchiria io Fabricius. — La Chenille de cette espèce 
se chrysalide dans une coque légère formée à la surface 
du sol; elle est couverte de touffes de poils raides qui 
piquent comme des orties. Elle s'élève très facilement. Les 
Papillons, qui sont fort jolis et qui diffèrent chez les deux 
sexes, s'accouplent aussi très facilement en captivité. La Che- 
nille, qui est très polyphage, a six âges ; elle a été élevée en 
Europe sur le Chêne, le Saule, le Prunier, le Pommier, etc. 
En Amérique, on la trouve sur les Populus halsamifera, 
Ulmus, Zea mays, Cornus, Sassafras, Quercus, Robinia 
viscosa, Cornus florida, Liriodendron, Humulus, Gossy- 
pium, Acer, Salix^ Populus tremuloides, Robinia pseudo- 
acacia, Cerasus Virginiana, Betula, Fraxinus, Rubus villo- 
sus, Trifolium pratense, etc. 

Attacus aurota Crammer. — Grande et belle espèce qui 
se trouve à la Guyane française, au Brésil et autres pays de 
l'Amérique centrale. Au Brésil il y en a une variété qui porte 
le nom d' Attacus speculifer. Le cocon, qui est très épais et 
soyeux, a la forme de celui de V Attacus atlas. UAurota^ 
d'après M. A. Michély, a six générations par an à la Guyane 
française. Les Papillons éclosent un mois après la formation 
du cocon ; les œufs huit jours après la ponte et vingt jours 
après a lieu la formation du cocon. 

V Aurota a été élevé à la Guyane française par M. Michély 
sur l'Oranger et autres Aurantiacées, et sur l'Eucalyptus; il 
peut vivre aussi sur l'Allante, le Ricin, le Café diable {Casea- 
via ramiflora), le Moubin, le Saint-Jean, le Manioc {Jatro- 
.pha Manihfit), l'Acajou, le Bambou. 

Attacus hesperus. — Espèce plus petite que la précédente, 
et qui peut vivre sur les mêmes plantes que V Aurota. Le 
cocon, qui est brun et à peu près de la grosseur de celui de 
Y Attacus cynthia, est régulier de forme et sans bourre. La 



SERICIGENES SAUVAGES CONNUS. 



101 



Chenille, dit M. Michély, forme son cocon quinze jours seu- 
lement après son éclosion. Il y a cinq espèces de Séricigènes à 
la Guyane. 

Parmi les espèces américaines, nous devons encore citer 
les suivantes : 

Saturnia 

Sat. Vorul 

Sat. Laver 

Sat. Gellet 

Saturnia j 

Eucheira ; 

Décrites dans les Transactions of the Ent. Soc. of London 
en 1884, par Westwood (t. I, p. 38). 



Saturnia orizaba 


Westwood. - 


— Mexique, 


Sat. Vorulla 


id. 


id. 


Sat. Laventera 


id. 


id. 


Sat. Gelleta 


id. 


id. 


Saturnia Zacateca 


id. 


Bogota. 


Eucheira socialis 


id 


Mexique 



Il TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ- 

; 1 

NOTE 

SUR LA FLORAISON ET FRUCTIFICATION 

DU JUBiEA SPECTABILIS 



par M. Ch. IVAUDIK, de l'Institut. 

I I 



Le Coquito des Péruviens et des Chiliens, le Jubœa specta- 
hilis des botanistes, est incontestablement un des plus volu- 
mineux Palmiers qui existent, et, ce qui a lieu de surprendre, 
c'est qu'avec ses proportions colossales il se montre, sous nos 
climats, tout aussi rustique que le vulgaire Palmier nain du 
midi de l'Europe, endurant, comme lui, sans en souffrir 
sensiblement, des froids passagers de 10 à 12 degrés centi- 
grades au-dessous de zéro. 

Il a une autre qualité qu'il partage avec notre modeste 
Chamœrops, c'est de savoir se passer d'eau pendant les longues 
sécheresses de l'été méridional, ce qui d'ailleurs ne peut guère 
étonner quand on sait qu'il nous est venu de pays où la pluie 
est un phénomène météorologique relativement rare. A ren- 
contre de la grande majorité des Palmiers, il se plaît dans 
les terrains secs, et, si on le soumettait au même régime que 
le Dattier, auquel il faut tant d'arrosages pendant l'été, il 
périrait presque infailliblement. 

Voilà certes de quoi recommander le Jubœa aux amateurs 
d'arbres de haut ornement dans le midi de l'Europe ; mais il 
a un mérite plus sérieux comme arbre saccharifère, ce qui 
fait que, dans son pays d'origine, on l'exploite sur une grande 
échelle pour en retirer du sucre. On peut même craindre que 
cette exploitation, qui n'est pas réglementée, n'aboutisse à la 
destruction de l'espèce. Outre sa sève mielleuse, l'arbre pro- 
duit en grande quantité des graines, ou petits cocos, de la 
grosseur d'une noix, dont l'amande est comestible et peut 
fournir de l'huile par pression. Elle sert aussi à l'engraisse- 



DU JUBŒA SPECTABILIS. 103 

ment des bestiaux. Le grand naturaliste Darwin, qui a visité 
le Pérou et le Chili, nous apprend qu'un arbre adulte donne 
jusqu'à 90 gallons (408 litres) de sève sucrée. 

Si maintenant on tient compte de l'aptitude de l'arbre à 
croître sous un climat chaud et sec, sans demander ni culture 
ni arrosage artificiel, il vient naturellement à l'esprit qu'il 
serait tout à fait à sa place dans les parties du nord de 
l'Afrique où, faute d'eau, la culture du Dattier resterait impro- 
ductive. Il semble donc probable qu'avec lui on pourrait créer 
des Oasis d'un nouveau genre dans le Sahara algérien, si 
rebelle aujourd'hui à toute culture régulière. La seule objec- 
tion qu'on pourrait y faire, c'est qu'il faudrait du temps pour 
que ces Oasis donnassent de l'ombre d'abord, puis des récoltes 
de sucre ou de graines, ce qui n'arriverait guère avant la 
trentième année. Mais où en serait-on si l'on ne plantait que 
pour récolter à courte échéance, sans souci des arrière- 
neveux ? 

Pour la première fois, depuis qu'il a été introduit en 
Europe, le Jubœa spectabilis a fleuri et fructifié en 1885, 
non en France, mais au Jardin royal des Necessidades, à 
Lisbonne. Ses spadices, longs de plus d'un mètre, se sont 
développés en janvier-février et les fruits ont mûri en août. 
Les fleurs sont hermaphrodites (ou peut-être monoïques sur 
le même spadice, comme dans d'autres Cocoïnées), et ce point 
est à noter, car par là on sera dispensé de recourir à la fécon- 
dation artificielle, opération délicate et qui n'est pas exempte 
de danger lorsqu'il faut la faire sur des arbres de grande 
taille et armés de fortes épines, comme les Dattiers. L'individu 
qui a fleuri en Portugal, et qui s'apprête à fleurir de nouveau, 
est âgé ,d'environ trente-cinq ans. La hauteur de son stipe, 
au-dessous de la couronne de feuilles qui en forme la tète, 
est de 5™, 60. et sa circonférence, à quelques centimètres du 
sol, de 4-'", 40. Cette énorme tige se rétrécit un peu en s'éle- 
vant, et, à 1 mètre de sa base, elle n'a plus que 3'" ,60 de tour. 
Je tiens ces détails de M. Daveau, ancien employé du Muséum, 
actuellement inspecteur du Jardin botanique de Lisbonne. 

On trouve quelques Jubœas dans les jardins de la Provence 



104 SOCIÉTÉ NATIONALE JD'ACCLIMATATION. 

lïiariLime, mais ils n'y sont pas à beaucoup près aussi nom- 
breux que d'autres Palmiers qui ne les valent pas, et on ne 
comprend guère pourquoi cet arbre remarquable a été si 
négligé. La Villa Thuret en possède plusieurs, dont le plus 
grand, âgé aujourd'hui de vingt-huit ans, approche beau- 
coup de celui de Lisbonne. Sa hauteur, sous la dernière 
feuille, est de 1",45, et le reste de la tige, caché par la base 
des feuilles, est d'environ 4 mètre. La circonférence du tronc, 
à 20 centimètres du sol, est de 4", 50. Les feuilles paraissent 
un peu courtes pour celte puissante tige; elles n'ont guère 
que 3 mètres de longueur. 

Au simple point de vue ornemental, le Jubœa spectabilis, 
quoique très beau et très curieux, me paraît inférieur au 
Phœmx canariensis, que j'appellerais volontiers le Roi des 
Palmiers de pleine terre du midi de l'Europe. Cet arbre 
superbe peut être considéré comme acclimaté en Provence, 
car il y prend le plus beau développement, n'y souffre pas 
du froid et y produit, après fécondation artificielle, des 
graines excellentes, qui servent aujourd'hui à le multiplier. 



III. EXTRAITS DES PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ- 



SÉANCE GENERALE DU 5 FEVRIER 1886. 
Présidence de M. de Quatrefages, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

— M. Je Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

Tj „, ,„„ ,, . . T u j \ o j ( Maurice Girard. 

Brelles (le vicomte Joseph de), 8, rue de \ 

Bagneul, Pans. / £,,..„ , 

° ( SediUot. 

ri /i ■ \ • '» • n ■ . Dareste. 

Despeltt (Louis), propriétaire, au Domaine k „ . „■ 

, „ ^ ,uV ^ ,.'; ■ Maurice Girard. 

des Yeuzes Hérault). t ,, „, , 

^ ' [ Raveret-Waltel. 

( Dareste. 

FoREST, huissier, à Angoulême (Charente). | Maurice Girard 

( Raveret-Wattel. 

AURIOL, professeur d'agriculture, à Oran l . , _,'. , 
. ; . l Jules Grisard. 

^ ^^"^^* ( Raveret-Wattel. 

iT /r. T • N 1-7 J O ;' Maurice Girard. 

Hessneguy (D' Louis), 11, rue du Somme- \ , , . 

rard, a Pans. ) „,,.,, . 

[ Sedillot. 

rv ,11 -^ '.or j n ■ i A. Geoffrov Saint-Hilairc. 

DONAT Henn), propriétaire, 35, rue du Ge- g^.^^^ves Ménard. 

neral tov, a Pans. / . _ 

"' 'A. Porte. 

1 ,n . \ o 1 j 1 iir j I • . /■ De Bresson. 

Jamet (Gustave), 6, place de la Madeleine, a \ . „ „ o • . ni • 
. /' ' r > » A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

( Saint-Yves Ménard. 

— M. le Président annonce à l'Assemblée la perte regrettable que la 
Société vient de faire dans la personne de M. Nicolas Meyer. 

— M. Anibroise Gentil, professeur au lycée du Mans, écrit à M. le 
Secrétaire des séances : « J'ai l'honneur de vous faire parvenir par la 
poste les Bulletins de la Société d'horticulture de la Sarlhe pour l'an- 
née 1886. 

» Le comité d'administration m'a prié de solliciter auprès de vous, 
pour l'avenir, l'échange de ce Bulletin contre celui de la Société d'Accli- 
matation de France, et je serai personnellement très heureux si vous 
voulez bien agréer ma demande. 

» Notre Société d'horticulture possède des jardins assez vastes pour 
que leur entretien nécessite annuellement une dépense d'environ vingt 



106 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

mille francs. Nos efforls pour acclimater les plantes intéressantes et 
les propager ne sont pas sans résultats ; par ailleurs, nous possédons 
déjà quelques animaux dont nous désirons augmenter le nombre. 

» Le comité pense que, si la Société d'Acclimatation voulait bien entrer 
en relations avec nous et nous confier quelques cheptels, elle y trouve- 
rait l'avantage d'étendre ses moyens d'action en même temps que sou 
utile influence. 

» J'ai promis de]solliciter votre intervention pour arriver à ce résultat, 
qui serait, je crois, profitable aux deux Sociétés. Si ma demande n'est 
pas importune et si la chose est possible, je vous serais très reconnais- 
sant de vouloir bien faire adresser les renseignements nécessaires à 
M. le colonel Follic, président de la Société d'horticulture de la Sarthe. 

» Je mets à profit cette occasion pour vous donner quelques rensei- 
gnements sur les essais de pisciculture dans notre département. Peut- 
être pourront-ils vous intéresser, mais ils n'ont pas au fond grande 
importance. 

» Vous avez sans doute souvenir de cinq mille alevins de Saumon 
de Californie qui furent mis dans la Sarthe, en 1878, par M. Carbonnier. 
En 1882, sur les indications qui m'avaient été données, je disais : « On 
croit en avoir retrouvé quelques-uns. » Malheureusement, aujourd'hui, 
je dois ajouter : « Il n'en a pas été vu depuis. » 

» Le Conseil général de la Sarthe inscrit à son budget, depuis deux 
ans, une somme de mille francs pour essai de repeuplement des rivières. 
En 1885, cette somme a été employée à l'acquisition de trente-cinq mille 
alevins de Truite, dont quinze mille alevins de Truite des lacs, qui ont 
été distribués dans différents cours d'eau. Les Truites des lacs ont été 
fournies par l'établissement de pisciculture, de création récente, dépen- 
dant de la ferme-école de la Pilletière en Jupilles (directeur : M. de 
Villepin). 

» Dans son rapport au préfet, M. de Villepin ajoute : « Nous avons 
» fait venir les œufs embryonnés de l'Isère; les Truites qui en pro- 
» viennent croissent beaucoup plus rapidement que celles des ruis- 
» seaux. M. Chabot-Karlen a constaté qu'elles pesaient, à la Pilletière, 
» 19 grammes à l'âge de six mois. » 

— M. A. Touchard écrit de Chalillon-sur-Indre : « Je suis loin de 
trouver que les expériences d'acclimatation faites dans mon parc sur les 
Cerfs nains aient parfaitement réussi. Les femelles font, paraît-il, deux 
portées par an : une en décembre ou janvier, et une en juin ou juillet. 
Je devrais donc avoir au moins quatre ou cinq jeunes et je n'en ai abso- 
lument que deux, un mâle et une femelle, et le premier était déjà fort 
il y a deux ans. 

» Il faut donc en conclure que pas un seul des jeunes nés en hiver n'a 
été élevé : ils périssent probablement de froid. 

» Mon parc est en côte ; il y a deux hectares de prés et un hectare en 



PROCÈS-VEUBAUX. 107 

futaie; le reste est en taillis de châtaigniers et de bouleaux très fourrés; 
il y a beaucoup d'épines et de ronces; les animaux ont donc de quoi se 
cacher et s'y trouver comme à l'état sauvage. 

» J'ai constaté que les petits Cerfs nains se tenaient de préférence, 
l'été, près des étangs dans les endroits humides; l'hiver, ils sont dans 
les endroits secs et élevés; les jeunes sont très farouches; ils se 
tiennent dans les ^taillis impénétrables et souvent sous les ronces. 

» Le matin et le soir, une heure avant le coucher du soleil, on les 
voyait de loin dans les prés; mais il n'était pas possible de les appro- 
cher. 

» Le vieux couple, moins farouche, se tenait dans les taillis assez 
clairs; on l'approchait parfois, surtout la femelle, à 15 ou 20 mètres. ■ 

» Ces animaux courent très vite, droit devant eux, la tête basse et 
presque dans leurs jambes. » 

— M. Fremy, directeur du Muséum d'histoire naturelle, adresse à 
M. le Président la lettre suivante : « J'ai l'honneur de vous adresser les 
remerciements de l'assemblée des professeurs, pour le don que la So- 
ciété d'Acclimatation a bien voulu faire à la ménagerie des Reptiles de 
six Black-Bass {Micropterus salmoides), présentant un grand intérêt et 
avec lesquels on peut espérer obtenir la reproduction de cette espèce 
en France. » 

— iM. le marquis de Pomereu fait connaître qu'il n'a perdu aucun 
des jeunes Black-Bass qui lui ont été remis par la Société, et que ces 
alevins sont tous en parfait état. 

— Au sujet de cette communication, M. Raveret-Wattel annonce qu'il 
a eu occasion de voir les Black-Bass confiés à M. le marquis de Po- 
mereu, et que ces jeunes Poissons, qui sont l'objet d'excellents soins, 
lui ont paru être, en effet, dans un état des plus satisfaisants. 

— iMM. Després, Jacquemart, Léon Lefort, comte de Noinville et 
Rathelot, ainsi que la Société départementale de pisciculture du Cher 
et la Société messine de pisciculture, accusent réception et remercient 
des envois d'œufs de Truite des lacs et de Salmo fontinalis qui leur ont 
été faits. 

M. Léon Lefort donne, à ce sujet, les renseignements ci-après : « Les 
sept cents œufs de Salmo fontinalis, que la Société m'a envoyés, sont 
arrivés en parfait état; mais il était temps, car mis le lendemain malin 
dans l'appareil Coste, l'éclosion commençait le second jour. 

» Je mettrai ces Poissons à l'eau dans un étang de 17 hectares, en 
même temps que l'alevin de quatre mille Truites de Lochleven que je me 
suis procuré à Seeviese (Allemagne), l'éclosion de ces œufs n'ayant pré- 
cédé que de huit jours celle des Salmo fontinalis. Je tiendrai la So- 
ciété au courant des résultats. î 

— 3I"« veuve Simon, née de Fuisseaux, écrit de Bruxelles : « Je suis heu- 
reuse de pouvoir offrir à la Société des cocons vivants d'Attacus Pernyi 



408 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

de race univoltine, et des cocons vivants à' A. cynthia, produits de nos 
éducations. L'éducation de la race univoltine, créée par mon fils, de- 
mande certaines précautions nécessaires pour éviter les éclosions pré- 
maturées. Une cave froide est indispensable pour que l'éclosion n'ait 
lieu qu'en avril-mai. Pour réussir l'éclosion et prévenir la perte des 
jeuiios Chenilles, nous recommandons l'emploi de nos boîtes, dont un 
modèle a déjà été envoyé à la Société d'.\cclimatation. L'éclosion se fera 
sur l'arbre même, à l'abri des froids, dans le Nord. On ne saurait donner 
trop de soins aux jeunes larves; de là dépend le succès de l'éducation. 
La race univoltine offrira plus de chances de réussite pour les pays du 
Nord, son acclimatation étant déjà faite. Toutefois, cette race étant natu- 
rellement bivoltine, nous avons remarqué que, après quelques années 
d'éducation, une dégénérescence se produit. Afin de ne pas perdre le 
fruit de l'acclimatation obtenue et de conserver la vitalité naturelle, nous 
mélangeons au grainage, des cocons bivoltins avec des univoltins. 

» Je suis reconnaissante à la Société de son envoi de cocons de 
Mylitta et de graine de Cecropia. Nous avons obtenu des Papillons 
splendides des cocons de Mylitta, et nous avons pu avoir des cocons 
de Cecropia, ce qui nous permettra d'envoyer de la graine à la Société. 

» Nous possédons encore une certaine quantité de cocons vivants de 
Pernyi. 

» L'année passée (1885), nous avons fait une éducation de 100 grammes 
de graines de Vers à soie du mûrier de race française, et une de 50 gram- 
mes de race belge. Je prépare un rapport sur ces éducations et je serais 
extrêmement heureuse si quelques procédés nouveaux, que j'ai adoptés, 
peuvent être utiles aux éleveurs. 

» M. le comte Danne veut bien me prêter son appui. De son côté, le 
directeur du laboratoire de la Chambre de commerce de Lyon nous fait 
l'honneur de nous écrire. Ces encouragements, joints à ceux que la So- 
ciété d'Acclimatation veut bien nous donner, nous sont très précieux et 
nous inspirent une vive reconnaissance. Cette année, nous mettrons gra- 
tuitement, comme nous l'avons déjà fait l'année passée, de la graine et 
des cocons vivants A'Attacus Pernyi à la disposition des instituteurs 
français qui en feront la demande. L'envoi sera accompagné d'une bro- 
chure sur VAttacus Pernyi. » 

— M. Ch. Naudin adresse de la Villa Thuret (Antibes) une note sur 
la floraison et la fructification du Jubœa spectabilis (voy. au Bulle- 
tin, p. 102). 

— M. Paillieux communique la lettre ci-après qui lui est adressée par 
M. Joseph Clarté, de Baccarat : « Je viens vous rendre compte de ma 
culture de Stacliys affinis, dont vous avez eu l'obligeance de m'en- 
voyer des plants à la fin du mois de mai 1885. 

j Cette plante a parfaitement réussi ici; pendant l'été, la végétation 
en a été très vigoureuse; j'ai commencé à arracher les premiers tuber- 



PROCÈS-VERBAUX. 109 

cules au commencement de novembre, et successivement, toutes les 
fois que la température l'a permis. 

» Depuis le 7 décembre, nous avons eu de la neige presque sans in- 
terruption avec de fortes gelées. Plusieurs nuits le thermomètre est 
descendu à 16 degrés centigrades; malgré celte neige et ce froid, les 
tubercules du Stachys n'ont nullement souffert, même ceux oubliés 
sur la terre étaient bien conservés. 

» Gomme vous le dites, la production du Stachys est énorme; la 
plante sortie de terre présente l'aspect d'une véritable grappe de tuber- 
cules. 

» Accommodés comme les haricots llageolets frais, les tubercules de 
Stachys font un plat exquis ; cuits dans le jus, autour d'un rôti, ils sont 
excellents et je crois qu'ils pourront également se prêter à bien des 
combinaisons culinaires; puis, ce qui n'est pas un mince mérite, ils 
donnent peu d'ouvrage à la cuisinière : les laver proprement, couper 
les radicules et dix minutes de cuisson; c'est donc un plat très expé- 
ditif. 

» Aussi je considère le Stachys affinis comme appelé à un grand 
succès dans nos cultures, et à tenir d'ici peu de temps une place impor- 
tante à côté de nos meilleurs légumes. 

» Je vous serais bien reconnaissant, si, lorsque le moment sera venu, 
vous pouviez disposer en ma faveur de quelques bulbilles d'Igname 
du Japon à racine courte nommée, au Japon, Hiri-imo, et, botanique- 
ment, Dioscorea Decaisneana. 

)) Je serais content aussi de connaître le nom japonais du Stachys 
affinis. » 

— M. le D"^ Jeannel écrit de VilIefranche-sur-Mer : « Je me fais un 
plaisir de vous rendre compte du résultat de semis des Haricots cerise 
que vous avez eu la bonté de m'envoyer en mars dernier. 

î Ils ont été semés le 20 mars dans un terrain bien préparé. Ils ont 
végété vigoureusement. La récolte a eu lieu du 1" au 18 juillet; elle 
a été extrêmement abondante. 

» Les cosses vertes, contenant la graine déjà rouge et bien formée, 
sont faciles à cuire et fournissent un légume excellent et très écono- 
mique. 

» Les Haricots tout à fait mûrs, tirés des cosses jaunies, sont égale- 
ment très faciles à cuire et très tendres; l'épiderme est très fin et nulle- 
ment résistant. La saveur est agréable, %ans avoir la finesse des haricots 
flageolets, auxquels je crois devoir réserver un rang encore plus disr 
tingué qu'aux Haricots cerise. 

j Je viens de faire un nouveau semis dont j'espère un bon résultai 
pour la fin d'octobre. 

» Les Pachyrrhisus végètent pauvrement malgré des arrosages jour- 
naliers; je ne suis pas assez habile pour les faire prospérer. 



110 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

» Si vous le désirez, je vous adresserai un petit paquet de Haricots 
cerise de ma récolte. » 

— A l'occasion de cette lettre, M. Hédiard rappelle que le Haricot 
cerise a été présenté il y a quelques années à la Société par M. Pail- 
lieux. M. Hédiard, qui a cultivé cette variété près de Paris, à Asnières, 
l'a trouvée très productive. C'est un Haricot à grandes rames, qui se 
mange en cosses, quand la graine est formée; la cosse est tendre comme 
celle d'un Haricot mange-tout. M. Hédiard rappelle également qu'il a 
présenté l'année dernière une variété dite Haricot saint-ciboire, qui est 
également un mange-tout. Ce Haricot est blanc avec une petite macule. 
Notre confrère demande que ceux des membres de la Société auxquels 
il a remis de la semence de cette variété veuillent bien faire connaître 
les résultats qu'ils ont obtenus. 

— M. Chappellier dépose sur le bureau une certaine quantité de tu- 
bercules de Stachys affinis provenant de sa récolte, et fait l'éloge de ce 
légume qu'ont trouvé excellent toutes les personnes auxquelles il en a 
fait goûter. Cette plante, très rustique, a résisté à des froids de 16 de- 
grés, et peut être laissée en terre pendant tout l'hiver pour être mangée 
fraîche. Elle est très productive; trois touffes suffisent pour donner un 
plat. C'est, en somme, une excellente acquisition , dont on doit savoir 
tout particulièrement gré à M. Paillieux. M. Chappellier ajoute que, 
dans le cas où les tubercules de Stachys affinis ne seraient pas farineux, 
ils lui paraîtraient offrir une ressource spéciale pour l'alimentation des 
diabétiques. 

— M. Berlhoule se déclare, de son côté, très satisfait du Stachys affi- 
nis, qu'il a cultivé à une grande altitude, dans un climat froid, et qui lui 
a donné une récolte abondante. C'est un excellent légume qui tient, sous 
le rapport du goût, le milieu entre la Pomme de terre et le Salsifis. 

— M. Fallou fait, à son tour, ressortir les qualités du Stachys affinis, 
dont la robuste végétation et la production abondante font, à son avis, 
une plante des plus recommandables. 

— M. le Président fait remarquer qu'il résulte de ces divers témoi- 
gnages que le Stachys a fait complètement ses preuves, et il propose de 
décerner dos remerciements officiels à M. Paillieux pour cette utile in- 
troduction. 

Cette proposition est accueillie par d'unanimes et chaleureux applau- 
dissements. 

— M. Pierre Pichot signale un article publié dans le Gaulois du 24. jan- 
vier, et d'après lequel M. Paul Bert aurait, dans une conversation ré- 
cente, exprimé l'avis que ni les plantes ni les animaux ne peuvent s'ac. 
climater. Il y a là, ajoute M. Pichot, une hérésie que nous ne pouvons 
laisser passer sans protester, bien qu'après les travaux des Geofl'roy 
Saint-Hilaire, des De Candolle et de tant d'autres savants éminents, quj 
ont parlé de l'émigration des végétaux, il puisse paraître, jusqu'à un 



PROCÈS-VERBAÛX. 111 

certain point, oiseux d'insister sur la possibilité d'étendre l'aire géogra- 
phique des plantes. 

Notre confrère signale, à cette occasion, l'ouvrage récemment publié 
en Angleterre, sous le titre : Wanderings of plants and animais, par 
MM. V. Hahn et Stallybrass, dans lequel les auteurs, s'appuyant notam- 
ment sur des études philologiques, établissent la marche suivie dans 
leurs migrations successives, par les plantes et les animaux, et confir- 
ment les observations antérieures des naturalistes. 

— M. Maunoury fait remarquer qu'une assertion rapportée dans un arti- 
cle de journal doit n'être accueillie que sous toute réserve, et qu'avant de 
protester contre l'opinion qui aurait été formulée par M. Paul Bert, il 
conviendrait de savoir d'abord si le fait est exact. « Pour moi , ajoute 
M. Maunoury, je ne le crois pas. » 

— M. Pichot estime qu'il est fort douteux, en effet, que M. Paul Bert 
ait cette manière de voir; c'est simplement l'assertion du journal qu'il a 
voulu relever. 

— M. Maurice Girard considère, au contraire, le fait comme très pos- 
sible, attendu qu'il a fréquemment entendu M. Paul Bert émettre une 
opinion semblable. 

— M. Paillieux rappelle que presque toutes les plantes , presque tous 
les légumes que nous cultivons, sont originaires de pays plus chauds que 
le nôtre. 11 n'y avait absolument rien dans les Gaules. La majorité des 
plantes utilisées aujourd'hui sont d'importation étrangère; ce sont des 
végétaux acclimatés. 

— M. le Président présente quelques observations au sujet de la si- 
gnification à attribuer au mot « acclimatation », et il fait remarquer 
qu'il n'y a peut-être dans la discussion qu'une simple question d'inter- 
prétation de mots. « Vous avez tous connu, dit M. de Quatrefages, le 
savoir extrême de mon bien regretté confrère Decaisne, qui disait aussi 
qu'il ne croyait pas à l'acclimatation. Quand on lui parlait de l'introduc- 
tion d'une plante, d'un animal dans une contrée étrangère à cette plante 
ou à cet animal, que cette plante ou cet animal prospérait et contribuait 
à la prospérité du pays, il répondait : « 11 n'y a pas là une véritable ac- 
» climatation; il y a une émigration d'une contrée dans une autre, présen- 
» tant les conditions nécessaires pour que l'animal ou la plante puisse 
» prospérer. » 

» H n'y aurait donc là peut-être qu'une discussion de mots à avoir 
avec M. Paul Bert. L'opinion de Decaisne était identique à celle de 
M. Paul Bert. Decaisne disait ceci : « On ne change pas la nature d'un 
> animal. H y a des animaux dont la nature est un peu plus élastique et 
» qui peuvent se faire à certaines conditions de vie, en dehors desquelles 
» l'espèce avait vécu jusque-là, mais chaque espèce a ses limites d'ex- 
9 tensibilité physiologique,! si je puis m'exprimer ainsi. Il en résulte 
i qu'il est impossible de dépasser certaines limites. » Nous avons quel- 



112 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACGLIMATATION. 

quefois discuté avec Decaisne à ce sujet-là. Je ci'ois que les limites de mo- 
dification, d'extension physiologique, sont beaucoup plus considérables 
que ne l'admettait mon regretté confrère. Je lui citais, en particulier, 
quelques faits dont il convenait aussitôt, qu'il acceptait comme pouvant 
être, jusqu'à un certain point, considérés comme des faits d'acclimata- 
tion. Je lui rappelais cette plante de la Chine, la Chrysanthème, que 
l'on a cultivée dans nos jardins pendant bien des années, en faisant tous 
les ans venir de la graine du pays d'origine : tous les ans on rapportait 
la quantité de graines nécessaire pour peupler nos jaidins et il s'était 
établi à ce sujet un véritable commerce d'importation. Mais au bout de 
plusieurs années on reconnut qu'un fort petit nombre de fleurs ame- 
nèrent leurs graines à maturité. Ces graines furent récoltées et semées. 
Elles donnèrent des plantes qui fleurirent en temps utile et peu à peu 
l'espèce fut entièrement acclimatée, si bien que le commerce des graines 
venant de Chine fut entièrement supprimé. Je lui citais aussi, en exemple, 
les Oies d'Egypte,— et ce qu'on rapportait tout à l'heure du petit Cerf 
trouvera peut-être une nouvelle application dans ce que je vais dire. — 
Lorsque ces Oies furent amenées par Élienne Geoffroy Sainl-Hilaire, 
elles pondaient; mais les petits, venant au milieu du froid, ne s'élevaient 
qu'avec difficulté. Au bout d'un certain nombre d'années, ces oiseaux 
se mirent à pondre un mois plus tard, puis un peu plus tard, et enfin, 
aujourd'hui, l'Oie d'Egypte pond à la même époque que celle de nos 
pays. 11 y a là, incontestablement, un fait de véritable acclimatation. 
L'organisation, la fonction physiologique de l'oiseau se sont pliées aux 
nouvelles conditions d'existence que leur faisait le milieu européen. Je 
crois que si on se plaçait sur ce terrain de l'interprétation des mots, 
peut-être s'entendrait-on mieux avec M. Paul Bert, comme je finissais, 
dans bien des cas, par m'entendre avec Decaisne. » 

— M. le Secrétaire général rappelle qu'au moyen de sélections bien 
conduites, il est possible de créer, chez les végétaux, des variétés plus 
ou moins rustiques, résistant mieux au nouveau milieu qu'on leur impose 
que ne pourrait le faire la plante primitive, la plante type. « Évidem- 
ment, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, les plantes ont une très grande pa- 
resse à s'habituer à un nouveau climat. 

» Elles ne sont pas aussi mobiles que les animaux et cependant vous 
voyez parmi les espèces végétales qui ont été introduites de tous les 
ays du monde, et en particulier des pays chauds, comme le rappelait 
tout à l'heure M. Paillieux, un très grand nombre de variétés plus rus- 
tiques, plus hâtives, plus tardives les unes que les autres. Combien 
d'exemples je pourrais citer, en particulier dans les genres Abies et 
Pinus. 

s Par suite de semis, de sélections faites avec intelligence, nous voyons 
des variétés supporter des abaissements de température auxquels l'es- 
pèce originelle, l'espèce type, aurait certainement succombé. 



PROCÈS-VERBAUX. 113 

» Mais tous les individus d'une même espèce sauvage, d'une espèce qui 
n'a pas encore été travaillée, façonnée par la main de l'homme, sont-ils 
également craintifs des abaissements de température, de la sécheresse, 
de l'humidité, et, d'une façon plus générale, de tous les phénomènes 
météorologiques? Evidemment non. Ainsi dans le courant de janvier 
dernier, nous avons eu à Hyères (Var) des abaissements de tempéra- 
ture inusités. Le thermomètre est descendu à — 7 degrés. Comme vous 
le savez, nous avons à Hyères un établissement horticole important 
dans lequel nous cultivons, en plein air et sous des abris de Cannes 
[Arundo donax), des centaines de mille de Palmiers. Que s'est-il passé? 
Avons-nous vu les espèces délicates gelées, anéanties? En aucune façon. 
A côté d'une plante morte sous l'action du froid, nous en voyons une 
autre de même espèce, peu touchée ou même intacte. Exposés aux 
mêmes périls ces végétaux ont été inégalement atteints. 

» Et quelle est l'origine de ces végétaux? Sont-ils nés de races perfec- 
tionnées, améliorées? En aucune façon, car l'exemple sur lequel je rai- 
sonne s'applique à déjeunes Kentia dont les graines ont été recueillies 
en Australie sur des Palmiers vivant en pleine forêt, à l'état absolument 
sauvage. 

» Dans les faits de résistance au froid que je signale il faut voir des 
faits d'idiosyncrasie, car les individus ressentent d'une façon qui leur 
est propre les influences, ils résistent inégalement et on conçoit alors 
comment peuvent se créer des races plus ou moins rustiques. 

> Pour les animaux, nous ne traiterons pas la question dans son en- 
tier. H nous faudrait parler des animaux domestiques qui se sont, pour 
la plupart, accommodés à tous les climats, qui sont redevenus sauvages 
en plusieurs points du globe et se sont plies aux exigences de ces nou- 
velles conditions d'existence. 

» Faut-il rappeler ces Saumons américains dont notre collègue, M. Ra- 
veret-Wattel, parlait l'autre jour et qui se pèchent dans l'Aude et 
l'Hérault, affluents de la Méditerranée, mer dans laquelle jamais 
Saumon n'avait pénétré. 

» Et ces animaux sauvages (Lapins, Moineaux, etc.), que l'Australie, la 
Nouvelle-Zélande, l'Amérique, ont demandés à la vieille Europe, ont-ils 
été acclimatés là-bas ? 11 faut bien le croire, puisque après quelques an- 
nées ils sont devenus importuns et assez gênants pour qu'on ail dû faire 
deselTorts pour les détruire. Mais ces faits sont trop connus, ici surtout, 
pour qu'il importe de les développer. 

î Ce que je voudrais arriver à établir devant vous, c'est l'impression- 
nabililé des animaux, si l'on peut ainsi dire. 

> Sous l'action du froid ou du chaud, ils se vêtissent ou se dévètissenl. 
Le Yak du Thibet et la Chèvre du même pays perdent, sous notre cli- 
mat, le duvet qui, dans leur haute patrie, leur permet de résister à 
l'inclénience des saisons. 

4e SÉRIE, T. m. — Février 1886. 8 



Il^ SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACGLIMATATION. 

» Les Moutons à poil ras du Sénégal et du Sahara (Moutons Morvan de 
Buffon), que nous appelons Moutons sans laine, souffrent du froid qui 
suit leur importation. A la saison suivante, sous le poil, se montre un 
duvet très fin et qui par places, sur le dos, les cuisses, les épaules, dé- 
passe le pelage normal. Au troisième hiver, le Mouton dit sans laine 
porte une demi-toison. 

» Quant aux agneaux nés, sous notre climat, de ces bêtes ovines, tout 
en conservant les caractères de leur race, ils sont, dès le premier hiver, 
pourvus de ce duvet, de cette toison protectrice. 

» Ces faits montrent l'animal se modifiant pour ainsi dire tout d'un 
coup. 

» Ici ce n'est pas une race qui subit peu à peu l'action du milieu am- 
biant; c'est le nouvel importé, le nouveau venu, qui est en quelque 
sorte saisi par les nouvelles conditions de vie où il est placé. 

» Je pouvais donc vous dire en vérité que l'animal était impression- 
inable. 

> Que se passera-t-il alors pour une espèce, pour une race qui subira 
l'action du milieu pendant une suite de générations? 

j Messieurs, ai-je besoin de conclure? . . . 

j» Permettez-moi d'ajouter encore quelques mots. 

» On nous a dit tout à l'heure qu'un savant éminent, qui va représenter 
la France au loin, aurait déclaré n'être pas partisan de l'acclimatation. 

» Ce propos n'a pas été tenu, permettez-moi de le croire. 

» Eh! Messieurs, que serions-nous sans l'acclimatation, nous peuples 
civilisés ? Ne profitons-nous pas de l'œuvre des siècles qui nous ont 
légué les animaux et les plantes dont nous vivons, au milieu desquels 
nous vivons ? 

» Et pouvons-nous admirer assez le mouvement qui, depuis le commen- 
cement de ce siècle et surtout depuis trente ans, a amené entre tous 
les points du globe l'échange des faunes et des flores le plus éton- 
nant! » 

— M. Hédiard mentionne la rusticité remarquable du Néflier du 
Japon, qui est aujourd'hui répandu non seulement en Algérie, mais 
encore dans toute la Provence, où il donne des produits abondants. 
Notre confrère se propose d'essayer cet arbre sous le climat de Paris. 
Un plant de deux ans, qu'il possède à Asnières, a parfaitement résisté à 
la neige et aux froids de l'hiver. 

— M. le Président fait remarquer que nous sommes entourés de 
végétaux et d'animaux qui sont acclimatés. On ne peut pas dire qu'on 
n'acclimate pas; tout dépend de la définition que l'on donne du mot. 
Il est clair que si le mot acclimalation signifie qu'un végétal et qu'un 
animal ne pourraient pas vivre là où ils ne trouveraient pas à s'établir 
dans les conditions qui sont absolument nécessaires à leur existence, il 
est clair alors qu'il n'y a pas d'acclimatation; mais, s'ils sont suffisam- 



PROCÈS-VERBAUX. il5 

ment rustiques pour "se prêter à des Jifférences de conditions d'exis- 
tence, dilïérences beaucoup plus considérables que nous ne pouvons en 
juger à priori, il y aura acclimatation. 

— M. Maunoury pense que l'on prête à M. Paul Bert des idées qu'il 
n'a pas « J'ai, dit M. Maunoury, assisté dans son laboratoire à des expé- 
riences curieuses sur l'acclimatation des poissons d'eau douce dans de 
l'eau salée, expériences qui ont réussi. Il y a probablement, comme le 
disait M. le Président, une distinction de mots. » 

— M. le docteur Brocclii fait une intéressante communication sur 
l'Ostréiculture dans le quartier de Marennes. (Voy. au Bulletin.) 

— M. Huet présente un travail ayant pour titre : « Exposé des espè- 
ces connues et décrites dans le genre Antilope. » (Voy. au Bulletin.) 

Le Secrétaire des séances, 

C. Raveret-Wattel. 



IV. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



TROISIEME SECTION 

SÉANCE DU 16 DÉCEMBRE 1885. 

Présidence de M. Failli EUX, 
puis de M. le D' Brocchi, Vice-Président. 

En l'absence de tous les membres du Bureau, M. Paillieux est prié de 
remplir les fonctions de président, et M. Grisard celles de secrétaire. 

L'ordre du jour appelle les élections pour la nomination du Bureau. 

Au premier tour sont élus : 

Président, M. Léon Vaillant ; 

Vice-Président, M. le D' Brocchi ; 

Secrétaire, M. Vidal ; 

Vice-Secrétaire, M. Mailles. 

Il y a ballottage pour l'élection du Délégué aux récompenses ; en 
conséquence, il est procédé à un deuxième tour de scrutin où M. Ber- 
thoule est nommé. 

M. de Confévron envoie des renseignements sur la maladie des Ecre- 
visses et, en même lemps, promet d'autres communications sur ce sujet. 

M. le D"" Brocchi fait remarquer qu'il lui paraît désirable que ceux 
de nos collègues qui s'occupent de cette question envoient les Ecre- 
visses aussitôt mortes, et non plus ou moins en état de putréfaction, 
comme cela arrive souvent, ce qui empêche de faire les constatations 
médicales; sur la demande de la Section, M. le D'' Brocchi veut bien se 
charger d'examiner les Écrevisses que la Société recevra. 

M. Bouvier, ingénieur en chef du département de Vaucluse, envoie 
une lettre dans laquelle il demande à la Société un exemplaire de notre 
rapport sur la maladie des Écrevisses. 

La Section décide de demander à M. Bouvier de vouloir bien envoyer 
des Écrevisses mortes. 

M. Raveret-Watlel demande la parole et entrelient la Section au sujet 
de la maladie des Écrevisses, dont les causes sont restées inconnues. 
Les variations de la température n'y sont évidemment pour rien, puis- 
que, de tout temps, /îlles ont eu lieu. Quant aux parasites, dont plu- 
sieurs espèces vivent aux dépens de ces Crustacés, on ne sait lesquels 
accuser, ni même s'il faut en accuser aucun. Mais le mal tend à dispa- 
raître. De petites Écrevisses, échappées au fléau destructeur, reparais- 
sent peu à peu. Notre collègue fait remarquer que c'est avec intention 
qu'il dit que ces jeunes animaux ont échappé à l'épidémie, car ils se 
montrent dans bien des eaux oîi toutes les grosses Écrevisses sont 
nftortes, ce qui éloigne toute idée de reproduction récente. 



PROCÈS- VERBAUX. 117 

M. le Président désirerait qu'il nous soit envoyé des Écrevisses non 
malades, aussi bien que de celles qui le sont, des provenances contami- 
nées, pour aider dans les recherches sur la cause du mal et sa manière 
de débuter. 

M. Raveret-Wattel rappelle l'envoi qui fut fait de Saumons de Cali- 
fornie, lesquels, lâchés dans l'Hérault, gagnèrent la mer et quelques- 
uns reparurent ensuite dans l'Aude. 

Cet essai, assez encourageant, détermina la Société, sur la proposi- 
tion de M. Raveret-Wattel, à envoyer dans le même département des 
œufs de Salmo salar. On sait qu'un insuccès complet fut le résultat ob- 
tenu de cet envoi dont les œufs soumis à une eau trop chaude n'ont pu 
éclore. Néanmoins, notre collègue pense que les nouveaux Saumons qui 
vont être expédiés dans la même localité, d'après la décision prise par 
le Conseil, auront un sort plus prospère que leurs malheureux frères. 

D'autre part, M. Raveret-Wattel annonce qu'il s'est adressé au ser- 
vice des ponts et chaussées, et qu'il en a obtenu un crédit destiné à 
seconder notre Société dans ses travaux piscicoles. Ce service construira 
un laboratoire d'élevage destiné à recueillir les œufs que fournira la 
Société. 

M. le Chef de la Société de Navigation est heureux du concours offert 
par la Société d'Acclimatation. Il fera son possible pour nous aider dans 
nos tentatives de repeuplement des eaux. A cet effet, le personnel de la 
navigation sera mis à noire disposition pour la surveillance. 

M. Mailles donne lecture des réponses (ju'il adresse aux lettres de 
MM. Laisnel de la Salle et Cornély, à propos des reproductions des 
Grenouilles-Rœufs. 11 donne aussi lecture des lettres de ces messieurs. 

M. Joly réfute un fait mentionné dans la communication de M. Laisnel 
de la Salle citée plus haut; il s'agit d'une grosse Perche qui aurait 
coupé une Brème de forte taille en deux parties, emportant une de ces 
parties et en laissant l'autre. 

M. Joly explique que la Perche ayant les dents recourbées, faites 
pour retenir une proie et non pour la broyer, et encore moins la cou- 
per, ne saurait exécuter un sectionnement dans le genre de celui que 
cite M. Laisnel de la Salle. 

M. le Président ainsi que plusieurs membres disent qu'en effet, il 
n'est pas croyable que la Perche puisse couper en deux une Brème, cette 
dernière fût-elle de taille moyenne et la première aussi grosse que peut 
l'être une Perche. 

M. le D'- Brocchi montre à la Section le tableau qu'il a dressé des éta- 
bhssements qui s'occupent de pisciculture, en France; ces établissements 
sont au nombre de vingt-neuf, répartis dans vingt-cinq départements. 
Ces laboratoires sont dépourvus des nouveaux appareils perfectionnés, 
aussi, M. le D^ Brocchi estime qu'il y aurait lieu de répandre, le 
plus possible, le travail que M. Raveret-Wattel écrit sur ce sujet. 



118 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

M. Rathelot demande à prendre connaissance du tableau dressé par 
M. le^D"^ Brocchi. 

M. le Président lui répond que ce tableau est à la disposition des 
membres, qui peuvent le consulter au siège de la Société. 

M. Rathelot explique que, demeurant à Montrouge, il ne lui est pas 
facile de venir passer plusieurs heures rue de Lille, pour consulter les 
documents ou les livres de la bibliothèque. Notre collègue regrette que 
les sociétaires ne puissent, moyennant le dépôt d'une somme quelcon- 
que, emporter chez eux les ouvrages et les pièces qu'il sont à consulter. 
D'ailleurs, cette consultation a souvent besoin d'être faite à côté des 
animaux que l'on étudie, et qui ne peuvent être transportés rue de Lille. 

MM. Paillieux et Mailles font observer qu'ils s'associent au vœu de 
M. Rathelot pour ce qui concerne les livres, mais non les documents et 
les diverses pièces manuscrites qui, égarés, ne pourraient être rem- 
placés. 

La proposition que M. Rathelot veut transmettre au Conseil est mise 
aux voix, avec l'amendement de MM. Paillieux et Mailles. 

Six membres seulement prennent pari au vote, trois pour la proposi- 
tion et trois contre. En conséquence, la Section passe à l'ordre du jour. 

M. de Sémallé demande où il pourrait se procurer des Poi sons-Chats 
{Amiiirus nebidosiis, le Cat-Fish des États-Unis). M. Berthéol peut en 
fournir à notre confrère. 

Le Vice-Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE 1885. 
Présidence de M. Maurice Girard, Président. 

Il est procédé aux élections du Bureau pour la session 1885-1886. 

M. Mailles déclare ne pouvoir accepter le renouvellement de son 
mandat, ayant été déjà nommé membre des Bureaux des première et 
troisième Sections. 

Sont nommés par acclamation : 

Président, M. Maurice Girard. 

Vice-Président, M. Fallou. 

Secrétaire, M. Sédillot. 

Vice-Secrétaire, M. Eug. Joly. 

Délégué aux récompenses, M. Fallou. 

MM. les Secrétaire et Vice-Secrétaire n'assistant pas à la réunion, 
M. le Président prie M. Mailles, Secrétaire sortant, de vouloir bien 
rédiger le présent procès-verbal. 



PROCÈS-VERBAUX. 119' 

M. Fallou présente à la Section plusieurs boîtes contenant des Lépi- 
doptères diurnes et nocturnes, ainsi que des cocons, des chrysalides, 
des Chenilles et des oeufs. Ce sont : 

i° Une espèce diurne : 

Urania ripheus. 

2" Plusieurs espèces nocturnes : 

Saturnia suraka cT et Ç. 

Borocera Madagnscariensis (f et ^ 

Antherœa Pernyi. 

Attacus cynthia. 

Antherœa mylitta çf et ^. 

Actias lima cf et Ç. 

Des cocons de Borocera Madagascariensis, à' Antherœa mylitta, 
à' Actias luna ; enfin des Chenilles à' Actias luna et des œufs d' Anthe- 
rœa mylitta. 

Le H. P. Camboué envoie une lettre, dans laquelle il parle des Criquets 
dévastateurs de Madagascar, qu'il désigne sous le nom impropre de 
Sauterelles. 

A cette occasion, M. le Président fait remarquer que le R. P. Camboué 
confond les Criquets avec les Sauterelles, et inversement ; en effet, notre 
collègue désigne les Orthoptères dont il parle sous le nom de Saute- 
relles, puis les traite d'Acridiens. Cette dernière dénomination seule 
est bonne; les véritables Sauterelles sont des Lociistiens. 

M. Fallou fait connaître les résultats de ses élevages de Bombyciens 
séricigènes. 

11 donne aussi lecture de différents documents ayant trait à la dénomi- 
nation d'une espèce de Bombycien, dont le véritable nom est Antherœa 
Frithii ; cette espèce fournit une belle soie, pouvant rivaliser avec 
celle du Sericaria Mori. 

iM""^ Doué écrit de Chollet (Maine-et-Loire) à M. Geoffroy Saint-Hilaire 
qu'elle a constaté les ravages qu'exerce dans les vignes un Charançon, 
VOtiorhynchus sidcatus Fabr. 

M. Maurice Girard pense que le meilleur moyen de diminuer le 
nombre de ces Insectes consiste à les ramasser, le jour, aux pieds des 
ceps, cette espèce étant nocturne. 

Un de nos collègues d'Algérie se plaint des dégâts causés par une 
Fourmi, dont, malheureusement, il n'envoie pas de spécimen. M. le 
Président suppose que la Fourmi moissonneuse doit être la coupable. 

M. Paillieux dit qu'il a observé que les Haricots qu'il reçoit d'Asie 
sont souvent perforés par un Charançon, mais que ceux cultivés en France 
sont indemnes. 

M. Maurice Girard répond que le Charançon en question est une 
Bruche, et que cet Insecte tend à se répandre de plus en plus chez nous. 

M. le Président montre à la Section un de ses bons points instructifs, 



120 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

représentant le Cossus gâte-bois à ses divers états et parle des dégâts 
que fait le Cossus. 

M. Fallou dit qu'il a pu constater les ravages de cette espèce, sur les 
Ormes des boulevards, avant 1830. 

M. le Président dit qu'il a reçu des grains de Blé attaqués par la 
Tillea granella, Teigne du Blé. Mais les Coléoptères qui accompagnent 
cet envoi et qui sont accusés d'être les auteurs du mal sont parfaite- 
ment innocents. Ces Ptinus fur Linné sont venus manger seulement 
les vieux habits des Teignes. 

M. Fallou fait connaître qu'il a conservé de ces Insectes dans des 
flacons bouchés, sans nourriture, pendant trois ans, jusqu'à ce qu'ils se 
fussent dévorés entièrement entre eux. 

Pour le Secrétaire, 

Ch. Mailles, 

Secrétaire sortant. 



V- FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Société de pisciculture du département du Cher. 

La Société de pisciculture du département du Cher a tenu dernière- 
ment une réunion générale. La séance, à laquelle s'était rendue une 
nombreuse assistance, a été fort intéressante. Plusieurs communications 
importantes ont été faites sur l'état des cours d'eau du département, 
leur repeuplement et le choix des espèces de poissons qu'il convient de 
multiplier dans tel ou tel cours d'eau. D'après les renseignements don- 
nés en séance, l'empoissonnement fait au commencement de l'année par 
la Société, dans les eaux des environs de Bourges, a porté sur 60000 
Carpes et Carpillons. Cet empoissonnement a parfaitement réussi. 

Une très instructive conférence sur l'histoire de la pisciculture a été 
faite par M. Ancillon, Président de la Société. Signalant l'importance 
nationale et économique de la production du poisson, M. Ancillon a éta- 
bli, d'après des documents sérieux, que cette production, pour nos eaux 
douces, s'élève à 50 millions de francs par an. C'est une quantité relati- 
vement minime; répartie par habitant, elle ne représente environ que 
1 fr. 4.0. Elle pourrait être facilement portée à 350 millions, si nos 
rivières étaient suffisamment peuplées et protégées. C'est, par consé- 
quent, 300 millions par an que perd la France en négligeant ses cours 
d'eau. 

A la suite de cette conférence et après le compte rendu financier pré- 
senté par le trésorier, l'assemblée a pris les résolutions suivantes : 

1" Le réempoissonnement des rivières du département sera continué 
dans la mesure des ressources de la Société ; il aura lieu en Cyprins, 
Salmonidés et Crustacés, il sera employé pour ce l'éempoissonnement les 
sommes ci-après : 

En Cyprins 500 francs 

En Salmonidés 300 — 

En Crustacés (Écrevisses) 200 — 



Total 1000 francs 

2" En vue de proléger l'empoissonnement des rivières, il sera payé 
une prime de 5 à 20 francs aux agents des ponts et chaussées, gardes 
champêtres, gardes-rivières, gendarmes, agents de police, qui auront 
fait des procès-verbaux contre les délinquants dans des conditions mé- 
ritant encouragement et récompense. 

3» Il sera payé une prime de 50 à 200 francs aux instituteurs qui se- 
ront parvenus à organiser et constituer des syndicats de propriétaires 
en vue de protéger les rivières contre les maraudeurs. 



122 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

4° Les maires seront priés d'organiser une surveillance active sur les 
places et marchés, afin d'empêcher la mise en vente de poissons trop 
jeunes. 

5° La Société publiera un bulletin de ses travaux aussitôt que ses 
ressources le permettront. 

6° 11 sera demandé une subvention en argent au département et à la 
ville pour aider la Société dans son œuvre de l'éempoissonnement des 
rivières et pour créer à Bourges un établissement de fécondation artifi- 
cielle d'éclosion et d'élevacre. R. W. 



L'Industrie de la Cochenille au Guatemala. 

« L'éducation des Insectes hémiptères de la famille des Pucerons, et 
particulièrement le Coccus cacti, ou Cochenille espagnole, est au Gua- 
temala une industrie profitable, sinon agréable. De grands espaces 
sont consacrés entièrement à la culture de Nopals {Opuntia coccinelli- 
fera) sur lesquels vivent les Cochenilles. '' 

î Les plantalions que nous visitâmes ont une superficie de près de 
mille acres, et le modus operandi de culture est des plus curieux. Ces 
Insectes réclament à peu prés les mêmes soins que les Vers à soie. 

» Immédiatement avant la saison pluvieuse, de larges raquettes de 
Nopal, couvertes de Cochenilles, sont coupées et rangées sous une sorte 
de hangar, oîi les Insectes passent les quatre ou cinq mois de la saison 
des pluies, à l'abri des intempéries. A la fin du mauvais temps (vers la 
mi-octobre), les plantations sont de nouveau peuplées de Cochenilles. 
On construit, avec des fibres de bois, des nids où l'on met une douzaine 
de femelles, puis ces nids sont suspendus aux épines des Cactus. Ré- 
chauffées par le soleil tropical, ces mères sortent de leur torpeur, et 
commencent bientôt à pondre avec une rapidité surprenante , chaque 
femelle produisant plus de 1000 œufs. Ces jeunes Insectes se répandent 
très rapidement sur les Cactus, grossissent vite, et adhèrent si bien aux 
raquettes des Nopals, qu'on les prendrait plutôt pour des excroissances 
végétales que pour des Insectes. 

» Dans ces conditions, on les recueille pour l'industrie, mais seule- 
ment les femelles fertiles, qui, seules, peuvent être utilisées. Les mâles 
sont peu nombreux: un tout au plus par deux cent cinquante femelles. 

» Les femelles sont détachées de leurs raquettes, avec un couteau, 
jetées dans un panier, et tuées par une immersion en eau bouillante, ou 
cuites au four, ou bien encore, séchées sur un plat de fer brûlant. La 
première récolle a lieu vers la mi-décembre, et, à mesure que les géné- 
rations se succèdent, on continue à les recueillir jusqu'à la fin de mai. Ces 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 128 

Insectes ont la forme d'une écaille ronde ; le corps est traversé par des 
raies profondes; l'abdomen est de couleur mûre sombre; les pattes sont 
courtes, noires et fragiles à la partie postérieure. Le niàle seul a deux 
ailes ; la femelle est aptère. 

» Un homme d'une habileté ordinaire peut récolter environ deux 
onces de Cochenilles par jour. Par la dessiccation, elles perdent au moins 
les deux tiers de leur poids. Comme il faut au moins 70 000 Insectes 
pour faire une livre, et que le prix de vente au détail est seulement de 
60 centimes par livre, on comprend que ce travail n'est pas du tout une 
sinécure. 

» Par la méthode d'immersion des Cochenilles dans l'eau bouillante, 
elles prennent une teinte brun rougeâtre, et perdent une grande partie 
de ce duvet blanc qui couvre les raies du corps. Desséchées au four, 
elles conservent leur duvet et deviennent grises. Séchées sur un plat de 
métal brûlant, les Cochenilles prennent une teinte noirâtre. Ceci ex- 
plique les diverses dénominations sous lesquelles elles sont connues sur 
les marchés, comme « grains d'argent », « grains noirs », et « grains 
renards » ; ces dernières, obtenues par la méthode de l'eau bouillante, 
sont préférées aux autres. Séchées, les Cochenilles présentent l'aspect 
de graines convexes, d'un huitième de pouce (anglais) de diamètre; les 
bandes transversales restent apparentes. 

» Une autre espèce, la Cochenills sylvestre, vit sur un Cactus sauvage. 
Inférieure, comme qualité, à l'espèce Cacti, cette Cochenille est re- 
cueillie et vendue pour la bonne espèce cultivée; il arrive aussi, par- 
fois, que ces deux Cochenilles se trouvent mélangées, sans que le pro- 
priétaire y ait fait attention. 

» Quelquefois, un Puceron ravageur apparaît tout à coup et dévaste 
des plantations entières ; c'est ce qui est arrivé, il y a quelques années. Il 
fallut arracher et détruire les vieux Cactus et en planter de nouveaux. 
Enlui, les Oiseaux, les Souris et certains Insectes détruisent les Coccus 
cacti; ces derniers sucent tout l'intérieur du corps des Hémiptères, ne 
laissant que l'enveloppe desséchée. 

Traduit du Montréal Daily Star 
par Ch. Mailles. 



VI BIBLIOGRAPHIE. 



i^a Cité chinoise, par G. EuG. SiMON. 1 vol. in-18, de 390 pages. 
Paris, 1885. Nouvelle Revue, boulevard Poissonnière, 23. 

Abrité derrière sa Grande Muraille, détourné par sa religion et par 
ses coutumes séculaires de tout commerce avec l'étranger, produisant 
lui-même et à bas prix tout ce qui pouvait être nécessaire à ses besoins, 
l'immense empire chinois était demeuré, presque jusqu'à nos jours, 
impénétrable et mystérieux. De hardis missionnaires avaient fini cepen- 
dant par franchir ces barrières et par soulever aux yeux étonnés de 
l'Europe, un coin de ce voile, jusque-là si sévèrement baissé. Mais la 
brèche, ainsi ouverte au prix des plus pénibles efforts et du plus géné- 
reux dévouement, était aussi étroite que dangereuse, et il a fallu mal- 
heureusement le secours du canon pour la rendre définitivement pra- 
ticable. 

Le livre que vient de publier M. Eug. Simon, en dépit de l'enthousiasme 
un peu accentué qui le distingue, aidera à l'élude du sphinx encore à 
peine démasqué, et contribuera sans doute utilement à redresser l'opi 
nion si généralement répandue, nous représentant le peuple chinois 
comme un peuple barbare, ennemi de toute civilisation, animé d'une 
invincible aversion pour l'étranger, et son gouvernement comme un 
gouvernement essentiellement tyrannique. 

Ce qui frappe tout d'abord, lorsqu'on pénètre dans ce monde nouveau, 
c'est l'extraordinaire densité de la population agricole qui atteint, dans 
certains districts, jusqu'au chiffre extraordinaire de quinze habitants à 
l'hectare. La terre est soumise au régime de la petite culture : la pro- 
priété ne dépasse guère une étendue moyenne de 2 à 3 hectares ; on 
appelle grandes propriétés celles qui atteignent 100 hectares, et encore 
sont-elles extrêmement rares. Sobre, économe, laborieux, le paysan 
chinois, confiné sur son petit lopin de terre, le cultive avec ardeur, et 
en obtient, à force de soins, et en utilisant avec prévoyance tous les en- 
grais à sa disposition, surtout ceux qu'on méprise le plus chez nous, 
jusqu'à trois récoltes par an, parfois même davantage. Ce merveilleux 
résultat serait dû en partie à la méthode de repiquage, adoptée même 
pour la culture du blé, ce qui conduit l'auteur à regretter qu'une si 
fructueuse pratique ne soit pas répandue dans tous les pays de culture 
des céréales ; mais nous avons peine pour notre part, avouons-le en 
passant, à nous imaginer, en présence du renchérissement de la main- 
d'œuvre, la possibilité de cultiver de la sorte les champs de la Beauce, 
ou les immenses plaines du Far-West. Quoi qu'il en soit, même sur le 
domaine le plus exigu, le paysan, après en avoir tiré toutes les res- 
sources nécessaires à son existence, arrive encore dans ce fortuné pays 
à réaliser d'importantes économies ; et il ne faut pas croire qu'il vive 



BIBLIOGRAPHIE. 125 

misérablement; loin de là, ses repas sont abondants et variés; sa mai- 
son, sans luxe inutile, est installée avec confortable, il veille attentive- 
ment à la propreté et à la correction de sa tenue; sa mise n'est pas sans 
élégance, et il n'est pas jusqu'à sa démarche aisée que l'auteur ne com- 
pare tristement avec l'allure gauche et pesante d'un paysan breton ou 
auvergnat! Combien ne devons-nous pas regretter que ce séduisant 
modèle soit si éloigné de nous ! 

L'impôt pèse sur la superficie et varie de 1 fr. 50 à 5 francs par hec- 
tare, toutes charges comprises, ce qui ne représente guère que 3 francs 
par habitant. A ce point de vue encore, et ici malheureusement le doute 
n'est pas possible, la comparaison est loin de nous être favorable. L'in- 
dustrie et le commerce sont affranchis de toute charge, et se trouvent 
ainsi placés dans des conditions exceptionnellement avantageuses pour 
lutter contre la concurrence étrangère. La prospérité et le bien-être qui 
résultent de ce système économique ont pour première conséquence 
d'adoucir les mœurs, à ce point que la criminalité serait pour ainsi dire 
réduite à néant; ainsi à Han-Kéou, ville de deux millions d'habitants, 
ou a relevé un seul meurtre en trente-quatre ans! dans le Pé-tclii-li, en 
y comprenant Pékin, le Paris de la Chine, c'est à peine s'il y a annuel- 
lement douze exécutions capitales. Quant aux infanticides, (ju'on nous 
disait d'une si triste fréquence, c'est une pure légende éclose dans le 
cerveau des bons pères Jésuites pour le plus grand profit de leur oeuvre 
de la Sainte-Enfance ! 

Voilà certes un tableau enchanteur dès sa première partie, et qui nous 
montre un idéal de société que bien peu sans doute auraient cherché en 
Chine. Nous aurons garde de suspecter la sincérité de ce lyrisme, que 
n'amoindriront pas, espérons-le, les récits de nos soldats du Tonkin. 
M. Simon a écrit avec la plus complète bonne foi, comme il le déclare 
en tête de son livre; mais enfin, il faut bien reconnaître que tous les 
voyageurs ne sont pas revenus de ce pays avec le même enthousiasme. 
Il nous souvient même de quelques-uns de leurs récils, légèrement diffé- 
rents de cette peinture idéale des mœurs patriarcales du Céleste Empire, 
et qui nous donnent à penser que l'imagination de nos missionnaires 
est moins féconde qu'on n'a voulu le supposer, et qu'assurément leurs 
orphelinats manquent plutôt de places que d'enfants abandonnés à 
secourir. 

La famille chinoise est organisée sur le modèle d'un Étal politique : 
tous les membres réunis forment le pouvoir délibérant, le père repré- 
sentant le pouvoir exécutif. La mère elle-même n'est pas sans avoir 
une grande autorité : elle assiste aux assemblées avec voix délibéra- 
tive et exerce en outre les fonctions importantes de ministre des 
finances; elle tient les cordons de la bourse, dit M. Simon, et c'est à elle 
qu'humblement le mari doit s'adresser pour en obtenir l'argent néces- 
saire à ses menues dépenses. Pauvres maris! La famille s'assemble à 



126 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATWN. 

des péi-iodes déteriTiinées pour célébrer avec solennité le culte des an- 
cêtres. D'autres fois, elle s'érige en tribunal domestique pour juger 
tous les litiges, voire même les délits et les crimes commis par un de 
ses membres; son code pénal lui permet de prononcer la flagellation, 
l'exil, l'excommunication, c'est-à-dire l'exclusion de la famille. Si le 
coupable a encouru la peine capitale, plutôt que de le renvoyer devant 
les tribunaux de TÉtat, qui, seuls, pourraient la prononcer, on lui laisse 
le choix entre l'excommunication ou le suicide, et c'est cette dernière 
peine qui est le plus ordinairement choisie. 

Les tribunaux publics jugent en appel au civil les décisions des tri- 
bunaux domestiques, et prononcent au criminel les châtiments suprê- 
mes; mais, auprès de ces tribunaux, ni procédure, ni ministère public, 
ni avocats! L'empereur exerce le droit de grâce; néanmoins, il ne doit 
statuer qu'après s'être soumis, trois jours durant, au jeune et à l'absti- 
nence! Quel sujet de méditation pour certains chefs d'État! 

Le métier des armes est peu en honneur; cependant, depuis que l'au- 
teur en a étudié de près l'organisation militaire, la Chine a fait à cet 
égard d'immenses progrès, et si, il y a quelque vingt-cinq ans, elle 
s'est montrée impuissante contre les invasions étrangères, il faut recon- 
naître que, depuis lors, elle s'est singulièrement aguerrie, et qu'il est 
imprudent de la tenir aujourd'hui pour une quantité négligeable, comme 
nous en avons fait naguère la fâcheuse expérience. 

Dans un chapitre intitulé le Travail, M. Simon, après avoir exposé 
l'état des croyances religieuses, donne des détails vraiment pleins d'in- 
térêt sur les diverses professions, libérales ou manuelles, qui toutes 
sont entourées d'une égale considération, sur l'organisation des corpo- 
rations de métiers, analogues à celles qui existaient jadis en France, et 
«nfin sur l'industrie qui, le plus souvent, s'unit intimement à l'agriculture 
dans la maison même du cultivateur. 

L'exposé de l'organisation politique est bien de nature à causer de 
l'étonnement à ceux qui considéraient le Gélesle-Empire comme le der- 
nier refuge de la tyrannie et du despotisme. Tout homme est électeur 
aussitôt parvenu à la majorité; les assemblées de citoyens sont libres, 
indépendamment de toute convocation ou autorisation du gouvernement; 
«lies élisent les conseils qui administrent la circonscription territoriale 
d'où elles dépendent, canton, arrondissement, province; ces conseils 
sont élus pour trois ans, mais essentiellement révocables ; la gratuité est 
de leur essence. C'est là que s'arrête la représentation du peuple ; en 
dehors de la province, aucun corps électif n'entoure le gouvernement 
central. 

Le principe de la responsabilité de tous les fonctionnaires, depuis le 
dernier mandarin jusqu'à l'empereur lui-même, est absolu, et s'étend 
non seulement à tous les actes de leurs fonctions, mais encore aux 
événements causés par force majeure, tels que sécheresses, inondations. 



BIBLIOGRAPHIE. 127 

soit parce que le plus souvent une bonne administration aurait pu les 
prévenir, soit par cette simple raison qu'il convient d'établir une étroite 
solidarité d'intérêts entre ces fonctionnaires et les populations adminis- 
trées par eux. Quant à ceux qui n'auraient pas su prévenir une guerre 
inutile, ou qui laisseraient l'ennemi envahir le sol de la patrie, le sui- 
cide serait la seule expiation possible! En un mot, les bases essentielles 
de la politique chinoise sont : la liberté, la solidarité et l'unité, et bien 
des nations dites civilisées pourraient la prendre pour modèle, 

Oîi l'auteur est moins enthousiaste, c'est à l'endroit de nos récents 
démêlés avec la Chine, à propos du Tonkin ; il estime, à bon droit, que 
le Tonkin est trop complètement dans la sphère chinoise par sa situation 
géographique, sa constitution, sa langue, ses mœurs, pour nous rester 
fidèle, à moins de sacrifices ruineux pour nous, le jour où le colosse 
voisin, plus aguerri qu'aujourd'hui, transformant son armée de défense 
en armée d'invasion, en mobiliserait les innombrables phalanges. On 
estimerait facilement, d'autre part, le profit que notre commerce pourra 
retirer de cette nouvelle colonie, en prenant comme point de compa- 
raison les résultats obtenus depuis la conquête de la Cochinchine, dont 
presque tout le commerce se fait en dehors de la mère-patrie. Pour ce qui 
est de la Chine elle-même, ses exportations ont plus que doublé depuis 
1860, tandis que ses importations s'y sont maintenues à un chiffre insi- 
gnifiant. 

Le livre se termine par une idylle pleine de charmes. Si élevé que 
soit le mur de la vie privée en Orient, M. Simon est parvenu à le fran- 
chir. 11 a su gagner l'affection d'une famille de bons et honnêtes culti- 
vateurs d'un village voisin de Fou-tchéou ; il a pu, plusieurs années 
durant, vivre dans son intimité, apprendre son histoire, une histoire 
dont les débuts remontent à huit siècles en arrière ! étudier sa consti- 
tution, son fonctionnement et ses diverses transformations, et pénétrer, 
en un mot, jusqu'aux arcanes les plus secrets. L'histoire de la famille 
Ouang-ming-tse est, après tout, celle de toutes les familles chinoises: 
aussi bien ne saurait-on lire une étude ethnographique plus attachante 
ni plus complète et plus instructive. 

En somme, si nous nous sommes permis certaines critiques, sur un 
engouement peut-être exagéré à divers égards, et à l'occasion d'attaques 
un peu trop passionnées, croyons-nous, pour être justes, le livre de 
M. Eugène Simon n'en reste pas moins empreint d'une remarquable 
originalité ; il est riche en fails nouveaux, en observations et en docu- 
ments de toute nature, et pourrait assurément servir de cadre à un plus 
grand ouvrage. Am. Bp:kthoule. 



128 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Journaux et Revues. 

(Analyse des principaux articles se rattachant aux travaux de la Société.) 

Revue maritime et coloniale, janvier 1886. Paris, libr. militaire de 

L. Baudoin et C". 

Nous relevons, dans la statistique des pêches maritimes de l'année 
1884, quelques-unes de ses données les plus intéressantes, qui présentent 
malheureusement des résultats inférieurs dans leur ensemble à ceux de 
l'année précédente. 

Les grandes pêches à Terre-Neuve et en Islande furent entravées au 
début par la présence dans ces parages d'une quantité considérable 
d'icebergs détachés de leur point de formation à la suite d'un hiver 
polaire moins rigoureux que de coutume; les prix de vente ayant, 
d'autre part, été avilis sur les marchés d'Europe, le produit total de 
l'année n*a atteint que 87 millions contre 107 en 1883, représentant 
36 millions de kilogrammes de Morues, 46 millions de kilogrammes de 
Harengs, 411 millions de Sardines, etc. 

L'mdustrie de la pèche sur les côtes de la France se répartissait, en 
1884, entre 47 877 établissements, couvrant une superficie de 1 3 500 hec- 
tares; il a été vendu 529 768 767 Huîtres de toute espèce, au prix de 
13577 000 francs. Si ces chiffres sont un peu inférieurs à ceux de 1883, 
en revanche la récolte du naissain a été extrêmement abondante, faisant 
ainsi prévoir de bons jours pour les gourmets. 

La pêche en mer sur les côtes d'Algérie a produit une somme de 
3 757 000 francs, à peu de chose près égale à celle du précédent exer- 
cice. Notons seulement ce fait regrettable que la pêche de corail tend à 
en disparaître complètement; déjà aujourd'hui elle n'est plus guère 
pratiquée qu'aux environs de la Galle; cela tient moins à l'appauvris- 
sement des bancs coralifères qu'à la découverte de gisements nouveaux 
dans les eaux de la Sicile. Espérons que les nouveaux règlements ma- 
ritimes rendront sa prospérité passée à cette branche de l'industrie 
côtière. 

Le nombre des sinistres n'est toujours que trop élevé ; c'est ainsi que 
quatre cent treize pêcheurs ont, au cours de cette même année, péri en 
mer, payant un lourd tribut à la tempête. 

Am. B. 



Le Gérant: Jules Grisard. 



152. — BoURLorOiN. — Iinprinieries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



UTILISATION INDUSTRIELLE 

DU POIL DES LAPINS ANGORAS 

Par M. A.-C;E0FFK0Y SAII\T-IiILililRE 



L'intéressante communication faite par M"' Lagrenée (l), 
sur l'utilisation industrielle du poil des Lapins angoras, nous 
a remis en mémoire l'exploitation du même produit qui se 
l'ait auprès d'Aix-les-Dains, à Brison-Saint-Innocent (Savoie). 

M. Jacquier, de la maison Jacquier et G'% à qui nous nous 
sommes adressés, nous a écrit : , 

(( L'industrie que nous exploitons a pris un grand déve-' 
loppement. Nous expédions nos produits en grand nombre à 
Paris, Lyon, Marseille, en Angleterre, Belgique, Suisse, Ita- 
lie, Amérique, etc. 

» Nous en avons beaucoup vendu à S. M. la reine d'Angle- 
terre pendant son séjour à Aix. 

y Les Lapins angoras que nous exploitons appartiennent à 
la grande race; ils ne vivent pas à Pair libre. Ils sont entrete- 
nus dans des locaux fermés et sont réunis on grand nombre, 
et nous les séparons lorsque nous voulons les faire repro- 
duire. 

y> Les mâles et les femelles produisent tous deux une même 
quantité de laine (soie). Les mâles ne sont pas castrés. » 

On voit, d'après cette lettre, que l'élevage des Lapins est 
très différent à Saint-Innocent de ce qu'il est à Frocourt, cbez 
M"" Lagrenée, puisque les premiers vivent enfermés, les se- 
conds en plein air, exposés à toutes les intempéries. 

Nous avons cru devoir nous adresser également à 31. Pa- 
lard-Chalelain, de La Ferté-Macé (Orne), qui, en 188.3, avait 

(1) Voyez au Bulletin, 1885, p. 642. 
4' SÉRIE, T. IlL — Mars 188G. U 



130 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

écrit à la Société qu'il possédait deux mille Lapins angoras, 
et qu'il se proposait d'en augmenter encore le nombre. 

M. Patard-Cliatelain a très obligeamment répondu à nos 
questions par la lettre suivante : 

« Monsieur, 

» J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'adresser. 

» Il est certain que l'élevage du Lapin angora peut laisser 
de beaux bénéfices, à condition toutefois d'être entrepris avec 
un certain nombre de têtes, et en produisant soi-même, par 
la culture de la terre, la nourriture des animaux. Si j'avais 
continué à acheter les grains et fourrages, le poil aurait été 
mangé bien avant d'être bon à récolter : je suis donc devenu 
cultivateur malgré moi. 

» Il en a été de même pour la filature. Pendant cinq ans, 
depuis 1880, j'ai cherché des filateurs pour faire mon travail. 
J'y ai subi toutes sortes de dommages : les uns ont abîmé 
mon angora au point qu'il était considéré, après lilature, 
comme du déchet de coton; peut-être même prélevait-on une 
partie de mon produit pour la remplacer par de la laine ou 
du coton. Le fait est arrivé au moins une fois. Après cinq ans 
de recherches, d'essais tentés dans plus de vingt filatures, 
j'ai dû faire comme pour la culture : j'ai acheté un matériel 
que j'ai approprié à mon travail et je produis un fil qui est 
très recherché. 

À) Cependant, je crains que le prix n'en soit trop élevé pour 
bien des bourses, d'autant plus que les intermédiaires pren- 
nent généralement de gros bénéfices sur les articles nou- 
veaux. J'en, arrive donc à redouter le placement de mon pro- 
duit. 

» Je cherche à diminuer le prix de revient du poil en aug- 
mentant ma production, et j'ai la certitude que, au prix de 
25 francs le kilogramme filé, cet article se vendrait facile- 
ment. Mais l'élevage en grand peut seul donner ce résultat. 

» En ce moment, le poil brut vaut environ 20 francs le ki- 
logramme, cà condition d'être bien propre et de ne contenir 



DU POIL DES LAPINS ANGORAS. 131 

aucune partie feutrée. Le rendement d'un bon Lapin adulte 
s'élève à 250 ou .iOO grammes par an, et peut augmenter sui- 
vant les soins donnés à l'animal ; mais ce rendement peut 
diminuer de beaucoup par l'absence de ces mêmes soins. 

» En résumé, le revenu moyen peut être évalué cà 5 francs 
par tète, mais il faut compter sur la nourriture d'hiver, qui 
est considérablement plus onéreuse que celle de l'été. J'estime 
que six semaines d'hiver coûtent plus à passer que les six 
mois d'été : c'est là que se présente la nécessité absolue de 
produire soi-même la nourriture. 

» Pour me résumer, j'ai entrepris une industrie qui m'a 
coûté beaucoup de patience, d'étude, d'observation et d'ar- 
gent. L'élevage en grand est très difficile, et les essais de fila- 
lure ne m'ont encore donné aucun bénéfice. 

» J'ai néanmoins le ferme espoir que mon industrie pren- 
dra de l'importance et sera profitable à la patrie. C'est cette 
certitude qui m'a soutenu, et qui m'a rendu fort dans les 
moments très durs que j'ai traversés Ma devise a été et est 
restée : Ténacité. 

» Je suis heureux, Monsieur, de vous transmettre ces ren- 
seignements et je vous prie d'agréer, etc. 

» Signé : Patard-Giiatelain, 

» La Ferté-Macé (Orne). » 

L'ensemble de ces renseignements, joint cà ceux fournis par 
M""^ Lagrenée, donne à penser que l'utilisation des poils de 
Lapins angoras est entrée aujourd'hui dans la pratique de 
l'industrie. Les fils d'Angora sont employés tantôt sans mé- 
lange, tantôt réunis aux fils dits de Cachemire ou de Vigogne. 
Il y a là une application très intéressante d'un produit qui 
avait été longtemps négligé. > 



NOTE 

SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES 

Par M. le comte A. de MOXTLEZUK 



La bienveillance avec laquelle mes noies sur les Palmi- 
pèdes lamelliroslres ont été accueillies l'an dernier, m'a en- 
couragé cà offrir à la Société d'Acclimatation une notice sur 
le genre Bernache ou Brenta. 

Gomme par le passé, afin d'obtenir des renseignements 
aussi précis que possible, je me suis adressé aux sources les 
plus autorisées : à M, Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du 
Jardin zoologique du Bois de Boulogne; h M. Oustalet, doc- 
teur es sciences, aide-naturaliste au Muséum d'histoire natu- 
relle de Paris; à M. P. L. Sclater, secrétaire général de la 
Société zoologique de Londres; à M. lluet, aide-naturaliste 
chargé de la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de 
Paris; à M. le directeur du Koninklijk Zoologisclt Genoot- 
schap d'Amsterdam; à M. le directeur de la Société royale de 
zoologie d'Anvers (Belgique). Ces Messieurs ont répondu avec 
un empressement dont je ne saurais trop les remercier, à 
toutes les demandes que j'ai eu l'honneur de leur adresser. 

Si mon travail a quelque mérite, c'est en grande partie à 
ces Messieurs qu'il le doit, et je tiens à leur témoigner ici 
toute ma reconnaissance. 



' FAMILLE DES ANATIDES 

Sous-famille des Ansérinés. Genre Bernache, Bernicla ou Brenta. 

En suivant l'ordre adopté par M. Georges Gray dans son 
catalogue intitulé : Hand list of hirds, on remarque que la 
sous-famille des Ansérinés comprend les genres Cereopsis, 
Ânser, Brenta et Nettapus. Ces genres eux-mêmes renfer- 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 133 

ment des subdivisions ou sous-genres qui tirent leurs noms 
de l'aspect particulier des sujets qui les composent ou de 
leurs habitudes. 

Le genre Bernache ou Brenta réunit en une sorte de 
faisceau les groupes ou sous-genres Brenta, ClUamidochen, 
Leucoblepharon,Leucopareia, Buflbrenta, Cyanochen, Tœni- 
diestes, Chloephaga ; ces groupes, dont je lais mention à 
cause de leurs étymologies et par raison d'ordre, ne me 
semblent pas présenter un bien grand intérêt au point de 
vue de l'étude des espèces qu'ils renferment; aussi ne ferai-je 
que les effleurer. 

Les Bernaches se distinguent des Oies par les caractères 
suivants : le bec est toujours plus court que la tête, il est 
aussi moins allongé, moins conique, plus droit et plus mince 
que celui des Oies; il présente une légère dépression en 
avant des narines, placées à égale distance du dessus du bec 
et des bords de la mandibule supérieure; cette dernière 
est terminée par un onglet médiocre et fortement recourbé ; 
les lamelles qui garnissent sa face inférieure ne sont point 
apparentes; les ailes sont longues, aiguës, et portent le plus 
souvent un miroir apparent, à reflets métalliques, ce qui 
n'arrive pas en général chez les Oies. 

La queue est arrondie ;'le bas des jambes emplumé; le 
tarse plus long que le doigt médian. Les teintes du plumage 
sont plus riches, plus vives et plus variées que chez les Oies; 
elles diffèrent d'un sexe à l'autre, enfin les Bernaches recher- 
chent plus que les Oies le voisinage des bords de la mer. 

Le catalogue de M. G. Gray fait mention de dix-huit espèces 
ou variétés de Bernaches, parmi lesquelles on distingue trois 
espèces européennes, la Bernache Gravant, la B. leucopsis^ 
ou nonnette, et la B. ruficollis; les deux premières habitent 
également l'Amérique, et la troisième, l'Asie. Deux espèces 
appartiennent à l'Océanie, la B. jiibata et la Bernache de 
Sandwich. Une seule espèce est d'origine africaine, c'est la 
B. cyanoptera ; les douze autres, B. nigricans, B. Cana- 
densis, B. Hutchinsii, B. leucopareia, B. anlarcHca,B. Ma- 
gellanica, B. dispar, B. inornata, B. poUocephala , B. rubi- 



134- SOCIÉTÉ NATIOiNALE D'ACCLIMATATION. 

diceps, B. melanoptera et B. Canagica, sont entièremenl 
américaines. 

Toutes les espèces que je viens d'énumércr, quelle que 
soit la partie du monde qui les ait vues naître, ont toutes, en 
général, les mêmes habitudes. Elles recherchent et affection- 
nent les lacs qui avoisinent les bords de la mer et sont essen- 
tiellement herbivores. A l'état sauvage, elles se nourrissent 
de jeunes pousses d'herbes, de plantes aquatiques et de pe- 
tits mollusques; elles ne dédaignent pas les insectes et les 
vermisseaux qu'elles rencontrent en fouillant les racines sur 
le bord de l'eau. 

A l'état domestique, les Bernaches acceptent toutes sortes 
de grains, mais elle ne sauraient se passer d'une abondante 
verdure, qui doit toujours servir de base à leur alimentation. 

N" 1. Bernaghe Gravant. 
(Bernicla brenta (i), n" 10575.) 

Brenta, sous-ijenre a du catalogue de G. Gray. 

Étymologie. — Brenta, de ppivGoç, ou, espèce d'oiseau' 
aquatique, oie. Le nom de cravant, selon Gesner, ne serait 
autre que celui de Graueente, en îtllemand, canard brun. 

Synonymie. — Anas bernicla Linn. — Anas brenta 
Briss. — Anser torquatus Friscli. — Anser brenta Pall. — 
Bernicla brenta Stéph. — Bernicla melanopsis Me. Gill. — 
le Cravant Buff. {Brent ou Brand goose Lath.), etc. 

La Bernache cravant habite les régions arctiques du globe ; 
on la rencontre, à l'approche de l'hiver, dans presque toutes 
les contrées de l'Europe tempérée, mais principalement en 
Hollande, où elle abonde en hiver et au printemps. Elle 
arrive, périodiquement, vers la fm de l'automne, dans les 
départements du nord de la France, et descend parfois par 
petites troupes dans les départements du Centre et du Midi. 
La Bernache cravant niche dans le Nord, très avant vers le 

(1) Voy. Procced. Zool. Soc, 18GI, p. 101, 365; — 1863, p. 323; —1865^ 
p. 753; — 1873, p. 638; — 1877, p. 32; — 1880, p. 317, 502, 534. 



SUR LES PALMIPEDES LÂMELLIROSTRES. 



135 



pôle. Elle construit son nid sur le bord de l'eau. Cet oiseau 
est très aquatique, les voyageurs qui l'ont observé disent 
qu'il nage des journées entières. Le docteur Jaubert, dans 
son ouvrage intitulé : Richesses ornithologiqiies du midi de 
la France, fait remarquer que la chair de la Bernache Gra- 
vant est excellente et qu'elle devient encore plus savoureuse 
lorsqu'elle passe de la vie sauvage à l'état domestique. 

Description. 

La Bernache cravant a le bec noir à onglet noir, l'œil brun 
foncé, la tête et le cou noirs, le haut de la poitrine noir tirant 













Bernache cravant {Lternicla Brenla). 



légèrement sur le brun en se rapprochant du sternum ; sur la. 
teinte noire du cou et presque vers le milieu de sa longueur, 
faisant suite à la gorge, se dessine une tache blanche plus oa 
moins grisâtre, disposée en forme de hausse-col renversé; 
cette tache contourne, de chaque côté du cou, sur les deux 



136 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

tiers environ de sa circonférence et ne s'élend pas sur la 
partie postérieure. 

Les plumes du dos, les pennes scapulaires, ainsi que 
toutes les couvertures des ailes, sont d'un gris brunâtre, bor- 
dées d'une teinte gris fauve ; celles qui recouvrent le sternum 
et le haut de l'abdomen sont brunâtres, terminées par une 
bordure plus claire, cendrée, roussàtre; enlin, celles des 
flancs sont de teinte un peu plus foncée que les précédentes, 
également bordées à leur extrémité d'une nuance plus claire, 
elles recouvrent les cuisses de leurs larges contours disposés 
en forme d'écaillés ; le plumage du bas-ventre et les sous- 
caudales sont d'un blanc pur, les grandes rémiges ont une 
teinte bi'un noirâtre, les reclrices sont noires, les tarses et 
les pieds sont noirs tirant légèrement sur le brun. Le mâle 
mesure 0'j,66 de longueur, l'",33 d'envergure, 0"', 38 à l'aile, 
0"','l 1 à la queue. 

La femelle est semblable au niAle, mais les teintes de son 
plumage sont un peu moins accusées, sa taille est aussi un 
peu plus faible. 

La tache blanche du cou n'existe pas chez les jeunes; toutes 
les parties du corps qui sont noires chez les adultes sont chez 
eux d'un noir grisâtre se rapprochant de la teinte générale 
du dos, leurs pieds sont noirs, légèrement rougeâtres. 

Reproduction. 

La ponte de la Bernache cravant a lieu en avril et mai ; ces 
oiseaux pondent de six à neuf œufs à coquille mince, d'un 
blanc terne et jaunâtre, ils mesurent environ 0"',076 au 
grand diamètre et 0'",052 au petit diamètre. L'incubation 
dure de trente à trente-trois jours. 

Cette espècGi se trouve au Jardin zoologique du Bois de 
Boulogne, dans ceux de Londres et d'Amsterdam, mais ne s'y 
est pas reproduite. M. le directeur du Jardin zoologique d'An- 
vers (Belgique) a obtenu sa reproduction. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 137 

N° 2. BeRNACHE NOIRATRE. 
{Bernlcla nigricans (1), u° 10570. Black Brent goose.) 

Celte Bernache semble n'être qu'une variété américaine 
de la Bernache cravant. Brehm(2) s'exprime ainsi à son égard, 
dans le paragraphe qu'il consacre à cette espèce : « Celle qui 
habite l'Amérique, et qu'on a voulu regarder comme consti- 
tuant une espèce à part ne diffère pas de celle qui vit dans 
l'hémisphère oriental. » 

J'accepte pour le moment la manière de voir de cet auteur, 
en attendant qu'il soit possible de mieux établir les carac- 
tères distinctifs des deux espèces. 

N° 3. Bernache a crinière. 
{Bo'niclà jubata, n° 10577.) 

Chlamidochen, sous-genre b du catalogue de G. Gray. 

Elijmologie. — Chlamidochen, de ^Xapç, u5oç, chia- 
myde, /-/^v, -/ivôç, oie (oie à casaque ou à chlamyde). — Ju- 
bata, du mot latin jicbatus, qui veut dire garni d'une crinière, 
indique que cet oiseau a aussi une sorte de crinière qui orne 
îa partie postérieure de sa tête. 

Synonymie. — Chlamidochen juhala Lath. — Anser 
jubata, — Bernicla jubata, — Chloëphaga jubata, — Ber- 
nache cà crinière (Maned goose), — de Zoological garden. 
Celte espèce est quelquefois désignée sous le nom de Ber- 
nache mariée, qui semble n'avoir aucune raison d'être et 
qui doit provenir de ce que l'on a confondu le mot maned 
goose avec maried goose. 

La Bernache à crinière est originaire d'Australie; plusieurs 
spécimens de cette espèce ont été introduits au Jardin zoolo- 

(1) Voy. Proceed. Zool. Soc, 1880, |.. 502, 504, 535. 

(2) Brehm,i>.li\, 742. 



138 



SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 



gique de Londres en 1864 (1). Depuis cette époque, on ren- 
contre cet oiseau dans presque tous les jardins zoologiques 
et chez quelques éleveurs. M. Courtois, demeurant à Paris, 
rue d'Aboukir, n" 111, qui élève avec un succès toujours 
croissant les nouvelles espèces de Palmipèdes, obtient régu- 
lièrement la reproduction de cette espèce : un seul couple lui 
a donné jusqu'à trente-cinq œufs dans le courant de la même 




Bernache à crinière {Bernicla jubata). 

année. J'ai depuis un an environ des Bernaches à crinière qui 
m'ont été cédées par lui à l'âge de six mois; elles n'ont point 
reproduit l'an dernier, mais pondront probablement le prin- 
temps prochain. Elles sont excessivement familières et ne 
paraissent pas le moins du monde éprouvées par les rigueurs 
de l'hiver. Leur nourriture consiste en jeunes pousses 
d'herbes et en graines variées, blé, maïs, avoine, orge et 
petit millet. 



(1) Proceed. Zool. Soc, 1864, p. 587. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 139 

Description. 

Le mâle a le bec brun noirâtre, à onglet noir; l'œil brun 
foncé, la tête ainsi que la partie supérieure du cou brun 
marron; à partir du crâne et en suivant les contours supé- 
rieurs du cou, le plumage brun est disposé en forme de cri- 
nière et sa nuance est plus foncée. La partie inférieure du 
cou, le sommet du dos, ainsi que le baut de la poitrine, sont 
d'une teinte grise tirant sur le fauve, tachetée de brun noi- 
râtre à l'extrémité médiane des plumes, avec taches plus 
accentuées sur celles qui recouvrent le jabot. Les plumes du 
scapulaire sont grises, lancéolées, à. reflets blanchâtres, de 
même que celles du manteau; quelques-unes d'entre elles 
ont les barbes extérieures noires et leur juxtaposition forme 
deux bandes noires qui partent de chaque côté du cou et 
vont directement se rejoindre avec les rectrices en décrivant 
un angle très aigu, ce qui donne à l'oiseau un cachet tout 
particulier. Les rectrices sont d'un noir vif, ainsi que le plu- 
mage qui recouvre le croupion et le ventre ; la couleur noire 
s'étend également aux sous-caudales et se prolonge jusque 
vers le milieu du sternum. 

Les grandes rémiges sont noires et les ailes recouvertes 
par les plumes des flancs qui sont très finement vermiculées 
de noir sur une teinte gris-perle très claire; le miroir est 
d'un beau vert brillant, extérieurement bordé de blanc; les 
pattes sont grises, de nuance claire, et légèrement verdâtre. 

La femelle a le bec gris tirant sur le brun, à onglet plus 
foncé; son œil est brun foncé, entouré en dessus et en dessous 
par quelques plumes grises; une ligne brun foncé part de 
l'œil et va rejoindre la partie postérieure du crâne en se des- 
sinant sur la teinte brune qui recouvre la tête et le cou. Les 
plumes disposées eu forme de crinière sont bien moins appa- 
rentes que chez le mâle; à la couleur brune du cou succède 
une teinte plus grise, qui se fond dans un plumage gris ma- 
culé de blanc sale ; les taches 'ou macules qui occupent les 
extrémités des plumes sont plus rapprochées vers le jabot, 
plus grandes cl plus espacées sur les flancs; le miroir de 



140 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

l'aile est moins vert que chez le mâle; sa bordure blanche est 
plus large; les rectrices sont noires ainsi que les plumes qui 
recouvrent le croupion; les sous-caudales, les plumes du 
ventre, ainsi que celles de la partie inférieure de la poitrine, 
sont blanches; les pattes sont grises, à peine verdâtres; vue 
dans son ensemble, et en dehors des caractères que je viens 
d'énumérer, la femelle présente les mêmes dispositions de 
plumage que le mâle, mais ses teintes sont bien moins vives, 
sa taille est aussi un peu plus faible. 

Longueur totale de l'oiseau, 0"',50; longueur de l'aile, 
0"\'iS; longueur de la queue, 0™,14.; longueur du bec, 
O^jOSS ; longueur du tarse, 0'",0b. 

Reproduction. 

La ponte a généralement lieu en mai ; le nombre d'œufs 
varie de huit à douze; ils mesurent 0'",059 (l) au grand dia- 
mètre et 0'",041 au petit diamètre; ils sont de couleur 
blanche, à peine jaunâtre. 

N° 4. Bernache du Canada. 
{Bernicla Canadensis ("2), n"^ 10578.) 

Leucoblépharon, sous- genre c dn catalog-ue de G. Gray. 

Élymologle. — Leucoblépharon, de Xeuxôç, ou, blanc, 
pXétpapov ou, paupière (oie à paupière blanche). — Cana- 
densis, qui désigne l'espèce, indique qu'elle est originaire du 
Canada. 

Synonymie. — Bernicla Canadensis Linn.,Wills. — Anas 
Canadensis L. — Oie à cravate Butf. — Cygnopsis Cana- 
densis Brehm. — Aîiser Canadensis (Canada goose). 

La Bernache du Canada est originaire de l'Amérique du 
Nord. Les voyageurs qui l'ont observée s'accordent à dire 
qu'on la rencontre principalement entre le 50' et le 67' degré. 

(1) Mesures prises sur un œuf qui m'a été donné par M. Courtois. 

(2) VoY. Proceed. Zool. Soc, 186Û, p. 418; - 1861, p. 368, 264; - 1862, 
p. 325; — 1868, p. 211 ; — 1873, p. 467, 63'J; — 1880, p. 317. 



SUR LES PAr.MIPÈDES LAMELLIROSTRES. 141 

Brelim raconte que, depuis l'apparilion des blancs, ces oi- 
seaux se retirent de plus en plus vers le nord ; il dit que quel- 
ques-uns nichent dans les grands marais des États du centre 
de l'Anirrique. Audubon, qui, pendant plusieurs années con- 
sécutives, a observé les Bernaches du Canada, dit qu'elles 
sont excessivement vigilantes; leur vol est très élevé, presque 
toujours hors de la portée des armes à feu ; dans leurs migra- 




liernaclie du Caiiuda [Dentirla Cdiunlciisis). 

tions, elles se disposent généralement en forme de triangle; 
à l'état domestique, la Bernache du Canada se reproduit assez 
facilement. Bulfon rapporte, dans son ouvrage, que, de son 
temps, on les comptait par centaines sur le grand canal de 
Versailles, où elles vivaient familièrement avec les Cygnes; il 
ajoute qu'elles se tenaient moins souvent sur l'eau que sur 
les gazons du bord du canal. Dans l'Amérique du Nord, on 
trouve la Bernache du Canada dans presque toutes les fermes 
à l'état domestique; sa viande passe pour être très bonne. 

Description. 

Bec noir grisâtre ta bordures plus claires et à onglet gri- 
sâtre; œil brun noirâtre; tête et cou noirs avec une sorte de 



14-2 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

cravate blanche qui occupe tout le dessous de la gorge, et re- 
monte en pointe vers la région de l'oreille, en affectant de 
chaque côté une forme angulaire, dont le sommet correspond 
à la jonction des vertèbres du col avec le crâne. A la couleur 
noire succède brusquement et en ligne droite horizontale 
une nuance blanche qui passe insensiblement au gris en se 
rapprochant du sternum; la poitrine est grise, légèrement 
raéchée de gris plus clair; les flancs sont couverts de plumes 
d'un gris roussatre, terminées par une bordure plus claire ; 
les tectrices, les pennes scapulaires, les plumes du dos, sont 
également grises, mais d'une nuance plus sombre; elles sont 
toutes extérieurement bordées et terminées de nuance claire; 
le ventre est blanc, ainsi que les sous-caudales; le croupion 
est noirâtre, terminé par une bande blanche qui précède les 
rectrices; ces dernières sont noires, ainsi que les grandes ré- 
miges ; les unes et les autres ont leurs extrémités brunâtres; 
les pattes sont gris de plomb, passant un peu au brun. 

Dans cette espèce, les deux sexes sont semblables ; la femelle 
est cependant un peu plus petite et les nuances de son plu- 
mage sont moins vives. Voici les mesures moyennes de ces 
oiseaux prises sur un mâle : 0"',96 de longueur, i'",74 d'en- 
vergure; longueur de l'aile, 0",50; longueur de la queue, 
0^19. 

Reproduction. 

C'est généralement en mars et en avril que la ponte a lieu; 
les Bernaches du Canada pondent ordinairement de six à huit 
œufs, d'un blanc jaunâtre; ils mesurent 0'",09 de longueur 
sur O^jOBS de large; l'incubation dure de trente à trente-trois 
jours, suivant les conditions atmosphériques. 

La Bernache du Canada existe au Jardin zoologique de 
Londres depuis 1831 ; M. P. L. Sclater constate, dans son cata- 
logue des Anatidœ (1) du 15 juin 1880, que cet établisse- 
ment n'avait pas encore obtenu la reproduction de cette 
espèce. La Société royale de zoologie d'Anvers obtient au con- 
traire annuellement sa reproduction. 

(1) Proceed. Zool. 5oc., Species of Anatidœ, p. 502. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 143 

N" 5. Bernicla HuTCHiNsii Rich. (1). 
(G. Gray, n° 10579, Hutchins's goosc.) 

N" 6. Bernicla Leucopareia Brandt. 
(G. Gray, n" 10580.) 

C'est seulement comme mémoire que je mentionne ces 
deux numéros du catalogue de Gray, car ils ne se rapportent, 
d'après l'opinion de la plupart des auteurs, qu'à des variétés 
de l'espèce qui précède. 

N" 7. Bernache nonnette (2). 
{Bernicla leucopsis, n" 10581.) 

Leucopareia, sous-genre d du catalogue de G. Gray. 

Étymologie. — Leucopareia, de Xsuxôç, blanc, irapeta, àç, 
joue (oie à joues blanches), se rapporte au groupe d'Oies ou 
de Bernaches qu'il désigne. — Leucopsis, de Xeuxôç, blanc, 
o4»i(;, face, figure, visage, désigne spécialement l'espèce qui 
a la face blanche. 

Synonymie. — Anser leucopsis Bechst. — Anas ery- 
thropus Linn. — Anser erythropus Gmel. — Bernache 
nonnette Degland et Gerbe. — Anser bernicla Leach. — 
Bernicla leucopsis Boie. — Bernicla erythropus Steph. — 
Bernicla Briss {Bernicle goose). 

La Bernache Leucopsis désignée par Belon sous le nom de 
Nonnette, à cause de son plumage agréablement coupé de 
blanc et de noir, habite les contrées les plus froides des deux 
continents; on ne la rencontre dans les différentes contrées 
de l'Europe tempérée que comme oiseau de passage en no- 
vembre, décembre et janvier; pendant les hivers rigoureux, 



(1) Proceed. Zool. Soc, 1880, Species of Anatidte, p. 502. — Proceed. Zool. 
Soc, 18(iO, p. 418; —1868, p. 211. 

(2) Voy. Proceed. Zool. Soc, 1859, p. 477 : — 1860, p. 341, 183; — 1863, 
p. 323; - 1880, p. 317, 500, 501. 



1M 



SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 



elle descend quelquefois dans les départements du nord de la 
France, mais on ne la voit que très rarement dans ceux du 
Centre et du Midi, A l'état sauvage, ce Palmipède ne se repro- 
duit que dans les régions les plus reculées et les plus froides; 
ses mœurs ont été longtemps ignorées, ce qui avait favorisé 
les contes qui s'étaient accrédités sur son origine mystérieuse. 
D'après les uns, il naissait spontanément dans certains co- 










Bernache nonnelte (Bernicla leucopsis). 



ri ai m 



quillages; d'après les autres , c'est dans les bois pourris 
des vieux navires qu'il prenait le jour. 

Les Hollandais, dans une navigation au 80' degré, furent, 
d'après M. de Buffon, les premiers qui découvrirent leurs 
nids. 

A l'état domestique, la Bernache nonnette s'apprivoise 
facilement et se reproduit lorsqu'elle se trouve dans des con- 
ditions favorables; elle est non seulement un oiseau d'orne- 
ment des plus gracieux, mais elle est encore très recherchée 
pour la délicatesse de sa chair. 



SUR LES PALMIPÈDES LA.MELLIROSTRES. 145 

Description. 

La Bernaclie nonnette a le bec noir h onglet noir, l'œil brun 
foncé, le front, la gorge et les joues d'un blanc plus ou moins 
pur, suivant l'âge et les sujets. Dans cette espèce, les lorums 
sont noirs suivis d'un trait noir arrivant à l'œil et tranchant 
sur la couleur blanche ; le verlex, le sinciput,la nuque, le cou 
et le haut de la poitrine sont noirs; les plumes du dos, les 
pennes scapulaires, les couvertures des ailes, petites, moyennes 
et grandes, sont d'un gris cendré, terminées de blanc rous- 
sâtre, avec une bande sombre vers l'extrémité; le croupion 
est blanc, ainsi que les plumes du dessus et du dessous de la 
queue; le ventre est blanc; les flancs sont gris, ondes de 
teintes plus claires; les grandes rémiges et les rectrices soni 
noires ; les pattes enfin sont d'un noir plus ou moins pur. Cet 
oiseau mesure d'ordinaire 0'", 67 de longueur; son aile a 0"", 39; 
sa queue, O^jlS. 

Reproduction. 

La Bernache leucopsis se reproduit en captivité ; elle pond 
de six à dix œufs blanchâtres qui mesurent ordinairement 
de 0'",08 au grand diamètre et0'",05 au petit diamètre. L'in- 
cubation dure de trente à trente-trois jours environ. Dans ses 
notices sur les métis d'Anatidés, M. de Sélys Longchamps 
signale des cas d'hybridité par l'accouplement de cette espèce 
avec la Bernache du Canada et les Oies cendrées et à front 
blanc. M. le directeur du Jardin zoologique d'Anvers a souvent 
obtenu la reproduction de ce Palmipède, qui pond le plus sou- 
vent six œufs. La Bernache leurcopsis figure sur les listes du 
Jardin zoologique de Londres depuis 1833; elle s'y est repro- 
duite pour la première fois le ^3 mai 1848. 



■i* SÉRIE, T. III — Mars 1886. 10 



J4r6 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

N" 8. Bernache de Sandwich (1). 
[Bernicla Sandivichensis G. G. n» 10582.) 

Suite du sous-genre Leucopareia. 

Étymologie. — L'étymologie de Leucopareia est déjà don- 
née au numéro qui précède. La désignation Sandivichensis 
indique que cette Bernache se trouve plus particulièrement 
aux îles Sandwich. 

Synonymie. — Leucopareia Sandivichensis Yig. — Leu- 
copareia Hatvaiiensis Eyd. et Soûl. — Chloëphaga Sandwi- 
chensis. — Bernicla Sanclwichensis Jard. et Selb. (Sand- 
wich-Island goose). 

Cette Bernache est originaire des îles Sandwich. M. Vigors 
détermina, le premier, cette espèce d'après un couple de ces 
oiseaux qui vivaient dans les jardins de la Société zoologique 
de Londres; ils avaient été offerts par lady Glengall (2) 
en 1832. En 1834, lord Derby en reçut aussi une paire à 
Knowsley (3), où ils se reproduisirent ainsi que dans les 
Jardins zoologiques de la Société ; depuis cette époque, la 
reproduction de cet oiseau a été souvent obtenue en Angle- 
terre et en France. 

Description. 

Dans cette espèce, le bec est de couleur noire, à onglet noir; 
l'œil est brun foncé ; la face, jusqu'à l'articulation de la man- 
dibule inférieure, la gorge ainsi que le dessus de la tête sont 
de couleur noire ; la nuance noire du crâne se prolonge en 
diminuant progressivement de largeur sur toute la partie su- 
périeure du cou et forme en quelque sorte l'appendice de 
la coiffure. Au plumage noir du masque et à partir de la 
région de l'oreille, succède brusquement une nuance brun 
roussâtre, qui vient elle-même se fondre dans la teinte fauve 

(1) Proceed. Zool. Soc, 1859, p. 206; — 1875, p. 488; — 1880, p. 504, 535. 

(2) Ibid., 1833, p. 63 et Rep. du cons., 1883, p. 13. 

(3) Ibid., 1834, p. 41. 



SUK LES PALMIPEDES LAMELLIROSTRES. 



147 



du cou ; le plumage de ce dernier présente cette particula- 
rité qu'il est divisé par de nombreuses incisions verticales 
qui laissent apparaître la couleur suie du duvet inférieur. 
La base du cou est brune et tranche avec la couleur fauve qui 
précède pour se fondre ensuite avec la teinte gris foncé légè- 
rement roussâtre qui recouvre la poitrine. Les plumes grises 




Bernache de Sandwich (BernicZa Sandivichensis). 

du dos et des ailes sont bordées de gris plus clair, ce qui leur 
donne l'aspect de larges écailles ou de contours nuageux mal 
fondus; les rémiges secondaires sont gris foncé, les grandes 
rémiges gris noirâtre; le croupion est gris noir terminé par 
un peu de blanc à la naissance des rectrices, qui sont de cou- 
leur noire ; le ventre est blanc ; les cuisses sont grises avec un 
peu de noir au-dessus de l'articulation des tarses, elles sont 
recouvertes par des plumes de môme teinte et de même 
disposition que celles du dos, mais plus grandes ; les pattes 
sont gris foncé, légèrement roussâtre. 



148 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Les deux sexes sont semblables ; cependant, avec un examen 
attentif, on remarque que le mâle a le cou légèrement plus 
long et que ses allures, sans être agressives, sont plus har- 
dies. Une sorte de frisson ou de frémissement particulier par- 
court par moments le plumage de son cou, chose qui n'arrive 
pas chez la femelle. Il mesure 0"',65 de long ; son aile a 0"',31 ; 
sa queue, 0'^,16; son bec, du front à la pointe, 0"",040 ; son 
tarse, 0'",015. 

Reproduction. 

La Bernache de Sandwich est une des espèces qui sont le 
mieux acclimatées. On peut espérer arriver dans peu de 
lemps à sa domestication complète. Douée d'un caractère plus 
sociable que ses congénères, elle résiste parfaitement aux 
hivers rigoureux et sa reproduction est assurée à la condition 
de lui procurer des pacages abondants ou tout au moins de la 
verdure en quantité suffisante. La ponte a généralement lieu 
vers la fin de mars; le nombre d'œufs varie entre six et huit; 
ils sont de couleur blanche et mesurent 0"',08 de long sur 
0™,05 de large. 

D'après les comptes rendus faits à la Société d'Acclimata- 
tion par M. Huel, aide-naturaliste chargé de la ménagerie du 
Muséum d'histoire naturelle de Paris, les éclosions de cette 
espèce ont eu lieu, en 1881, le 20 mai (1); en 1882, le 
19 avril; en 1883 (2), les 16 mars et 15 avril; d'après les 
notes d'observations prises au Jardin de la Société zoologique 
de Londres (3), de 1835 à ce jour, les éclosions ont varié du 
21 mars au 30 mai, mais elles ont eu lieu plus généralement 
en avril. En rapprochant ces observations de celles qui ont été 
faites par d'autres observateurs, on peut conclure que les 
Bernaches de Sandwichpon dent généralement du 1" février 
au 5 avril, suivant les variations atmosphériques et les con- 
ditions favorables où elles se trouvent. Le Jardin zoologique 

(1) Bulletin de la Société d'Acclimatation, 1882, p. 553. 

(2) Ibid., 1883, p. 325. 

(3J List of the certainly knoivn species of Anatidœ, 1880, p. 504, 505, 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 14-9 

de la Société royale de zoologie d'Anvers obtient régulière- 
ment la reproduction de cette Bernache. 

N° 9. Bernache a cou roux. 
{Bernicla nificollis G. G. (1), n" 10583.) 

Ru/ibrenta, sous-genre e du calalog-iie de G- Gray. 

Étymologie. — Rufibrenta, mot hybride, de rufus, roux, 
et de ppévToç, ou, oie (oie rousse). 

Ruficullis, de rufus, roux, collum, cou, désigne l'espèce 
qui a le cou roux. 

Synonymie. — Anser ruficollis Pall. — Anas torquata 
Gm. — Bernicla ruficollis Boié. — Rufibrenta ruficollis 
B. P. — Anas ruficollis et torquata, Gmel. (Red-Breasted 
fjoose). 

La Bernache a cou roux est originaire du nord-ouest de 
i'Asie; elle est commune sur les bords de la mer Caspienne 
■et s'avance dans ses migrations jusqu'à la mer Noire. Quel- 
ques individus de cette espèce ont été tués accidentellement, 
en France et en Angleterre, pendant les hivers très rigoureux. 
Temminckdit que ces oiseaux nichent dans les contrées du 
nord de la Russie, sur les bords de la mer Glaciale et à l'em- 
bouchure des fleuves Obi et Lena. 

Description. 

Bec brun à onglet noir; œil brun jaunâtre à paupières 
noires; dessus de la tète et dessus du cou d'un noir profond, 
avec un peu de blanc au front, en arrière des yeux et entre 
ces derniers et le bec ; gorge noire avec une sorte de pointe 
de même couleur qui descend de chaque côté du cou jusqu'à 
la moitié de sa longueur. Le noir de la nuque est séparé de la 
bande noire dont je viens de parler par un peu de blanc 
qui s'étend de la tempe jusqu'à la partie inférieure du cou. 
Le devant du cou et sa base sont d'un beau roux, ainsi que le 

(1) Voy. Proceed. Zool. Soc, I8G3, p. 323; — 1877, p. 806; — 1880, p. 502 



150 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



sommet de la poitrine. A la teinte rousse succède une sorte 
de ceinture blanche qui retourne jusqu'au dos ; les flancs et 
le haut de l'abdomen sont noirs; les côtés du croupion et les 
plumes qui précèdent les rectrices sont blanches, de même 
que le bas-ventre et les sous-caudales ; les ailes sont noires, 
avec bordures blanchâtres à l'exliémité des rectrices ; les rec- 
trices sont noires, ainsi que les pattes. 




^^_Hy\Oj)UKE 



Bernache à cou roux (Bernicla ruficoUis). 



Longueur totale de l'oiseau, 0"',59 environ ; son aile me- 
sure O"',.^^; sa queue, 0"\16; son bec, 0™,035; son tarse, 
0™,055. 

Reproduction. 

La Bernache ruficolUs se reproduit dans les régions bo- 
réales; ses œufs sont blanchâtres et mesurent 0"',07 au grand 
diamètre et 0"\04G au petit diamètre. 

En 1853, le Jardin zoologique de Londres reçut en échange 
une femelle de Bernache à cou roux; elle vécut plusieurs an- 



SUR LES PALMIPÈDES LÂMELLIROSTRES. 151 

nées en compagnie d'un mâle de Bernache cravant, mais ne 
reproduisit pas (1). 

La Société royale de zoologie d'Anvers ne possède pas cette 
espèce, mais elle existe au Jardin zoologique d'Amsterdam. 
M. le directeur de cet établissement a bien voulu m'informer 
que ces oiseaux avaient été capturés il y a deux ans, à la suite 
d'une tempête du nord-est, à l'île Texel (Hollande). 



N" 10. Bernache aux ailes bleues. 
{Bernicla cyanoptera (i), n° 10584.) 

Cijanoclien, sous-genro f du catalogue do G. Gray. 

Élymolocjie. — Cyanochen, de /.uavoc, ou, bleu ; x'qv^ '/jvoç, 
oie (oie à plumage bleu). 

Cyanoptera, de /.ûavoç, bleu, et de i^Tspôv , plume, aile, 
indique que l'espèce qu'il désigne a les ailes bleues. 

Synonymie. — Cyanochen cyanoptera Rupp. — Bernicla 
cyanoptera Rupp. {Blue-Winget goose). 

Les Bernaches aux ailes bleues ont été découvertes par le 
voyageur Riippel. Il existe deux spécim.ens de cette espèce 
dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Je 
n'ai pu me procurer de renseignements exacts sur l'époque 
de leur introduction en Angleterre et en France. En 1(S80, 
celte belle espèce de Bernache n'existait pas encore au Jardin 
zoologique de Londres; cependant, à cette époque, M. Cor- 
nély disait qu'il espérait recevoir prochainement des oiseaux 
de cette espèce de la Nubie supérieure. 

Descriidlon. 

Bec brun noirâtre; dessus de la tôte brun clair; face et 
gorge blanchâtres ; plumes des parties supérieures du cou de 
couleur brune tirant sur le grisâtre ; dos couvert d'ondula- 
tions roussâtres, formées par la bordure des plumes, qui est 

(1) Lisl of the certainhi biown species of Anatidœ, 1880, p. 502. 

(2) Voy. Proceed. Zool'. Soc, 1880, !>. 40i, 531-. 



152 



SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 



de nuance plus claire ; plumage des parties inférieures de 
nuance plus claire, tirant sur le gris jaunâtre tacheté de brun, 
passant au blanchâtre vers la gorge et au blanc pur sur les 
sous-caudales ; petites et moyennes couvertures des ailes 




Bernache aux ailes bleues (Bernida cyanoptera). 



d'un gris bleu cendré; pennes secondaires noires glacées de 
vert métallique; grandes rémiges et rectrices d'un brun noir 
mat; pattes brunes, cf Cet oiseau mesure 0",70 de long ; ses 
ailes, 0'",39; sa queue, O",^; son bec, 0'",04 ; et son tarse, 
0™,07. 

Reproduction. 

Il ne m'a pas été possible d'obtenir le moindre renseigne- 
ment sur la reproduction de cette espèce, qui n'existe pas 
dans les jardins zoologiques. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 153 

N°i'l. BeRNACHE ANTARCTIQUE, 
(Beniicla antarctica (1) G. G., n° 10585.) 

Tœnidiestes, sous-genrc g du catalogue de G. Gray. 

Elymologie. — Tœnidiestes, nom proposé par Reichenbach, 
vient de iratvîa, bandelette, et de âtsGTTjXwç, séparé, par allu- 
sion aux bandelettes distinctes qui se trouvent dessinées sur 
le plumage de la Bernache antarctique Ç. — Antarctica, de 
àvTÎ, contre, àpxTiicô;, nord, qui est opposé au pôle arctique, 
c'est-à-dire qui est au sud. 

Synonymie. — Anas antarctica Gmel. — Bernicla an- 
tarctica Sleph. Gould. — Tœnidiestes antarctica Baunister. 

— Anas hybrida Molina. — Anas Magellanicus Sparrm. — 
Tœnidiestes candidus {Antarctic rjoose Forster, Kelp goosé). 

La Bernache antarctique est originaire de l'Amérique du 
Sud. M. l'abbé Molina désigne cette espèce sous le nom 
à' Anas hybrida, qui peut avoir la priorité sur celui à' Anas 
antarcticay généralement admis; mais MM. Sclater {^) et 
Salvin, tout en reconnaissant que le nom proposé par M.. Mo- 
lina peut être le plus ancien, trouvent qu'il est peu approprié 
à l'espèce ; ils sont d'avis que l'on doit bien se garder de 
changer une dénomination aussi bien établie que celle à'an- 
tarctica. Forster a remarqué cette espèce dans la ^Terre de 
Feu, où elle a été observée depuis par tous les voyageurs qui 
ont écrit sur les Oiseaux de ce pays, notamment par Darwin, 
qui l'a aussi rencontrée dans les îles Falkland et sur la côte 
occidentale de l'Amérique du Sud, en remontant vers le nord 
jusqu'à l'île Chiloé. La Bernache antarctique vit exclusive- 
ment sur les parties rocheuses du bord de la mer, ce qui lui 
fait donner par les marins le nom de Rock-goose (Oie des 
rochers). 

Darwin raconte que, dans les détroits retirés de la Terre de 

(1) Voy. Proceed. Zool. Soc , 1857, p. 128; — 1859, p. 477; — 1860, p. 388; 

— 1867, p. 320, 334, 339; — 1872, p. 36G; — 1879, p. 310: - 1880, p. 504; — 
1881, p. 13. 

(2) Ibid., 1876, t. II, p. ,308-369. 



154 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



Feu, le mâle, blanc comme la neige, invariablement suivi de 
sa compagne aux couleurs plus sombres, qui se tient à ses 
côtés sur le sommet d'une roche lointaine, forme un trait 
caractéristique du paysage de ce pays. 

Philippi et Landbeck disent que cette espèce se trouve éga- 
lement sur les côtes occidentales, et ajoutent qu'on la ren- 




Bcrnaclie antarctique [Bernicla antarclica). 

contre parfois jusqu'à Valdivia. Les observations les plus ré- 
centes de Burmeisler établissent que ses migrations vers le 
nord ne s'étendent pas au delà de la baie de Santa-Cruz, où 
elle séjourne pendant l'hiver. 

Un seul spécimen de cette espèce fut importé en Angleterre 
en 1868. Jusqu'en 1870, les efforts que l'on avait faits pour 
l'introduire dans les jardins zoologiques de Londres avaient 
eu peu de succès; un seul de ces oiseaux put arriver vivant 
en 187-2(1). 

(1) See Rev. List of vert., 187'2, p. 24."> 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 155 

Description. 

Le mâle est blanc ; il a le bec noir et les pattes jaunes; il a 
environ 0™, 61 de long; ses ailes mesurent 0"',38; sa queue, 
0"',13; son bec, 0™,043 ; ses tarses, 0'",076 ; son doigt médian, 
Y compris l'ongle, 0'",088. 

La femelle est de couleur brun noirâtre; elle a le vertex et 
la nuque de couleur brune ; le front, les côtés de la tête et le 
cou, de même nuance, vermiculés de blanc; la partie posté- 
rieure du dos, le croupion et la queue, blancs ; les rémiges 
primaires, noires; les pennes secondaires, les petites couver- 
tures des ailes ainsi que les plumes subalaires, blanches; les 
grandes tectrices, extérieurement terminées par une teinte 
verte formant le miroir de l'aile ; le dessous de la poitrine, 
les flancs, ainsi que la partie supérieure du ventre, sont dis- 
tinctement traversés de rayures ou bandelettes blanches; le 
fond du ventre est blanc, ainsi que le tour de l'anus. 

La longueur totale de la femelle est d'environ 0'",61 ; ses 
ailes mesurent 0'",35; sa queue, 0'",13; son bec, 0'",043; ses 
tarses, 0"',067; son doigt médian, 0"',08. 

Rejjyoduction. 

Il ne m'a pas été possible de me procurer des renseigne- 
ments sur la reproduction de ces oiseaux. 

N° 12. Bernache DE Magellan. 
{Bernicla Magellanica (1), n° 10586.) 

Chloëphaga, sous-genre h du catalogue de G. Gray. 

Elymologie. — Chloëphaga, de y}^ôfi^ herbe, et cj^aye^v, 
manger, indique que les Bernaches dont les noms vont suivre 
sont essentiellement herbivores. Le mot Magellanica., qui 
caractérise l'espèce, indique que celte dernière est originaire 
du détroit de ce nom. 

(1) Voy. Proceed. Zool. Soc, 1867, p. 339; — 1872, n. 306, 549; — 1875, 
p. 488. 



156 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMÂTATION. 

Synonymie. — Oie des terres MagellaniquesBuff. — Anas 
Magellanica Gm. — Anser pictus et Mcujellanicus Vieill. 

— Chloëphaga Magellanica Eyton. — Bernicla Magellanica 
Gay. — Anas picta Gm. — Anas leucoptera Gm. — Anser 
leucopterus Vieill. — Bernicla leucoptera Less. (Painted 
Duck Cook. — Upland goose). 

La Bernache de Magellan (l) est originaire du détroit de 
ce nom ; elle habite aussi les îles Falkland et l'île Staaten. 

D'après Darwin, cet oiseau est commun à la Terre de Feu 
et aux îles Falkland ; il y vit dans l'intérieur des terres par 
couples ou par petits troupeaux, s'approche rarement de la 
mer, fait son nid dans les îlots et se nourrit presque entière- 
ment de végétaux. Les marins lui donnent le nom d'Oie des 
hautes terres. 

Le capitaine Abbott et quelques autres voyageurs disent 
que celte espèce est commune dans les îles Falkland ; mais, 
contrairement à l'opinion de Darwin, Abbott prétend qu'elle 
se reproduit dans tout le pays aussi bien que dans les îlots 
voisins. La Bernache de Magellan a été introduite au Jardin 
zoologique de Londres en 1857. C'est le gouverneur Moore (2) 
qui envoya le premier couple des îles Falkland. Un second 
couple de ces oiseaux fut reçu en 1861 ; ils se reproduisirent 
pour la première fois en 1863; depuis cette époque, cette 
espèce s'est reproduite assez régulièrement. Le mâle et la 
femelle présentent des caractères tellement distincts, que l'on 
pourrait croire à première vue que chaque sexe est une es- 
pèce différente. Le plumage du mâle est blanchâtre et celui 
de la femelle est au contraire brunâtre ; le mâle a les pattes 
d'un gris noirâtre et la femelle les a jaunes. 

MM. SclateretSalvin (3) disent que la variété chilienne de 
cette Oie a été décrite par Philippi et Landbeck sous le nom 
de Bernicla dispar. La principale, et même la seule distinc- 

(1) Sclat., Pioceed. Zool. Soc, 1857. p. 128; — 1858, p. 289;— 1860, 
p. 387. 

Gould, Pioceed. Zool. Soc, 1859, p. 96 ; — Sclat. et Salv., Ibis, 1868, p. 189 ; 

— 1870, p. 500. 

(2) List of tke cerlainli/ known species, 1880, p. 502, 503. 

(3) Proceed. Zool. Soc, 1876, p. 3Gi. 



SUR LES PALMIPEDES LAMELLIROSTRES. 



157 



lion que l'on puisse faire pour celte variété, c'est que le mâle 
est rayé de bandes noires dans tout le dessous du corps ; mais 
ils ne considèrent pas ce caractère comme absolument suffi- 
sant pour séparer les deux variétés. 

Description. 
Le mâle a le bec noir, la tête et la partie supérieure du cou 




Bernaclie de Magellan {Bernicla Magellanica). 

de couleur blanche; chez quelques sujets, le dessus du crâne 
et le tour de l'oreille sont légèrement ombrés de gris très 
clair; l'œil est d'un noir de jais ; vers le milieu du cou appa- 
raissent de petites rayures transversales de couleur noire, qui 
tranchent sur le fond blanc et qui s'accentuent progressive- 
ment en allant vers la poitrine, où elles deviennent de plus 
en plus larges. Ces rayures ou bandelettes, disposées en forme 
d'écaillés, se manifestent sur l'ensemble du plumage jusqu'à 
la naissance des ailes ; les cuisses sont également recouvertes 
déplumes plus grandes et plus fortement rayées de blanc et 



158 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aGCLIMATATION. 

de noir ; la poitrine et la partie antérieure du dessous du corps 
sont aussi rayées de noir; les plumes du manteau sont grises ; 
celles qui le précèdent sont bordées de gris foncé et de blanc; 
les rémiges secondaires sont blanches ; le miroir de l'aile est 
apparent, à reflets vert bronzé ; les grandes rémiges sont 
noires ; les plumes de l'abdomen, ainsi que celles du dessous 
de la queue, sont blanches; la partie postérieure du dos est 
blanche ; les rectrjces sont noires ; les ailes sont armées d'une 
sorte d'éperon arrondi, de la grosseur d'un petit pois, placé 
près de l'articulation du fouet; les pattes sont de couleur 
noir grisâtre. La longueur totale du mâle est d'environ 0"°, 66 ; 
ses ailes mesurent O^jM; sa queue, 0'",14; son bec, O^jO^; 
ses tarses, 0'",10; son doigt médian avec l'ongle, 0"',08. 

Le plumage de la femelle présente les mêmes dispositions 
que celui du mâle ; mais les rayures sont noires sur une teinte 
brun fauve, qui elle-même passe entièrement au blanc sur 
les plumes des couvertures des cuisses, en tout semblables à 
celles du mâle ; le bec est noir ; le cou, marron ; l'abdomen est 
rayé ou grivelé de noir et de blanc, d'une teinte plus foncée 
que celle du mâle ; les grandes rémiges sont noirâtres ; les 
plumes du manteau sont d'un gris légèrement fauve, et les 
rémiges secondaires, blanches; le miroir des ailes est vert 
cuivré ; le croupion est noir, ainsi que les rectrices ; l'œil est 
noir; les pattes sont d'un beau jaune, il est à remarquer que 
les plumes grises qui précèdent celles du manteau sont rayées 
de noir et bordées de fauve. La femelle a une longueur totale 
d'environ 0™,66 ; ses ailes ont 0'",405; sa queue, 0'",139 ; son 
bec, 0'",04; ses tarses, O-^jOS; son doigt médian avec l'ongle, 
0'",076. 

Reproduction. 

Les Bernaches de Magellan se sont reproduites dans presque 
tous les jardins zoologiques d'Europe, au Jardin zoologique 
de Londres, au Koninklijk Genootschap d'Amsterdam, au 
.lardin zoologique d'Anvers, à la ménagerie du Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris. M. Courtois, membre de notre So- 
ciété, a aussi obtenu sa reproduction. 



SUR LES PALMIPÈDES LAME LLIROSTRES. 159 

Ces oiseaux nichent et pondent, vers la fin de mars, de 
trois à huit œufs de couleur blanc jaunâtre, qui mesurent 
ordinairement O^jOO de long sur 0'",055 de large ; la femelle 
couve elle-même ses œufs, dont l'incubation dure de trente à 
trente-trois jours. 



N" lo. Bernache de Magellan, variété chilienne. 
(Bernicla diapar (1) G. G., n" 10587). 

Étymologie. — Le mot latin dlspar, différent, qui désigne 
cette variété ou espèce, a probablement été choisi pour indi- 
quer qu'elle diffère en quelques points de l'espèce qui pré- 
cède. 

Synonymie. — Bernicla Magellanica Cassin. — • Bernicla 
dispar (2) Ph. et Landb. — Chloëphaga dispar (3) Sclat. 
(ChUian goose). 

Philippi et Landbeck assurent que cette Oie se rencontre 
fréquemment en hiver dans les provinces centrales du Chili. 

Burmeister dit que cette espèce se trouve dans la Sierra 
Tinta, près de Tandil, au sud de Buenos-Ayres. 

En octobre 1871, la Société zoologique de Londres acheta 
à M. Weisshaupt, avec d'autres animaux chiliens, un couple 
de cette variété de Bernache de Magellan; la femelle étant 
morte, le raàle fut prêté à un correspondant de cette Société, 
qui obtint la reproduction de cet oiseau avec une femelle de 
Bernache de Magellan ; les produits obtenus par ce croisement 
n'étaient pas aussi fortement rayés que dans l'espèce Bernicla 
dispar, mais ils présentaient aux extrémités des plumes des 
taches noires bien apparentes. Les observateurs qui ont étudié 
comparativement les deux variétés disent que les femelles de 
l'une et de l'autre sont entièrement semblables. Il existe à la 
ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris un couple 



(1) Voy. Proceed. Zool. Soc, 1880, p. 503. 

(2) Burm., Proceed. Zool. Soc, 1872, p. 3G6; — Sclat., /tis, 1861, p. 122. 

(3) Proceed. Zool. Soc, 1867, p. 320, 331. - Sclat, etSalv., Proceed. Zool. 
Soc, 1876, part. II, p. 364. 365 ; — 1866, p. 364. 



100 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

de Bernicla cUspar. M. Huet, aide-naturaliste chargé de la 
ménagerie, espère que ces oiseaux se reproduiront au prin- 
temps prochain ; on pourra, si ses prévisions se réalisent, 
comparer les produits de cette espèce avec ceux de la Ber- 
nache de Magellan proprement dite ; si les mêmes caractères 
se perpétuent, on pourra conclure à la distinction des deux 
espèces; dans le cas contraire, on devra reconnaître que 
B. dispar n'est qu'une simple variété de B. Magellanica, 
M. le Directeur du Jardin zoologiqiie d'Anvers a bien voulu 
me faire savoir qu'il possédait cette espèce, mais qu'il n'avait 
pas encore obtenu sa reproduction. 

N° 14. Bernicla inornatâ(I). 
(G. Gray, n" 10588.) 

Élymologie. — Le mot inornatus, de in privatif et de 
ornatus, paré signifie : sans parure. Cette espèce ressemble 
beaucoup à l'espèce suivante [B. poliocephala) ; elle n'en est 
peut-être qu'une variété. Les renseignements qu'il m'a été 
permis de recueillir ne sont point assez précis pour pouvoir 
bien caractériser l'espèce. 



N" 15. Bernache a tête grise (2). 
(Bernicla poliocephala G. G., n» 10589.) 

Élymologie. — Poliocephala, de icoÀtoç, gris, et xscpaX-^^ 
•?];, tête, se rapporte à un des principaux caractères de cette 
espèce, qui a la tête grisâtre. 

Synonymie. — Anas inornatus $ King (3). — Bernicla 
inornata Gay et Mitch. — Chloëphaga poliocephala Gray, 
Sclater (4). — Bernicla poliocephala Burm (5). — Anas po- 

(1) Voy. Proceed. Zool. Soc, 1858, p. 289, 290; — 1860, p. 387; - 1872. 
p. 366; —1880, p. 503. 

(2) Ibid, 1860, p. 212; - 1872, p. 549 ; - 1880, p. 503; - 1881, p. 13. 

(3) Ibid., 1830-31, p. 15. 

(4) Ibid., 1857, p. 128. 

(5) Ibid., 1872, p, 366. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 161 

Uocephalus Bann. — Bernicla Chiloensis Vh. et Lantlb. 
{Ashy-headed (joosé). 

D'après les notes publiées par MM. Sclater et Salvin (I), la 
Bernicla poliocephala iiabite le détroit de Magellan, Rio- 
Négro, rîle Chiloé et les îles Falkland. On a cru primitivement 
que cette espèce était la femelle de l'oiseau décrit par le ca- 
pitaine King sous le nom (VAnas inornalus, et dont Gray et 
Mitcbeli ont donné une excellente figure dans l'ouvrage in- 
titulé Gênera of birds. 

Gray fut le premier qui découvrit l'erreur ; il donna à cet 
oiseau un nom définitif, en laissant à Sclater le soin de décrire 
cette espèce et d'établir les distinctions d'une manière évi- 
dente. Le fait de la ressemblance des sexes dans cette espèce 
et l'espèce voisine a pu être constaté sur des oiseaux vi- 
vants qui se sont reproduits dans les jardins de la Société 
zoologique de Londres. La Bernache poliocephala ne pa- 
raît pas être aussi commune dans l'extrémité méridionale 
de l'Amérique et dans les îles Falkland, que veut bien le 
dire M. Darwin, qui raconte que ces îles sont le lieu de 
rendez-vous de ces oiseaux, que l'on voit rôder sans cesse 
isolément. 

Le capitaine Abbott, pendant ses trois années de séjour 
dans les îles Falkland, n'a observé que trois individus de cette 
espèce et encore furent-ils rencontrés isolément parmi des 
troupeaux d'Oies des montagnes (Bernicla Magellanica). Il 
suppose que ces oiseaux étaient venus de la côte de Patagonie. 
M. Leconte, envoyé aux îles Falkland comme délégué de la 
Société zoologique de Londres, pour se procurer des sujets 
vivants, ne put rapporter quime seule peau de ce Palmipède. 
D'après Burmeister, cette Bernache habite dans la Patagonie, 
où elle est très commune. Philippi et Landbeck assurent que 
la véritable patrie de cet oiseau, qu'ils désignent sous le nom 
de Bernicla chiloensis, est l'île de Ghiloé, où elle se reproduit. 
Pendant l'hiver, elle émigré plus avant vers le nord et on la 
rencontre à Ancud à l'état domestique. 

(1) Proceed. Zool. Soc, 1876, part. II, 366, 367. 

i' SÉRIE, T. Iir. — Mars 1880. H 



162 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Description. 

Tête, cou et plumes du scapulaire de couleur gris de plomb -^ 
poitrine et partie supérieure du dos, couleur marron avec 
plumes extérieurement bordées de noir; abdomen, tectrices 
subalaires, pli de Taile et petites tectrices blancs; rémiges 
primaires noires ; rémiges secondaires blanches intérieure- 
ment, tachées de brun sur les barbes externes des plumes ; 
grandes tectrices noires à reflets extérieurs vert brillant et 
à extrémités blanches; fond du dos et queue noirs; flancs 
transversalement rayés de blanc et de noir; région anale, cou- 
leur marron; bec noir; pieds jaunes à l'extérieur, brun, 
noirâtre à l'intérieur. Longueur totale, environ 0"\609; aile, 
0'",342; queue, 0'",127; tarse, Û"\068; doigt médian avec 
ongle, 0'%063. La femelle est semblable au mille. 

Reproduction. 

Cette Bernache a été introduite au Jardin zoologique de 
Londres, en 1833(1); elle s'y est reproduite de 1852 à 1869, 
époque à laquelle les sujets furent malheureusement perdus. 

Les pontes avaient lieu dans la première quinzaine d'avril 
et les éclosions du 20 mai au 9 juin. M. Huet, aide-naturaliste 
chargé de la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de 
Paris, a reçu un couple de cette espèce, dans le courant de 
1884. Il espère d'autant plus obtenir la reproduction pro- 
chaine de cette Bernache, que les sujets qui lui ont été cédés 
sont nés chez M. Courtois, notre collègue. 

Le Koniuklijk zoologisch yenootschap d'Amsterdam et le 
Jardin zoologique d'Anvers ne possèdent pas cette Bernache. 

N" 16. Bernache a tète rougeatre. 
{Bevniclarubldiceps (2) G. G., ii" ]U590.) 

Étymologie. — Le mot ruhldiceps, de ruhidus, rougebrun,. 

(1) List of the certainlij knoivn species of Anatidœ, 1880, p. 503. 

(2) Voy. Proceed. Zool. Soc, ISSU, p. 503, 504. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 1 6S 

el caput, tête, indique que Toiseau qu'il désigne a la tête 
et une partie du cou de cette couleur. 

Sijno7iymie. — Bernicla inornala Gray. — Chloëphaga 
rubidiceps Sclat (1). —Anser rubidiceps Schl. — Chloetro- 
phus riibidiceps Bann (Rudd>/-headed çjoose). 

Cette espèce est connue aux îles Falkland sous le nom 
d'Oie de Brent ; d'après le capitaine Abbott, elle est moins 
commune que les autres espèces; cependant il dit en avoir 
rencontré des troupeaux considérables dans certains pa- 
rages ; à North Camp il en observa un grand nombre qui mar- 
chaient par couples. Dans cette espèce le mâle est plus grand 
que la femelle ; pendant que cette dernière construit son nid 
parmi les buissons, il se tient sur le bord des étangs les plus 
voisins. 

La ponte de cette Bernache a lieu dans les premiers jours 
d'octobre et se compose ordinairement de cinq œufs, rarement 
de six ; les petits acquièrent toute la beauté de leur plumage 
pendant la première année; on les distingue à la couleur du 
miroir de l'aile, qui est terne au lieu d'être vert brillant. 

Description. 

Dessous du corps, tête et cou de couleur cannelle, avec 
plumes de la poitrine et des flancs bordées de noir; anus en- 
touré d'une marge noire ; partie supérieure de la base du cou 
de teinte grise parsemée de nombreuses bandes noires et 
cannelle ; plumes qui forment le milieu du scapulaire pré- 
sentant une tache noire cà leur face subterminale; fond du 
dos, croupion et queue de couleur noire à peine teintée de 
vert ; grandes rémiges noires ; rémiges secondaires et petites 
couvertures des ailes blanches; grandes tectrices à reflets 
extérieurs vert métallique, tirant sur le bronze, terminées de 
blanc; bec noir; iris presque noir; tarses jaunes à l'exté- 
rieur, noirâtres à l'intérieur. Longueur totale, environ 0'",584- 
aile, 0^342; queue, 0-,li4; bec, 0™,038; tarse, 0"\m; 
doigt médian avec l'ongle, 0'",07. 

(I) Proceed. Zool. Soc, 1860, p. 387;— J876, p. 3(i7. 



164 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

Reproduction. 

Celle espèce réussit, dil-ou, fort bien en captivité; elle fut 
introduite (1) pour la première fois, en 1860, au Jardin zoolo- 
gique de Londres. Deux couples de ces oiseaux furent reçus 
des îles Falkland, mais ils ne se reproduisirent que de 1865 
à 1870; à partir de celte époque cette Bernache fut perdue 
et ne figura plus au Jardin zoologique. Les pontes avaient 
lieu en mars et avril ; les éclosions varièrent du 30 avril 
au 6 juin, suivant les années. 

Celte espèce n'existe en ce moment ni à la ménagerie du 
Muséum d'histoire naturelle de Paris, ni au jardin zoolo- 
gique d'Amsterdam, ni à celui d'Anvers. 

N" 17. Bernache aux ailes noires (2). 
{Bernicla melanoptera G. G., n° 10591.) 

Élymologie. — Melanoptera, de [xéXaç, noir, et nTspôv, 
aile (bernache aux ailes noires). 

Synonymie. — Anser melanopterus Eyton. — Bernicla 
melanoptera Gay. — Chloëphaga melanoptera Burm (3). — 
Oressochen melanopterufi Bannister. — Anser motitanus 
Tsch. — Anser anticola Tsch {Andean goose). 

MM. Sclaler et Salvin (4) rapportent les observations sui- 
vantes : cette belle Oie se trouve dans les hautes Andes du 
Pérou et de Bolivie ; elle a été observée sur le lac de Tilicaca, 
à Tincla et à Pilumarca,à une élévation de il à 14 000 pieds 
anglais, soit 3355 à 4270 mètres au-dessus du niveau de la 
mer, dans la contrée appelée par Tschudi la région Puna ; on 
la trouve aussi dans les provinces centrales du Chili; elle 
descend dans les plaines pendant l'hiver, mais se retire, en 
été, sur les hauteurs des Cordillères, sans dépasser toutefois 

(1) Proceed. Zool. Soc, 1860; — 1876, p. 367. 

(2) Ibii(., 1867, p. 3-20, 331; — 188^, p. 153; — 1874, p. 55i ; — 1880, 
p. 504. 

(3j Ibid., 1872, p. 365. 
(i) Ibid., 1876, p. 363. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 165 

les limites où commencent les neiges perpétuelles. Celle es- 
pèce a été observée à Quintero, dans la province de Santiago ; 
elle s'y trouvait en si grand nombre, sur une petite surface 
d'eau, près du célèbre passage Portillo, que cet endroit est 
appelé Valle de los Pinquenes {Pinquen désigne cette es- 
pèce). On ne la trouve guère au delà du 35* degré de latitude 
septentrionale. 

Trois spécimens de cette belle espèce ont vécu dans la 
ménagerie de la Société zoologique de Londres, mais aucun 
de ces oiseaux ne semblait jouir en captivité d'une aussi bonne 
santé que les autres Oies de l'Amérique du Sud. 

Description. 

Blanche; rémiges noires; pennes scapulaires et queue d'un 
noir tirant sur le vert ; grandes tectrices de teinte pourprée 
à l'extérieur et formant le miroir de l'aile ; petites couver- 
tures des ailes blanches; plumes du haut du scapulaire mar- 
quées de brun, celles du bas brunes passant au noir verdûlre. 
L'oiseau vivant a le bec couleur de chair à onglet noirâtre, 
les pieds rouges, l'iris de couleur sombre. La femelle est 
semblable au mâle, mais plus petite. Le mâle mesure environ 
0"\76 de long; son aile a 0"\4-4-, sa queue, 0"\16; son bec, 
0",043; ses tarses, 0"\093; son doigt médian, 0"\08. 

Reproduclion. 

Cette espèce existe aux Jardins zoologiques d'Anvers et de 
Londres, mais ne s'y est pas encore reproduite. 

N° 48. liERNACHE CANAGICA (i). 
{Bernicla canagica G. G., n° t0592.) 

Étymologie.— D'après les renseignements que je tiens de 
la bienveillance de M. Oustalet, le mot canagica a été em- 
ployé par un auteur russe, Sewaslianoff, qui s'en est servi 

(1) Voy. Proceed Zool. Soc, 1880, p. 501. 



166 SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGCLIMATATION. 

comme d'un nom spécifique, en décrivant l'espèce {Anas ca- 
iiagica) (1) ; plus tard ce nom a été repris par Brandt (2) ; il 
semble n'être qu'une forme latine modifiée de Kamlchatika, 
•qui indiquerait que cette Bernaclie a pour patrie le Kam- 
tchatka; mais on ne saurait rien affirmer sans avoir consulté 
préalablement l'ouvrage deSewastianoff, qui est très rare. 

Synonymie. — Anser canagicus Schwartz. — Chloëphaga 
canagica Elliot. — Anas canagica Sewaslianoff. — Anser 
inclus Pall. — Anser canagicus Brandt. — Chloëphaga cana- 
gica Eyton. — Derniela canagica (.3) G. Gray {Emperor goose). 

La Bernache canagica habite le nord-est de l'Asie et le 
nord-ouest de l'Amérique, on la rencontre aux îles Aléou- 
tiennes et sur les côtes du Kamtchalka. Dans ses migrations 
elle arrive parfois jusqu'aux limites orientales de l'Europe. 
M. E. Verreaux (4) a reçu, à deux reprises différentes, des 
oiseaux de cette espèce, comme faisant partie du genre Oie ; 
d'autres, au contraire, la prennent pour type du sous-genre 
Chloëphaga. 

Description (5). 

Tête blanche, cette couleur se prolongeant sur la nuque et 
le haut du cou en arrière ; dessus du corps d'un gris bleuâtre; 
couverture supérieure des ailes de la couleur du dos, avec 
une bordure blanchâtre ou blanche ; gorge noire tachetée de 
blanc, parfois d'un noir sans taches; dessous et côtés du cou 
bruns; ventre blanchâtre, onde de cendré; régions anale et 
sous-caudale d'un blanc pur; rémiges primaires brunes; 
rémiges secondaires noirâtre à racliis blanc, avec une tache 
et un liséré de même couleur ; rectrices blanches ; bec rou- 
geâtre ou jaunâtre en dessus, noirâtre en dessous, grisâtre 
sur les côtés, avec les onglets blancs bordés de noir; pieds 
d'un brun roussâtre pâle ; ongles noirs ; iris bleuâtre. Taille (6) , 

(1) Nova acta academiœ Petropolitensis, 1800, t. Xill. 

(2) Bulletins de V Académie de Saint-Pélersbourfj, 1836, (. I. 

(3) Gen. of Birds, 1844, t. III, p. 607. 

(4) Degland et Gerbe, p. 40ï!. 

(5) Description extraite de Degland et Gerbe, p. 492. 

(6) D'aj)rès Baird. 



SUR LES PALMIPÈDES LAMELLIROSTRES. 167 

•O'",660 environ; longueur de l'aile, 0'",390; longueur de la 
queue, 0'",liO; longueur du bec,0"',04'0; longueur du tarse, 

O'",075. 

Reproduction. 

Je n'ai pu me procurer de renseignements précis sur la 
reproduction de la llernaclie canarjica. Celle espèce n'existe 
pas dans les Jardins zoologiques de Londres, d'Amsterdam et 
d'Anvers. 



II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ 



LES SAUTERELLES A MADAGASCAR 

SUR LE RIZ MALGACHE 

Par le R. P. CAMBOUÉ 

Missionnaire apostolique. 



Dans une intéressante communication au sujet des Saute- 
terelles de passage, insérée dans le Bulletin de juin 1884, 
M. Decroix disait en terminant : « Je suis heureux que cette 
petite communication ait appelé votre attention sur ces in- 
sectes, dont il y a sans doute à tirer parti. » Quelques mois 
plus tard, en effet, M. le général comte de La Croix de Vaubois 
écrivait à la Société : « Je dirai, relativement à l'alimentation 
que les Sauterelles peuvent fournir, que j'ai remarqué que la 
volaille, à l'époque de leur passage, ne s'en dégoûte jamais, et 
je crois qu'elle s'en nourrirait très bien ultérieurement si on 
avait le soin de les conserver convenablement ; d'autant plus 
que, dans le désert, les indigènes les gardent pour leur nour- 
riture particulière. Ils en font des conserves à l'huile après 
avoir préalablement arraché la tête, les pattes et les ailes. » 

J'ai pensé, dès lors, que quelques mots sur les Sauterelles 
à Madagascar, leur capture et leurs usages, pourraient peut- 
être intéresser la Société. 

Les Sauterelles de passage paraissent généralement au 
printemps sur les hauteurs des provinces centrales de la 
grande île africaine. Pour les Malgaches, ces Acridiens, qu'ils 
nomment dans leur langue Valala (1), sont en même temps 
un fléau et une ressource ; un fléau, à cause des ravages qu'ils 
font aux récoltes; une ressource, à cause de la précieuse 
substance alimentaire qu'ils fournissent non seulement pour 

(l) Œdipoda migrato ria. 



LES SAUTERELLES A MADAGASCAR. 169 

les animaux domestiques, mais encore pour les populations. 
Tant il est vrai qu'ici-bas, dans tout événement fâcheux, la 
sage Providence du Dieu créateur dispose toujours quelque 
côté profitable et place un remède à côté du mal. 

Aussitôt que les Malgaches aperçoivent le nuage des Sau- 
terelles qui s'avance, ils se hâtent de se porter aux endroits 
recouverts de hautes herbes, par où ils conjecturent que les 
insectes passeront. Dès qu'ils les voient arriver, ils mettent le 
feu aux herbes. Les Sauterelles de passage, dont le vol est 
lourd et bas, tombent alors en grand nombre, surprises par 
la chaleur et asphyxiées par la fumée. Hommes, femmes et 
enfants se hâtent d'en faire amples provisions, abandonnant 
ce qu'ils ne peuvent emporter aux Goaika {Corviis scapula- 
tiis) et aux Papango {Milvus jEgyptius), très friands de cette 
nourrit iH'e. 

Les Sauterelles sont ensuite jetées dans de grandes mar- 
mites, où on les soumet à une bonne étuvée, après quoi elles 
sont étendues au soleil sur des nattes jusqu'à ce qu'elles 
soient parfaitement sèches. C'est alors qu'après qu'on leur a 
enlevé les pattes, les ailes et la tête, elles sont triturées ou 
bien emmagasinées telles quelles, pour les besoins du mé- 
nage ou l'approvisionnement des marchés, où elles sont une 
denrée courante. Les Sauterelles peuvent se conserver ainsi 
pendant un temps très considérable. 

Les Malgaches mangent les Valala, ou simplement assai- 
sonnées de piment et de sel, ou mieux frites à la graisse, et 
encore bouillies ou cuites avec du Riz et de la viande de vo- 
laille ou de bœuf; ils les préfèrent même à celle dernière. Ils 
en font aussi du Bo ou bouillon, dont ils assaisonnent le Riz, 
leur principale nourriture. 

Que l'on n'aille pas croire que ces insectes à Madagascar 
soient seulement la nourriture des pauvres et du bas peuple. 
Au palais de Tananarive, la table royale elle même, qui se 
pique de progrès à l'instar des grands services européens, 
ne les dédaigne point. La défunte reine, Ranavalona il, qui 
avait ses chasseurs pour lui procurer le plus lin gibier de ses 
forêts, ses pêcheurs pour lui apporter le meilleur poisson 



170 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

de ses lacs et rivières, avait aussi une bande de femmes qui 
couraient la campagne pour lui ramasser des Sauterelles. 
Et, sur ce point, la nouvelle souveraine des Hovas, la jeune 
Ranavalona IH, doit sans doute suivre les usages de l'an- 
cienne. 

Quelque temps, en effet, avant le commencement des hos- 
tilités entre la France et la cour d'Imérina, la reine actuelle, 
qui n'était alors que la petite princesse Ratrimo, dirigea un 
jour sa promenade, accompagnée du jeune prince son mari, 
vers le Jardin d'acclimatation de la Mission, situé à Ambo- 
hipo, non loin de la capitale. Là, sans se douter des honneurs 
royaux qui l'attendaient à bref délai, la future reine des Ho- 
vas poursuivait gaiement les Sauterelles, qu'elle enfermait 
ensuite dans un étui de Zozoro (Ci/perus œqualis), pour en 
faire, à son retour chez elle, confectionner un plat de son 
goût. 

Les Malgaches, en effet, non contents de faire servir à leur 
nourriture les Sauterelles de passage, mangent aussi diverses 
autres espèces de ces insectes acridiens, entre autres un Cri- 
quet de grande taille, appelé ici Anipangahe. Ils font toute- 
fois exception pour une espèce, des plus belles cependant à 
la vue, qu'ils nomment Valalanamboa. 

J'ai voulu me rendre compte par moi-même de la valeur 
d'un mets si estimé des Malgaches. Plusieurs de mes con- 
frères missionnaires en ont aussi fait l'expérience. Par elle- 
même, la Sauterelle de conserve malgache est d'un goût assez 
fade, mais, bien assaisonnée et grillée à l'huile ou à la graisse, 
elle ne serait pas à dédaigner. 

Les Sauterelles, préparées comme je viens de l'indiquer 
dans cette petite communication ou bien de toute autre façon, 
peuvent-elles constituer une ressource alimentaire? Ne pour- 
rait-on pas, du moins, les utiliser pour la nourriture des 
animaux? Je laisse à plus compétent le soin de décider l'une 
et l'autre question. Je ferai simplement remarquer, en ter- 
minant, que dès l'antiquité la plus reculée, nous voyons les 
Sauterelles usitées comme aliment. Dans le Lévitique, par 
exemple, au chapitre qui énumère les animaux dont pouvait 



LES SAUTERELLES A MADAGASCAR. 171 

se nourrir le peuple d'Israël (1), nous Irouvons la Sauterelle 
Locusta et quelques autres espèces du genre. 

Puisque j'ai parlé du Riz, la Société s'occupant tout par- 
ticulièrement en ce moment de cette graminée, qu'on me 
permette de dire ici, en passant, quelques mots au sujet du 
Riz de Madagascar. Les indigènes de la grande île africaine 
et des petites îles voisines en cultivent plusieurs espèces, le 
Riz de marais comme le Riz sec ou de montagne, qu'ils nom- 
ment, le premier Vari/ ank'oraka, le second Vary nntavy. 
Ce dernier est indiscutablement le plus estimé, et c'est même 
le seul usité, dit-on, pour la table royale. Le R. P. de la Vais- 
sière, dans son récent ouvrage : Vingt ans à Madagascar, 
décrit ainsi en quelques lignes la culture de l'un et de l'autre 
de ces Riz : 

« Riz de maltais. — Quand le moment est venu de travailler 
sa rizière, on voit le Malgache, une grande bêche à la main, 
commencer par délbncer profondément le sol, qu'il soulève 
par grandes mottes, afin de lui faire prendre l'air et le soleil. 
Dans ce but, il va même jusqu'à empiler ces mottes les unes 
sur les autres. Il les brisera ensuite, les éparpillera et les 
émiettej'a à coups de bêche. S'il est soigneux, il aura soin d'y 
répandre du fumier. C'est alors qu'il amènera l'eau destinée 
à former, de ces débris de mottes et de fumier soigneuse- 
ment foulés et nivelés au moyen de ses pieds et de sa bêche, 
la boue sur laquelle il plantera son Riz. Généralement le Riz 
est semé d'abord en un petit coin de terre préparé avec un 
très grand soin. Quand il est à l'état d'herbe un peu grande, 
on l'en retire brin par brin et on le replante dans la nouvelle 
rizière. 

» Les terrains marécageux sont réduits à l'état de terre 
propre à recevoir le Riz par le piétinement des Bœufs qu'on 
force de passer ou de repasser dans les marécages, jusqtfà 
ce qu'ils aient parfaitement fait disparaître les herbes dans la 
vase et pétri convenablement le sol. » 

« Riz sec ou de montagne. — Les habitants de la forêt 

(1) Lévitique, cli. xi, v. 2:2. 



172 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

mettent le feu aux arbres et sèment ensuite leur Riz sans 
grande difficulté. Tenant d'une main un petit btiton aigu, 
avec lequel ils font un trou dans la terre; ils y laissent tom- 
ber de l'autre quelques grains de Riz et les recouvrent avec 
le pied. Voilà tout leur travail. Aux éléments à faire le reste. 

» Tous les Malgaches récoltent généralement le Riz par 
bottes ou petites gerbes ; les femmes apportent ces gerbes 
dans une aire préparée d'avance, et au milieu de laquelle se 
trouve, comme chez les Juifs, une pierre ou un tronc d'arbre. 
Battre le Riz, c'est le frapper contre cette pierre ou ce tronc 
d'arbre jusqu'à ce que le grain se détache de l'épi. » 

En même temps que cette petite communication, j'envoie à 
la Société quelques graines du Riz antavy ou Riz sec, dont 
on pourrait peut-être tenter avantageusement la culture en 
Europe. 

Note. — Il est fort peu probable que dans la communication précédente il 
s'agisse de Sauterelles ou Locusla. D'autre part, nous doutons que l'espèce soit 
la même que celle qui ravage le nord de l'Afrique et en particulier l'Algérie 
et qui est VAcricUurn perignmtm Olivier, s'étendant des côtes de la Chine à 
l'est jusqu'à celles du Maroc et du Sénégal à l'ouest. On ne connaît pas les- 
limites méridionales de son habitat. On a essayé d'utiliser les Criquets d'Al- 
gérie pour la pêche de la Sardine, mais ils ont été peu appréciés par ce 
Poisson, plus gourmet que gourmand, et qu'on attire avec de la rogtie ou œufs 
salés de Morue, qu'il préfère de beaucoup à tout autre appât. 

(Note de la Commission de publication.) 



EXTRAITS DES PROCÉS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 19 FÉVRIER 1886. 
Présidence de M. le marquis de Sinéty, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 



MM. PRÉSENTATEURS. 

„ ,. j, •-, • . 4 [ Comte d'Eprémesnil. 

IJOUGERE (Ferdmand), propriétaire a Angers a. Geoffroy Saint-Hilaire. 

(Maine-et-Loire). ( Mac-AUister. 

Chouin (Maurice), inspecteur de l'exploita- f A. Geoffroy Saint-Hilaire. 
tion du chemin de fer du Nord, à Com- | Saint-Yves Ménard. 
piègne (Oise). V E. Wuirion. 

A. Berthoule. 
GUERNE (Jules de), 2, rue Monge, à Paris. Baron F. Billaud. 

, A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

^ . , ... / Vicomte de Causans. 

iiEYNAUD (Baron Lucien), propriétaire au i 

Puy (Haute-Loire). [ R^averet'-Wattel. 

— M. le Secrétaire procède au dépouillement de la correspondance. 

— M. Denizet rend compte de la perte du mâle de son cheptel de Fai- 
sans vénérés. 

— M. Martineau annonce le renvoi du mâle de son cheptel de Colombes 
Lumachelles. 

— M. le Directeur du Jardin d'Acclimatation communique la lettre 
ci-après, qui lui est adressée par M. Pays-Mellier : « Depuis plusieurs 
années, j'ai un grand nombre d'Aras et de Cacatois que j'installe chaque 
été, dans le jardin, à la chaîne, sur des perchoirs. Pendant l'hiver, je 
rentre les Aras, ainsi que les Perroquets frileux, dans des volières vi- 
trées, à l'abri des froids. Dans une de ces volières, qui n'a que 3 mètres 
de profondeur sur 2", 50 de largeur et 3 mètres de hauteur, nous re- 
marquions déjà depuis longtemps la grande affection que se témoignaient 
deux Aras : l'un bleu et jaune {Ara rauna), l'autre rouge à ailes jaunes 
(Ara canga). Ces deux oiseaux ne se quittaient pas, et le mâle rauna 
ne laissait pas approcher les autres Aras de la femelle canga. Vers le 
17 janvier 1885, je m'aperçus que la femelle canga hérissait ses plumes, 
qu'elle ne mangeait plus et qu'elle paraissait bien malade. Le 19 au ma- 
tin, en effet, je la trouvai tombée à terre et mourante. Le pauvre mâle 
venait sans cesse auprès d'elle, la caressant avec son bec et l'appelant; 
uiais elle restait insensible à ces témoignages d'affection. Ce même 



174' SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

jour, mon faisandier me dit qu'il venait de découvrir la maladie de la 
femelle Ara, et il montra un œuf dont il avait pu débarrasser le mal- 
heureux oiseau, qui s'était alors de suite senti guéri. Le 21, nous trou- 
vâmes, dès le matin, et par terre, un second œuf qui n'était pas cassé. 
La femelle Ara était gaie et bien portante. Vile, je fis mettre ces deux 
œufs dans une des grandes cavités qui se trouvent dans le mur de la 
volière, en forme de boîtes, pratiquées tout exprès pour la nidification 
des gros Perroquets. Malheureusement, je n'avais pas eu la précaution 
de laisser seuls mes deux Aras, et, dès le lendemain 2^1, je vis un Na- 
sique qui emportait un œuf et le cassait avec son long bec pointu; le 
second œuf avait été cassé également. Mais le couple Ara ne s'était ja- 
mais occupé des œufs; plusieurs fois, j'avais pris la femelle, qui est très 
douce, et je l'avais posée dans le trou où ils se trouvaient, sans jamais 
réussir à l'y faire rester. Ce qui est étonnant dans cet accouplement de 
deux Aras d'espèce différente, c'est que, dans la volière, le mâle rauna 
a pour compagnons trois autres Ara rauna, qui sont en parfait état 
et qu'il n'a jamais voulu laisser approcher. 

» J'espère obtenir une nouvelle ponte bientôt; mes oiseaux sont très 
bien portants; mais, cette fois, je serai plus prudent, car ce couple 
Ara va se trouver seul et bien installé dans sa volière. Je pense donc 
avoir, cet été, l'heureuse chance de vous annoncer la réussite de deux 
petits Aras, et cela sera d'autant plus intéressant que, très probablement, 
cette reproduction sera la première obtenue en France. » 

— M. Dautre ville écrit à M. le Président : « Je vous ai adressé en 
temps utile, avec prière de le soumettre à la Commission des récom- 
penses, le dossier complet relatif à la poudre toni-nutritive granulée, 
destinée à remplacer les œufs de Fourmi dans l'élevage des Faisans. Je 
vous envoie aujourd'hui un échantillon du produit en question, tel qu'il 
sera désormais livré. La composition, qui avait fait exclusivement jus- 
qu'ici l'objet de mes recherches, est toujours la même, il n'y a de chan- 
gement apporté que dans la forme. Le mode opératoire et les appareils 
de fabrication sont définitivement adoptés; d'oîi il résulte que la poudre 
toni-nutritive, telle qu'elle est présentée aujourd'hui, réunit celte fois, 
je crois, toutes les conditions désirables du programme. 

» Les petits granules sont tous à peu près de la même forme, d'une 
couleur uniforme, d'une composition homogène, et ne sont plus souillés, 
comme par le passé, par une poudre plus fine, qui avait fait l'objet 
d'observations de la part des éleveurs qui ont expérimenté cet aliment 

artificiel. » 

— MM. Bernard-Talhandier, Berthéol, P>oudent, Buttin et Focet ac- 
cusent réception et remercient des œufs de Salmonidés qui leur ont été 
adressés. 

— M. Lefebvre, membre de la Société linnéenne du Nord de la 
France, écrit d'Amiens : « Je pense être utile à la Société d' Acclimata- 



PROCES-VERBAUX. 



175 



lion en lui envoyant 3000 œufs de Saumon, que je reniettiai demain 
matin au chemin de fer. Ces œufs, dont j'ai opéré la fécondation, pro- 
viennent de Saumons pris dans la Somme. Si vous en désiriez un plus 
orand nombre, je pourrais encore vous en envoyer plusieurs milliers, 
contre des œufs de Saumon de Californie ou de Truite du Loch Leven, 
et, à défaut de ces espèces, de la Truite des lacs. » 

M. Binder, professeur de pisciculture à l'École pratique d'agricul- 
ture de Saint-Ilemy (Haute-Saône), adresse les Comptes rendus de cette 
École, dans lesquels sont exposés les résultats des travaux piscicoles 
entrepris par ledit établissement pendant les années 1884 et 1885. — 
Remerciements. 

— En réponse à une lettre qui lui a été récemment adressée par la 
Société, M. Zipcy, sous-directeur de la ferme-école de Cliavaignac 
(Haute-Vienne) et professeur de pisciculture dans cet établissement, 
veut bien promettre de tenir la Société au courant de ses travaux pisci- 
coles. — Remerciements. 

— M. Bernard-Taihandier, d'Ambert (Puy-de-Dôme), demande des 
renseignements au sujet de la nourriture à donner aux alevins de Sal- 
monidés, et fait en même temps connaître les nouvelles dispositions 
qu'il a adoptées pour ses appareils d'éclosion et pour ses bacs d'ale- 



vinage. 



— M. Albouy, conducteur des ponts et chaussées, qui surveille à 
Ouillan l'incubation des œufs de Saumon envoyés par la Société pour 
un essai d'empoissonnement de l'Aude, écrit à M. le Secrétaire général : 
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de la caisse renfermant 
3000 œufs de Saumon que vous m'avez adressée. En les mettant dans 
les auges, j'ai dû en enlever 120 qui étaient complètement blancs. Dans 
le premier envoi, il n'y en eut que 50 de gâtés. Avec ceux que nous avons 
enlevés depuis, ce nombre s'est élevé à 93. Maintenant, il n'y en a guère 
que 1 ou 2 à enlever tous les jours, quelquefois aucun. J'espère que le 
nouvel envoi se comportera de la même manière. » 

— M. Seth Green, surintendant de l'établissement de pisciculture de 
Kochester (iNew-York), adresse un numéro du journal The Daily Press, 
d'Albany, renfermant un article sur les travaux de pisciculture exécutés 
dans l'État de New- York. 

— M. A. -M. Grève, vice-consul de France à Bergen, adresse les ren- 
seignements ci-après sur le prix des poissons salés, préparés en Nor- 
vège, qui pourraient èlre utilisés pour la nourriture de la Truite et 
d'autres Salmonidés, dans les établissements de pisciculture : 

«... Le baril, du poids de l'20 à 130 kilogrammes, et contenant de 
1000 à 1200 poissons: 

Sprats salés (en saumure) 20 francs. 

Harengs 25 — 

» Je me permets d'attirer, en outre, votre attention sur la rogue de 



176 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Morue, qui est la nourriture favorite de la Sardine; il en est expédié 
d'ici aux ports de Bretagne des quantités considérables tous les ans. Le 
cours actuel de ce produit est de 40 à 45 francs le baril, pesant en- 
viron 130 ou 140 kilogrammes, rendu à destination. Vous pouvez éga- 
lement avoir de la rogue de qualité inférieure à des prix proportionnels, 
ainsi que la deuxième qualité, à 26 ou 28 francs. 

» Un autre appât, qui est aussi très employé par les pêcheurs de notre 
côte, et qui par conséquent doit êtr*^ une nourriture très aimée des 
poissons de mer, c'est la Moule. Il est vrai que celle-ci n'est point jus- 
qu'à présent l'objet de commerce, et n'a par conséquent aucun prix 
coté ni ne se trouve prête à être fournie; mais la côte en est pleine, et 
si l'on pouvait trouver à la rendre utile, ce serait un avantage pour 
la population du littoral. Il faudrait en ce cas, je pense, sortir la chair 
de la Moule et la mettre en saumure, ou la saler très légèrement, en 
petits fûts. Dans le cas oii vous jugeriez utile de l'essayer, je serais 
prêt à vous y aider. 

» Au moment de nos grandes pêches, il arrive le plus souvent sous 
la côte des masses de Seiches, que les pêcheurs prennent et coupent en 
morceaux. C'est une nourriture très recherchée de la Morue, mais il 
est souvent difficile de s'en procurer. » 

— M. Bigot adresse un rapport sur ses éducations d'Attacus Yama- 
mai, Pernyi et Cynthia, faites à Pontoise pendant l'année 1885. 

— M. le baron von Mueller, botaniste du gouvernement à Melbourne, 
fait parvenir un envoi de graines d'Atriplex nummiilarium. — Remer- 
ciements. 

— 31, LéonDuval adresse deux exemplaires d'un traité sur la Culture 
pratique des Azalées de llnde, ouvrage qui a obtenu une médaille 
d'argent de la Société régionale d'horticulture du Nord de la France. 

— M. Eferthoule donne lecture d'une note de M. Dautreville sur la 
composition chimique du Stachys af finis. Il résulte des renseignements 
fournis par cette note que non seulement le nouveau légume constitue 
un aliment très sain, mais qu'il pourrait, en outre, rendre des services 
pour l'alimentation spéciale des diabétiques. 

— M. Decroix fait la communication suivante : « Messieurs, permettez- 
moi de vous parler encore une fois — la dernière probablement — de 
l'usage alimentaire de la viande de cheval, sur lequel Isidore Geoffroy 
Saint-Hilaire a autrefois appelé l'attention de notre Société. 

» Sous notre illustre fondateur, l'hippophagie est restée, en France, 
dans le domaine théorique. C'est un comité spécial, le Comité de la 
viande de cheval, qui l'a fait entrer dans la pratique, après quatre an- 
nées de luttes contre l'opposition des uns et l'indifférence des autres. 

î Notre Société a puissamment secondé les efforts de ce comité, 
d'abord parce que plusieurs de nos collègues, notamment MM. de Qua- 
trefages, Albert Geoffroy Saint-Hilaire, le comte d'Esterno, etc., en 



PROCES-VERBAUX. 177 

faisaient partie, et, d'autre part, parce qu'elle a versé à la souscription 
(le propagande une somme de 500 francs (décision du Conseil en date 
du 20 janvier 1865). 

» Aujourd'hui, la question de l'iiippophagie est jugée ; il y a des 
boucheries chevalines dans toutes les grandes villes. Il y en a actuelle- 
ment plus de cent dans le département de la Seine; elles ont livré à la 
consommation, en 18S5 : chevaux, 16506; ânes, 381; mulets, 53- 
total, 16 940, soit une augmentation de 20U sur 1884. 

» Mais le fait sur lequel je désire appeler plus particulièrement au- 
jourd'hui votre attention, c'est sur le changement d'attitude des inspec- 
teurs de la boucherie à l'égard de la nouvelle industrie. 

» Un des grands obstacles à l'installation et à la propagation des 
boucheries chevalines, c'était le mauvais vouloir des inspecteurs de cette 
époque, presque tous anciens bouchers (l'ordonnance de police con- 
cernant les boucheries spéciales est datée du 9 juin 1866). 

» Depuis cette époque, le service de l'inspection a été confié à des 
vétérinaires, plus à même d'apprécier scientifiquement la valeur nutri- 
tive du nouvel aliment, et surtout plus à même de reconnaître les ma- 
ladies qui peuvent rendre la chair des animaux impropre à l'alimen- 
tation. 

» Comme preuve à l'appui de cette assertion, j'ai l'honneur d'offrir à 
la Société, de la part des auteurs, MiM. Villain, vétérinaire, chef du ser- 
vice de l'inspection de la boucherie de Paris, Rascou, vétérinaire-con- 
trôleur, elles vétérinaires-inspecteurs, un ouvrage qui vient de paraître 
sous le titre de : Manuel de l'inspecteur des viandes. 

» Ainsi que le nom le fait pressentir, les auteurs se sont occupés de 
tout ce qui concerne les viandes; mais la viande de cheval y est traitée 
de main de maître, dans un très long article signé de l'un des inspec- 
teurs, M. Bourrier. 

» Pour ne point abuser de votre bienveillante attention, je n'entre- 
prendrai point de faire l'analyse de ce travail; je me bornerai à vous 
en nommer les principaux paragraphes : 

» Historique. — Les apôtres de l'hippophagie, ordonnance de police 
du 9 juin 1866. — Abattoirs, échaudoirs, animaux livrés à la consom- 
mation. — Qualités de la viande de cheval, de mulet et d'âne. — Valeur 
nutritive, maniement, rendement. — Caractères distinctifs de la viande 
des solipèdes avec celle de l'espèce bovine. — Examen du cheval vi- 
vant et du cheval abattu. — Tableau des saisies; motifs. — Maladies 
contagieuses. — Catégorie des viandes, préparations culinaires et mé- 
dicinales; saucissons. — Utilisation de la viande de cheval pour les 
animaux. — Avantages de l'usage alimentaire de la viande de cheval. 
— Enfin, l'hippophagie dans les différents pays de l'Europe. 

3 Par cette citation sommaire, vous pouvez juger, Messieurs, avec 
quel soin la question a été étudiée et mise à la portée d»s inspecteurs et 
4* SÉRIE, T. 111. — Mars 1880. 12 



178 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

des consommateurs, par des hommes dont la compétence est hors de- 
doute. 

» Comme ce travail a une grande utilité et peut contribuer puissam- 
ment à la réalisation de ce vœu de notre fondateur : « Faire que le che- 
val ne soit plus seulement auxiliaire, mais de plus alimentaire », j'ai 
l'honneur de proposer le renvoi de l'ouvrage de MM. Villaiu, Bas- 
cou, etc., à la Commission des récompenses. » 

Le renvoi est prononcé. 

— M. Bernay, consul de France à Tauris, qui assiste à la séance, 
fait la communication suivante : 

« M. le Secrétaire général m'a demandé de faire connaître ici la cul- 
ture de la Vigne de Perse ; c'est eu effet un sujet qui doit intéresser la 
viticulture de notre pays, car il va soixante espèces de Vignes en Perse. 
Je ne vous les énumérerai pas toutes, ce serait trop long, je vous par- 
lerai seulement des meilleures : nous avons là-bas trois principales 
espèces de Vignes, la première produit d'énormes grappes à grains 
noirs, longs et gros comme la moitié du pouce, dont on fait un vin ex- 
trêmement capiteux et coloré, ce raisin est nommé « chàhâni », c'est-à- 
dire royal; la deuxième, « askéri », donne des grappes plus petites que 
la précédente, les grains sont de grosseur ordinaire, très sucrés, 
juteux et l'enveloppe en est si mince qu'il est difficile de les détacher 
lorsqu'ils sont un peu mûrs; les pépins sont presque invisibles; c'est 
surtout un raisin de table très apprécié des Persans ; on en fait un vin 
blanc très capiteux et de très bonne qualité. — Nous avons une troi- 
sième espèce de Vigne, celle-là produit d'énormes grappes, dont les 
grains sont longs de quatre à cinq centimètres : on la nomme « riche 
baba » (barbe de vieux) dans le sud de la Perse et « guélin barmaghi > 
(doigt de mariée) dans le nord. Les personnes pauvres en font leur 
principale nourriture, car on ne fait pas de vin avec ce raisin, qui man- 
que de jus et de fondant. 

» J'ai apporté en France quelques bouteilles de vin de Tauris fabri- 
qué par moi, je suis donc sur qu'il n'y a aucun ingrédient étranger 
dedans; je pense que c'est un vin [qu'il serait utile de faire connaître 
parce qu'il peut offrir des ressources pour la consommation. Je me 
propose aussi d'envoyer des boutures des principales espèces de Vignes 
de Perse, à Trébizonde; je m'entendrai avec quelqu'un qui les mettra 
dans des pots, les fera raciner et les enverra ensuite en France ; il est 
grandement à désirer que la culture des Vignes persanes soit répandue 
dans nos pays. 

» Le phylloxéra n'a pas encore pénétré en Perse, je crois que cela 
tient à une chose capitale, c'est que là-bas les Vignes sont plantées dans 
des sillons profonds d'un mètre et demi à deux mètres ; on les arrose en 
hiver et au printemps, au moyen d'eau courante qui baigne les racines 
et même les ceps pendant un jour ou deux chaque fois. En été, on pro- 



PROCES-VERBAUX. 479 

cède au même arrosage, seulement une fois par semaine, car il ne pleut 
plus pendant les mois de juin, juillet, août et septembre dans le sud et 
le centre de la Perse; dans le nord, il y a quelquefois des orales au 
commencement de l'été, l'eau est donc fort rare dans cette contrée. 

» Il est difficile, dans ces conditions, que les insectes qui s'attaquent, 
en général, aux racines des Vignes, ne soient pas noyés. Le plant de la 
Vigne est exposé ordinairement sur le côté sud du talus dont je viens 
de parler; quoiqu'il fasse très chaud dans ce pays-là, les Persans croient 
que cette exposition donne une meilleure qualité de raisin. 

» Les Céréales en Perse forment la principale richesse du pays, je 
dirai même la seule richesse. La Perse en exporte beaucoup en Russie 
(au Caucase) et en Turquie; l'Avoine et le Seigle n'y sont pas cultivés; 
le Blé est arrosé comme la Vigne, toujours par irrigation. 

» Il y a dans le centre et surtout dans le nord de la Perse, une espèce 
de Jujubier qui produit un fruit ayant la forme, la couleur et la o-ros- 
seur du gland; à l'intérieur est un noyau analogue à celui de la datte; 
ce fruit est extrêmement farineux et sucré, les Persans et les Arabes de 
Bagdad en font une grande consommation. Cet arbre croît partout st 
sans aucune culture; il pourrait être introduit en France et planté dans 
des terrains sans valeur. Outre que ce jujube est nourrissant, il est sou- 
verain contre la diarrhée et la dysenterie. 

» La Perse est un pays curieux sous le rapport des chasses ; le gibier 
y foisonne surtout dans les forêts du Karadagh qui avoisinent Tauris : 
sur le littoral de la Caspienne dans le Mazandéran et le Ghilan il y a 
toute espèce de gibier, depuis le fauve le plus redoutable jusqu'au 
Lièvre. On chasse encore en Perse avec l'oiseau de proie, c'est-à-dire 
avec le Faucon; il y en a plusieurs espèces pour la chasse, mais chacune 
d'elles a sa spécialité. Ainsi, avec le Faucon qui sert à chasser la Per- 
drix, on ne chasse pas l'Outarde ou la Gazelle. Le Faucon pour la chasse 
à la Gazelle est dressé lorsqu'il est tout jeune; on l'habitue à prendre 
sa subsistance dans l'orbite d'une Gazelle empaillée, et, au bout d'«n 
certain temps, lorsqu'il voit celle Gazelle, il se précipite sur sa tête 
pour y prendre son repas; à la chasse, lorsque la Gazelle part à une 
certaine distance, on lance le Faucon dessus, l'oiseau se perche alors 
sur la tête de sa victime et lui crève les yeux ; le chasseur arrive et 
s'empare de la Gazelle, qui se roule désespérément sur le sol. 

» La chasse aux Outardes est plus curieuse encore; le Faucon est 
lancé sur l'oiseau : si c'est une vieille Outarde, elle reste en place sans 
bouger, elle attend le Faucon, et, lorsque celui-ci arrive à une certaine 
distance, à portée comme nous dirions chez nous, elle se retourne et lui 
lance un jet de fiente à la tète ; le Faucon reste là tout penaud et l'Ou- 
tarde s'en va ; il est impossible de chasser ce jour-là avec le même 
oiseau. Quelquefois, lorsque c'est une jeune Outarde, elle s'élève à pic 
et lutte corps à corps avec le Faucon, dont elle a souvent raison. 



180 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

» Nous avons, eu Perse, la grosse Perdrix royale {Tctraog allas cas- 
jjiMS); on la trouve un peu partout, mais spécialement dans la partie 
des monts Elbourz qui avoisine Téhéran. La Perdrix royale ne vit pas 
dans la plaine, mais seulement sur les montagnes les plus escarpées ; 
elle est aussi grosse qu'une forte Poule d'Inde; son plumage est exac- 
tement celui de la Perdrix grise; le goût de sa chair en est peu diffé- 
rent; elle a cependant un parfum un peu plus fort, car cet oiseau se 
nourrit d'une espèce d'oignon qui, paraît-il, ne croît pas dans les plai- 
nes, c'est pour cela qu'il n'y descend jamais : il y mourrait. J'ai essayé 
d'en apprivoiser, j'en ai gardé pendant quinze jours, un mois, et au 
bout de ce laps de temps, celte Perdrix mourait faute de pouvoir lui 
donner sa nourriture habituelle. Cette Perdrix est très sauvage, on ne 
peut guère l'approcher que par surprise, les chasseurs sont obligés de 
s'embusquer pendant des journées entières avant d'en tirer une, de 
sorte que nous en mangeons rarement. C'est un gibier assez cher pour 
la Perse, nous le payons six francs pièce. La Perdrix royale est beau- 
coup plus rare dans l'Azerbaïdjan, à cause du froid sans doute. Le shah 
de Perse a essayé d'en acclimater dans les régions plus basses, au Jar- 
din zoologique de Téhéran, il n'y a pas réussi; mais, par contre, il a ob- 
tenu ua vrai succès en acclimatant les Francolins en Perse. Sa Majesté 
en a fait venir d'Arabie en 1870, elle est parvenue à les faire multiplier 
dans la vallée de Djadjeroud, située à huit lieues dans l'est de la capi- 
tale. Cette vallée inhabitée est traversée par une rivière qui entretient 
une certaine fraîcheur pendant les grandes chaleurs de l'été. Ces Fran- 
colins ont été protégés au début par ordre du souverain, mais aujour- 
d'hui, sa suite peut les chasser dans cette chasse réservée. » 

— A l'occasion du procès-verbal, M. Maurice Girard rapporte que, 
dans une conversation qu'il a eue, il y a une douzaine d'années, avec 
M. Paul Bert, ce dernier émettait l'opinion qu'il est inutile de chercher 
à acclimater des plantes ou des animaux; que mieux vaut les laisser 
dans leur propre pays, et tâcher de les améliorer sur place; qu'en ce 
qui concerne notamment les Vers à soie, par exemple, il est bien pré- 
férable de se procurer de la soie en Chine ou au Japon que de chercher 
à en produire en France, où elle coûte plus cher, par suite du prix très 
élevé de la main-d'œuvre. « Je crois, ajoute M. Maurice Girard, qu'il y 
a du vrai dans l'opinion de M. Paul Bert, relativement aux Vers à soie ; 
car nous nous trouvons, en Europe, dans une situation très défavo- 
rable par rapport à la Chine, où la main-d'œuvre est à vil prix. Il me 
semble donc que, dans les tentatives d'acclimatation de Bombyciens 
séricigènes, nous n'avons à nous préoccuper que du Ver à soie du 
chêne delà Chine {Attacus Perntji), lequel peut s'élever en plein air, 
sur les arbres, sans entraîner, pour ainsi dire, d'autres frais que celui 
de la récolte. > 

- - M. Geoffroy Saint Hilaire fait remarquer que si le renchérissement 



PROCÈS-VERBAUX. , 181 

de la main-d'œuvre, d'une part, et de l'autre la facilité actuelle des 
moyens de transport ont modifié la situation économique d'une foule 
d'industries se rattachant à l'élevage des animaux, il ne s'ensuit pas que 
l'acclimatation n'ait rendu et ne puisse rendre encore des services 
considérables. « Dans la dernière séance, dit M. le Secrétaire général, 
nous avons établi que M. le professeur Paul Bert ne pouvait pas avoir 
tenu le propos qui lui avait été attribué. Aujourd'hui M. Maurice Girard 
vient placer la question sur un autre terrain en rappelant ses conver- 
sations passées avec le ministre résident du Tonkin. 

» Suivant notre collègue, M. Bert penserait « qu'il faut laisser les ani- 
» maux utiles là où ils sont et se contenter d'en faire venir les pro- 
)> duits ». 

» Vous me permettrez, Messieurs, de dire que cette affirmation équi- 
vaut à nier l'utilité de l'acclimatation elle-même. 

y> Mais laissez-moi vous présenter quelques exemples, ils vous démon- 
treront mieux que les plus longues explications ce qu'il faut penser du 
principe posé par 31. Bert. 

» S'il suffisait d'importer de leurs pays d'origine les produits des ani- 
maux utiles, il n'aurait pas fallu introduire de Chine les Vers à soie 
qui ont enrichi je ne sais combien de générations de sériciculteurs 
européens, et Daubenton aurait eu .tort d'acclimater, en France, les 
Mérinos d'Espagne. 

» Mais il ne faut pas discuter cet aperçu que je qualifie seulement de 
curieux. 

» Ceci m'amène à envisager la question à un point de vue tout à fait 
différent et sur lequel je me réserve de revenir longuement un de ces 
jours prochains. 

)) Il y a trente-deux ans, quand la Société a été fondée, les questions 
relatives à l'acclimatation, ou d'une façon plus générale les relations 
d'échange entre les peuples, étaient-elles ce qu'elles sont aujourd'hui ? 
Non. 

» Alors, il y avait le plus sérieux intérêt à ce que chaque peuple pût 
produire sur son propre sol les marchandises dont les pays étrangers 
avaient le monopole. 

ï La sériciculture française a permis aux fabriques de soierie de se 
procurer, sans passer la frontière, de quoi se suffire. 

» Daubenton a cherché à affranchir la Franco du tribut qu'elle payait 
à l'Espagne pour ses laines fines. 
» En est-il de même aujourd'hui? 

» Depuis trente ans les moyens de transport ont pris une extraordi- 
naire activité et les relations économiques des peuples ont été boule- 
versées. 

» La production des laines est onéreuse dans les pays où le sol a une 
grande valeur et nos filatures sont alimentées par tous les pays du 



182 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

monde où les moutons de la vieille Europe ont été successivement 
acclimatés. 

» La Chèvre d'Angora, que nous avons acclimatée d'Asie Mineure en 
France, est arrivée trop tard, car, pendant qu'elle devenait bêle fran- 
çaise, on l'acclimatait au Cap, et les usines qui emploient la laine de 
mohair (Bradford, iloubaix, etc.) sont aujourd'hui pourvues de mar- 
chandises par les troupeaux d'Angora do l'Afrique australe, auxquels 
nos troupeaux français ont fourni des étalons. 

» Cela revient à dire, Messieurs, que de notre temps, avec les progrès 
accomplis, toute marchandise aisément transportahle doit être produite 
dans des conditions de rigoureuse économie. 

» Nous voyons aujourd'hui la Chèvre d'Angora, originaire d'Asie Mi- 
neure, devenue un animal africain (Cap) et américain (Plata) ; le Mouton 
mérinos, originaire d'Espagne, prospère en Australie; les Bœufs, origi- 
naires du vieux Monde, multipliés en nombre infini en Amérique et 
menaçant nos marchés européens. 

» L'acclimatation d'une part, les facilités de transport de l'autre, sont 
venues bouleverser l'ancien état de choses. » 

— A l'occasion de la lettre de M. le docteur Jeannel, relative au 
Haricot Cerise du Japon, M. Paillieux croit devoir signaler que c'est à 
tort qu'on lui attribue l'introduction de celle variété en France. « Le 
Haricot Cerise, dit notre confrère, a été introduit par M. Sisley, de 
Lyon, qui l'a envoyé à la Revue horticole^ de laquelle je tenais les 
graines. » 

— M. Paillieux donne lecture d'une note sur l'Ananas, sa culture et 
ses produits. (Voy. au Bulletin.) 

— M. Raveret-Wattel fait une communication sur la station aquicole 
de Wood's Hole (Massachusetts) et sur la multiplication artificielle de la 
Morue. (\^oy. au Bulletin.) 

Le Secrétaire des séances, 
C. Raveret-Wattel. 



4V. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS. 



PREMIERE SECTION. 

SÉANCE DU 5 JANVIER 1886. 
Présidence de M. HuET. 

31. Decroix s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. Mégnin 
n'étant pas présent à l'heure de l'ouverture de la séance, M. Huet veut 
hieii présider. 

Le procès-verbal est lu et adopté, avec rectification proposée par 
31. Lataste et appuyée par la majorité des membres présents. 

M. Lataste donne lecture des notes qu'il a prises en faisant des re- 
<",herches dans les différents ouvrages qui ont traité la question des 
Léporides. II en résulte, d'après lui, que l'existence de ces animaux n'a 
pas été suffisamment démontrée, et que, jusqu'à nouvel ordre, il n'y 
a pas lieu d'admettre que les Léporides existent ou aient existé, entant 
"(lue race hybride. 

M. A.-Geofl'roy Saint-Hilaire entretient la Section au sujet des ani- 
maux qualifiés Léporides, qui vivent au Jardin zoologique. Ils offrent 
l'aspect des Lapins, et les femelles donnent le jour à des petits, nus et 
aveugles, comme ceux des Lapins ordinaires. Rien n'autorise à croire 
^jue cette race soit issue de l'accouplement des espèces Lièvre et Lapin. 

Notre collègue ajoute qu'au Jardin d'Acclimatation on n'a jamais réussi 
à créer des Léporides. M. A. -Geoffroy Saint-Hilaire parle ensuite des 
Lièvres qui ont donné plusieurs générations, en captivité, chez un éle- 
veur, à|Versailles ; il raconte aussi que, lorsqu'on élève ensemble des 
Lièvres et des Lapines, ou des Lapins et des Hases, il arrive presque 
toujours un moment où le Lièvre ou la Hase tue la Lapine ou le Lapin. 

M. Joly fait observer qu'il a constaté le contraire, et que tous les au- 
teurs, y compris 31. Gayot, qui se sont occupés de la question, ont re- 
marqué que c'est le Lapin ou la Lapine qui tue son compagnon. 

Cette observation de 31. Joly est appuyée par plusieurs membres. 

31. A. -Geoffroy Saint-Hilaire répond qu'il peut en'être ainsi quand on 
réunit ces animaux dans un âge déjà avancé, mais non lorsqu'ils ont été 
élevés très jeunes ensemble. 

Après avoir entendu ces divers rapports, la Section, à l'unanimité, 
pense que la conclusion de 31. Latasti; doit être adoptée, et que, l'exis- 
tence des Léporides restant des plus douteuses, il y a lieu, comme il a 
été décidé antérieurement, de recommencer les expériences. 

Le Secrétaire, 
Gh. Mailles. 



184 SOCIÉTÉ NATIONALE d'AGCLIMATATION. 

TROISIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 13 JANVIER 1886. 
Présidence de M. Paillieux. 

MM. les Président el Vice-Président s'étant fait excuser, M. Paillieux 
veut bien les remplacer. 

M. le Vice-Secrétaire donne lecture du procès-verbal de la précédente 
séance. M. Raveret-Wattel demande une rectification, après quoi le 
procès-verbal est adopté. 

M. Vidal n'assistant pas à la séance, M. Mailles continue à remplir les 
fonctions de Secrétaire. 

M. Raveret-Wattel fait savoir à la Section qu'un laboratoire de pisci- 
culture sera construit dans le département de l'Aude, à Quillan, près 
du bureau du conducteur des ponts et chaussées ; les appareils rece- 
vront les eaux de l'Aude, lesquelles s'aéreront en tombant d'une cer- 
taine hauteur. 

Les appareils du système allemand, perfectionnés, seront les seuls 
utilisés. 

Avec une dépense d'environ 200 francs, 10 000 alevins pourront être- 
jetés, annuellement, dans l'Aude. 

M. Paillieux remercie notre collègue du zèle qu'il a déployé en cette 
circonstance et en bien d'autres. 

M. Berthoule fait remarquer que les premiers Saumons envoyés dans 
le Midi, et dont quelques-uns remontèrent l'Aude, appartenaient à l'espèce- 
américaine, le Salmo.Quinnat, qui vit dans des eaux dont la température- 
est analogue à celle de la Méditerranée; noire Salmo salar, au con- 
traire, existe normalement dans des eaux plus froides. Mais toutes 
les tentatives faites pour l'introduire dans le bassin de la Méditerranée 
sont jusqu'à présent restées infructueuses. 

M. Raveret-Wattel explique que les essais, tentés sur le Salmo salar, 
dans le Midi, ont souvent été mal faits; on a jusqu'ici employé des eaux 
trop chaudes pour faire éclore les œufs. Il en est résulté, ou que les em- 
bryons n'ont pu se former, ou que les alevins n'ont pas vécu. Toutefois, 
1\[. Raveret-Wattel estime que le Sabno Quinnat serait préférable, pour 
cette région, au Saumon ordinaire, comme le pense M. Berthoule; mais 
il serait bien difficile de se le procurer à présent. En effet, depuis que 
l'on a réussi, aux États-Unis, à propager le Salmo salar dans de nom- 
breux cours d'eau tributaires de l'Océan Atlantique, on ne s'occupe plus 
d'y introduire le Salmo Quinnat. 11 faudrait donc faire venir de Cali- 
fornie les œufs de ce dernier poisson, ce qui serait très onéreux. Mais 



PROCÈS-VERBAUX. 185 

. Aquarium du Trocadéro a obtenu la reproduclion de cette espèce, et 
c'est même le seul établissement en Europe oii le fait ait été constaté 
pendant plusieurs années de suite. Malheureusement les alevins doi- 
vent être jetés dans la Seine, en amont de Paris, et nous avons lieu de 
craindre qu'ils n'y périssent tous à bref délai. 

M. Berthoule exprime le désir que notre Société fasse venir de nou- 
veau des Saumons d'Amérique et qu'elle demande le concours du gou- 
vernement à cet effet, ce qui serait sans doute possible en faisant valoir 
l'utilité de cette importation destinée à doter la Méditerranée d'une 
espèce nouvelle et précieuse. 

M. Raveret-Wattel pense que, si les Salmo sa/a?' réussissent, il sera 
inutile de faire venir à grands frais des Salmo Quinnat. 

M. Paillieux dit qu'il eiit été facile de jeter les alevins du Trocadéro 
dans des cours d'eau plus favorables que ne l'est la Seine. 

M. Rathelot fait remarquer que la chair du Salmo Quinnat est 
blanche, tandis que celle du Salmo salar est rougeàtre. 

M. Raveret-Wattel répond que celte couleur pâle de la chair du Sau- 
mon américain est le résultat d'une décoloration qui tient au milieu 
dans lequel le poisson a vécu; en Amérique, au contraire, cette espèce 
présente une coloration d'un rouge plus intense que celle du Saumon 
d'Europe. Notre collègue ajoute que les œufs de cette espèce, blancs 
en Europe, sont rouges en Amérique. 

M. Rathelot pense qu'il ne suffit pas de lâcher des alevins dans nos 
cours d'eau : il faut, pour obtenir des résultats utiles, fournir delà 
nourriture à ces jeunes poissons ; notre collègue signale les alevins de 
Carpe comme très propres à remplir ce but. Au moins les Carpes 
craignent moins les eaux trop chaudes que les Saumons, et elles con- 
viendraient pour celles où M. Valéry-Mayet échoua en employant des 
alevins de Saumon. 

M. Rathelot ajoute que le Gardon pourrait être également utilisé 
pour les Salmonidés. 

31. Berihéol fait remanjuer que la Vandoise, ayant une ponte très 
précoce, fournirait une nourriture aux jeunes Saumons au moment 
voulu. 

M. Berlhoule fiîit connaître que la Société vient de recevoir de Berlin 
des œufs de Coregonus marœna, arrivés en bon état. 

A cette occasion, M. Berthoule parle des mœurs de ce poisson et de 
la manière de le pêcher. 

M. Raveret-Wattel dit que ces œufs ont été envoyés emballés par le 
procédé américain; il donne la description de ce système d'emballage. 

M. Paillieux fait observer que ce mode d'envoi offre un grand intérêt. 

M. Berlhoule signale les difficultés que l'on a à surmonter pour élever 
les Corégones, poissons très sensibles à la moindre blessure. 

M. Raveret-Wattel donne la description d'un système d'élevage avec 



186 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

lequel on perd bien moins de jeunes Corégones qu'en employant les 
procédés ordinaires. 

M. Rathelot pense qu'il serait utile que les instituteurs primaires en- 
seignassent les éléments de pisciculture aux enfants. On pourrait adres- 
ser une demande, à cet effet, au ministre de l'Instruction publique. 

M. Raveret-Wattel répond que cet enseignement ne peut guère être 
demandé aux instituteurs, qui ont déjà fort k faire, et que c'est le 
ministre de l'Agriculture qui devrait, s'il y a lieu, être saisi d'une 
demande en ce sens. 

M. Berthoule parle de plusieurs établissements de pisciculture, dont 
quelques-uns sont très beaux; d'autres, plus modestes, donnent cepen- 
dant des produits rémunérateurs. 

M. Raveret-Wattel dit que ces petits et modestes laboratoires sont 
très intéressants, productifs et propres à encourager le goût de la 
pisciculture, car ils donnent des résultats fort satisfaisants. Quant aux 
établissements luxueux, les frais de toutes sortes dépassent géné- 
ralement les bénéfices; c'est ce qui fait croire au grand nombre que la 
pisciculture n'est pas une spéculation avantageuse. 

Le Vice-Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 19 JANVIER 1886. 
Présidence de M. Maurice Girard, Président. 

Après la lecture du procès-verbal qui est adopté, M. le Président 
annonce la mort de M. Moleyre, préparateur au laboratoire d'entomo- 
logie, qui publiait actuellement dans nos BuUetinsua mémoire sur les 
Insectes comestibles. Le laboratoire d'entomologie avait perdu quelques 
jours auparavant un autre de ses préparateurs, M. Delorieu. 

M. le Président présente, au nom de M. Wailly, un travail sur les Sé- 
ricigènes,qui sera soumis à la Commission des récompenses. 

M. Fallou annonce aussi le second volume de M. Natalis Rondot, 
sur les Vers à soie sauvages (ouvrage publié aux frais de la Chambre 
de commerce de Lyon). 

M. Fallou présente à la Société une note sur le Molytes coronatus. 

M. Fallou a pu, en détruisant un certain nombre de femelles, préser- 
ver ses plantations de nouveaux dégâts, tandis que ces dégâts ont con- 
tinué dans les propriétés voisines. 

M. Fallou croit que l'espèce vit aussi dans le Panais. 



PROCÈS -VERBAUX. 187 

iM. Mailles désirerait savoir le nom d'un Locuslien très commun dans la 
région centrale de la France. 

M. le Président fait remarquer qu'il est très difficile de se prononcer 
sur le nom d'un Insecte dans des conditions aussi vagues, et engage notre 
collègue à se procurer des échantillons de cette espèce. 

M. le Président a reçu de M. Lesueur, dans des paquets de cheveux 
provenant de l'industrie, la Tinea crinelle, espèce qui attaque habituel- 
iement le crin des matelas et la laine. 

.^I. Lesueur a trouvé également un parasite de cette espèce que 
M. 31. Girard a reconnu être un Ichneumonien. 

Le Secrétaire, 

M. SÉDILLOT. 



CINQUIÈME SECTION 

SÉANCE DU 26 JANVIER 1886. 
Présidence de M. Henry de Vilmorin, Président. 

I^e procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

II est procédé à la nomination du Bureau et du délégué dans la Com- 
mission des récompenses. 

Sont désignés par acclamation : 

Président : M. H. de Vilmorin. 

Vice-président : M. Aug. Paillieux. 

Secrétaire : M. Jules Grisard. 

Vice-secrétaire : M. Jean Dybowski. 

Délégué dans la Commission des récompenses : M. le D'' Mène. 

M. Paillieux donne lecture de lettres émanant de MM. le D'' Jeannel, 
Frère et Clarté, rendant compte de la culture des graines qu'ils ont re- 
rues au printemps de 1885. 

A propos de cette communication, M. Chappellier dit qu'il a cultivé 
le Stachys affinis avec succès. C'est un légume excellent et qui produit 
beaucoup ; une ou deux touffes suflisent à la confection d'un plat. 

Notre confrère a remarqué que le Stachys n'est pas féculent, et il 
appelle l'attention de la section d'une façon toute spéciale sur ce point 
ijui présente un très grand intérêt, les diabétiques pouvant en faire 
usage sans inconvénient. 

M. Paillieux rappelle qu'il a fait faire l'analyse duSoyaqui, lui aussi, 
ne présente pas trace de fécule, et il avait même pris un brevet au sujet 
de son emploi comme aliment pour les diabétiques, mais il a dû laisser 
tomber ce brevet, le Soya renfermant de l'inuline qui se convertit 
également en sucre. 



188 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

M. Berthoule a également cultivé le Stachys en Auvergne où il a 
constaté sa parfaite rusticité. Il fournit un excellent appoint au pota- 
ger; très fondant, très savoureux, il rappelle à la fois le fond d'Arti- 
chaut et le Salsifis. 

M. Soubies a aussi parfaitement réussi. 

M. Paillieux est heureux de constater ce résultat, car il faut bien 
l'avouer, de pareils et si complets succès sont assez rares. 

M. Mailles a cultivé le Stachys dans un sol des plus mauvais, des 
plus sablonneux. Malheureusement les Vers blancs ont détruit la plus 
grande partie des touffes; celles qui ont été épargnées ont donné un 
résultat satisfaisant. 

Notre confrère pense que M. Dautreville se chargerait volontiers de 
faire l'analyse du Stachys et s'offre de le lui demander. La section 
accepte avec reconnaissance. 

M, Paillieux donne lecture d'une note sur l'Ananas, sa culture et ses 
produits (voy. au Bulletin). Puis il est procédé à la dégustation de 
vin d'Ananas qui est trouvé excellent. 

Cette communication donne lieu à quelques observations de la part 
de MM. Chappellier et Grisard. 

M. Marquiset rend compte de ses cultures de Kudzu. (Voy. au Bul- 
letin . ) 

Le Secrétaire, 
Jules Grisard. 



PREMIÈRE SECTION. 

SÉANCE DU "2 FÉVRIER 1886, 
Présidence de M. Decroix, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Lataste présente quelques modifications au procès-verbal du 
22 avril dernier, rectifications que son voyage dans le Haut-Sénégal l'a- 
empêché de présenter plus tôt : page 390 du Bulletin, i^ paragraphe, il faut 
lire : Sénégal et non Afrique; lisez aussi: Noirs et non Arabes. Même 
page, 1^ paragraphe, M. Lataste n'a pas dit que le venin du Crapaud 
soit actif seulement pour les petits animaux; il l'est également pour 
les ^ros, puisqu'on a tué des Chiens par son emploi. Mais ce venin ne 
peut servir, pour le Crapaud, que comme moyen défensif, ce Batracien 
ne pouvant le projeter à distance, comme le croient quelques personnes. 
Même page, même paragraphe, il faut lire : Parotides au lieu de 
Carotides. 

Ensuite M. Lataste donne lecture de la note suivante, note que lui a 



PROCÈS-VERBAUX. 18!) 

communiquée, jadis, M. Ancey, de Marseille ; M. I^ataste fait cette 
lecture à propos de la communication de M. Maurice Girard, dans la 
séance générale du :2i mai 1885, sur les Lapins sauvages noirs de la 
forêt de Villers-Cotterets ; M. Lataste fait observer qu'il ne prend nulle- 
ment la responsabilité des explications que M. Ancey ajoute à la simple 
constatation des cas de mélanisme : 

« Entre autres points de noire région, il se trouve des Lapins sauvages 
noirs, dans la propriété de Caseneuve, près Pélissanne (Bouches-du- 
Rhône). Ces Lapins, quoique fort rares, y ont été parfaitement observés 
de tout temps, et, l'année dernière, on en a tué deux et vu quatre dans les 
mêmes endroits que les Lapins gris ordinaires. Celui qui écrit ces lignes 
en a pris un au mois de juillet, en pleine colline, à la main, il ne devait 
pas avoir plus d'un mois. Remis aussitôt en liberté, ce petit Lapin alla 
se réfugier dans un amas de pierres. 

» Ces animaux ont le poil franchement noir sur tout le dessus du 
corps ; le ventre et le dessous de la queue sont gris de fer. Ils offrent 
cette particularité que, tandis que le Lapin sauvage gris devient raide 
quelque temps après avoir été tué, ceux-ci restent souples et flasques. 

» Il n'y a pas de Lapins domestiques dans les environs depuis fort 
longtemps, et nous n'avons jamais rencontré, dans nos chasses, de variété 
autre que la noire en question. Les vieux bergers du pays, prétendent 
que ces Lapins noirs sont les produits de femelles grises ordinaires, 
qui, étant pleines, ont élé impressionnées par la vue des emplacements 
où l'on a fait du charbon, et oîi le sol est entièrement noir. Ces empla- 
cements se trouvent çà et là, sur notre terrain oîi poussent le Chêne vert, 
le Chêne à kermès, et le Pin maritime. » 

M. Huet donne lecture d'une lettre dans laquelle un de nos collègues 
parle de Cerfs-Cochons. 

Ces animaux se seraient montrés moins féconds que ceux du Muséum 
de Paris. 

A cette occasion, M. Huet dit que les onze femelles de la ménagerie 
ayant été tuées par un Chien, deux autres femelles, provenant du Jardin 
d'Acclimatation, ont été données au mâle qui restait. Ces nouvelles venues 
se sont montrées aussi fécondes que les autres. En général, il y a deux 
mises bas, de un ou deux petits chacune, en treize ou quatorze mois 
environ. 

M. Joly demande si le Conseil a accordé les cheptels de Lièvres et de 
Léporides que la section avait demandés. 
M. Berthoule répond que ces cheptels sont accordés. 
M. Berthoule parle des Léporides, que M. Égal a obtenus des couples 
Lièvre-Lapine et Lapin-Hase. 

Notre collègue ajoute que M. Égal pourrait peut-être disposer à notre 
profit de quelques-uns de ces Lé})orides, ou même, sans doute, des 
couples de parents ayant produit ensemble. 



190 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

Après discussion, la section, à la majorité, décide qu'il y a lieu de 
profiter de ces bonnes dispositions ; les animaux que M. Égal voudra 
donner seront reçus avec beaucoup de reconnaissance. 

En définitive, l'expérience aura lieu, et sur des couples de Lapins et de 
Hases, et de Lièvres et de Lapines, d'une part, et sur des couples de 
Léporides tels qu'ils existent actuellement. 

Comme il se pourrait que M. Joly, désigné déjà pour recevoir ces 
animaux, en eût un nombre assez considérable, M. Huet, dans ce cas, se 
chargerait de quelques-uns. 

Cette dernière décision est prise après une discussion à laquelle plu- 
sieurs membres prennent part; les uns étant d'avis qu'il faut réunir 
tous les animaux chez un seul éleveur, afin de faciliter la tâche de la 
Commission de surveillance, et les autres faisant valoir, au contraire, 
les avantages résultant de la dispersion, afin d'éviter les épidémies, et, 
surtout, afin d'agir sur des milieux divers, avec des moyens divers. La 
décision prise est donc un moyen terme. 

M. Ménard parle des déceptions qu'il a eues chaque fois qu'il a suivi 
une piste de Léporides soi-disant hybrides, soit au Jardin d'Acclimata- 
tion, soit chez des amateurs ou éleveurs de profession ; en fin de compte, 
notre collègue s'est toujours trouvé, après information et examen, en pré- 
sence de Lapins, race dite Léporide. M. Ménard craint que les Léporides 
de M. Égal ne soient que des Lapins de celte rare. 

M.Geoffroy Saint-Hilaire partage les craintes de M. iMénard, et déclare 
également qu'il n'a jamais pu rencontrer que des Léporides-Lapins. 

M. de Sémallé ne croit pas à l'existence d'une race hybride fixe, 
d'autant plus que, jusqu'ici, tous les hybrides observés n'ont pu conserver 
longtemps leur caractère intermédiaire. 

M. Lataste émet le vœu qu'un prix soit accordé à la personne qui, la 
première, obtiendra des produits hybrides des espèces Lièvre et Lapin. 

MM. Rathelot et Berthoule soutiennent cette proposition, laquelle est 
combattue par MM. Paillieux,Huet et Joly. Mise aux voix, la proposition 
de M. Lataste est adoptée. 

M. Ménard est nommé membre de la Commission de surveillance, ce 
qui porte à quatre le nombre de nos collègues désignés, par la section, 
pour suivre les essais de constitution ou de reconstitution de Léporides 
hybrides. 

Le Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



V. BIBLIOGRAPHIE. 



I 

Élevage des animaux de basse-cour, par Ernest Lemoine, 2^ édit., 
iii-18, fig. Paris, G. Masson, éditeur. 

Si quelqu'un pouvait avec profit étudier la basse-cour et rendre cette 
étude utile et attrayante en la vulgarisant, c'est, à coup sûr, l'auteur de 
ce nouvel ouvrage. Placé, pour ce faire, dans des conditions absolu- 
ment privilégiées, à une faible distance de Paris, sur les bords d'une 
paisible rivière, ayant à discrétion, avec l'eau et l'espace, toutes les res- 
sources matérielles nécessaires, aidé du précieux concours de la ména- 
gère la plus zélée et la mieux entendue, guidé lui-même par un juge- 
ment sûr et par une grande persévérance de volonté, M. Lemoine a 
créé en plein parc, sous l'abri de vieux arbres, un établissement d'éle- 
vage de tous points remarquable, véritable haras de volailles, duquel 
on a pu dire qu'il était sans second en France. 

Convaincu à bon droit de l'excellence des espèces indigènes, l'auteur 
a su se garder d'un engouement irréfléchi pour les races étrangères, 
observant d'ailleurs soigneusement les unes et les autres, et s'attachaut 
à faire entre elles un choix judicieux, tout en se livrant dans leur éle- 
vage au plus minutieux travail de sélection. 

C'est à Crosne, sur les'rives de l'Yerre, dans un parc de 8 hectares, 
que M. Lemoine a établi ses parquets au nombre de plus de cent, en 
leur dispensant généreusement l'eau et l'espace, l'ombre et la lumière. 
Ces parquets, dont l'étendue varie de 100 à 500 mètres carrés, sont de 
véritables jardins, plantés d'arbustes, semés de vertes pelouses, et dé- 
coupés par des allées soigneusement sablées. Le logement des volailles 
n'a pas été aménagé avec moins de soins et de prévoyance, quoique sans 
un luxe inutile ; tout est fait avec goût et avec économie, en vue de 
riiygiène des animaux et de leur facile surveillance. 

La première partie du livre de M. Lemoine est consacrée à la des- 
cription de chacun des détails de l'installation du poulailler, après quoi 
l'auteur passe à l'étude de ses habitants : sans phrases, en quelques 
mots, il indique les caractères distinctifs des principales races, françaises 
d'abord, étrangères ensuite, dans des termes suffisamment précis pour 
permettre, même à la ménagère la plus novice, le peuplement le mieux 
compris de sa basse-cour, recommandant de préférence à son choix les 
variétés indigènes, et la stimulant à leur amélioration par une rigou- 
reuse sélection dans chacune d'elles, plutôt que par leur croisement. 

Vient ensuite une étude, instructive pour beaucoup, en tous cas pleine 
d'intérêt, sur la physiologie de l'œuf, dont on peut suivre le développe- 
ment presque jour par jour, depuis sa formation première jusqu'à l'heure 
de l'éclosion. 



192 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Nous compléterons celte note en ajoutant que M. Lemoine a eu le bon 
foùt de remplir son livre de dessins pittoresques et la bonne fortune 
d'en pouvoir confier l'exécution au crayon d'Allongé. 

A. Berthoule. 



II. Journaux et Revues. 

(Analyse des principaux articles se rattachant aux travaux de la Société.) 

■/Algérie agricole. Phijtolaquc, par le docteur Bertherand, 

n° de février. 

Le Phytolaque {Phytolacca decandra), plus vulgairement connu sous 
Jes noms de Raisin d'Amérique ou d'Épinard des Indes, appartient à la 
famille des Phytolaccacées. Cette plante, répandue dans la plupart des 
régions tropicales, et assez commune sur le littoral algérien, est inté- 
ressante à plus d'un titre; sa racine pivotante, sur laquelle se développent 
de nombreuses radicelles, la rendrait, par cela même, d'une utilité sé- 
rieuse en beaucoup d'endroits, pour fixer les terrains exposés aux glis- 
sements. 

Sa baute tige rameuse, très feuillée, à verdure persistante, est assez 
ornementale pour lui avoir mérité en Espagne le nom de Belombra. Ses 
jeunes pousses servent dans quelques pays à l'alimentation, mais elles 
ont une saveur acre, difficilement supportable pour un palais délicat. 

La floraison se produit en été et se prolonge assez avant dans l'au- 
tomne; les fleurs sont disposées en longues et nombreuses grappes d'un 
bel efi"et; le fruit, sorte de baie à dix loges monospermes, vert d'abord, 
rouge foncé au moment de la maturité, donne, par écrasement, un jus 
épais couleur d'améthyste, utilisé en teinturerie, quelquefois même pour 
la coloration des vins, ce qui, d'après le docteur Bertberand, ne serait 
pas sans inconvénients pour la santé. 

Ses propriétés médicales sont contestables; c'est tout au moins un 
purgatif énergique. On l'emploie même en Amérique pour le traitement 
des ulcères atoniques et de quelques autres afl'ections. 

Quoi qu'il en soit, cette étude botanique du docteur Bertherand, en 
raison des diverses utilisations possibles du Phytolaque, nous a paru 
mériter d'être signalée. 

B. A. 



Le Gérant: Jules Grisard. 



5ÎI04. — BouRLOTON. — Imprimeries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris, 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 



L'APPAREIL GHESTER 

POUR L'INCUBATION ARTIFICIELLE DES OEUFS DE MORUE A LA STATION AOUICOLE 
DE WOOO'S HOLE (MASSACHUSETTS) 

Par m. C. RAl'ERET-YVilTTEL 

Secrétaire des séances. 



J'ai déjà mentionné, dans un travail présenté à la So- 
ciété (I), les premiers essais tentés par la Commission des 
pêcheries des Étals-Unis, à Gloucester (Massachusetts), pour 
la multiplication artificielle de la Morue, et j'ai fait connaître 
les résultats très encourageants déjà obtenus, c'est-à-dire 
l'empoissonnement de la rade de Gloucester, où les pêcheurs 
constataient une abondance tout à fait extraordinaire déjeunes 
Morues. 

Ces travaux, toutefois, n'étaient pas encore entrés positi- 
vement dans le domaine de la pratique,. par suite de certaines 
difficultés pi'ovenant de l'extrême légèreté des œufs de Mo- 
rue, lesquels flottent ou, tout au moins, restent en suspension 
dans l'eau de mer (2). Il en résulte que si l'on cherche à faire 
éclore ces œufs dans des appareils à courant continu, ils sont 
bientôt entraînés hois des appareils par le courant, ou bien 
ils vont s'accumuler et s'étouffer mutuellement contre les 
petits grillages en toile métallique que l'on oppose à leur 
fuite. Si, au contraire, on les met en incubation dans des ap- 
pareils à eau stagnante, l'asphyxie des embryons se produit 
rapidement, faute d'une aération suffisante de l'eau qui les 
baigne. 



(1) Rapport sur la situation de la pisciculture à ["étranger (Bull. Soc. Ac- 
clim., octobre 1882, p. 505). 

(2) A la station aquicole de Wood's Hole, où la densité de l'eau de mer est 
de 1.025, les œufs tloltcnt à la surfaco pendant queli[iies jours, puis ils s'en- 
foncent un peu. Sur un autre point de la côte, à Cold Spring Harbor où la 
densité de l'eau n'est que 1.U22, les œufs restent en suspension s'il y a un 
léger courant; mais ils s'enfoncent si l'eau est tranquille. 

4e SÉRIE, T. III. — .Avril 1886. 13 



194 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

A la slation aquicole de Gloucester, on avait bien, il est vrai, 
cherché à tourner ces difficultés au moyen des appareils dont 
j'ai donné la description (1). De petites hélices, mises en 
mouvement dans les bacs d'éclosion au moyen d'une machine 
à vapeur, maintenaient les œufs en suspension dans ces ap- 
pareils par les contre-courants qu'elles déterminaient. Mais, 
outre que ce système avait l'inconvénient de faire périr beau- 
coup d'œufs, qui se trouvaient trop violemment agités, il 
était dispendieux ; d'abord, à cause de la force motrice dont 
il nécessitait l'emploi, et, en second lieu, parce que les appa- 
reils, en grande partie métalliques, devaient être nickelés pour 
éviter l'action de l'eau de mer qui, sans cette précaution, eût 
bientôt complètement détérioré le mécanisme et produit une 
oxydation tout à fait funeste aux œufs. 

Il restait donc à trouver une méthode véritablement pra- 
tique pour faire éclore les œufs flottants, et en particulier les 
œufs de Morue. 

Le problème vient d'être résolu d'une façon tout à fait sa- 
tisfaisante, pendant la dernière campagne, à la station aqui- 
cole de Wood's Hole, établie par la Commission des pêcheries 
des États-Unis, sur la côte du Massachusetts. 

La station de Wood's Hole est un établissement de recher- 
ches biologiques, analogue à nos stations de Roscoff et de 
Banyuls, où sont étudiées l'anatomie et les mœurs des diffé- 
rentes espèces animales aquatiques, mais où l'on s'occupe, 
en outre, de la propagation des poissons et des crustacés ma- 
rins servant à l'alimentation de l'homme. Ce laboratoire était 
tout désigné pour renouveler les tentatives laites à Glou- 
cester et essayer de nouveaux procédés. Beaucoup d'appa- 
reils furent mis en expérience, mais aucun n'a donné de ré- 
sultats comparables à ceux qu'on obtient avec le système 
définitivement adopté aujourd'hui, lequel est dû à l'inven- 
tion d'un des agents de la Commission des pêcheries, M. le 
capitaine H.-C. Chesler. Cet appareil est on ne peut plus 
simple, et, comme il ne présente aucune partie métallique, 

(1) Loc. cit., p. 511, 



''"'l'appareil chester. 195 

rien n'est à craindre de l'action de l'eau de mer. Voici en 
quoi consiste cet appareil, dont la figure ci-contre donne une 
coupe dans le sens de la longueur : 

Un bac en bois A mesure 2", 50 de long, 0",70 de large et 
80 centimètres de profondeur. A 35 centimètres environ de 
chaque extrémité de ce bac se trouve une cloison en bois, qui 
s'arrête à 10 centimètres environ du fond. Ces deux cloisons 
laissent entre elles un espace libre de l^jSO de longueur, dans 
lequel sont placés 6 ou 8 bocaux e à large coi, que des tas- 
seaux, non représentés dans la ligure, maintiennent l'ouver- 







ture en bas et dans une situation verticale. Ces bocaux sont 
de forme cylindrique et d'une contenance de 16 litres. Cha- 
cun d'eux présente, au fond, une ouverture circulaire de 
2 centimètres à peu près de diamètre, qui a été ménagée 
juste au centre. Les bouchons de ces bocaux sont remplacés 
par un morceau de canevas solidement tendu et fixé sur le col 
à l'aide d'une cordelette. La disposition des tasseaux ou sup- 
ports est telle que le fond des bocaux est à peu près de niveau 
avec le bord supérieur du bac. Chaque bocal, qui mesure en- 
viron 42 centimètres de hauteur et 22 centimètres de dia- 
mètre, peut recevoir de 500000 à 1 000000 d'œufs de Morue, 
qu'on y introduit, au moyen d'un entonnoir en verre, par 
l'orifice circulaire pratiqué dans le fond. 

Les œufs, fécondés avec les précautions nécessaires, étant 
mis en place, voici comment l'appareil fonctionne : Le bac 



19C SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

est rempli d'eau de mer non filtrée par le robinet d. Quand 
le niveau de l'eau atteint le point a, le siphon c commence à 
fonctionner et, comme son débit est beaucoup plus considé- 
rable que celui du robinet, il ne tarde pas à abaisser le ni- 
veau de l'eau au point h. Mais aussitôt il cesse d'être amorcé 
et ne fonctionne plus. Le robinet, qui continue toujours à 
couler, ramène bientôt l'eau à son premier niveau. Alors, de 
nouveau, le siphon se met à déverser l'eau et, ainsi de suite, 
de dix minutes en dix minutes : c'est le temps que le robinet 
met à remplir l'appareil. Or, comme les bocaux ne sont fer- 
més, ainsi qu'il a été dit plus haut, que par un simple cane- 
vas, les variations de niveau qui se produisent dans le bac 
ont lieu également à l'intérieur des bocaux. Ces oscillations 
de l'eau, ces mouvements alternatifs de bas en haut et de haut 
en bas, agitent suffisamment les œufs pour les maintenir 
en suspension, leur fournir l'aération nécessaire, en un mot, 
les entretenir en bon état et en assurer l'éclosion. Les pertes 
sont insignifiantes et s'élèvent tout au plus à 5 pour 100. 

L'appareil fonctionnant automatiquement, la surveillance 
se réduit à fort peu de chose, et tout le travail consiste à en- 
lever de temps en temps, à l'aide d'un siphon, les dépôts qui 
peuvent se former au fond du bac ou sur le canevas qui ferme 
les bocaux. Un seul homme suffit aisément pour surveiller 
l'incubation de 100 millions d'œufs. Ces œufs montent et des- 
cendent alternativement d'environ 42 centimètres, sans se- 
cousses, sans chocs nuisibles, et l'évolution embryonnaire 
s'y effectue dans les meilleures conditions possibles. L'incu- 
bation demande de 41 à 12 jours, dans une eau marquant de 
7 à 9 degrés centigrades. 

Chaque bocal pouvant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, rece- 
voir jusqu'à 1 million d'œufs, et chaque bac servant à loger 
au besoin huit bocaux, c'est 8 millions d'œufs à la fois qu'un 
seul appareil suffit pour faire éclore. 

L'appareil, à la fois très simple et très ingénieux, de M. le 
capitaine Chester constitue un progrès considérable par rap- 
port à tous les autres systèmes précédemment employés pour 
l'éclosion des œufs de Morue, et il peut être utilisé même 



l'appareil ciiester. 197 

pour d'autres espèces, notamment pour les œufs du Tassard 
(Ci/bium tnaculatum) (1), poisson très estimé aux États- 
Unis, où il est connu sous le nom de Maquereau espagnol 
[Spanish mackereï). 

La station de Woods's Ilole possède dès maintenant un 
outillage complet du système Chester, et la quantité d'œufs 
qu'il lui est possible de faire éclore, pendant les trois mois 
que dure le frai de la Morue, peut s'élever à près d'un mil- 
liard. En présence de ce chiffre, on comprend les services 
que peut rendre un semblable établissement. 

Dans les conditions naturelles, en effet, les œufs de Morue, 
qui flottent à la surface des eaux, sont exposés à toutes sortes 
de chances de destruction qu'on évitera par la pratique de 
l'incubation artificielle. Souvent entraînés parles vents et les 
marées à des distances considérables des baies et des anses 
où ils ont été pondus, des quantités prodigieuses de ces œufs 
sont rejetées sur le rivage par les vagues et laissées à sec au 
moment du reflux. Ainsi exposés cà l'air, ils périssent bientôt, 
surtout par les rudes températures des régions septentrio- 
nales; à peine hors de l'eau, ils sont atteints par la gelée. A 
certains moments, on peut dire, sans exagération, que chaque 
vague qui déferle sur le rivage cause la perte de plusieurs 
millions d'œufs. Ceux qui échappent à cette cause de destruc- 
tion sont, dans l'eau, exposés à la voracité de myriades d'ani- 
maux de toute espèce qui hantent les mêmes parages. 

Si l'on lient compte de toutes les causes qui contribuent à 
la destruction des œufs de Morue, on peut affirmer que, sur 
un million de ces œufs, quelques-uns seulement réussissent. 
Dans les appareils d'éclosion, au contraire, c'est à peine, 
ainsi qu'on l'a vu ci-dessus, si la perte s'élève à 5 pour 100. 
Devant un pareil résultat, la conclusion est facile. 

(1) La durée de l'incubation des œufs est, chez ce poisson, beaucoup moins 
longue que chez la Morue : l'éclosion se produit généralement au bout de vingt- 
quatre heures. 



ÉDUCATIONS DE BOMBYCIENS SÉRÏCIGÈNES 

FAITES A CHAMPROSAY (Seine-et-Oise) EN 1885 



Par M. J. FALLOIJ 



ATTACUS CEGROPIA 

Le 20 mai 1 885, j'ai reçu de la Société nationale d'Acclima- 
tation des œufs d'Attacus cecropia. 

Les Chenilles sont écloses dans les premiers jours de juin, 
je leur offris pour nourriture les végétaux que cette espèce 
affectionne ordinairement et avec lesquels je l'ai élevée plu- 
sieurs fois avec succès, même à l'état libre. Ces Chenilles ont 
refusé de manger, et sont toutes mortes dans leur premier 
âge. 

J'ai tout lieu de croire que ces œufs devaient être le pro- 
duit de parents provenant de plusieurs générations déjà éle- 
vées en captivité. Ces faits sont généralement bien connus, et 
se présentent chez nos espèces indigènes. J'ai souvent élevé 
en captivité des espèces communes de nos Lépidoptères, qui 
après la troisième ou quatrième génération ne se reprodui- 
sent plus. Quelquefois même avant la troisième génération il 
se produit déjà des sujets étiolés impropres à la reproduc- 
tion. Je pourrais citer un certain nombre d'espèces dans ce 
cas, mais elles sont trop connues pour en donner ici la liste. 

ANTHER^A MTLITTA 

Le 20 mai 1885, je recevais aussi de la Société d'Acclimata- 
tion dix cocons d'A. mylitla. 

Un Papillon mâle est éclos le 29 juin de la même année. 
Puis une femelle n'est sortie que le 4 août suivant, elle a 
vécu six jours et est morte sans se défraîchir. Les autres 
cocons n'ont pas donné leurs Papillons. Le 8 décembre, j'ou- 



ÉDUCATIONS DE BOMBYCIENS SÉRICIGÈNES. 199 

vris le plus léger cocon et constatai que le Papillon était mort 
dedans; il m'en reste sept qui par leur poids peuvent me faire 
supposer que les Papillons en sortiront l'été prochain, car 
ces retards d'éclosions se produisent chez la plupart des Lé- 
pidoptères Bombyciens et sur des espèces d'autres genres, 
même les plus exiguës. 



ACTIAS LUNA 



Le 28 août 1885, la Société nationale d'Acclimatation m'a 
envoyé une centaine d'œufs de VAdias luna, je regrette que 
la majeure partie me soit parvenue écrasée dans l'enveloppe 
qui les contenait par les timbres de la poste, et qu'il n'en 
reste que trente en bon état. 

Vingt-huit Chenilles seulement sont écloses du 4 au iO du 
mois de septembre (1), je leur ai offert pour nourriture les 
végétaux indiqués par plusieurs auteurs. Ces plantes sont les 
Bouleau, Prunier, Cerisier, Noyer, Saule, Orme. Le Noyer 
est le seul arbre dont les feuilles ont été aussitôt attaquées 
et avec lesquelles j'ai pu continuer à élever les Chenilles. 

Leur premier sommeil a eu lieu du 9 au 16 septembre, le 
cinquième et dernier aux premiers jours du mois d'octobre; 
durant toutes ces phases aucune maladie ne s'est déclarée 
non plus qu'aucun décès. 

Du 22 au 30 du même mois une dizaine de Chenilles ont 
filé leur cocon. Les premières gelées étant venues attaquer 
les feuilles de Noyer, les Chenilles refusèrent d'en manger. 
Aux premiers jours de novembre le temps devint sombre, la 
température plus froide, les Chenilles restèrent engourdies 
sur les feuilles, il n'y avait plus que 8 degrés de température 
dans la chambre où je les élevais. Je la fis chaufter, et, lorsque 
la température s'éleva, mes élèves reprirent de la vigueur ; 
de 15 à 18 degrés, elles cherchaient de nouveau cà manger, 
mais elles ont persévéré à ne pas vouloir de feuilles gelées, 
préférant revenir sur les feuilles desséchées mais non conge- 

•; .,1. i. 
(I) Je ne donne pas ici la description de cette Chenille, mais l'ayant relevée 
à tous les âges, je pourrai l'ajouter à celte note si la Société le juge à propos. 



200 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

lées. Du 10 au 19 novembre, après un assez long jeûne, elles 
ont essayé à filer, mais leur transformation en chrysalide n'a 
pu s'accomplir. 

Notre confrère, M. Wailly, dans son intéressant mémoire 
sur ses éducations d'Attaciens séricigènes inséré au Bulletin 
de la Société d'Acclimatation, n" 8, p. 413, 1885, nous a fait 
connaître qu'il a élevé avec succès, en chambre, VActias 
luna; mais M. Wailly n'indique pas à quelle température il 
les a soumises; il me paraît donc y avoir un certain intérêt à 
soumettre à la Société ce que l'expérience de cette année m'a 
appris. C'est que la Chenille de VActias luna est très ro- 
buste et non coureuse; elle peut être élevée en captivité sans 
aucune fermeture, ne cherchant pas à quitter les feuilles du 
végétal qui lui sert de nourriture; qu'elle peut être mise aussi 
bien en plein air qu'en chambre, pourvu qu'elle soit pla- 
cée dans un milieu humide et à une température de 15 à 
20 degrés. 

ANTHER^A PERNYI 

En 1883, dans mon rapport présenté à la Société d'Accli- 
matation, à propos d'une éducation d'A. Pernyi, je faisais 
remarquer que j'avais placé en pleine forêt, sous un abri en 
toile d'un mètre cube, 270 Chenilles, et qu'il m'avait fallu, 
pour leur assurer une abondante nourriture, les transporter 
sur six cépées nouvelles. 

J'émettais alors l'opinion que ce procédé avait été préju- 
diciable à la santé des Chenilles, puisque la maladie n'est sur- 
venue qu'au moment où elles étaient adultes et par consé- 
quent trop agglomérées sur les branches de Chêne, à ce 
moment presque dépourvues de feuilles. 

Désirant vérifier si l'idée que j'avais émise était valable, je 
tentai cette année une nouvelle éducation. Je fis pour cela 
une demande d'œufs d'A.Pernyi à un de nos confrères, 
M. Le Roy, à Lille, qui s'occupe avec succès de l'éducation 
de différentes espèces de vers sauvages séricigènes. Le 24 mai 
1885, je reçus de lui vingt-cinq œufs : vingt-deux' vers sont 



ÉDUCATIONS DE BOMDYCIENS SÉRICIGÈNES. 201 

sortis dans les premiers jours du mois de juin; aussitôt éclos, 
je les transportai dans la forêt de Sénart, dans un taillis clos, 
endroit que j'avais choisi à l'avance et que M, Ricli, inspec- 
teur de la forêt, a bien voulu appi'ouver. 

Les Chenilles placées sur une cépée touffue de Chêne, 
furent enfermées dans mon abri en toile mesurant, comme je 
l'ai déjà fait connaître, un mètre cube. Ces Chenilles ont, 
dans ces conditions, sans aucun autre soin, accompli 
toutes leurs phases; aucune maladie n'est venue les atteindre; 
elles ont toutes filé leurs cocons dans les premiers jours du 
mois d'août, et je les ai récoltés au commencement de sep- 
tembre. A ce moment la cépée dénudée de ses feuilles offrait 
un aspect étrange de dessiccation; il ne restait plus une 
seule feuille, les dernières ayant été employées par les Che- 
nilles pour la confection de leurs cocons. Car on sait que 
plusieurs espèces du ^^enve Antherœa et autres commencent 
pour la formation de leurs cocons par rassembler quelques 
feuilles, qu'elles lient solidement ensemble; ces feuilles sont 
ensuite réunies au cocon : comme la Chenille l'attache tou- 
jours de manière à être suspendue verticalemeut à la bran- 
che, et non à la feuille qui l'a nourrie, on pourrait admettre 
que les feuilles entourant ainsi le cocon doivent leur servir 
d'abri et par conséquent préserver les chrysalides jusqu'à 
Téclosion des Papillons. 

Enfin, le 17 septembre, un seul Papillon mâle est éclos; les 
autres cocons vont passer l'hiver dans cet état et les insectes 
parfaits n'en sortiront que vers le mois de mai 1886; on 
pourrait donc conclure, il me semble, d'après ces nouvelles 
expériences : 

1° Que la réunion d'un trop grand nombre de sujets ras- 
semblés dans un espace trop restreint peut être une des 
causes de l'atteinte de certaines maladies ; 

2" Que, depuis 1882, nous avons pu observer que l'espèce 
qui nous occupe, lors de son introduction sous notre climat, 
était bivoltine; que, par suite d'éducations successives en 
plein bois, elle est presque devenue univoltine, ce qui peut 
faire espérer que désormais VAntherœa Pernyi, s'il n'est 



202 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

pas encore complètement acclimaté sous notre climat, le sera 
dans peu, si l'on persévère à en faire des éducations en plein 
air sur des buissons de Chênes plutôt que sur des branches 
coupées. 

D'après le volume que j'ai cité plus haut, c'est-à-dire un 
mètre cube de Chêne pour vingt Chenilles, il est facile de 
calculer ce qu'il faudra pour le nombre que l'on aura à éle- 
ver, sans les déranger, ce qui est important pour la réussite 
des éducations. 

ATTACUS CYNTHiA Drury (Vera G. Mén.) 

Depuis quelque temps plusieurs naturalistes amateurs 
ont cru remarquer que sous le climat de Paris VAttacus Cyn- 
thia était en dégénérescence; que par conséquent il ne pro- 
duisait plus de cocons aussi soyeux; que les Papillons étaient 
moins grands; que leurs couleurs étaient moins vives que 
lors des premiers sujets élevés sous notre climat. 

N'ayant pas fait l'éducation de cette espèce depuis 1879, 
je priai un de nos collègues, M. Ramé, qui l'avait élevée en 
1884-, de me confier quelques œufs de cette espèce. Les Che- 
nilles sont écloses les premiers jours du mois de juillet 1885. 
J'en plaçai une vingtaine sur un faux Vernis du Japon, Ai- 
lanthus glandulosa, haut d'environ cinq mètres. Mais je ne 
les vis que peu de jours et elles disparurent sans que je 
pusse connaître au juste la cause de leur disparition, mais je 
crois pouvoir l'attribuer aux oiseaux, particulièrement aux 
Mésanges et aux Becs-fms, qui ont été très nombreux cet été 
dans mon jardin grâce aux ruisselets d'eau qui y circulent et 
aux bosquets très touffus. Ces oiseaux sont restés cantonnés 
tout l'été et certaines espèces ont produit deux couvées, de 
sorte que cette année il m'a été impossible d'élever à décou- 
vert aucune espèce de Chenilles de Lépidoptères, soit indi- 
gènes ou exotiques. 

Désirant cependant m'éclairer sur la prétendue dégénéres- 
cence de VAttacus Cynthia,]^ pris le parti d'élever les Che- 
nilles qui me restaient sur des branches coupées. Je les ins- 



ÉDUCATIONS DE BOMBYCIENS SÉRICIGÈNES. 203 

lallai en plein air couvertes d'un spacieux grillage. Là elles 
ont accompli toutes leurs phases et ont filé de beaux cocons. 

Deux Papillons femelles sont éclos du 4 au 6 octobre 1885. 
Ces Papillons ne le cèdent en rien aux premiers exemplaires 
introduits en Europe vers 1856. 

Les Papillons des cocons restants ne devront sortir que 
vers le mois de juin 1886. J'espère alors pouvoir consta- 
ter sur un plus grand nombre de sujets parfaits s'il y a eu 
dégénérescence. 

■ Note de la Commission de publication. — Eu voyant les efforts persévérants 
et souvent couronnes de succès de ceux de nos collègues qui ont entrepris de 
doter notre pays de nouveaux Vers à soie, on est amené à se demander si Ton 
ne pourrait pas utiliser pour leur soie les espèces indigènes du grand genre 
Attaciis. Elles sont au nombre de trois. L'une est le Grand Paon de nuit [A. 
piri Linn.), abondant aux environs de Paris, ne vivant plus dans l'extrême 
nord de la France et dont la grosse Chenille mange le Poirier, l'Orme et le 
Platane. Son cocon est riche en soie brune, très fortement incrustée, et filé au 
mois d'aoijt contre les corniches des murs et dans Therbe ou la mousse au pied 
des arbres. On pouvait voir dans la collection publique du Muséum rangée dans 
la galerie par Latreille, une paire de gants de soie brune ou plutôt de filoselle 
due au cardage de ces cocons. Une seconde espèce, de toute la France, Midi, 
Centre et Nord, le seul Altacus qui soit en Angleterre naturellement, est le 
Petit Paon de nuit (A. carpini Linn.), dont la Chenille mange le Charme et 
l'Aubépine. La soie est plus fine et moins incrustée que celle de l'espèce précé- 
dente; mais le cocon est pauvrement garni. Une troisième espèce, aussi à cocon 
incrusté, est le Moyen Paon de nuit [A. spini Linn ), qui ne se trouve pas en 
France, mais seulement dans quelques parties de l'Allemagne. Ces trois espèces 
européennes ont des cocons naturellement ouverts à un bout, où le fil est re- 
.plié par la Chenille en entrée de nasse, comme dans le cocon asiatique de l'es- 
pèce si bien acclimatée du Ver à soie de l'Ailante, Attacus Cynthia Drury, vera 
Guérin-Méneville. Nous n'avons donc pas chez nous d'espèces séricigènes à 
cultiver sans soins ni frais ; nous devons donc continuer à travailler dans la 
voie si bien suivie par nos collègues MM. X. Wailly et .1. Fallou. 



LES ORCHIDÉES DE SERRE FROIDE 

Par M. P. ZEILLER 



Le sujet de celte note peut paraître au premier abord 
un peu étranger à l'objet des travaux de notre Société. Cepen- 
dant, comme celle-ci s'attache à vulgariser aussi bien les 
plantes d'ornement que les végétaux utiles, il m'a semblé que 
l'acclimatation dans nos serres de cette belle famille des Or- 
chidées ne devait pas être pour elleime question indifférente. 
Le Jardin d'acclimatation en juge bien ainsi, car en hiver et 
au printemps sa magnifique serre s'embellit de la floraison 
de quelques espèces, les plus répandues, et montre au public 
ce qu'elles valent pour la décoration des appartements. 

Les Orchidées ne sont plus, comme le répètent à l'envi les 
journaux en rendant compte des expositions d'horticulture, 
a. l'apanage des princes de la finance ». Cela n'est plus vrai 
même des Orchidées de serre chaude, qui demandent cepen- 
dant des locaux et des soins assez dispendieux. Mais celles de 
serre froide, importées chaque année en quantités considé- 
rables d'Asie et des deux Amériques, multipliées en Europe 
par la culture, ne demandent ni soins extraordinaires ni lo- 
caux spéciaux, et sont tombées à des prix qui les mettent à la 
portée de toutes les bourses. 

Sans doute ce sera toujours un grand luxe d'avoir une serre 
d'Orchidées; mais tout le monde peut, et tout le monde de- 
vrait avoir des Orchidées dans sa serre, ce qui n'est pas la 
même chose. La plus modeste serre, destinée à rentrer les 
Géraniums, les Fuchsias, les Bégonias qui ornent nos jardins 
en été, peut donner l'hospitalité à nombre d'espèces d'Orchi- 
dées, aussi variées que belles. En Belgique, en Angleterre, il 
n'y a pas une serre sans quelques Orchidées; les Anglais en 
ont jusque dans leurs serres à Vigne. En France, jusqu'à pré- 
sent, on a bien peu mis à profit cette nouvelle ressource pour 
parer nos serres, ressource d'autant plus précieuse que les 



ORCHIDÉES DE SERRE FROIDE. 205 

paniers ou les terrines suspendues où on cultive ces filles de 
l'air n'enlèvent presque pas déplace aux anciennes habitantes. 
On ignore aussi que cette singulière famille, qui déroge en 
apparence à toutes les lois de la végétation, y déroge surtout 
par l'étonnante durée de ses fleurs ; les espèces dont la fleur 
ne dure qu'un mois ont une floraison relativement courte; la 
moyenne est de six semaines à deux mois; VEpiclendrum vi- 
tellinum garde ses fleurs fraîches pendant trois mois ; j'ai eu 
des fleurs de Lycaste Skinneri ouvertes le 5 janvier et fanées 
seulement le 25 avril, après 110 jours de durée; celles des 
Cypripedmm longifolium, Rœzli, Sedani, etc., durent 120, 
150 et jusqu'à 190 jours. 

Certaines espèces fleurissent plusieurs fois dans l'année, et 
la fanaison des fleurs est le signal du développement de 
fleurs nouvelles; ainsi du Maxillaria grandiflora, qui a em- 
baumé ma serre pendant cinq mois du parfum de ses admi- 
rables fleurs blanches; ainsi du Lycaste Skinneri, qui m'a 
donné cette année trois floraisons successives, de deux à trois 
mois chacune; ainsi de VOdotiloglossum Rossi majus, qui 
est resté en fleurs chez moi 260 jours dans un an. 

J'ajoute que les Orchidées fleuries ne souffrent aucunement 
de passer dans un salon tout le temps de leur floraison. Il 
m'arrive souvent d'y conserver pendant deux mois la même 
plante en fleurs, au point de faire croire à certaines personnes 
que je me livre à la culture des plantes en papier. Elles de- 
viennent, à ce titre, les plus brillantes de nos plantes d'ap- 
partement, et rien n'égale, comme milieu de table, une cor- 
beille d'Orchidées fleuries. 

Enfin, les différentes espèces de cette famille fleurissent à 
des saisons différentes; avec un petit nombre d'espèces choi- 
sies convenablement, on aura des fleurs toute l'année, et 
spécialement tout l'hiver : en novembre, décembre et janvier, 
le Cypripedium insigne, le Lycaste Skinneri, le Sophronitis 
grandiflora^ le Dendrobium nobile, les Masdevallia Tova- 
rensis et triangularis ; en février, mars et avril, le Cœlogine 
cristata, VAda aurantiaca, le Dendrobium japonicum, les 
Masdevallia Estradœ ei Lindeni , le Cattleya citrina; en mai, 



206 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

juin et juillet, les Cypri'pedium harbatum et villosum, les 
Odontoglossum Alexandrie et Pescatorei, les Masdevallia 
amabilis et Veitchiana, VOncidium cucullatum, VEpiden- 
drum vitellinum ; en août, septembre et octobre, les Maxil- 
laria grandiflora, les Oncidium crispum et concolor, les 
Stanhopea^ V Odontoglossum grande, le Lœlia anceps, etc. 

Qu'on lise à ce sujet le beau livre de M. le comte de Puydt : 
les Orchidées, histoire iconographique (1); il est admira- 
rablement fait pour donner une idée générale des Orchidées 
et en propager le goût, et ses magnifiques illustrations per- 
mettent au lecteur de faire déjà un choix dans les genres 
qu'il veut cultiver. 

Mais il existe un autre ouvrage, plus modeste d'apparence, 
qui est indispensable à qui veut commencer à cultiver cette 
famille : c'est le Traité théorique et pratique de la culture 
des Orchidées, par M. le comte Fr. du Buysson (2); il donne 
la description détaillée de plus de mille espèces d'Orchidées 
exotiques, le mode de culture, le compost, la température 
qui conviennent à chacun. C'est le guide le plus complet et le 
plus précieux; avec lui, aucune diflîculté, aucune incertitude 
n'est possible. 

Dans ce nombre de mille espèces environ qui sont aujour- 
d'hui au commerce, il y en a près de deux cents pour la serre 
froide, appartenant à trente-trois genres différents : 



2 Acineta, 


3 ou 4 Dendrobiura, 


1 Acropera, 


1 Disa, 


1 Ada, 


5 ou 6 Epidendrum, 


1 /Erides, 


1 Helcia, 


i Angrœcum, 


8 Lselia, 


i Anguloa, 


8 Lycaste (tout le genre), 


3 Arpophylluiïi, 


36 Masdevallia (tout le genre), 


1 CaUleya, 


6 Maxillaria (id.) 


2 Cœlogine, 


2 iMesospinidium (id.) 


4 Cymbidium, 


1 Miltonia, 


10 Cypripediuin, 


1 Nanodes, 



(1) Chez Rothschild, rue des Saints-Pères, 13, Paris. Prix : 35 francs. 

(2) Librairie centrale d'agriculture, rue desËcoles, 62, Paris. Prix: G francs. 



ORCHIDÉES DE SERRE FROIDE. 207 



-40 à 450(Jonloglossum (tout 

le genre), 
20 Oiicidium, 

2 Pilumna, 
1 Pleione, 

3 Restrepia, 



i Sobralia, 
2 Sophronitis, 
i k 5 Stanhopea, 
2 Thuiiia, 
i Trichopilia, 
2 Zygopetalum. 



Un bon nombre de ces espèces se vendent de 5 à 6 fi-ancs ; 
toutes les autres, 8, 40, 12, ou rarement 15 francs; ce sont 
donc, comme je l'ai dit, des plantes à bon marché. A cet égard, 
du reste, le plus simple est de renvoyer les amateurs aux ca- 
talogues des grandes maisons qui cultivent les Orchidées, 
MM. Thibaut et Kéleleer, à Sceaux; Godefroy-Lebeuf, à Ar- 
genteuil; Van Houtte, Aug. Van Geert et la Compagnie conti- 
nentale d'horticulture, à Gand. 

La seule difficulté, pour celui qui veut commencer cette 
culture, réside dans le choix des espèces; toutes ne sont pas 
également belles, également faciles; toutes ne sont pas régu- 
lières dans leur floraison. Celles que l'expérience m'a fait 
regarder comme les meilleures à ces divers égards sont en 
première ligne (pour n'en nommer que dix) : 
*Le Ly caste Skinneri, 

le Maxillaria grandi (lora, 

les Cypripedium barbatum, insigne et villosum, 

le Cœlogine cristata, 

les Odoîitoglossum Alexandrœ et Rossi majus, 

les Masdevallia Tovarensis et amabilis. 

Tous les horticulteurs se font d'ailleurs un devoir d'indi- 
quer eux-mêmes quelles sont les espèces qui conviennent le 
mieux au genre de serre et à la température dont on dispose. 

Je m'estimerais heureux si la lecture de celte note enga- 
geait quelques-uns de nos confrères à essayer cette culture, 
aussi intéressante qu'originale, aussi brillante que peu ré- 
pandue. Les plantes sont plus reconnaissantes que les hom- 
mes, et les Orchidées, entre toutes, récompensent bien large- 
ment des quelques soins dont elles sont l'objet. 



OBSERVATIONS 

SUR LES ORCHIDÉES DE SERRE. FROIDE 

ParUm. GODEFROT-LEBEUF, A.-GEOFFROY SAl!VT-HILi\IRE 

et DU1.4L, 



(Extrait du Compte rendu stéuographique.) 



M. Godefroy-Leheuf : Dès que j'ai su que M. Zeiller devait 
taire une communication à la Société d'Acclimatation, j'ai 
demandé qu'on m'autorisât, ainsi que MM. Truffant etDuval, 
à mettre sous les yeux de mes collègues un certain nombre de 
plantes cultivées en serre froide. M. Truffaut, retenu par ses 
affaires, n'a pu répondre k l'appel. 

Les plantes que nous avons l'honneur de présenter peuvent 
toutes être cultivées en serre froide. En matière d'Orchidées, 
nous appelons serre froide une serre dans laquelle la chaleur 
peut descendre en hiver jusqu'à + 3 et même + 2 degrés. 
C'est un préjugé de croire que toutes les Orchidées demandent 
de la chaleur. La plupart de nos Orchidées de serre froide 
souffrent, au contraire, de l'aridité et de la température de 
nos étés. La température normale oscille entre 4- et 18 degrés 
au maximum. L'hiver, il est très facile de maintenir 18 de- 
grés ; en revanche, il est fort difficile, quand la température 
extérieure pendant l'été atteint 25 degrés, de maintenir une 
température ne dépassant pas 18 degrés. Aussi atténuons- 
nous les dangers de la surélévation de température en mouil- 
lant les sentiers, en ombrant, en fermant les ouvertures, etc. 

Dans les Orchidées froides, il y a deux sections distinctes. 
Celles qui proviennent des régions sèches, celles des plateaux 
du Mexique par exemple, celles qui habitent les régions hu- 
mides, les Orchidées alpines de l'Amérique Centrale et du 
Sud. Autant les premiers supportent facilement nos étés ar- 
dents, autant celles des régions montagneuses en souffrent. 

Si les Orchidées se répandent lentement en France, ce n'est 



ORCEIIDÉES DE SERRE FROIDE. 209 

pas parce que nous ne savons pas les cultiver, mais parce 
que nous nous faisons une idée fausse des soins qu'elles ré- 
clament. Le jour où on sera convaincu que les Orchidées sont 
aussi faciles à cultiver que les Géraniums, leur procès sera 
gagné. 

L'importation des Orchidées, qui oblige une seule maison 
anglaise à avoir dix-huit collecteurs, entraîne un mouvement 
commercial considérable. La Société d'Acclimatation doit 
encourager ce genre de commerce, parce que l'importation 
des plantes d'agrément est une source de renseignements qui 
conduiront à l'importation de plantes ou d'animaux d'un in- 
térêt plus pratique. Il est fort probable que le superbe Faisan 
de Rheinhard sera introduit par un des collecteurs d'Orchi- 
dées qui actuellement se préparent à. explorer les chaînes du 
Tonkin et de l'Annam. 

Les Orchidées fleurissent à toutes les époques de l'année; 
toutefois le moment le plus favorable pour la floraison des 
Orchidées froides s'étend de février à juin. Nous avons fait de 
notre mieux pour présenter quelques plantes en fleurs, quoi- 
que l'époque actuelle puisse être considérée comme la plus 
pauvre en fleurs d'Orchidées. 

Dans leurs pays d'origine, elles croissentsur les arbres, sur 
les rochers, dans les parties généralement aérées et exposées 
en pleine lumière. L'indifférent peut parcourir des forêts 
qui contiennent des quantités énormes d'Orchidées sans en 
voir une seule. Elles se sont placées au sommet des arbres, là 
où le soleil les éclaire et où elles hument l'humidité et l'air 
sain qui leur sont indispensables. C'est ainsi que, pour im- 
porter VOdontoglossum Aleœandrœ, on a été obligé de cou- 
per des milliers d'arbres, perte peu sérieuse dans des pays 
où les moyens de transport pour l'exploitation des bois font 
absolument défaut. 

Si les plantes alpines, et j'entends parce terme les plantes 
de la Colombie, de l'Equateur, toutes les espèces des Andes 
demandent de l'air, de l'humidité et une chaleur modérée, 
la cultuie des plantes des plateaux mexicains, qui générale- 
ment poussent en plein soleil, sur les arbres ou les roches ex- 

4* SÉRIE, T. m.— Avril 1886. 14 



210 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

posés à une chaleur sèche pendant plusieurs mois, est mal 
comprise. Elles réclamenl de l'air, de la lumière et du soleil. 
Ce sont les plantes par excellence à acclimater dans la région 
méditerranéenne. Elles ne craindront pas la chaleur de nos 
étés, et leurs bulhes bien aoûtées leur permettront de fleurir 
abondanunent pendant l'hiver et de résister à la température 
de la région de l'Oranger. 

Notre intention n'est pas de dire, pendant les moments 
que vous avez bien voulu nous accorder, quels sont les soins 
que ces plantes réclament ; nous avons simplement désiré 
monlrer à nos collègues les plantes les plus faciles à cultiver, 
celles précisément qui, par suite de la multiplicité des impor- 
tations, sont devenues aussi abordables à l'amateur que les 
variétés nouvelles de Coleus et de Géraniums. Contrairement 
à ces genres de plantes, plus une Orchidée vieillit, plus elle 
augmente de valeur. 

Nous restons à la disposition de tous nos confrères pour 
les renseigner sur les soins que chaque espèce réclame, et 
nous serons heureux de les guider aussi bien dans la culture 
de ces plantes que dans les introductions que leurs rapports 
avec les pays d'origine leur permettraient de tenter. 

Liste des plantes présentées en fleurs par MM. Godel'roy- 
Lebeuf et Duval : 



Brassavola caudata, Brésil. 
Ctelogyne cristata, Ncpaul. 
Colax jiigosus, Brésil. 
Cijnibidium ehurneum, As.saiii. 
Cypripediutn Boxalli, Birmanie. 

— insigne, Nepaul. 

— Chantim, Nepaiil. 
Houllelia Brocklelmrstiana, Brésil. 
Lœlia autumnalis, Mexique. 

— albida, Mexiijue. 

— cmceps, Mexique. 

— Daijanà, Brésil. 
Lijcasle Skinneri, Guatemala. 
Masdevallia Davisi, Equateur. 

— Hanyana, Colombie. 



Masdevallia ignea, Colombie. 

— Tovarensis, Venezuela. 

— Veitclii, Pérou. I 
Maltaria Cloivesl, Brésil. 
Odontoglossum Alexandrœ, Colombie. 

— Bicloniense, Mexi((ue. 

— cordiitum, Mexi(iue. 

— gloriosum, Colombie. 

— grande, Guatemala. 

— Insleaiii, Mexique. 

— Pescatorei, Colombie. 

— Rossi, Mexique. 
Oncidium onnthorhijnchum, Mexique. 

— Bogersi, Brésil. 
Zygopetaluin Mackayi, Brésil. 



ORCHIDKES DE SERRE FROIDE. 211 

M. A. -Geoffroy Sainl-Hilaire : M. Godefroy-Lebeuf a fait 
ressortir avec beaucoup de vérité les services que rend à la 
géographie, en général, et à l'histoire naturelle, en particu- 
lier, le collecteur d'Orchidées. M. Zeiller, dans sa note, vous a 
montré très clairement le concours que les Orchidées peuvent 
donner à la décoration des serres, et, même à la décoration 
des appartements, en vous démontrant, par des chiffres abso- 
lument précis, la durée étonnante de ces tleurs,et, par con- 
séquent, l'agrément qu'elles peuvent donner à nos demeures. 

Il y a un autre point de vue, qui me paraît n'avoir pas été 
indiqué, à l'occasion de cette très intéressante présentation, 
et que je vous demande la permission de vous signaler. De- 
puis vingt ans, ou, pour parler d'une façon plus précise, de- 
puis douze ans, il s'est produit dans le Midi de la France un 
mouvement très important au point de vue de l'horticulture : 
on a introduit, dans les jardins du littoral méditerranéen, 
toute une flore exotique, si bien que, dans beaucoup de pro- 
priétés de Cannes, de Nice, d'Hyères, aujourd'hui la flore na- 
turelle, ou plutôt la flore normale actuelle de nos jardins, qui 
est, pour la plus grande partie, une flore acclimatée, a abso- 
lument disparu pour faire place à une flore exotique, et en 
particulier à la flore australienne. 

Pour cultiver ces plantes de l'Australie, ces Palmiers, ces 
végétaux divers, qui font aujourd'hui l'ornement des parcs 
et des jardins de la Provence de la région de l'Oranger, pour 
un certain nombre d'entre elles au moins, des précautions sont 
nécessaires. Ainsi dans la villa Vigier, célèbre par les spé- 
cimens remarquables qu'elle contient, on a ménagé des abris 
sous des Eucalypius, sous des Oliviers, pour pouvoir ajouter 
aux plantes cultivées en plein air, à tous vents, des espèces 
plus délicates. Ainsi les Fougères de l'Amérique du Sud, les 
Fougères de l'Australie, sont venues chercher la protection 
des feuillages qui les préservent du rayonnement nocturne et 
des vents violents. Peu à peu, les Orchidées viendront, à 
leur tour, ajouter à la décoration de ces jardins nouveaux; 
elles apporteront le concours de leur floraison à ces sites 
que l'art a su rendre absolument agréables. 



212 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

AI. Godefi'oy-Lebeuf VOUS disait tout à l'heure que les Or- 
chidées supportent un abaissement de température de 2, S de- 
grés au-dessus de zéro. Les Orchidées employées dans l'ave- 
nir pour la décoration de ces abris, de ces fougeraies, étant 
faciles à transporter, pourraient être rentrées si l'on prévoyait 
des froids un peu rigoureux. D'ailleurs ces froids durent 
bien rarement plus de deux ou trois jours. Dans ces régions 
favorisées, nous avons des abris de Cannes et de Bambous, 
sous lesquels nous cultivons un certain nombre de plantes 
qui seraient trop délicates pour être exposées sans protection 
aux ardeurs du grand soleil, à la violence des grands vents 
et à l'action des petites gelées de ces pays. Ainsi, dans notre 
jardin d'IIyères, nous avons des abris qui couvrent environ 
20000 mètres, et sous lesquels nous cultivons un certain 
nombre d'espèces qui ne pourraient vivre tout à fait en plein 
air. 

Sous ces abris, sous ces claies protectrices, les Orchidées, 
et surtout les Orchidées sèches, celles qui ont besoin de peu 
d'humidité, celles du Mexique par conséquent, rendront les 
plus grands services, elles apporteront un élément de déco- 
ration utile, sinon un élément commercial important. La 
communication de M. Zeiller me paraît donc très intéres- 
sante, d'abord par les faits qu'elle vous signale et ensuite par 
l'attention qu'elle fixera, j'espère, sur l'utilisation qu'on peut 
faire des Orchidées pour la décoration de nos jardins du 
Midi. 

M. Duval : M. Geoffroy Saint-Hilaire a dit quelques mots 
sur les Orchidées de serre froide et surtout sur leur emploi 
dans le Midi. Si j'ai demandé à prendre la parole, c'est paice 
que la plupart des plantes que je présente ici ont été culti- 
vées dehors l'été dernier. Un proverbe dit : Aux innocents les 
mains pleines. Je crois que c'est vrai en ce qui me concerne. 
Voilà trois à quatre ans à peine que je cultive les Orchidées. 
J"ai l'ait pour elles ce que certains cultivateurs ont fait à Paris 
pour d'autres plantes; lorsque les Anglais ont introduit 
WAnUiurium Scherzerianum, celui-ci a été longtemps en An- 
gleterre uno plante aristocralique comme les Orchidées, et 



ORCIIIDÉKS DE SERRE FROIDE. 213 

n'était abordable que pour les bourses bien garnies. Quand 
cette plante a passé sur le continent, les horticulteurs fran- 
çais, nous devons le dire à leur louange, comme les Truffant, 
les Thibaut et bien d'autres, l'ont popularisée, et ils en ont 
fait ce qu'elle est devenue : une plante de premier ordre au 
point de vue commercial. Depuis, les cultivateurs de Paris 
qui s'occupent des fleurs coupées, et, entre autres, le plus 
célèbre, M. Ragonot, se sont mis à faire de VAnlhurium pour 
la fleur coupée pour les bouquets et corbeilles. Intelligem- 
ment comprise, sa culture s'est développée dans des propor- 
tions considérables. Eh bien, il en sera de même pour les 
Orchidées. Nous ne sommes absolument que des cultivateurs; 
nous travaillons dans un but tout à fait commercial, nous 
sommes un peu les maraîchers de l'horticulture, nous fai- 
sons des plantes pour les halles ou le marché parce qu'elles 
rapportent de l'argent, et nous tachons de le faire dans les 
meilleures conditions de prix possible pour les populariser 
et en vendre beaucoup; il faut donc absolument, quand une 
plante nous arrive dans les mains, il faut que cela marche, 
car, si ça ne marche pas, nous l'envoyons promener (Rires). 
Eh bien, voilà con^ment nous avons jusqu'à ce jour entendu 
la culture des Orchidées... je dis : nous, parce qu'il n'y a pas 
que moi; en somme, je ne puis pas revendiquer seul le droit 
de cultiver les Orchidées. Depuis que nous cultivons ces jolies 
plantes dans les environs de Paris, depuis que nous nous 
sommes emparés des Orchidées, nous arrivons à faire ce que 
vous voyez, des plantes comme les Odontofjlossum Alexandrœ 
que je vous apporte là. J'en ai une trentaine en fleurs, et 
M. Bergman, le grand jardinier en chef du château de Fer- 
rières, ayant visité nos cultures dernièrement, s'est trouvé 
tout à fait étonné devant notre serre les portes toutes grandes 
ouvertes; il y avait, dans la serre, 3 ou 4 degrés au-dessus 
de zéro. Voilà trois semaines que cela dure comme cela ; la 
porte a toujours été ouverte toute grande. Ces Oihnloylossum 
Alexandrœ ont donc fleuri, à peu de chose près, dans une 
atmosphère aussi froide que celle du dehors; les fleurs n'ont 
rien eu à souffrir de cela, et, au contraire, je crois qu'elles 



214 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

n'en sont que plus belles. Eh bien, en plus (me basant sur 
quelques renseignements qui m'avaient été donnés), l'année 
passée, beaucoup de ces plantes ont été mises dehors, notam- 
ment une cinquantaine à'Àlexcuidrœ, une grande quantité de 
Cattlei/as, une grande quantité de plantes mexicaines. J'ai 
fait l'aire chez moi un immense abri sous lequel nous culti- 
vons les Fougères, les Fougères du Brésil, entre autres les 
Cibotium, les Alsophilla, les Dichsotiia, etc. 11 y a longtemps 
que nous faisons cette culture, qui nous a très bien réussi ; et 
c'est sous cet abri que nous avons mis nos Orchidées de serre 
froide et de serre chaude. Celles-ci ont très bien poussé et se 
sont très bien comportées; j'ai envoyé à M. Godefroy-Lebeul 
une liste de plantes qui ont fleuri dehors, ce qui est beaucoup 
plus joli comme résultat. Nous avons eu, sous l'abri, des 
Odonloglossum Alexandrœ, des Caltleyas Mossiœ, des Cal- 
tleyas crispa, Gaskeliana Doiveana (c'est une plante assez 
rare), et une masse d'autres. 

Donc j'appuierai très fortement ce qu'a dit M. Geoffroy, je 
suis sûr que dans le Midi les Orchidées réussiront très bien. 
La seule chose peut-être à laquelle il faudrait faire bien at- 
tention, c'est quand le vent soufflera du côté du beau pays 
qu'on appelle l'Algérie; il ne faudrait pas trop leur laisser 
supporter ce vent-là, surtout pour les plantes de la Colombie, 
qui sont des plantes de montagne; on aura plus à les garantir 
contre cela que contre l'abaissement de la température, car il 
nous est arrivé que, le 16 août, à Versailles, le thermomètre 
a été fort bas, presque à zéro, chose qui ne s'est peut-être 
jamais vue, mais c'est un fait absolument vrai; mon chet 
de culture m'écrivait (j'élais à ce moment à Lyon) qu'on 
avait ramassé, le malin, un peu de givre sur les paillassons... 
Eh bien, toutes les Orchidées de serre froide étaient encore 
dehors et je tremblais très fort de les trouver anéanties ou 
très fatiguées; il n'en a rien été; les plantes étaient en très 
bon état, l'abaissement s'était fait moins sentir, il est vrai, 
sous l'abri qu'en plein jardin, mais enfin les plantes n'ont 
rien eu. J'ai eu le plaisir, il y a quatre jours, d'avoir la visite 
d'un Anglais, d'un des plus grands cultivateurs d'Orchidées, 



ORCHIDÉES DE SERRE FROIDE. 415 

avec son chef de culture, M. Sanders. qui m'a dit, à propos 
de nos Masdevallia, qu'il n'en avait jamais vu sur le conti- 
nent d'aussi beaux que les nôtres. « Comment laites-vous, avec 
votre climat, pour avoir des plantes comme cela? — Elles ont 
été dehors tout l'été, cette année, et on les a absolument 
noyées d'eau; on les bassinait avec les Fougères, comme on 
le fait avec les plantes très communes, et on les a soustraites 
au hàle et aux vents, et cela a très bien réussi. » La grosse 
affaire, comme dit M. Godefroy-Lebeuf, c'est d'empêcher que 
la sécheresse de l'air, que l'aridité de l'atmosphère ne nuise à 
ces petites plantes, qui, pour la i)Uipart, sont originaires des 
prairies et demandent sûrement à être dans une buée conti- 
nuelle. Je suis bien persuadé que, d'ici à quelques années, si 
nous pouvons avoir la chance de ne pas être tributaires des 
Anglais pour ces plantes, de les faire venir direclement des 
pays, d'être, en un mot, des importateurs, et alors, consé- 
quence forcée, de ne pas les faire payer trop cher, non seule- 
ment nous aiderons à la popularisation de ces adorables 
plantes, mais nous aurons développé le goût de leur culture, 
et nous aurons victorieusement détruit la légende qui con- 
sistait cà croire que les Orchidées sont difficiles à cultiver, 
d'autant plus que nous n'avons pas pour habitude de cacher 
nos procédés, et qu'il est toujours très facile de trouver chez 
nous autres, maraîchers de l'horticulture, comme je l'ai dit 
en commençant, de trouver toujours, dis-je, les renseigne- 
ments qu'on voudra bien nous demander; nous ne cachons 
rien et nous ne faisons pas de la culture à portes fermées; 
nous ne demandons pas mieux que de les ouvrir toutes gran- 
des à tous les amis des plantes, amateurs ou horticulteurs, 
pour la plus grande gloire des plantes et de l'horticulture 
française. 



II. EXTRAITS DES PROCÈSUERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ- 



SÉANCE GENERALE DU 5 MARS 1886. 
Présidence de M. Saint-Yves Méxard, Trésorier. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

r> /i m • j \ oc 1 p (Comte d'Eprémesnil. 

Belbeuf (le Marquis de), 35, rue Jean-Gou- \ , ^ /v. o • ..-. • 

, \ • A.GeoftroySaint-Hilaire. 

ion, a Pans. / ,, ■ i c- ■. 

•' [ Marquis de Sinely. 

_.,„., ^ , , „ , . A, Bertboule. 

Bernay (Emile Henri , Consul de France a \ . ^ ^ . , . , „., . 

rr • \i, N . oo j r. 'ni A. Geoffroy Saint-Hilaire, 

Tauris(Perse), et 83, ruede Pasfv, a Pans. / ,, . j „. ,, 

^ ' -^ lAIarquis de Sinety. 

Laurent (Marcel), propriétaire, 12, rue Fran- ( A. Geoffroy Saint-Ililaire. 

çois I", à Paris, et au château delà Ferlé- < Marquis de Sinéty. 

Vidame (Eure-et-Loir). ( de Vatimesnil. 

Mayen (Alfred), directeur de la Compagnie f Douât. 

d'assurance « La Prévoyance », 23, rue de ] A.Geoffroy Saint-Hilaire. 

Londres, à Paris. ( Saint-Yves Ménard. 



Rogier (René), banquier, 69, rue Bannies, à \ 
Orléans (Loiret). ) 



A. Bertboule. 
A.Geoffroy Saint-Hilaire. 
Saint-Yves Ménard. 



r. /n ' m ■ M- N • ', • , E. Caiolv. 

Roman (René Maximilien), propriétaire, au \ , 

1 «, J r" /v \ ■ A. ijertiioule.. 

château de Gur^s^ (Yonne). / ,, • , o- .. 

^° ^ ' [ Marquis de Sinéty. 

— M. le Président annonce que, sur l'initiative de la Société centrale 
de médecine vétérinaire, une souscription publique vient d'être ouverte 
pour élever un monument à la mémoire de M. Henri Bouley, notre re- 
gretté Président, et il donne lecture de la circulaire suivante, qui a été 
adressée à cette occasion au Conseil : 

« Paris, le 10 janvier 1886. 
» Monsieur, 

» A la nouvelle de la mort de M. Henri Boulev, la .Société de méde- 
cine vétérinaire de la Gironde, a la première émis « le vœu qu'un mo- 
» nument fût élevé à sa mémoire par l'initiative de la Société centrale, 
» comme expression des sentiments de reconnaissance et de respec- 
» tueuse vénération que tous les vétérinaires de France seront heureux 



PROCÈS-VERBAUX. 217 

» de manifester en aveur du grand Maître qui honora si dignement, 
î toute sa vie, la profession de vétérinaire ». 

» Le jour même des funérailles, le Président de notre Société rece- 
vait l'avis de ce vœu, qui était d'ailleurs dans le cœur et dans l'esprit 
de tous nos collègues, et, dès sa première réunion, la Société centrale 
a été unanime pour nommer une Commission chargée de l'exécution. 

(]etle Commission a décidé : 

» i" Que par ses soins un monument serait élevé à la mémoire de 
M. Bouley; 

» 2» Que ce monument serait placé à l'École d'Alfort, où s'est écoulée 
la plus grande partie de sa vie scientifique et professionnelle; 

» 3° Qu'il serait fait apt»el, par voie de souscription, à tous les Vété 
rinaires de France et de l'Étranger, au corps médical, à toutes les Com- 
pagnies savantes auxquelles M. Boulev a appartenu, à tous les amis 
de la science et à tous les amis particuliers, si nombreux, du savant à 
jamais regretté, pour participer à cette souscription, à laquelle la So- 
ciété de la Gironde s'était déjà inscrite pour une somme de deux cents 
francs. 

3) En conséquence, nous venons vous informer que la souscription 
est ouverte à la librairie Asselin et Houzeau, place de l'Êcole-de- 
Médecine, à Paris, éditeurs du Recueil de Médecine vétérinaire, dont 
M. Bouley a été pendant cinquante ans le rédacteur en chef, en vous 
priant de vouloir bien y prendre part. 

» Cette souscription sera close après un,'délai de trois mois. 

» Veuillez agréer l'assurance de nos sentiments les plus distingués. 

les membres de la commission executive : 

MM. GouBAUX (Arm.), Directeur de l'École Vétérinaire d'Alfort, 

Président. 
Cagny (Paul), Membre de la Société centrale de Médecine 

vétérinaire. 
Leblanc (C), id. 

Mathieu (E.), id. 

Prévost (Cli.), id. 

Sanson (André), id. 

Signol, id. 

Webeb , id. 

W Meubiot. 
Léon IlouzEAU. 

» Le Conseil, saisi de cette communication, ajoute M. le Président, a 
inscrit la Société d'Acclimalation, sur la liste des souscripteurs, pour la 



218 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

somme de 200 francs; puis il a décidé qu'eu dehors de celle manifesla- 
lion, aucune souscription ne serait organisée dans le sein de la Société 
d'Âcclimat;Uion ; mais il a exprimé le vœu que tous les membres fus- 
sent mis au courant de celte situation, et que chacun pût, s'il lui con- 
venait, prendre part individuel! enienl à la souscription. » 

— M. Jules de Guerne adresse des remerciements au sujet de sa ré- 
cente admission dans la Société. 

— M. E. Joly accuse réception et remercie de l'envoi qui lui a été fait 
d'une hase et d'un mâle de T.apin argenté. 

— M. Pays-Mellier écrit de la Pataudière : « Dans une noie publiée 
dans le Bulletin de la Société nationale d'Acclimatation de novembre , 
dernier, M. E. Delloye, de Hauchis (Belgique), annonce que son cheptel 
de Cerfs nains de Chine a réalisé les espérances dont il faisait part en 
février dernier et qu'un rejeton vif et gai était né. 

» Notre honorable confrère ajoute : « Ce petit animal semble très rus- 
» tique et d'un élevage facile, pourvu que la mise bas se fasse à des 
» époques où la température est assez douce ; c'est ainsi que j'attribue 
» la mort des deux autres jeunes obtenus précédemment à la rigueur 
s de la température, au moment de leur naissance. 

5 Je ne doute pas que ces petits Cervidés ne se reproduiront avec 
» grande facilité dans nos forêts, dès que, par des reproductions succès- 
» sives, les époques du rut et de la mise bas seront en concordance avec 
» nos saisons. 

» Celle espèce semble très prolifique, car la femelle reçoit les avan- 
» ces du mâle aussitôt la mise bas et à toute époque de l'année. C'est 
» ainsi que, cette fois, le mâle a poussé les cris qui caractérisent l'épo- 
» que du rut peu de jours après la naissance et qu'il poursuivait déjà la 
» femelle de ses assiduités. 

» Il est difficile de préciser, d'après mes dernières observations, 
» l'époque et la durée de la gestation ; en tout cas celle-ci ne paraît pas 
» dépasser six mois. » 

j A cela je réponds que le Cerf nain de Chine {Cervulus Reevesii) 
est d'une rusticité à toute épreuve ; que la mort des deux jeunes obte- 
nus par M. Delloye ne doit pas être attribuée à la rigueur de la tempé- 
rature, au moment de leur naissance, parce qu'ici, à la Pataudière, j'ai.eu 
des naissances en plein hiver, par les plus grands froids, et que nous 
trouvions les jeunes, nés dans la nuit, quelquefois dans la neige, se 
promenant gaillardement et suivant la mère dès le matin. 

» Le mâle, en efi^et, poursuit la femelle de ses assiduités, aussitôt la 
mise bas, et la durée de la gestation est de six mois. Ainsi on a tou- 
jours deux mises bas par an régulièrement, mais d'ua jeune seulement 
à chaque fois. 

» On peut laisser ensemble plusieui's mâles de ces jolis petits ani- 
maux, car, bien que polygames, ils ne se querellent point contrairement 



PROCÈS-VERBAUX. 219 

aux autres espèces de Cerfs, qui, aux époques du rut, deviennent furieux 
et terribles et qui se tuent bien souvent entre eux. 

» J'ai un petit troupeau de Cerfs nains de Reeves dans un tout petit 
enclos et les mâles, plus nombreux que les femelles, vivent tous en- 
seml)le, sans jamais être séparés de ces dernières. 

» Malheureusement, les Biches de cette espèce produisent ici tou- 
jours plus de mâles que de femelles. 

» CeKe charmante espèce si prolifique sera donc assurément une 
bien précieuse acquisition pour nos forêts, si l'on peut (ce que j'espère) 
la faire assez connaître, assez apprécier surtout, et la répandre de 
façon à enrayer cette routine et cette incréilulilé qui en France, plus 
que partout ailleurs, empêchent tout essai en acclimatation et tout 
progrès. » 

— M. le capitaine Mengin rend compte de la perte du mâle de son 
cheptel de Colombes poignardées. 

— 31. Audap adresse un compte rendu de ses éducations de Canard 
Pilet. (Voy. au Bulletin.) 

— M. iMichaux, professeur de pisciculture à l'école pratique d'agri- 
culture des Merchines, par Vaubecourt (Meuse), veut bien promettre 
son concours à la Société en vue de la propagation de l'industrie aqui- 
cole : « Depuis trois ans, écrit M. Michaux, l'enseignement de la pisci- 
culture est entré dans le programme des études à l'École d'agriculture 
des Merchines, et chaque année 6 à 70J0 œufs sont mis en incubation 
dans le laboratoire annexé à l'École; les uns sont fécondés par les 
élèves et leur professeur, les autres, achetés tout embryonnés. 

s L'espèce traitée pendant la saison d'hiver est la Truite, et le produit 
des opérations est lancé dans les cours d'eau où ce poisson est déj.à 
répandu. » 

— M. Plouin écrit d'Hécourt (Eure) : « Mes essais de pisciculture, en 
1884 et 1885, ont assez bien réussi, malgré de nombreuses difficultés. 
Cette année me donne plus de satisfaction. Nous avons eu en janvier 
une nuit à 10 degrés au-dessous de zéro et, grâce au local, sans chauf- 
fage, je suis resté à 5 degrés et toujours à 3 degrés pour l'eau. C'est une 
grande préoccupation de moins, une difficulté vaincue. 

» Je ne puis me procurer l'eau qu'en l'élevant, mais c'est un détail. Je 
n'ose pas espérer créer une chute; cependant c'est possible, (juestion de 
temps et d'argent. J'ai mis sur les claies 1^2 000 œufs; "20U0 ont été 
mauvais. Ce qui me reste est en très bon état. J'ai un tiers d'éclos, les 
deux autres tiers, retardés par une fécondation plus récente et par la 
température de l'eau, écloront plus tard, soit d'ici vingt ou vingt-cin(| 
jours. 

î Je pourrai, de celte façon, gagner le temps chaud, ce qui me per- 
mettra d'avoir les petits insectes d'eau dont les alevins sont très 
friands. Je compte bien n'en perdre que très peu, de 5 à 10 pour 100. 



220 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

» Noire rivière (la Dure) est très bonne pour la Truite. J'en ai vu de 
toutes grosseurs, mais alors la pêche appartenait à l'État. I.e bracon- 
nage a fait son œuvre. Plus rien ! On peut réparer le mal en cinq ans; il 
faut surveiller et être sévère, demander le rétablissement des échelles, 
protéger la reproduction, et.". » 

— M. Ernest Covelle, directeur de l'établissement cantonal de pisci- 
culture de Genève, écrit à M. le Secrétaire des séances : « M. Jaeger, 
membre de la Société d'Acclimatation, m'a transmis les Bulletins men- 
suels dans lesquels j'ai lu avec beaucoup d'intérêt vos remarquables 
articles sur la pisciculture à l'étranger. Je me permets de vous deman- 
der un renseignement sur les Coregonus alhiis. 

» Depuis l'année dernière le gouvernement fédéral reçoit d'Amérique 
des œufs de Coregonus albiis; W m'en a envoyé à l'établissement que 
je dirige. ]>es alevins éclos sont mis dans le lac Léman. Je voudrais 
savoir si le Coregonus albus, qui habite les grands lacs américains, fraye 
le long des bords ou à une certaine profondeur, alin de pouvoir mettre 
les alevins en liberté soit près des bords, soit en avant au-dessus d'une 
certaine profondeur. Nous avons dans le lac l.énian deux espèces de 
Gorégones : le Gorégone Fera, qui fraye en février, au fond, entre 40 et 
150 mètres, et le Gorégone Gravenche, qui fraye au bord, en novembre et 
décembre. 

» Les alevins de Fera doivent passer leur premier âge à une grande 
profondeur, car on n'en voit jamais près des bords, tandis que les ale- 
vins de Gravenche naissent sur les bords à fond de gravier et ne ga- 
gnent que plus tard les grandes profondeurs. Si donc vous pouviez me 
renseigner sur les mœurs du Coregonus albus, cela me rendrait ser- 
vice. 

» L'établissement de pisciculture, que je dirige depuis deux ans, ap- 
partient à l'État de Genève, il a été créé surtout pour l'élevage des œufs 
de Truite des lacs que nous faisons pécher dans le Rhône au moment 
du frai; on ne prend guère alors que des sujets de 4 à 17 kilogrammes, 
qui donnent de gros œufs (de 8000 à 6000 au kilogramme), le diamètre 
de ces œufs variant de 5""", 76 à 6'"'", 50. 

» Par suite de grands travaux entrepris pour la régularisation du 
niveau du lacet la construction d'établissements pour l'emploi de forces 
motrices du Rhône, la pêche n'a pu être très productive celte année. 
Je n'ai obtenu que 200000 œufs environ. On peut en temps ordinaire 
en récolter beaucoup plus. Les alevins, une fois la résorption de la vési- 
cule accomplie, sont répandus dans le Rhône, oîi ils restent jusqu'en 
automne, époque où presque tous regagnent le lac. Ils y passent l'hiver 
et reviennent au printemps suivant dans le Rhône, pesant en moyenne 
de 100 à 125 grammes. » 

Dans une seconde lettre, M. Covelle remercie, en ces termes, des 
renseignements qui lui ont été adressés d'après sa demande : « Je vous 



PROCÈS-VERDAUX. 221 

^ 

remercie infiniment de l'empressement que vous avez mis à me répon- 
dre. Les renseignements que vous me donnez sur les Corégones me sont 
précieux, voici pourquoi. J'ai à mellre à l'eau la plus grande partie de 
200000 alevins qui finissent d'éclore, et je n'étais pas encore fixé sur 
l'endroit oîi il fallait les lâcher. Si, comme vous me le dites, le Corc- 
gonus albus vient frayer près des bords, comme d'ailleurs presque tous 
nos Corégones, sauf la Fera, il vaut mieux mettre les alevins en liberté 
au-dessus de la partie oîi le fond du lac commence à descendre, ce que 
nous appelons ici le bord du mont. La grève s'étend sur une largeur 
très variable, depuis quelques mètres jusqu'à 200 ou 300 mètres, avec 
une profondeur de 2 ou 3 mètres seulement; puis le fond descend rapi- 
dement pour atteindre, dans la partie du lac qui nous avoisine, jusqu'à 
AO ou 50 mètres. L'important est de mettre les alevins en dehors du 
chemin suivi par les nombreux bancs de petites Perches qui sont très 
voraces et qui mangent les quatre-vingt-dix-neuf centièmes du produit 
du frai des Gardons et des Ahlettes. Ces bancs de Perchettes se mon- 
trent, depuis le mois d'avril ou de mai, près des bords. En mettant les 
alevins de Gorégone en avant de la gvève, ils seront un peu à l'abri des 
poissons voraces. 

» J'ai reçu de Berne, en même temps que les œufs de Gorégone , une 
dizaine de mille œufs de Truite saumonée américaine, dont on n'a pas 
pu me donner le nom exact. Les alevins commencent à éclore. J'en 
lâcherai la plus grande partie dans le Rhône avec nos alevins de Truite; 
mais j'en garderai quelques centaines que j'élèverai dans un grand bassin 
d'une de nos promenades publiques, otjjai déjà élevé des Truites qui 
ont bien réussi. 

» L'établissement de pisciculture de Genève est neuf; il a été con- 
struit il y a quatre ans, d'après les plans des meilleurs établissements. 
11 contient quatorze tables doubles en ciment de 2"',50 sur 70 centimè- 
tres de large et 15 à 18 de profondeur, pour l'incubation des œufs de 
Truite. Dans ces tables je dispose des claies en toile métallique sur 
lesquelles se mettent les œufs. Dès que tout est éclos, j'enlève les claies 
et les alevins se développent sur une couche de gravier dont le fond est 
garni. 11 n'y a que deux ans que j'ai la direction de cet établissement et 
l'année dernière j'ai élevé 250000 alevins de Truite. La perte totale n'a 
pas excédé 5 pour 100. Cette année j'ai le même nombre à peu près, et 
la perte en œufs mauvais est plutôt plus faible. 

» J'ai ajouté à l'établissement des grands aquariums que je possédais 
et dont je me sers pour l'éclosion des œufs de Gorégone, par une ap- 
plication modifiée des appareils coniques. Nos appareils coniques sont 
faits avec de grands entonnoirs en verre, de sorte que l'on voit au tra- 
vers ce qui se passe. Les alevins éclos tombent dans l'aquarium et 
nagent autour des entonnoirs. Chaque aquarium (il y en a quatre acco- 
lés) a r,iO de long, O^.OO de large et 0^45 d'eau. Les entonnoir» 



222 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

ont 0"\30 de diamètre en haut. Du dernier aquarium l'eau tombe dans un 
appareil en zinc qui contient aussi des œufs de Corégone. C'est un 
appareil cylindrique où l'eau arrive par le tour; il est connu et men- 
tionné dans vos rapports. 

j L'eau nous est fournie par la ville de Genève; elle arrive avec une 
pression de 1 d/2 atmosphère, ce qui permet de la distribuer dans les 
tables d'éclosion au moyen de robinets munis d'appareils d'aérage, et 
dont elle n'a d'ailleurs guère besoin. Elle est, en général, parfaitement 
limpide et n'a pas besoin d'être filtrée. Après plusieurs jours de gros 
vents du nord elle se trouble fréquemment; mais je ne me suis pas 
aperçu que le dépôt qu'elle contient ait fait du mal aux œufs. Tels sont 
les quelques détails que je puis vous donner rapidement... 

» Vous avez visité l'établissement de Gremat, dirigé par M. Lugrin. 
Cet établissement, qui va très bien, a été créé sur les indications de 
M. le docteur Mayor et les miennes. Nous avons fait tout le travail 
théorique sur la manière de nourrir les Truites avec de la nourriture 
vivante. M. Lugrin a passé de la théorie à la pratique, et il a réussi au 
delà des prévisions dans la production de celle nourriture. » 

— M. Uaveret-Wattel signale le développement, chaque jour plus con- 
sidérable, que la pisciculture prend aux États-Unis. Au laboratoire 
d'éclosion de Cold Slream, à Enfield (Maine), 700 000 œufs de Saumon 
ont été mis en incubation cette année pour le repeuplement de la rivière 
Penobscol. Exécutés sur une très vaste échelle, les travaux d'empois- 
sonnement donnent, dans l'Etat du iMaine, des résultats on ne peut plus 
satisfaisants. Dans plusieurs cours d'eau, qui avaient été complètement 
dépeuplés, le poisson est aujourd'hui redevenu plus abondant qu'on ne 
l'avait vu depuis vingt-cinq ans. 

— M. Zipcy, sous-directeur et professeur à la ferme-école de Chavai- 
gnac (Haute-Vienne), nous écrit : « Depuis quelques années déjà, je 
m'occupe d'une façon spéciale de la culture des eaux (Salmonidés et 
Cyprins) et de leur repeuplement par les moyens les plus simples et les 
plus pratiques. 

î La pisciculture , malheureusement délaissée jusqu'à ce jour, est 
appelée à produire, quand elle sera suffisamment connue et convenable- 
ment pratiquée, de remarquables résultats dans tous les pays qui^ 
comme le Limousin, possèdent une grande (juantité d'eaux en sources, 
ruisseaux, étangs, etc. 

» Le point capital en ce moment est de prêcher par l'exemple. Il 
s'agit de faire voir et saisir les résultats obtenus, par des moyens à la 
portée de tout le monde, simples et économiques. C'est le but de mes 
travaux; en un mol, faire passer la science piscicole dans le domaine 
de la pratique, améliorer la situation du cultivateur et produire une 
<:]uanlité considérable de nourriture à un prix relativement bas. 

î Si la Société nationale d'Acclimatation de France me fait l'honneur 



PUOCÈS-VEUliAUX. 223 

de in'eiicourager dans mes travaux et mes recherches, dans l'intérêt 
commun, je lui en serai très reconnaissant. » 

— M. Uupic, membre du Conseil général de hi Creuse, écrit de Gen- 
tioux : « Vous avez bien voulu m'écrire au sujet de mes essais de pisci- 
culture. Je serai très heureux de profiter de vos conseils et de vos 
offres. J'ai d'abord fait réussir quelques œufs pour moi; puis, depuis 
quelques années, j'en ai fait éclore pour le déparlement de la Creuse, 
qui m'en a confié cette année cin(]uante mille, destinés à repeupler les 
rivières de la contrée. J'ai assez bien réussi l'éclosion; mais je n'ai pas 
encore pu nourrir les alevins, que je suis obligé de verser dans les 
cours d'eau dès que la vésicule a disparu. J'ai essayé plusieurs fois de 
meltre dans les bassins de la viande ou des œufs cuits, mais tout ce que 
je plaçais dans l'eau se couvrait de mousse et ne tardait pas à la cor- 
rompre. Je serais très heureux de pouvoir nourrir les alevins pendant 
quelque temps, car je crois qu'ils réussiraient mieux s'ils étaient plus 
forts au moment où ils sont versés dans les ruisseaux. 

» Si vous voulez bien me coulier des œufs ou des alevins qui puissent 
réussir dans des eaux froides et vives, je suis entièrement à votre dis- 
position. 

» Je m'occupe aussi beaucoup de sylviculture. Si vous désirez faire 
essayer des graines à une altitude de 8 à 900 mètres, je le ferai avec 
plaisir. » 

— MM. les préfets des Hautes-Alpes, de la Charente-Inférieure, de la 
Dordogne, du Doubs, de la Haute-Garonne, de l'Indre, d'Iudre-et-Loire, 
de l'Isère, des Pyrénées-Orientales, du Rhône, de la Haute-Saône, de la 
Seine, de Tarn-et-Garonne et de la Vendée, adressent des réponses aux 
demandes de renseignements qui leur ont été faites sur la situation de 
la pisciculture dans leurs départements. — lîemerciemenls. 

— M. Gobin, professeur départemental d'agriculture à Auxerre, écrit 
à M. le Secrétaire général : « Je suis extrêmement flatté de la demande 
que vous avez bien voulu m'adresser, de vous communi(juer mon tra- 
vail sur la pisciculture. 

» Je regrette bien vivement de ne pouvoir accéder en ce moment à 
voire désir. Ce travail, manuscrit et dont je n'ai point de copie, est en 
discussion à la Société nationale d'agriculture de France ; la section 
d'Économie des animaux a remis la séance à la mi-mars. J'espère qu'il 
obtiendra une récompense; je ne puis donc le reprendre. 

» Je puis vous indiquer succinctement en quoi consiste ce travail tout 
théorique, ce qui m'a semblé le devoir faire ressortir de la Société na- 
tionale d'agriculture plutôt (jue de la Société d'Acclimatation qui veut 
des faits accomplis. H se compose de trois mémoires : 

» 1" Migrations et hibernation des poissons; causes; latitudes; pro- 
fondeurs; zones d'eaux à température constante; le rôle de la vessie 
natatoire ; études à entreprendre ; 



224 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

» 2" Exploiralion des mers; poissons liltoraux sédentaires; les frayè- 
res; les herbiers ; les fonds ; nature du sol et des rochers ; les réserves 
doivent être permanentes et non alternantes; protection aux œufs et 
aux alevins ; 

» 3° Étude des courants qui intéressent le littoral de la France; in- 
certitude des notions à cet égard; le Gulf Stream; le Rennel; le cou- 
rant de la Manche; celui de la Manche àl'Elbe; le courant de Gibraltar; 
le courant circulaire de la Méditerranée; l'influence des courants sur 
les migrations des poissons, sur les bancs naturels d'Huîtres, sur la 
multiplication des Moules, etc. 

» Ce ne sont point des études faites, mais des études proposées et 
une direction indiquée. 

» Ceci établi, Monsieur le Secrétaire général, je ne puis que vous 
répéter qu'une fois redevenu maître de mon travail, dans quelque con- 
dition que ce soit, je m'empresserai de vous le transmettre et de l'of- 
frir à la Société, si vous pensez qu'il puisse avoir pour elle quelque 
intérêt. » 

— M. d'Audeville adresse des renseignements sur son élevage d'Om- 
bles-chevaliers à la pisciculture du château d'Andecy (Marne). 

— M. L. Véron, ancien lieutenant de vaisseau, écrit du manoir du 
Grand-Moros, près Concarneau, qu'il s'intéresse vivement à la piscicul- 
ture et qu'il serait très heureux de pouvoir contribuer au développe- 
ment de cette industrie, pour laquelle il y aurait beaucoup à faire 
dans le département du Finistère, autrefois très riche en Saumons. 

— M. E. Thomas, directeur de la station agronomique du Lézardeau 
et du laboratoire départemental du Finistère, auquel des renseigne- 
ments ont été demandés sur les expériences de pisciculture entreprises 
à la station, remercie la Société de l'intérêt qu'elle prend à ses travaux 
et veut bien lui promettre de la tenir au courant du résultat de ses 
essais. 

— M. Paul Boissel, graineur et éducateur à Bessèges (Gard), écrit à 
M. le Secrétaire général : « Je lis dans le Petit cultivateur du 14 fé- 
vrier que M. Fallou, de la Société nationale d'Acclimatation, a fait une 
importante communication sur les races de Vers à soie exotiques. 

» Depuis 1867, je m'occupe de l'industrie séricicole. Possédant et 
cultivant les principales races françaises, j'ai l'honneur de me mettre à 
la disposition de la Société pour lui fournir gratuitement les types de 
Vers qu'elle pourrait désirer. 

» Je pourrais également faire essayer par mes éducateurs les races 
exotiques que M. Fallou a étudiées, et je me ferais un devoir de porter 
à sa connaissance toutes les expériences faites et les renseignements 
fournis par les éducateurs. » 

— M. Madelain, directeur des jardins publics de la ville de Tours, 
écrit en date du 25 février 1886 : « J'ai, dans le Jardin public de Tours, 



PROCÈS-VERBAUX. 525 

deux Palmiers qui accomplissent leur troisième hiver à la pleine terre, 
sans avoir souffert du froid. Ces arbres sont abrités par un coffre recou- 
vert d'un châssis. Ce sont le Pritchardia filifera et le Cocos australis, 
plus connu sous le nom de Diplotemium campestre. J'ai également un 
Phormium tenax à feuilles panachées, qui a bien résisté. » 

— En annonçant l'ouverture du scrutin pour l'élection du Bureau et 
(l'une partie des Membres du Conseil, M. le Président rappelle que le 
Conseil a décidé qu'en signe de deuil il ne serait pas procédé cette an- 
née à la nomination d'un Président, en remplacement de M. Henri Bou- 
ley, décédé le 30 novembre dernier. 

iM. le Président désigne, pour faire le dépouillement des voles, une 
Commission composée de MM. J. Cloquet, E. Decroix, J. Fallou, Mégnin 
et Paillieux. 

— M. Hédiard dépose sur le bureau : 

1» Des bulbilles d'Igname de la Martinique et un échantillon d'Igname 
couscouche, variété d'excellente qualité, à chair blanche, très fari- 
neuse et à rhizome peu profond; 

2" Une courge Carabassette du Pérou, très bonne variété, cultivée en 
Algérie depuis plusieurs années et susceptible d'être cultivée même sous 
le climat de Paris, en renouvelant fréquemment la graine ; 

3° Des semences de Haricot Saint-ciboire, variété introduite, en 1883, 
par notre collègue, qui l'a trouvée très productive; c'est un Haricot sans 
rames, à grain très farineux et à gousse sans parchemin; 

4" Des noix de Cocos provenant de la Martinique. M. Hédiard signale 
à celte occasion l'emploi qui est actuellement fait de l'enveloppe fibreuse 
des noix de Coco pour la confection des tapis-brosses; cette fabrication a 
lieu particulièrement en Auvergne. 

— M. le Secrétaire général donne lecture d'une Note de M. Créput, de 
Missergbin, sur l'élevage de l'Autruche en Algérie. (Voy. au Bulletin.) 

Au sujet d'un passage de cette Note, signalant l'abaissement très con- 
sidérable subi, dans ces dernières années, par le prix des plumes d'Au- 
truche, M. Geoffroy Saint-Hilaire communique à l'assemblée des rensei- 
gnements très intéressants, adressés par M. Laloue , sur les causes des 
abaissements des cours, sur l'importance du commerce des plumes et 
sur les avantages que peut présenter l'élevage de l'Autruche. (Voy. au 
Bulletin.) 

— M. Hédiard fait connaître que les œufs d'Autruche trouvent à Paris 
un certain débouché ; ces œufs se vendent généralement de 5 k 6 francs 
la pièce. Depuis quel(|ue temps, des industriels ont même eu l'idée 
d'imiter ces œufs par des moulages en plâtre, qu'ils vendent pour des 
œufs naturels. 

— M. Pichot donne communication d'une lettre qui lui est adressée 
des État-Unis concernant la création d'une ferme-école à Autruches en 
Californie. (Voy. au Bulletin.) 

4« SÉRIE, T. ni. - Avril 1886. 15 



226 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

M. le Secrétaire général rappelle à ce sujet que , déjà sur un très 

grand nombre de points, on a essayé l'élevage de l'Autruche : dans la 
Caroline du Sud, dans la République Argentine, à la Réunion, à l'île 
Maurice, en Australie. La production est devenue, par suite, très al)on- 
dante, et, en outre, la plume étant, pour le moment, moins à la mode 
qu'il y a quelques années, le prix devait forcément baisser. 

— M. Raveret-Wattel signale que, d'après un article récemment pu- 
blié par le journal anglais : The Colonies and India, l'élevage de l'Au- 
truche tendrait actuellement à être délaissé dans la colonie du Cap, oîi 
l'on ne trouve plus suffisamment rémunérateurs les produits de cette 
industrie et où l'on préfère s'occuper de la production de la laine. De 
ce côté, la concurrence ne paraît donc plus à craindre pour les éleveurs 
d'Autruches de l'Algérie. 

— M. Berthéol présente différents appareils de pisciculture dont il est 
l'inventeur. 11 soumet notamment une auge perfectionnée pour l'éclo- 
sion des œufs de Salmonidés; Cette auge, de dimension suffisante pour 
recevoir 3000 œufs de Truite ou de Saumon , est accompagnée d'un ou- 
tillage complet de pisciculture: filtre pour l'eau, thermomètre, pince à 
enlever les œufs gâtés, filets pour puiser les alevins , brosse pour le 
nettoyage des appareils, loupe servant à l'examen des œufs, ardoise en- 
cadrée, avec crayon, pour enregistrer les observations faites, etc. Le 
tout, complété par une instruction sommaire sur les soins à donner aux 
œufs et aux alevins, est livré au prix de 20 francs. Des appareils de plus 
grande dimension, construits d'après le même système, peuvent rece- 
voir jusqu'à 20 000 œufs et servir en outre de bacs d'alevinage. 

— M. Raveret-Wattel signale lesavantages que présente l'emploi de 
semblables appareils, depuis longtemps adoptés dans plusieurs pays 
étrangers. En Allemagne, oîi l'enseignement de la pisciculture est très 
répandu, on apporte, à bon droit , une sérieuse attention à la question 
des appareils. Depuis longtemps déjà, l'Académie forestière de Tharand 
(Saxe) a recommandé l'emploi d'un outillage analogue à celui que pré- 
sente M. Berthéol, et cette mesure a beaucoup contribué à la vulgarisa- 
tion de la pisciculture dans le pays. 

— M. le Président fait connaître le résultat du scrutin. Le nombre des 
votants était de 283. (Outre les billets déposés dans l'urne par les Mem- 
bres présents, beaucoup de bulletins avaient été envoyés sous plis ca- 
chetés et contresignés.) 

Les votes ont été répartis de la manière suivante : 



Vice-Frésidents : iMM. D-- Ern. Cossou 280 

Comte d'Éprémesnil 279 

De Quatrefages 283 

Marquis de Sinéty 282 

Secrétaire général : A. Geoffroy Saint-Hilaire 264 



PROCÈS-VERBAUX. 227 

Secrétaires : E. Dupin 281 

Maurice Girard 281 

Raveret-Wattel 280 

Flury-Hérard 278 

Archiviste-bibliothécaire : Amédée Berthoule 2(37 

Membres du Conseil : D-" Paul Brocchi 278 

Camille Daresle 280 

Alfred Grandidier 280 

Edgar Roger 279 

En outre, d'autres Membres ont obtenu des voix pour diverses fonc- 
tions. 
En conséquence, sont élus pour l'année 1886: 



V ice-P résidents : MM. 



Secrétaire général 
Secrétaires : 



Archiviste-bibliothécaire 
Membres du Conseil : 



D'' Ernest Cosson. 
Comte d'Éprémesnil. 
De Quatrefages. 
Marquis de Sinéty. 
A. Geoffroy Saint-Hilaire. 
E. Dupin. 
Maurice Girard. 
Raveret-Wattel. 
Flury-Hérard. 
Amédée Berthoule. 
D"" Paul Brocchi. 
Camille Dareste. 
Alfred Grandidier. 
Edgar Koger. 



Le Secrétaire des séances, 
Raveret-Wattel. 



I. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS- 



DEUXIEME SECTION. 

SÉANCE DU 2 FÉVRIEU 1886. 
Présidence de M. Huet, Président. 

31. Bcrlhoule dépose sur le bureau une proposition d'un système 
unique de classification en zoologie spécialement pour l'ornitliologie par 
M. des 31urs. 

La section charge iM. Huet d'en faire un rapport. 

iM. Dautreville demande la parole et dit que la poudre toni-nutritive 
granulée au sang de bœuf desséché, destinée à l'élevage des Faisans, 
dont il a déjà été question à la Société plusieurs fois depuis trois 
années, vient de subir, au point de vue de l'aspect seulement, une 
transformation sérieuse. 

M. Dautreville présente à la section un échantillon de ce produit tel 
qu'il sera désormais livré. 

La composition de la poudre toni-nutritive est toujours la même, il 
n'y a de changement apporté que dans la forme. 

A propos des éléments constitutifs de l'alimentation artificielle dont il 
est l'inventeur, .M. Dautreville rappelle qu'il les a réunis synthéliqueinent 
en s'inspirant de la composition chimique des larves de|farine qu'il 
s'agit de remplacer dans l'élevage. 

Le mode opératoire et l'appareil de fabrication sont améliorés, d'oîi 
il résulte, comme la section a pu le constater, que la poudre toni-nutri- 
tive semble réunir aujourd'hui toutes les conditions désirables. 

Les petits granules dont elle est composée sont tous à peu près sem- 
blables, d'une couleur uniforme, d'une composition homogène et ne sont 
plus ramollis comme autrefois par une poudre plus Une qui avait fait 
l'objet d'observations de la part des éleveurs qui ont bien voulu expéri- 
menter cette alimentation artificielle et rendre compte de leurs essais. 

M. Audap offre gracieusement un lot de Canards l'ilets et [demande 
qu'on lui confie d'autres espèces. 

Le Secrétaire, 
E. JOLY. 



PROCÈS-VERBAUX. 229 

TROISIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 10 FÉVrUEU 1886. 

Présidence de M. Vaiu.ANT, président, 
puis de M. Paillieux. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté, avec addi- 
tion et rectification demandées par M. Hathelot. 

M. Berthoule parle, à nouveau, des Salmo Quinnat de l'aquarium du 
Trocadéro. Un grand nombre d'Alevins ont été jetés dans la Seine, où 
M. le Directeur de l'aquarium espère les voir prospérer. 

M. Bertboule ne partage pas celte espérance et pense que les eaux du 
bassin méditerranéen conviendraient mieux à cette espèce que celles du 
bassin de la Manche. 

M. Berthoule ajoute que M. Jousset de Bellesme a bien voulu mettre 
à la disposition de la Société 1000 Alevins de ce Saumon, destinés à une 
nouvelle tentative de repeuplement des eaux de l'Aude. 

Enfin, M. Berthoule dit que, de l'avis du directeur de l'aquarium, l'a- 
levinage prochain sera moins abondant que celui-ci, beaucoup de repro- 
ducteurs ayant péri lors de la ponte. 

M. Rathelot ne pense pas que l'aquarium du Trocadéro soit aussi 
riche en Alevins de Salmo Quinnat qu'on l'a dit; au sujet de ceux qui 
auraient été jetés en Seine, il y a lieu de faire des réserves expresses, 
quelques journaux seulement ayant parlé de ce fait. 

M. Berthéol voudrait que 500 Alevins seulement fussent jetés dans 
l'Aude, et que les 500 autres fussent répartis entre quelques-uns de nos 
collègues en état de les élever. 

M. Berthoule répond que les 1000 Alevins ont été offerts pour être 
envoyés dans un cours d'eau tributaire de la Méditerranée et qu'il serait 
difficile de leur donner une autre destination si tant est que la Société 
estime devoir adresser l'offre dont s'agit. 

Finalement, la section, à la majorité, pensant que ce nombre de 
1000 petits Saumons est insuffisant pour faire une tentative sérieuse 
d'acclimatation, dans le bassin méditerranéen, décide qu'il n'y a pas lieu, 
quant à présent, d'accepter ces poissons. 

La section remercie M. le Directeur de l'aquarium du Trocadéro, de 
son offre généreuse, et regrette de n'en pouvoir profiter. 

M. Kaverel-Wattel fait savoir à la section que plusieurs réponses au 
questionnaire sur l'étal de la pisciculture, dans les départements, nous 
sont parvenus. Ces réponses sont adressées par MM. les ingénieurs, aux 
préfets, qui nous les transmettent. 



230 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

M. Rathelot pense que si nous adressions ces questions aux Conseils 
généraux et aux Conseils d'arrondissement, nous pourrions en obtenir 
quelques renseignements. 

M. Raveret-Waltel fait observer que les circulaires ne sont guère lues 
et que les lettres coûtent trop cher à envoyer. Notre collègue croit qu'il 
serait utile de signaler aux fonctionnaires, à qui nous demandons des 
renseignements, les personnes qui, à notre connaissance, s'occupent, ou 
se sont occupées de pisciculture. 

Ces propositions sont mises aux voix. 

La section décide qu'il y a lieu d'adresser des demandes : i° aux 
préfets, qui ont signalé déjà des pisciculteurs ; 2" aux présidents des 
Conseils généraux ; 3" d'adresser des demandes d'insertions à plusieurs 
journaux des départements. 

Le Vice-Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 16 FÉVRIER 1886. 
Présidence de M. Maurice Girard, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Fallou fait passer sous les yeux de ses collègues une boîte renfer- 
mant les cocons de Lépidoptères, envoyés par le P. Camboué, de Mada- 
gascar, comme cocons de la Saturnia Siiraka et Borocera Madagas- 
cariensis (1) et il ajoute : 

« Pendant que j'en faisais la préparation, MM. Wailly,Mabille et deux 
autres entomologistes ont contesté l'exactitude de cette assertion, se 
basant principalement sur les différences de proportion entre le cocon 
et l'insecte parfait. 

» Je ne partage pas celte opinion et je demande s'il ne serait pas 
possible de prier le P. Camboué de nous envoyer les œufs, la chenille et 
le papillon provenant d'éducation. 

)) Danslanature,ily a de petites espèces qui produisent des cocons très 
gros et réciproquement, par exemple le Bombyx du Chêne, dont le cocon 
est très petit. » 

M. Fallou présente également des cocons de Bombyx mori, recueillis 
avant, pendant, et après la maladie des Vers à soie. 

(1) Les figures de Boisduval et de Coquerel ne sont pas complètement cou- 
formes aux Papillons envoyés actuellement de Madagascar. 



PROCÈS-VERBAUX. 231 

M. Paillieux lit une lellre relative à la destruction des Allises qui atta- 
quent les Crucifères. 

M. Maurice Girard recommande, d'après M. Pelouze, un mélange de 
sable et de napthlaline brute. Ce mélange ne tue pas les Altises, mais les 
écarte. 

M. le Président lit une lettre de M. Faure, président du comice agri- 
cole de Drioude, qui envoie en même temps un insecte coléoptère {Hylo- 
bius abietis). 

La présence de ce Charançon dans les vignes est due à l'habitude 
qu'ont les vignerons du pays d'enfouir des branches de Pin comme drai- 
nage et fumure. 

Cet insecte, d'après 31. Faure, couperait les tiges au printemps et en 
août, s'attaquerait aux raisins, mais celte assertion est loin d'être démon- 
trée, l'insecte vivant exclusivement dans les branches des Conifères. 

iM. l'Agent général attire l'attention de la section sur un article relatif 
aux Diptères comestibles du Western Alkaline lake. Ce mémoire paraît 
avoir échappé à la connaissance de feu M. Moleyre. 

Le Secrétaire, 

M. SÉDILLOT. 



CINQUIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 23 FÉVRIER 1886. 
Présidence de M. de Vilmorin, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. le Secrétaire donne lecture de la note suivante de M. Dautreville 
sur l'analyse, par lui faite, des tubercules du Stachys affinis : 

« Dans la crainte de ne pouvoir assister à la prochaine séance géné- 
rale, je viens vous prier de vouloir bien donner lecture de la note sui- 
vante, qui a pour objet de répondre à une question posée par M. Chap- 
pellier, au sujet de l'emploi des tubercules du Stachys affinis, dans le 
régime prescrit aux diabéti(iues glycosuriques. 

» Comme l'a fait remarquer M. Chappellier, la texture des Stachys 
semble se rapprocher beaucoup des Salsilis, aussi notre honorable col- 
lègue a-t-il pensé, sans toutefois l'afllrmer, que ceux-là pourraient 
comme ceux-ci entrer dans l'aliinentaliou des malades atteints du 
diabète. 

î Je puis ajouter aujourd'hui que la composition chimique de ces 
végétaux, spécialement au point de vue des principes féculents, absolâ- 
ment proscrits dans cette affection, est la même; c'est du moins ce qui 
résulte des essais comparatifs auxquels je me suis livré. 



SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

» Vous savez, Messieurs, que les substances qui contiennent de la 
fécule ou (le ramidon, sur lesquelles on laisse tomber une goutte de 
teinture d'iode, donnent une coloration bleue d'autant plus foncée que 
la proportion de matière féculente est plus forte. Soumettez, comme je 
l'ai fait, à l'action de cette teinture, une Pomme de terre fraîchement 
coupée, vous constaterez que cette réaction est très rapide, ce qui s'ex- 
plique facilement puisque celte Solanée contient 20 pour 100 de fécule 
au moins. Si maintenant on opère sur le Stachys ou sur le Salsifis, la 
partie imprégnée de teinture d'iode conserve la teinte jaunâtre propre 
à l'iode. 

» Ce premier essai, bien que très simple, donne déjà des indications 
qui ont leur importance. Le deuxième, qui a consisté à imiter le pro- 
cédé usité dans la fabrication de la fécule, a été concluant. 

î Après avoir réduit les tubercules du Stachys en pulpe au moyen 
d'une râpe, j'ai d'abord délayé dans l'eau froide, puis passé au tamis, 
et, si la fécule eût existé dans ce végétal, je l'aurais recueillie en lais- 
sant déposer les eaux de lavage. Or le dépôt de ces eaux n'a pas donné 
avec l'iode la réaction propre à la fécule. Mèmerésultatavec le Salsifis. 
)) 11 résulte de ces faits que les tubercules du Stachys peuvent être 
désormais, comme d'ailleurs les Salsifis, permis comme aliment aux ma- 
lades atteints du diabète sucré. M. Paillieux d'abord, M. Chappellier 
ensuite, auront donc rendu à l'acclimatation et aux malades un très ap- 
préciable service, car, vous le savez, la liste des aliments probibés dans 
le traitement de cette grave maladie est longue, et les diabétiques ac- 
cueilleront avec plaisir ce tubercule, puisqu'il leur permettra d'apporter 
un peu de variation à leur régime sévère et cela sans nuire au traite- 
ment. » 

M. Chappellier proteste contre la mention de son nom dans cette com- 
munication, et déclare que tout le mérite de l'introduction du Stachys 
revient à notre zélé confrère M. Paillieux. 

Il est déposé sur le bureau : 1° une note de M. Romanet du Caillaud 
sur le Tradescantia erecta, plante hémostatique du iMexique, intro- 
duite en France par M. le général du Mariray; 

2° Une note de M. Naudin, sur la première floraison du Jiibœaspecta 
bilis à Lisbonne. 

M. le Président signale à ce propos le bel exemplaire de la villa Thu- 
ret, qui est sur le point de fleurir. 

M. Paillieux communique à la section une lettre de M. Daruty, sur le 
Matambala {Coleus tuberosus). M. Mares se propose de faire des essais 
de culture de cette plante en Algérie. 

M. Paillieux a reçu également du Président de la Société d'Acclima- 
tation de Maurice des graines de Solanum macrocarpum ou grosse 
Anguine; il est douteux que ces semences donnent des résultats sous 
le climat de Paris. 



rROCÈS-YERBAUX. 233 

Notre confrère lit ensuite : 1" une lettre du P. Heude, sur diverses 
plantes alimentaires chinoises; un Convolmilus, dont on mange les 
pousses, serait peut-être intéressant à cultiver; 2" une lettre du D''Breit- 
schneider, sur VEleocharis tiiberosns; 3° une lettre d'un membre de 
l'Institut de Beauvais, sur la destruction de l'Allise. 

A propos de celte dernière communication, M. le Président signale 
l'emploi du Tourteau de Cameline comme donnant de bons résultats. 

M. de Vilmorin présente à la section un rameau d'une nouvelle espèce 
d'Eucalyptus, représentée seulement par deux exemplaires en Pro- 
vence, l'un à la villa Thuret, l'autre chez IM. le D"" Jeannel, à Ville- 
franche-sur-Mer. 

Placé côte à côte avec un E. globulus, dans un terrain argileux assez 
riche, la nouvelle espèce a crû avec une bien plus grande rapidité que 
ce dernier. 

Aujourd'hui l'arbre est âgé de six ans environ et mesure approxima- 
tivement 14 mètres. Sa circonférence, à l'",30, est de 76 centimètres et 
de 90 à 15 centimètres du sol. Il a fleuri en janvier 1885, et l'examen 
de ses fleurs a permis de le classer dans la section des uniflores. Cet 
Eucalyptus, qui avait été nommé provisoirement Ambigens et a été dé- 
crit depuis; il est dédié au savant directeur du Jardin botanique de 
Melbourne, M. le baron von iMùeller. 

L'Eucalyptus Mulleri Ndn ne subit pas de transformation comme 
la plupart des espèces de ce genre ; les feuilles du jeune âge sont celles 
de l'âge adulte. 

Il est présumable que des graines fertiles pourront être recueillies 
celte année. 

M. le Président présente ensuite une gerbe de Blé de Manitoba, sans 
barbe, à épi blanc et à grain rouge. Semé à la mi-mai, ce Blé s'est bien 
développé; mais comparé à notre Blé de mars, barbu, à épi rouge, ou 
Blé de mai, l'avantage reste au nôtre au point de vue de la valeur du 
grain. 

Une discussion s'engage entre MM. de Vilmorin et Mailles au sujet de 
l'influence solaire sur la maturation des céréales dans le Nord et les pays 
tempérés, et à ce propos M. le Président signale les remarquables tra- 
vaux de M. Flahaut. 

Le Secrétaire, 

Jules Gr isard. 



IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Pi.scicuUiipe à rÊcole pratique (rAg^i*iciiltni*c 
de Saint-Remy 

Canton d'Amance (Haute-Saône). 

Depuis 1883, la pisciculture l'ait partie du prograuiine de l'École 
pratique d'agriculture de Saint-Kern y (Haute-Saône). Un crédit de 
520 francs, du ministère de l'agriculture, et une somme de 300 francs, 
allouée par le Conseil général de la Haute-Saône, ont permis la création 
d'un laboratoire d'éclosion et d'alevinage alimenté d'eau par un réser- 
voir en tôle galvanisée, de 4 mètres cubes, lequel se remplit au moyen 
d'une pompe aspirante et foulante établie à demeure dans le labora- 
toire. 

Nous devons à l'obligeance de M. X. Binder, chargé du cours de pis- 
ciculture à l'Ecole, d'intéressants détails extraits des Comptes rendus 
de cet établissement et relatifs aux travaux de début du laboratoire. 

Tout d'abord, ce n'est pas sans quelque difficulté qu'on s'est procuré 
des reproducteurs en état de frayer. « Les informations prises de divers 
côtés sur l'époque de reproduction des Truites étaient loin d'être con- 
cordantes, dit M. Binder : ici, disait-on, la Truite fraye en novembre, 
là en décembre, ailleurs en janvier et même en février. Je me suis long- 
temps demandé quelle pouvait être la cause de cette différence dans 
l'époque du frai. Je crus d'abord pouvoir l'attribuer à la nature des 
eaux, les unes roulant sur le granit, tandis que les autres sortent du 
calcaire. Mais j'ai dû renoncer à cette idée par suite de la difficulté 
qu'il y a, dans l'état actuel de la science, de concevoir que les minimes 
quantités de calcaire ou de silice en plus ou en moins puissent avoir une 
influence aussi considérable sur l'époque du frai. Aussi ai-je porté mon 
attention ailleurs, et j'ai cru trouver la solution du problème dans la 
considération de la constitution géologique des terrains qui fournissent 
les eaux. 

» La Moselotte reçoit ses eaux d'un versant granitique ; or on sait 
que dans les pays de granit les sources nombreuses sortent d'une très 
faible profondeur (à part certaines eaux thermales), parce que l'imper- 
méabilité du roc n'offre pas aux eaux ces larges tissures qui, dans les 
terrains sédimentaires, leur permettent de s'enfoncer profondément et 
de se soustraire aux variations de la température. Dans les formations 
de sédiment, et plus particulièrement dans les roches jurassiques, il y a 
de nombreuses crevasses par lesquelles les eaux se perdent à de grandes 
profondeurs avant de donner naissance à des sources qui, comme l'on 
dit souvent, fournissent une eau relativement chaude en hiver et fraîche 
en été. C'est là précisément le cas des sources qui alimentent la Que- 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 235 

noclie, dans laquelle la Truite ne fraye que de la mi-janvier à la fin de 
février, tandis que dans la Moselotle, dont les eaux ne viennent que de 
sources très superliciellcs, susceptibles par conséquent de subir facile- 
ment les influences de la température, le frai se termine vers la Un de 
novembre. D'où je suis porté à conclure que c'est à celte différence de 
température qu'il faut attribuer l'écart dans l'époque du frai de la 
Truite. 

» Si maintenant l'on se demande pourquoi cette particularité n'a en- 
core été signalée dans aucun ouvrage, ne serait-ce pas que ceux qui ont 
écrit sur la Truite n'ont guère étudié ce poisson que dans les pays 
granitiques des Vosges, de l'Auvergne, ou dans les grands cours d'eau 
dont la température, plus que celle des eaux sortant des couches pro- 
fondes, subit l'influence de l'air ambiant? 

» La première fécondation artilicielle a eu lieu le 5 décembre (1883), 
la deuxième le 12 janvier. Les œufs étaient marqués un mois après la 
fécondation, et l'éclosion a eu lieu le 16 février pour les uns, et le 
23 mars pour les autres. Une eau d'une température à peu près inva- 
riable se renouvelait sans cesse sur les œufs. Cette température oscillait 
entre 5 et 6 degrés centigrades; le plus souvent le thermomètre indi- 
({uait 5 degrés 1/2. 

» Comme l'incubation des œufs provenant de Truites de la Moselotte 
a duré 66 jours, et celle des œufs de Truites de la Quenoche 79 jours, 
le nombre de degrés de température nécessaire à l'évolution de l'em- 
bryon a été de 66 X 5 1/2 =: 3 630 degrés pour les uns, et de 
79X5 1/2 := 4 245 degrés pour les autres. 

j J'ignore la cause de celte différence. Je ferai simplement remar- 
quer que les Truites de la Moselotte étaient jeunes et pesaient à peine 
un quart de livre, c'était la lin de la saison du frai ; tandis que la 
Truite de la Quenoche pesait une livre (elle a fourni 1000 à 1200 œufs), 
et c'était le commencement du frai dans cette rivière. 

» L'incubation de ces œufs s'est faite convenablement (quelques œufs 
seulement avaient blanchi); ceux provenant de la première opération 
étaient en partie éclos, les autres allaient être embryonnés, lorsque 
j'aperçus dans les premiers des disparitions importantes, et dans les 
seconds, outre la disparition de beaucoup d'œufs, l'altération de plu- 
sieurs. J'attribuai tout d'abord ces dégâts aux Rats d eau, que j'accusais 
de manger les alevins et les œufs embryonnés, de remuer dans d'autres 
compartiments les œufs déjà marqués, et d'arrêter ainsi le travail de 
l'embryogénie. 

» Les augettes n'étaient alors couvertes que légèrement, car je ne 
me proposais que de soustraire œufs et alevins à une lumière trop in- 
tense ; mais, à partir de ce moment, je fis des couvercles solides et je 
n'y laissai que des ouvertures circulaires d'à peu près un centimètre 
pour livrer passage au filet d'eau qui alimentait le bassin. Or, la nuit 



236 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

suivante, le nombre des œufs disparus était plus considérable encore, 
et sur les deux mille œufs et alevins, c'est à peine s'il me restait une 
centaine de cliaque espèce. J'étais désolé, mais non découragé; je ne 
pouvais avoir affaire aux Rats d'eau qui, vu l'exiguïté de l'ouverture 
laissée dans le couvercle, ne pouvaient s'introduire dans les bassins 
d'éclosion ; c'était un autre ennemi à découvrir. Tant que les œufs et les 
alevins s'étaient trouvés accessibles, les souricières étaient restées inu- 
tiles; je pris donc la précaution de fermer hermétiquement les auges et 
d'y introduire l'eau par de petits tuyaux en caoutchouc; j'installai les 
souricières et enlin je parvins à capturer deux de mes mangeurs de 
Truites. Ce n'étaient ni des Souris, ni des Rats d'eau, c'étaient des Musa- 
raignes d'eau ou Musaraignes de Daubenton {Sorex fodlens), aux dents 
rouges et épineuses, au museau effilé, et dont les pieds à cinq doigts 
sont garnis de poils raides aidant à la natation. Ce petit animal me 
paraît d'autant plus dangereux qu'il peut s'introduire très facilement 
par les plus petites ouvertures. 

■» Pour imiter la frayère naturelle, une double rangée de grosses 
pierres moussues encadrant un lit de cailloux roulés a été disposée dans 
le petit cours d'eau qui traverse les prairies de l'Ecole. C'est dans cette 
frayère que vont être placés incessamment nos petits alevins de Truites 
saumonées, car il importe que cette opération se fasse avant que la vé- 
sicule ombilicale des alevins soit résorbée, alin que, n'étant pas encore 
habitués à une nourriture artificielle, les petits poissons s'accommodent 
plus facilement du milieu qu'on leur oiTre et des moyens de subsistance 
qu'ils y trouvent. Ces derniers ne feront pas défaut, puisque les bords 
du ruisseau sont bien enherbés et qu'on y observe une foule de mol- 
lusques tels que les l.ymnées, les Paludines, les Planorbes, ainsi que de 
petits crustacés et des vers. » 

Quelques alevins sont conservés au laboratoire et nourris artificielle- 
ment pour servir aux démonstrations pratiques de l'enseignement pisci- 
cole. «Au début, dit M. le professeur Rinder, je les nourrissais de 
jaune d'œuf, puis de cervelle et de viande hachée. Mais, d'une part, la 
précipitation rapide de ces substances au fond des bassins d'élevage les 
rendait inutiles aux alevins, qui ne touchent qu'aux éléments tenus en 
suspension dans l'eau, et, d'autre part, produisait un dépôt insalubre 
nécessitant des soins continuels de propreté. Aussi cette nourriture 
morte ne me fournit-elle que de bien minces résultats : beaucoup d'a- 
levins périssaient les uns après les autres, succombant à la maladie 
des branchies. 

ï Je m'adressai alors à la nourriture vivante. De petits vers limicoles, 
que je croyais devoir ranger dans la famille des Naïdcs, pullulaient dans 
l'étang de notre basse-cour. J'en recueillis une certaine quantité pour 
les donner à mes petits poissons, qui s'en montrèrent très friands; mais 
une fois distribués dans les bassins, ces limicoles se réunissaient rapi- 



FAITS DIVERS Eï EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. ^5/ 

dément en pelote au fond de l'eau et parvenaient ainsi à se soustraire à 
ralla(iue des alevins; mon but était manqué. 

» A l'endroit même où je faisais la récolte de ces vers, j'avais remar- 
qué une multitude de petits crustacés appelés communément Puces 
d'eau : c'étaient des daphnies {Daphnia pulex). 

» Les daphnies, crustacés appartenant au groupe des Cladocère.'- , 
sont caractérisées par un corps non segmenté, entièrement recouvert 
d'une carapace bivalve; leur tète, munie antérieurement d'un seul œil, 
porle de chaque côté une grande antenne fourchue et ciliée faisant 
fonction de bras natatoires; elles s'en servent pour produire, dans 
l'eau, des tourbillons et attirer ainsi les particules alimentaires. 

» Les daphnies nagent avec facilité; au moindre mouvement de l'eau, 
elles se dispersent en tous sens en progressant par bonds au sein de 
l'eau : de là, sans doute, leur nom vulgaire de puces d'eau. 

ï Ces petits êtres ne peuvent se multiplier que dans les eaux tran- 
quilles des étangs et surtout des mares servant d'abreuvoir au bétail. 
Dans le courant de l'été, lorsqu'on e.xamine une troupe de daphnies, on 
est frappé de la diversité de leurs tailles; quelques-uns de ces crusta- 
cés atteignent jusqu'à "2 millimètres 1/2 de longueur, tandisque d'autres 
sont à peine visibles à l'œil nu : tous sont doués de la même ngililé. 

» Cette différence dans la taille s'explique facilen^ent lorsqu'on sait 
qu'un même groupe compte des daphnies provenant de générations suc- 
cessives de l'année. 

» D'après le professeur Claus (1), au printemps et en été on ne ren- 
contre d'ordinaire que des individus femelles qui donnent naissance à 
une série de générations parlhénogénes. Les œufs pondus à cette épo(jue 
sont les œufs d'été, qui se développent rapidement dans une chambre 
incubatrice située sous le test dorsal. Après quelques jours les œufs 
écloseut; les jeunes daphnies quittent leur berceau, et elles ne tar- 
dent pas à produire des œufs à leur tour. 

» En automne, lorsque le froid menace l'existence de ces petits êtres 
aquatiques, les femelles produisent les œufs d'hiver et assurent ainsi la 
conservation de l'espèce. Ces œufs ne peuvent pas, comme ceux d'été, 
se développer sans l'intervention des mâles : la fécondation est néces- 
saire; aussi voit-on apparaître les daphnies mâles lorsque les conditions 
biologiques deviennent défavorables. 

3> Les œufs d'hiver, mêlés à la vase, sont plus gros et plus rustiques 
que ceux d'été; ils sont d'ailleurs protégés par la chambre incubatrice 
qui s'est détachée avec eux du dos de l'animal. 

» Lorsque les froids de novembre se font sentir, les daphnies se ré- 
fugient au fond des étangs ou des mares; là elles résistent pendant 
quelque temps au froid, puis périssent dans le courant de l'hiver. 

(I) Traité de Zoologie, par Claus, troihiit par .Moquin-Tandon. 



3.S8 SOCIÉTÉ iNATlONALE d' ACCLIMATATION. 

» Au printemps suivant, quand la température de l'eau s'est suflisam- 
mcnt élevée, les œufs conservés dans la vase se développent et éclosent 
vers la mi-avril, et bientôt les crustacés issus de celte première généra- 
lion pullulent dans les eaux bourbeuses. 

» Lorsqu'on veut se livrer à la culture des daphnies pour les besoins 
de l'alevinage des salmonés, on peut ensemencer les réservoirs con- 
struits d'après les indications de M. Pùvoiron, en y transportant de la 
vase puisée dans une mare où l'automne précédent les daphnies s'é- 
laienl fait remarquer par leur grand nombre. Avec cette vase on intro- 
duit l'œuf d'hiver, qui sera le point de départ de nombreuses généra- 
tions successives, à la faveur desquelles le réservoir se peuplera rapide- 
ment. 

» Les daphnies sont, sans [contredit, une précieuse ressource pour le 
pisciculteur qui s'occupe d'alevinage artificiel; mais elles ne peuvent à 
elles seules résoudre le problème de la nourriture par le vivant, puis- 
qu'elles l'ont défaut dans la première période de l'alevinage, alors que 
le besoin de ce genre de nourriture se fait le plus sentir. Ainsi, à Saint- 
llemy, les premiers alevins, nés au commencement de janvier, avaient 
leur vésicule ombilicale complètement résorbée vers le 15 février; et, 
comme les daphnies ne sont en nombre que dans le courant de mai, il 
faudrait pendant cet intervalle nourrir les alevins selon l'ancienne mé- 
thode. » 

Pendant la campagne 1884-1885, les opérations ont été poursuivies 

sur une assez large échelle. 

« L'année dernière, écrit M. Binder, j'avais transporté de Saulxures à 
Saint-Remy tous les reproducteurs que j'avais pu me procurer pour les 
besoins de notre campagne piscicole; cette année, fixé par l'expérience 
sur la difficulté et les embarras d'un tel transport quand on veut opérer 
sur des animaux vivants, j'ai préféré aller faire la fécondation sur 
place; n'ayant eu qu'à m'en féliciter, mon intention .est de continuer 
ainsi à l'avenir, sauf à me procurer dans les environs les étalons dont 
j'aurai besoin pour les démonstrations à faire devant les élèves, qui 
tous montrent le plus vif intérêt pour cette branche de leur instruction, 
et pour les familiariser avec toutes les manipulations qui s'y rapportent. 

» Tous ces œufs ainsi transportés à Saint-llemy immédiatement après 
leur fécondation artificielle y sont arrivés en très bon état, ofi"rant ce 
bel aspect que donne une fécondation réussie et qu'ils ont conservé 
tout le temps de l'incubation : à peine quelques-uns de blancs. El ce- 
pendant, bien que la période d'incubation se soit passée très régulière- 
ment, sans que rien put me faire craindre un échec, près de 25 pour 
100 ne sont pas arrivés à éclosion. 

» U'où cela peut-il venir? Cette question, qui ne pouvait que m'inté- 
resser vivement, ne me parait trouver sa réponse que dans cette 
circonstance que plusieurs de mes étalons, échappés à la mortalité 



FAIT-S DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 239 

occasionnée par les chaleurs exceptionnelles de l'année, se trouvaient 
cependant dans un état maladif qui avait nui à la vitalité d'une partie 
des œuvées; et ce qui me confirme dans cette idée, c'est, d'une part, 
la petitesse relative que j'ai constatée dans les œufs de cette année, 
chose assez anormale, et, d'autre part, la parfaite transparence con- 
servée par ceux des œufs qui ne se sont pas embryonnés, transparence 
qui ne permet pas d'attribuer cet échec à ce que l'opération delà fécon- 
dation aurait été mal exécutée. 

» Mais ce qui, par-dessus tout, me confirme dans cette opinion, c'est 
que les œufs inféconds, restés clairs, ne se sont guère trouvés que parmi 
ceux obtenus des Truites de rivière, lesquelles avaient particulièrement 
souffert des influences atmosphériques dont j'ai parlé, tandis qu'il n'y a 
presque point eu de perte sur les œufs des Truites provenant des lacs. 
N'est-ce pas que, ces dernières habitant des eaux plus profondes, le 
développement de leur œuvée a pu suivre son cours régulier à l'abri 
des circonstances défavorables dont a eu tant à souffrir la truite dans 
nos rivières ? 

y> Et si telle est, comme je le crois, la cause de l'amoindrissement 
constaté dans le succès qu'il m'a été donné d'obtenir, quel déficit ne 
laissera pas cette année la reproduction naturelle de la Truite, et com- 
bien n'importe-t-il pas que par la fécondation artificielle et l'alevinage 
on s'empresse de repeupler les eaux de la France, déjà si désastreuse- 
ment ruinées depuis bien longtemps ! 

» Quant au reste de nos o pérations, tout a parfaitement réussi; nos 
jeunes alevins sont bien venus, sans que nous ayons eu à constater au- 
cune mortalité, et ils étaient pleins de vigueur quand je les ai mis à 
l'eau. Environ 30 000 alevins de Truites ont été versés le 18 mars 
dans une dérivation de la Lanterne. » 

On peut juger, par les quelques citations qui précèdent, de la nature 
de l'enseignement piscicole donné aux élèves de l'école de Saint-Remy. 
Il y a tout lieu d'attendre les meilleurs résultats de semblables études à 
la fois théoriques et pratiques. 

R.-W. 



V. BIBLIOGRAPHIE. 



Journaux et Revues. 

(Analyse des principaux articles se rattachant aux travaux de la Société.) 

i,a mature (Paris, G. Masson, éditeur), n" 007, du 13 mars 1886. 

Oui de nous n'a jamais admiré avec quelle prévoyante attention la 
sage nature a pourvu à la défense de tous les êtres, donnant aux uns la 
force musculaire, à d'autres l'aile rapide ou dos jambes d'acier, aux plus 
déshérités eux-mêmes des armes inoffensives, mais le plus souvent suf- 
fisantes pour leur sécurité. La timide Alouette, blottie dans le sillon, 
ne sait-elle pas se rendre à peu près invisible, en confondant son plu- 
mage dans les mouchetures du sol environnant? La Truite nuance sa 
livrée suivant la nature des eaux où elle vit. Ainsi voyons-nous le Liè- 
vre des contrées septentrionales se couvrir d'une fourrure blanche dès 
les premières neiges de l'hiver. Ainsi encore, certaines Araignées et de 
minimes Phalènes se confondent absolument avec les Lichens des vieux 
arbres. 

Ce jeu des couleurs n'est pas moins curieux à observer chez quel- 
ques Papillons des pays tropicaux. Rappelons, avec le journal la Nature, 
ce qu'écrivait à ce propos le célèbre voyageur anglais IL Wallace : 
« Les ailes du Callima sont terminées à leur extrémité par une line 
pointe, exactement comme celles des feuilles de beaucoup d'arbustes 
des tropiques; entre ces deux pointes, court une ligne courbe et som- 
bre, qui représente exactement la nervure médiane de la feuille, et d'où 
rayonnent de chaque côté des lignes légèrement obliques qui imitent 
fort bien les nervures latérales; ces lignes sont produites par des stries 
qui se sont modifiées et renforcées, de façon à imiter plus exactement 
la nervulation des feuilles ; la queue des ailes forme une tige parfaite, 
et touche la branche, pendant que l'insecte est supporté par les pattes 
du milieu, que l'on ne peut remarquer parmi les brindilles qui l'en- 
tourent. » 

M. Maindron a fait lui-même des observations analogues, au cours de 
ses voyages en Malaisie. 11 décrit dans la même publication certains 
orthoptères qui, s'attachant aux arbres, prennent dans leur premier 
âge l'apparence de brindilles, pour ressembler, à mesure qu'ils gran- 
dissent, à des rameaux, plus tard même à des branches. 

Oue d'intéressantes pages n'écrirait-on pas sur cette extraordinaire et 
providentielle prévoyance qui s'étend jusque sur les êtres les plus infi- 
mes de la création ! Am. B. 



Le Gérant : Jules Grisard. 



5283. — BoiiRLOTON. — Imprimeries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



NOTE 

SUR LES MOUTONS CHINOIS PROLIFIQUES 

(MOUTONS ONG-TI) 

Par M. RONSARD 

d'Omey (Marne) 



Ayant reçu en cheptel, il y a cinq ans, un Bélier et deux 
Brebis de la race Ong-ti, je viens rendre compte à la Société 
des résultats obtenus. 

Les débuts n'ont pas été heureux ; six mois après leur ré- 
ception, une des Brebis mourait de tuberculose. Restaient donc 
le Bélier et une Brebis dont la santén'était pas bien brillante. 

Ma Brebis Ong-ti devint mère et donna le jour à deux 
agneaux de sexe différent. Elle eut peine à les allaiter et il 
fallut recourir au lait de chèvre pour les conserver tous deux. 
Le mâle, d'abord magnifique, ne tarda pas à présenter les 
symptômes de la tuberculose et ne vécut pas plus de treize 
mois. La petite femelle, chétive au début, se développa avec 
l'âge et devint la souche de quatre animaux de pur sang que 
j'ai pu conserver. 

La race Ong-li me paraît donc peu propre à l'élevage 
sous notre climat. Sa prolificité ne persiste pas dans notre 
pays, et la mère ne peut véritablement allaiter avec profit 
qu'un petit. Vantée beaucoup à sa première apparition en 
France, comme pouvant donner naissance à deux et trois 
agneaux et les nourrir jusqu'au sevrage, elle n'a pas soutenu 

4« SÉRIE, T. m. — Mai 1886. 16 



242 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCGLIMATATION. 

ici sa réputation (1) : le climat, la nourriture, ont modifié 
cette qualité et ramené les Ong-ti au niveau des races du 
pays. Il en a été de même auparavant pour la race du 
Holstein, qui donne jusqu'à quatre petits à la fois et les 
élève dans les polders et ne peut en nourrir qu'un sous un 
autre ciel. Nos Brebis mérinos donnent souvent deux agneaux 
et les bergers sacrifient presque toujours l'un d'eux, aimant 
mieux un bon agneau que deux médiocres. 

Au point de vue de la production de la laine, la race Ong-ti 
ne peut être citée que comme porteuse d'une laine grossière, 
souvent feutrée sur l'animal et en très petite quantité. 

Quant à la viande, elle passe pour très bonne, mais je n'ai 
pas encore dégusté celle d'animaux de pur sang et ne puis 
en parler savamment. 

Donc les Ong-ti, à part leur aspect original, avec leurs 
petites oreilles, leur queue développée quand ils sont gras, 
la laine du poitrail du Bélier formant une espèce de tablier 
tombant jusqu'aux genoux, ne me semblent pas appelés à un 
autre avenir que d'orner des parcs à Moutons sur les pelou- 
ses d'un jardin d'agrément. 

A côté du pur sang, j'ai élevé des métis; en donnant le 
bélier Ong-ti à des brebis mérinos champenoises, j'ai obtenu 
de nombreux produits. Les jeunes ont une croissance rapide ; 
devenus adultes, ils donnent une laine à matelas de bonne 
qualité; mais, comme la laine cesse d'être un produit rému- 
nérateur, je ne puis insister sur ce point. 

Reste à examiner la production de la viande. Ici les métis 
Ong-ti mérinos sont véritablement remarquables. Il n'est pas 
rare d'obtenir de Moutons élevés aux champs comme les mé- 

(1) Les Moutons chinois ont donné au Jardin zoologique d'Acclimatation 
des résultats plus satisfaisants que ceux indiqués par M. Ponsard. 

On n'y a point vu d'animaux tuberculeux, les Brebis se sont montrées ex- 
cellentes laitières, nourrissant facilement deux et même trois agneaux, enfin 
les mères nées au Bois de Boulogne ont été tout aussi prolifiques que les im- 
portées. 

Il faut croire que le régime auquel les animaux étaient soumis à Omey ne 
leur a pas convenu. Nous croyons que ces bêtes ovines craignent beaucoup 
l'humidilé et qu'elles peuvent réussir quand elles sont bien nourries et entre- 
tenues sur un sol sec. 

A. G. S. H. 



SUR LES MOUTONS CHINOIS PROLIFIQUES. 248 

rinos un poids brut, à dix-huit mois, de 80 kilogrammes, 
leur rusticité est parfaite, leur gigot et les côtelettes de haute 
saveur. Ce n'est plus de la viande de mouton, ce n'est pas de 
la chair de chevreuil, mais c'est certainement une viande 
qui tient des deux et ressemble à de la venaison. Tous mes 
amis qui ont dégusté cette viande sont d'accord sur sa qua- 
lité supérieure et son fumet distingué. 

J'espère former un petit troupeau de ces métis et pouvoir 
un jour appeler l'attention des gourmets sur la finesse des 
morceaux délicats qu'ils fournissent à l'âge de dix-huit mois 
à deux ans. 

En somme, je suis satisfait de l'expérience que je viens de 
faire. La Société d'Acclimatation en important les Ong-ti aura 
donné aux amateurs de bonne viande, sinon par les pur 
sang, au moins par les métis, une nouvelle variété d'animaux 
faciles à élever, familiers dans l'enclos dont ils feront l'orne- 
ment, et remplis d'eflluves chers aux palais délicats, au mo- 
ment où sur la table de l'amphitryon le couteau attaquera 
leur cuissot tendre et saignant à réjouir Brillai-Savarin lui- 
même. 



CATALOGUE RAISONiNE 

PAR RÉGIONS 

DES ESPÈCES D'OISEAUX 

qu'il V AURAIT LIEU 

D'ACCLIMATER ET DOMESTIQUER EN FRANCE 

Par L. MACiAL'D D'AUBVSSOIV 

(Suite.) 



TETRAONIDES. 



Cette deuxième famille de Gallinacés, moins importante 
que celle des Phasianides au point de vue des services que nous 
pouvons en attendre, offre cependant un intérêt de premier 
ordre, si l'on considère que la diminution croissante du gibier 
dans nos campagnes rend indispensables des mesures sé- 
rieuses de repeuplement. Or ce repeuplement doit s'effectuer 
non seulement par une protection intelligente et énergique, 
accordée à nos espèces indigènes, mais aussi par l'introduc- 
tion de certaines espèces étrangères, dont les mœurs, les ha- 
bitudes et le régime présenteront, peut-être, des moyens de 
défense mieux appropriés aux conditions nouvelles du sol. 

Les Tétraonides de la Chine comprennent quelques-unes 
de ces espèces d'avenir. Nous devons les signaler, d'une ma- 
nière spéciale, à l'attention des éleveurs. 

Au préalable, nous énumérerons brièvement d'autres es- 
pèces dont l'aire de dispersion s'étend sur plusieurs points du 
vaste territoire chinois , mais que nous retrouverons plus 
lird dans leur véritable patrie et sur lesquelles nous donne- 
rons alors, s'il y a lieu, de plus amples informations. 

Ainsi le Syrrhaple paradoxal, Tetrao paradoxaValhs, ori- 
ginaire des steppes de l'Asie centrale, qui visite irrégulière- 
ment l'Europe et dont les colonnes s'avancent parfois jus- 



OISEAUX A ACCLIMATER. 245 

qu'en France (1), niche dans toute la Mongolie et descend en 
hiver, par bandes nombreuses, dans les plaines du Petchely, 
On en prend au filet, dans cette saison, des quantités considé- 
rables entre Tientsin etTakou (2). 

Dans les montagnes boisées du nord de l'Empire, on ren- 
contre quelquefois une race plus petite de noire Coq de 
Bruyère, le Tetmo urogalloides Middendorl'; mais cet oiseau 
habite principalement le Kamtschatka , la Transbaïkalie , 
l'Amourland el la Mantchourie. 

La Mantchourie et la Chine septentrionale possèdent aussi 
la Gelinotte vulgaire, Tetrao honasia Linné, qui est assez 
commune dans les montagnes de l'Europe occidentale et en- 
core plus répandue dans le nord de la Russie et dans la Sibé- 
rie orientale, où elle s'avance, d'après Middendorf, jusqu'au 
69' degré de latitude nord (3). Cet oiseau se reproduit même 
dans la province de Pékin, sur les hautes montagnes boisées 
du Peythang et du Tonglin. Les Chinois le désignent sous le 
nom de Chou-ky, « Poule d'arbres », parce qu'il vit dans les 
bois et se tient d'ordinaire perché sur les branches. 

Il est possible que l'on rencontre également sur les fron- 
tières septentrionales de la Chine une autre espèce de Tétras, 
Tetrao falcipennis Hartlaub. Radde (4) et après lui Midden- 
dorf observèrent cet oiseau dans la Sibérie orientale et le 
confondirent avec le Telrastes Ca.nadensis. C'est probable- 
ment cette espèce que M. Préjevaiski dit avoir trouvée en 
Mantchourie et non, comme il le pense, la Gelinotte du Ca- 
nada. 

Sur les rochers et dans les terrains pierreux des parties 
montagneuses de la Mongolie et du nord-ouest de la Chine, 
vit en grand nombre la Perdrix chukar, Cacabis chukar 

(1) En 1863, il y eut une véritable invasion de Syrrhaptes en Europe. Des bandes 
plus ou moins nombreuses se montrèrent sur beaucoup de points de la Russie, 
de l'Allemagne, du Danemark, de la Hollande, de l'Angleterre, de la Suisse, de 
la France. Elles se répandirent dans plusieurs de nos départements, notamment 
dans ceux de la Somme, de l'Aube, de la Vendée, de la Moselle. 

(2) Ces oiseaux sont si nombreux, qu'en 1861 ils servirent pour une large 
part au ravitaillement de l'armée anglo-française. 

(3) Sih. Reis., t. Il, p. '2ii^2, pi. XVIl, fig. 4 (1847-1859). 

(4) Reis. in S. 0. Sib., t. 11, p. 301 (1863). 



246 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Gray. Cet oiseau, que l'on a signalé d'abord dans l'Himalaya 
a élé retrouvé depuis dans diverses contrées de l'Asie et jus- 
qu'en Grèce, notamment dans l'île de Crète. 

D'après M. Swinhoë, il y aurait en Chine deux espèces de 
Cailles proprement dites, au sud la Caille d'Europe, Colur- 
nix communis Bonnalerre, et au nord la Caille du Japon, 
Coturnix Japonica Temminck et Schelegel (1). Il existe ce- 
pendant peu de différences entre les oiseaux qui proviennent 
des diverses provinces de l'Empire chinois. Celles que l'on 
indique peuvent tout au plus servir à caractériser une race et 
encore sont-elles loin d'être constantes. D'autre part, Cotur- 
nix Japonica, qui se trouve non seulement au Japon, mais 
aussi dans la Chine septentrionale et en Daourie, ne nous pa- 
raît pas différer spécifiquement de Coturnix communis. 

Les Chinois dressent la Caille commune pour le combat, et 
ils apportent à ce genre de plaisir une ardeur au moins égale 
à celle des Malais pour les combats de Coqs. 

Un Européen, qui a longtemps séjourné en Chine, nou- 
donne quelques détails curieux sur ce sport singulier. 

« Les Chinois, dit-il, qui ont la passion du jeu poussée très 
loin, comme la plupart des peuples de l'Asie, se rendent dans 
les maisons de jeu avec un certain nombre de Cailles renfer- 
mées chacune dans une bourse en toile fermée, dans sa partie 
supérieure, par une coulisse. Là ils trouvent bientôt un ad- 
versaire qui accepte le pari proposé, et immédiatement on 
lâche les deux champions sur un turf de la forme d'un crible 
dont le fond est en toile, clouée extérieurement sur un cercle 
en bois, ayant environ 70 centimètres de diamètre sur iO de 
haut. Là, nos petits adversaires se trouvent comme en champ 
clos et s'attaquent sans hésitation. Le sort du combat est aussi 
très court : il dure de une à trois minutes, et enfin , après 
l'issue du combat, chacun des éleveurs reprend son petit anis 
mal, lorsqu'il n'a pas péri dans la lutte, le replace dans la 
bourse dans laquelle il l'a apporté, et en sort un autre tout 
frais, offrant une revanche à celui qui a perdu , et souvent 

(l) Fauna japonica. Aves, p 103, pi. 61. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 247 

même défiant les spectateurs, surtout lorsqu'il a été victo- 
rieux (i). » 

Le P. David complète ces renseignements par les indica- 
tions suivantes. « Les Chinois emploient la Caille comme 
oiseau de combat : pour l'apprivoiser et pour augmenter ses 
dispositions belliqueuses, ils lui font prendre des bains de thé 
chaud, puis ils la font sécher en la tenant dans leur manche. 
Après un certain nombre de ces bains, qui sont suivis d'au- 
tant de repas, l'oiseau est suffisamment habitué à la main de 
l'homme et tout disposé à entrer en lice contre ses semblables. 
Ces sortes de combats font les délices des Chinois, qui y enga- 
gent souvent des sommes considérables (2). » 

Dans l'île de Formose et dans les provinces méridionales 
de la Chine, on rencontre une très jolie petite espèce connue 
depuis longtemps, décrite par Brisson dans son Ornitholo- 
gie (3) sous le nom de Caille des Philippines, et par Sonne- 
rat, dans son Voyage dans la Nouvelle-Guinée {-i) , sous celui 
de Petite Caille de l'île de Lugon. Temminck l'a appelée Co- 
turnix excalfactoria, mot à mot : Caille échauffante, qui 
'produit de la chaleur, parce que, disait-on, les Chinois s'en 
servaient pour se chauffer les mains en hiver. « En effet, dit 
Temminck, ces peuples nourrissent une multitude de ces pe- 
tits oiseaux, qu'ils tiennent dans des cages et les portent vi- 
vants pour se tenir les mains chaudes, ce qui fait supposer 
dans ces animaux une chaleur naturelle très forte (5). » 

Bonaparte a fait de la dénomination spécifique assez sin- 
gulière de cet oiseau un nom de genre, et celte Caille naine 
est aujourd'hui généralement connue des ornithologistes sous 

(1) Tastet. D'après Brehm, Ois., édit. fraiiç., t. II, p. 381. 

(2) David et Oustalet, Les Oiseaux de la Chine, p. 396 (1877). 

(3) T. I, p. 254, pi. 25, fig. 1. 

(4) P. 54, pi. 24. 

(5) Histoire naturelle générale des Pigeons et des Gallinacés, t. III, p. 516 
(1815). — Cet usage rappelle ces boules en cuivre connues sous le nom de 
chauffe-mains dont on se servait en Europe au seizième siècle. 

Ces boules attachées au bras par une chaînette, s'ouvraient et portaient à 
l'intérieur quelques braises ardentes dans un petit fourneau, sur pivot mobile, 
à double mouvement et disposé de manière à n'être point renversé, quelle que 
soit la position prise par la boule. 

On peut voir plusieurs de ces curieux ustensiles au Musée de Cluny. 



248 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

le nom d'Excalfactoria de la Chine {Excalfacloria Chinensi$ 
Bonaparte) (1), bien qu'elle se trouve encore à Ceylan, au 
Bengale, dans l'Assam, dans la Birmanie et aux Philippines. 

Enfin le Turnix de Dussumier est répandu en grand nombre 
sur les collines herbeuses de l'île de Formose, mais il est plus 
commun encore dans les champs et les prairies de l'Inde. 

TÉTRAGALLE DU THiBET {Tetvaogallus tibetcmus Gould). 

Tetraogallus tibetanus, Gould, Proc. Zool. Soc. {lSb3),'p.il ; Birds of Asia (1853), 
livr. V, pi. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 391. 

Les Tétragalles établissent une transition entre les Tétras 
et les Perdrix. Ce groupe offre une grande importance au 




Tétragalle du Thibet (Tetraogallus tibetanus Gould). 1/5 gr. nat. 

point de vue de l'utilité que l'homme peut en retirer, car les 
oiseaux qui le composent sont tous d'excellents gibiers que 

(1) Compt. rend. Ac. se, t. XLII. Tabl. des GalL, n" 288. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 249 

l'avenir nous lient en réserve pour repeupler nos hautes 
monlaones. 

Nous nous étendrons plus longuement sur ce sujet lorsque 
nous arriverons au Tétragalle de l'Himalaya. Il nous suffit, 
pour le moment, d'inscrire parmi les Gallinacés de la Chine 
une espèce que l'on rencontre plus particulièrement dans le 
Thibet proprement dit, mais qui habite aussi , quoique en petit 
nombre, les montagnes de la Chine occidentale. 

Les deux premiers spécimens de cet oiseau furent envoyés 
à « The Honourable East India Company », l'un par le capi- 
taine Strachey, l'autre par Hodgson. Gould décrivit cette nou- 
velle espèce et lui donna le nom de Tibetanus. 

Ce Tétragalle, le plus petit de son genre, a le bec orangé 
vif et les pattes rouges; la gorge, la poitrine et l'abdomen 
blancs, ce dernier strié de noir sur les flancs et en arrière. 
Les parties supérieures du corps sont variées de noir et de 
gris avec les plumes du milieu du dos et les sus-alaires lar- 
gement bordées de jaune pâle, le croupion et les sus-caudales 
nuancés de roux. 



PERDRIX BARBUE 

{Perdix harhata J. Verreaux et 0. des Murs). 

Tetraoperdix, var. Daurica, Pallas, Zoogr. (1811), t. Il, p. 78. — Perdix 
barbata, J. Verreaux et 0. des Murs, Proc. ZohI. Soc. (1863), p. 62 et 
p. 371, pi. y.— Swinhoë, ibid. (1863), p. 307. — A. David, Nouv. Arch. du 
Mus. (1871), Bull. Vil. — Gould, Birds of Asia (1871), livr. xxiii. — 
David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 392. 

Cette espèce se rapproche beaucoup de notre Perdrix grise 
d'Europe. Elle en diffère cependant par sa taille plus faible, 
les plumes longues et acuminées qui garnissent sa gorge et 
qui lui ont valu son nom de barbue , la couleur de la grande 
tache, en forme de fer à cheval, qui orne l'abdomen du mâle 
et qui est d'un noir profond au lieu d'être d'un brun mar- 
ron, enfin par la présence de deux petites raies noires situées 
l'une sur les narines, l'autre au-dessous de l'œil. 

Celte Perdrix, déjà rencontrée par Pallas, habite non seu- 



250 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

lement le sud de la Sibérie orientale, mais la Mongolie et le 
nord de la Chine et s'avance jusque dans le Chensi méridio- 
nal. Elle fréquente les endroits montueux et les plaleaux éle- 
vés, au milieu des herbes et des broussailles. « Dans toute 
cette région, dit le père David, l'espèce doit être fort abon- 
dante, à en juger par le grand nombre de ces oiseaux 
qu'on apporte souvent, en hiver, au marché de Pékin. J'en 
ai vu des monceaux de quatre à cinq cents individus. » 

[LERWE DES NEIGES {LcTwa mvicolci Hodgsou). 

Perdix lerwa, Hodgson, Proc. Zool. Soc. (1833), p. 107. — Gray, III. Ind. 
Zoo/. '(1830-ci4), t. II, pi. 44, f. I. — Lerwa nivicola, Hodgson, Madras Jour. 
(1837), p. 301.— Gould, Birds of Asia (1855), livr. vu, pi. —A. David, 
Nouv. Arch. du Mus. (1871), Bull. VII.— Swiniioë, Proc. Zool. Soc. (1871), 
p. 400. —David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 392. 

Cette Perdrix qu'Hodgson nous a fait connaître, et qu'il 
décrivit le premier en 1833, dans les Proceedings of the 
Zoological Society sous le nom de Perdrix lerwa et pour 
laquelle il créa plus tard un genre à part, présente un inté- 
rêt sérieux au point de vue de l'acclimatation. Elle peut, en 
effet, devenir un nouveau gibier, à côté du Tétragalle, pour 
les hautes montagnes de nos contrées. 

Elle habite les régions élevées de l'Himalaya (1) et du 
Thibet, ainsi que les montagnes de la Chine occidentale, 
dans le voisinage des neiges éternelles. Le père David l'a 
rencontrée à Moupin, à plus de 4000 mètres d'altitude. 

Ces oiseaux vivent en petites bandes sur les rochers escarpés 
et préfèrent aux parties boisées les endroits arides où crois- 
sent çà et là quelques touffes de bruyère. Ils placent leur nid 
à l'abri d'une saillie de la roche. Leur nourriture consiste en 
herbes, racines, grains et insectes. Faciles à effaroucher, ils 
fuient d'un vol vigoureux et se réfugient au milieu des gla- 

(1) Bien que cet oiseau appartienne plus spécialement à la faune hima- 

layenne, nous le faisons figurer au nombre des oiseaux de la Chine thibétaine, 

parce qu'il se trouve en nombre très considérable dans les montagnes de cette 

région, d'où il est plus facile de le faire venir, par les débouchés de la Chine 

occidentale. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 251 

ciers lorsqu'on vient les troubler. Us font entendre alors un 
cri bref qu'on peut rendre par « Oniok, quiok ». Leur chair 
est blanche et délicate. 

La Lerwe des neiges, qui mesure environ O^jSS, a toutes 
les parties supérieures du corps rayées transversalement de 
noir, de blanc ou de roux. La poitrine est d'un brun mar- 




Lerwe des neiges {Lerwa nivicola Hodgson). 

ron. La même teinte règne sur les flancs et les sous-caudales 
qui sont marquées de taches blanches et noires. Les rémiges 
sont brunes, légèrement pointillées de blanc, le bec et les 
pattes rouges. 

Le mâle et la femelle se ressemblent et sont à peu près de 
la même taille. Les jeunes, d'après Hodgson, ne diffèrent des 
adultes que par les teintes plus sombres de la poitrine et des 
flancs. 

Les Chinois nomment cet oiseau Sué-Ky, « Poule des 
neiges ». 



252 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

OREOPERDRIX A GORGE SANGLANTE 

{Oreoperdix crudigularis Swinhoë). 

Oreoperdix crudigularis, Swinhoë, Ibis (1864), p. 426. — Jbid. (1865), p. 542. 
— Ibid. (1866), p. 133, 134, 401. — Proc. Zool. Soc. (1871), p. 400.— David 
et Ouslalet, Ois. de la Chine (1877), p. 393. 

Cette Perdrix n'a été signalée jusqu'à présent que dans 
l'île de Formose. Elle y fut rencontrée par M. Swinhoë et 
décrite par lui pour la première fois dans VI bis, en 1864-. 

Elle est remarquable par la dénudation de la gorge recou- 
verte seulement de quelques plumes noires éparses sur la 
peau d'un rose qui passe au rouge vif dans la saison des 
amours. Le brun-olive et le gris jaunâtre dominent dans le 
plumage. Ces teintes sont relevées par le noir des joues et 
des sourcils, le rose carminé de la peau nue qui entoure 
l'œil, les mouchetures des flancs, des scapulaires et des rémi- 
ges, les barres irrégulières noires des rectrices, les pattes 
roses et le bec noir. 



PERDRIX DES BAMBOUS ORDINAIRE 

{Bambusicola thoracica Swinhoë). 

Perdix thoracica, Temminck, //fsf. nat. Pigeons et GaZ/inaces (1813-18), t. III, 
p. 335. — Perdix sphenura, Gray, Zool. Mise. (1844), p. 2. — Bambusicola 
sphenura, Gould, Proc. Zool. Soc. (1862), p. 285. — Arboricola bambusse, 
Swinhoë, /6i5 (1862), p. 259. — Bambusicola tlioracica, Swinhoë, Proc. Zool. 
Soc. (1863), p. 307; Ibid. (1871), p. 400. — David et Oustalet, Ois. de la 
Chine (1877), p. 393. 

Dos d'un brun olivâtre taché de brun marron et marqué de 
quelques points blancs. Front gris, sourcils de même cou- 
leur se prolongeant de chaque côté de la nuque. Bec brunâ- 
tre. Menton et gorge d'un rouge ferrugineux plus foncé sur 
les côtés du cou ; poitrine traversée par une large bande 
grise; abdomen d'un roux ferrugineux, taché de brun noirâ- 
tre sur les flancs. Rémiges brunes bordées de roux. Pattes 
gris jaune. Iris brun clair. 

Cette espèce, d'après le père David, habite toute la Chine 



OISEAUX A ACCLIMATER. 253 

méridionale depuis le Fokien jusqu'au Setcliuan et au 
Chensi méridional, mais ne dépasse point au nord le bassin 
du Yangtzé. Elle vit en couples sur les collines couvertes de 
buissons et de taillis ou dans les bambouseraies et se tient 
fréquemment perchée. Son cri consiste en une longue série 
de notes perçantes et diffère totalement de celui de nos 
Perdrix. 

Cet oiseau, connu aussi sous les noms de Perdrix ouakiki, 
Perdrix peixheuse de la Chine, a été bien étudié comme 
gibier nouveau à introduire par un éleveur fort habile, 
M. E. Leroy. 

Dans un mémoire adressé à M. le président de la Société 
d'Acclimatation, l'auteur fait ressortir les avantages que pré- 
sentent, parmi les Perdrix, les espèces percheuses sur celles 
qui ne le sont pas. 

« Outre, dit-il, qu'elles offrent moins de prise aux engins 
destructeurs du bi'aconnage, leurs habitudes naturelles, c'est 
un point sur lequel on ne saurait trop insister, leur inter- 
disent d'une façon absolue la nidification en rase campagne. » 

M. Leroy, développant cette idée, ajoute : « Voici, en effet, 
ce qui se passe chez la Perdrix percheuse : 

» La femelle niche à terre, comme notre Perdrix, mais 
l'affection pleine de sollicitude du mâle pour sa compagne 
est telle qu'il ne la quitte pas d'un instant, tant que durent 
l'incubation et la première éducation des jeunes. D'un autre 
côté, sa nature lui fait un besoin impérieux de rester branché 
une partie des heures de la journée et invariablement la nuit. 
Du haut de sa branche, il fait bonne garde en môme temps 
qu'il se tient en communication constante avec sa compagne, 
affaissée sur ses œufs ou sur ses petits nouvellement éclos, et 
qu'il échange avec elle des conversations à voix contenue. 

j La nécessité de concilier ses instincts les plus intimes de 
vie de famille avec sa nature impérieusement percheuse in- 
terdit dès lors à cette Perdrix toute velléité de reproduction 
en plaine. 

» Il lui faut des bois, des bosquets ou des bordures de bois. 

» Comme conséquence, avec elle plus à redouter de ces 



254 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

hécatombes d'œufs si regrettables, à l'époque, trop précoce 
pour nos Perdrix françaises, de la fauchaison des prairies 
artificielles. 

» Aussi estime-t-on généralement que le salut de nos chas- 
ses à tir réside dans l'introduction de Perdrix percheuses. » 

Pénétré de cette conviction, M. Leroy a apporté à ses ob- 
servations un soin et une assiduité en rapport avec l'avenir 
brillant qu'il entrevoyait pour la Perdrix percheuse. Par sa 
persévérance il l'a forcée à lui livrer les secrets de ses mœurs 
et de ses aptitudes. De cette étude prise, comme il le dit, sur 
le vif, vécue avec le sujet, et des succès de reproduction 
qu'il a obtenus, il croit pouvoir conclure en disant: 

(( Il nous est donc permis d'espérer que le jour malheureu- 
sement [à prévoir où nos Perdrix françaises auront disparu, 
la Société d'Acclimatation sera en mesure de combler cette la- 
cune regrettable et de répondre aux doléances des disciples 
de saint Hubert par ces bonnes paroles qui valent tout un 
poème : 

» Voilà une Perdrix (1) ! » 

Nous nous associons à cet espoir, mais pour le voir se réa- 
liser, il est nécessaire de multiplier les expériences, de les 
renouveler dans les conditions où devra se trouver l'oiseau 
à l'état libre, d'adapter enfin peu à peu le sujet au milieu qui 
doit le recevoir. Aussi recommandons-nous cette Perdrix 
percheuse à toute. Ja sollicitude des éleveurs et serons-nous 
heureux d'enregistrerles efforts tentés dans cette voie et les 
résultats, acquis. 

(1) Étude sur la Perdrix Omkild ou Perdrix percheuse de la Chine (Gallo- 
perdix sphenura) (Bulletin de la Société nationale d'Acclimatation, 1880, 
p. 693). 



OISEAUX A ACCLIMATER. 



-255 



PERDRIX DES BAMBOUS A VOIX RETENTISSANTE 

(Bambusicola sonorivox Gould). 

Bambusicola sonorivox, GouUl, Proc. Zool. Soc. (1862), p. 285. — Swinhoë, 
Uns (1863), p. 399. — Gould, Birds of Asia (1864.), livr. XVI, pi. — Swinhoë, 
Proc. Zool. Soc. (1871), p. 4-60. —David et Ouslalet, Ois. de la Chine (1877), 
p. 394. 

Plus petite que l'espèce précédente qu'elle remplace dans 
l'île de Formose, celte Perdrix ressemble à sa congénère par 
les mœurs, la voix et même l'aspect général du plumage, 




Perdrix des Bambous à voix retentissante {Bambusicola sonorivox Gould). 

dont la coloration cependant offre quelques différences. Ainsi 
les grandes taches des parties inférieures sont rousses au lieu 
d'être noires, celles du sommet de la tête sont au contraire 
d'un brun noirâtre au lieu d'être rousses, et enfin la teinte 
grise de la poitrine est moins prononcée et ne s'étend point 
sur les joues et les côtés du cou. 



256 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

PERDRIX DES BAMBOUS DE FYTCHE 

(Bambusicola Fylchii Anderson). 

Bambusicola Fytchii, Anderson, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 214 et pi. XI. — 
Swinhoë, ibid. (1871), p. 400. — David et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), 
p. 394. 

Celte espèce a été découverte sur les frontières occidentales 
du Yunam, mais peut-être, d'après le père David, son aire de 
dispersion s'étend-elle jusqu'au Setchuan. Ce missionnaire a 
vu, en effet, dans cette province un de ces oiseaux qui avait été 
apporté en cage par des Chinois venus de l'angle méridional 
du Yangtzé. 

Poitrine du mâle d'un gris cendré tacheté de roux ; face et 
devant du cou jaunâtres ; ventre blanc, taché largement de 
noir ; parties supérieures du corps d'un gris brunâtre, ver- 
miculées de noirâtre et tachées de roux et de noir. Une raie 
partant de l'œil descend sur le côté du cou, noire chez le 
mâle, rousse chez la femelle. 

FRANCOLIN PERLÉ OU FRANCOLIN DE LA CHINE 

(Francolinus sinensis Swinhoë). 

Perdix Sinensis, Brisson, Omith. (1760), t. I, p. 23i, pi. 28.— Tetrao Sinensis, 
Osbeciv, A voijage to China (1771), t. I. —Le Francolin de Tlsle de France, 
Sonnerat, Voy.Ind. (1782), p. 166, pi. 97. — Francolinus perlatus, Stricktand, 
Proc. Zool. Soc. (1842), p. 167. — Swinhoë, Ibis (1860), p. 63. — Francolinus 
Sinensis, Swinhoë, Proc Zool. Soc. (1863), et ibid. (1871), p. 400. — David 
et Oustalet, Ois. de la Chine (1877), p. 400. 

Les Francolins ont beaucoup de rapports avec les Perdrix 
et ce n'est que par quelques particularités organiques d'assez 
peu d'importance telles que la présence d'un éperon chez les 
mâles, la queue plus longue et un bec plus fort qu'on peut 
les distinguer. Encore ces caractères ne se trouvent-ils pas 
toujours réunis, d'où il est résulté qu'on a longtemps con- 
fondu génériquement ces deux groupes. 

Les mœurs de ces oiseaux ne sont pas encore très bien 
connues ; mais ce que l'on en sait permet d'affirmer qu'elles 
ont également une grande analogie avec celles des. Perdrix. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 257 

€omme ces dernières, ils sont monogames, demeurent habi- 
tuellement dans la contrée où ils sont nés, courent rapide- 
ment, volent bien, mais à courte distance, se rappellent lors- 
qu'ils sont séparés, sont très féconds, très attachés à leurs 
Jeunes, et les mâles se livrent des combats violents pour la 
possession d'une femelle. 

' D'un autre côté, ils ont des habitudes qui leur sont propres. 
'Ainsi, aux lieux découverts ils préfèrent les bois, ceux sur- 
tout où dominent les buissons qui leur fournissent un refuge 
et des aliments. Ils fréquentent aussi les plaines humides, 
marécageuses, couvertes de joncs. 

Certaines espèces ont l'habitude de percher, comme on 
Ta le voir pour le Francolin de la Chine; d'autres le font plus 
rarement, et il en est même, paraît-il, qui ne perchent pas. 

Ils vivent par paires et par familles. 

Leur régime est très varié ; ils se nourrissent de bourgeons, 
de feuilles, de pousses d'herbes, de baies, de graines, de 
vers, d'insectes, de bulbes de plantes et de racines, qu'ils 
découvrent en fouillant la terre avec leur bec. 

Le Francolin perlé a le sommet de la tête varié de fauve et 
de brun, le front jaunâtre, deux traits noirs sur les côtés de 
la tête, séparés par une bande blanche, la gorge blanche, le 
dos, la poitrine et l'abdomen noirs semés de taches arrondies, 
blanches sur les parties supérieures du corps et le thorax, 
d'un jaune ocreux sur les flancs et en arrière, l'iris brun, 
le bec noir et les pattes jaunes. 

Le fond du plumage de la femelle est brun varié de rou- 
geâtre, et chez elle les taches arrondies sont remplacées par 
des raies irrégulières. 

Cet oiseau habite les parties montagneuses de la Chine 
méridionale et l'île de Haïnan (1). On le rencontre aussi en 
Gochinchine et en Birmanie. 

Dans une lettre que nous a adressée dernièrement M. Ha- 
mel de la Bassée, chargé par le Ministre de l'Instruction pu- 

(1) Si l'on en croit Osbeck {A voijage to China, 1771, t. I), les Chinois se 

servaient de cet oiseau, comme de la Caille, pour s'échautrer les mains pen- 
dant l'hiver. 

4= SÉRIE, T. III. — Mai 1886. 17 



258 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCGLIMATATION. 

blique d'une mission en Gochinchine, nous relevons sur l'oi- 
seau qui nous occupe les renseignements suivants : 

« Le Francolin de la Chine, dont le nom annamite est 
« Gon-da-da», imitation d'ailleurs parfaite de son cri, est 
fort commun dans le nord de la Gochinchine, en Annam, au 
Gambodge. 

» Dans l'arrondissement de Tayninh (Gochinchine), que 
j'ai parcouru dans tous les sens, il m'est arrivé souvent d'en 
tuer une dizaine dans ma matinée, pendant la saison sèche, 
chassant avec un bon chien d'arrêt. 

» Le Francolin de la Chine se tient de préférence dans les 
plaines broussailleuses avoisinant les bois. Son vol au départ 
est bruyant, pointant vers le ciel, puis rapide et soutenu. 
. » Jamais je ne l'ai observé en compagnie. 

» Il se perche habituellement sur un arbre de la lisière du 
bois, ou encore au beau milieu d'une plaine, sur un arbre 
isolé, et de là il lance à toute volée ce cri de « con-da-da, 
con-da-da », plusieurs fois répété, et qui s'entend à une 
distance considérable. 

» C'est un fort beau coup de fusil, et sa chair, sans avoir 
la saveur de celle de la Perdrix grise, est un manger dé- 
licat. » 

Ce Francolin habite également les lieux bas et humides. 
Le même voyageur l'a rencontré souvent dans des plaines 
inondées, coupées çà et là seulement de petites éminences 
recouvertes de buissons. « J'en ai fait lever, nous écrit-il, 
presque dans l'eau. » 

TURNix MOUCHETÉ {Tumix mctculatus Vieillot). 

Hemipodius maculosus, Teniminck, Ilist. nat.Pig. et Gall. (1813-1818), t. III, 
p. 631.— Turnix maculatus, Vieillot, iVowî;. Dicl. d'hist. nat. (1819), t. XXXV, 
p. 47, et Galerie des Ois. (1825), p. 25, pi. 217. — Turnix maculata, Bona- 
parte, Compt. rend. Ac. se. (1856), t. XLII, p. 12. Tabl. des GalL, n" 305. — 
Hemipodius vicarius, Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 402. —Turnix 
maculatus, David et Ouslalet, Ois. de la Chine (1877), p. 398. 

Les Turnix comprennent les plus petits des Gallinacés. Ils 
sont surtout caractérisés par leur queue très courte, presque 



OISEAUX A ACCLIMATER. 



259 



enlièrement cachée par les sus et sous-caudales et par leurs 
doigts au nombre de trois. 

Leurs mœurs tiennent ta la fois de celles des Cailles et de 
celles des Pluviers; aussi Gould les a-t-il regardés comme 
établissant la transition des Gallinacés aux Charadriidés. 

Ces oiseaux mènent une vie très cachée parmi les hautes 
herbes et les broussailles qui recouvrent les plaines sablon- 
neuses et les vallées semées de rochers. Lorsqu'on les force à 
prendre leur vol, ils partent comme une flèche, mais s'abat- 




Turnix moucheté (Turnix maculatus Vieillot). 



lent presque aussitôt, et après un premier vol, ils prennent 
difficilement une seconde fois leur essor. Dans la saison des 
amours, ils deviennent plus actifs; les mâles, jaloux et que- 
relleurs, se livrent des combats acharnés. 

Leur nourriture se compose principalement d'insectes et 
de semences. Le nid, sans art, est formé de quelques herbes 
rassemblées dans une dépression du sol ; la ponte est de 
quatre œufs. 

Mais le point essentiel qui fait différer les Turnix des 
Cailles, c'est qu'ils n'émigrent point, ou, s'il leur arrive de 
s'éloigner des lieux où ils sont nés, ils n'entreprennent ja- 



260 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

mais de ces lointains voyages qu'accomplissent périodique- 
ment les Cailles. 

Nous avons parlé plus haut du Turnix de Dussumier, Son 
congénère, le Turnix moucheté, se trouve sur toute l'étendue 
de l'Empire chinois. D'après le père David, il est commun, 
en été, aux environs de Pékin, et se relire pendant l'hiver 
dans les provinces centrales et méridionales (1). 

Cet oiseau a le dessus de la tête brun mélangé de roux 
fauve, les joues d'un jaune pale varié de brun et la nuque 
ornée d'une large tache d'un roux ferrugineux, le dos marqué 
de bandes irrégulières noires, rougeâtres et fauves, la poi- 
trine d'un roux vif et l'abdomen blanc, l'iris blanc, le bec 
jaune avec la pointe brunâtre, les pattes jaunes. 



aréoturnix de formose {Areoturniœ rostrata Swinhoë). 

Turnix oscellatus, Swinhoë, Ibis (1863), p. 398. — Turnix rostrata, Swinhoë, 
Ibis (1865), p. 542, 544; (1866), p. 131, 297, 403; (1867), p. 230. - Aréo- 
turnix rostrata, Swinhoë, Proc. Zool. Soc. (1871), p. 401. — David et Ous- 
lalet, Ois. de la Chine (1877), p. 399. 

En 1863, M. Swinhoë décrivit dans VIbis une nouvelle 
espèce de Turnix qu'il venait de découvrir dans le sud de l'île 
de Formose, sur des collines rocailleuses couvertes de brous- 
sailles. 

Cet oiseau, d'après l'auteur, a les parties supérieures 
brunes mouchetées de noir, et parsemées de quelques taches 
fauves, avec les scapulaires nuancées de rouge et les couver- 
tures supérieures de l'aile d'un roux pâle, tachées de brun 
noirâtre, les joues et la gorge blanches, marquées de quel- 
ques points noirs, le milieu de l'abdomen blanchâtre, les 
flancs et le bas ventre d'un roux vif, les côtés de la poitrine 
d'un roux un peu plus clair avec des barres et des taches 
d'un brun très foncé, les rémiges d'un brun châtain, la pre- 
mière penne bordée extérieurement de jaunâtre, la queue 

(Ij Les premiers exemplaires de Turnix maculatus ont été apportés au 
Mushim par es naturalistes qui accompagnaient le capitaine Baudin aux Terres 
australes sur les corvettes le Naturaliste et le Géographe. 



OISEAUX A ACCLIMATER. 261 

courte, à peine distincLe, l'iris jaune pâle, presque blanc, le 
bec jaunâtre avec Tarête supérieure et la pointe d'un bleu 
noirâtre, les pattes d'un blanc jaunâtre, nuancées d'un bleu- 
indigo. 

La femelle est de taille plus forte que le mâle, et, chez 
elle, la gorge devient noire en été. 

Enfin, M. Swinhoë a établi une nouvelle espèce sur un 
oiseau tué près de Canton par le capitaine Blakiston, d'où le 
nom qu'il lui a donné : Areotiirnix Blakistoni. Elle est très 
voisine du Turnix combattant des îles de la Sonde, Hemipo- 
dius pugnax Temminck, mais s'en distingue par une taille 
plus faible, des doigts plus courts et un bec très petit. Les 
parties supérieures du corps sont fortement nuancées de 
roux, et la poitrine porte, au lieu de taches, des raies trans- 
versales. 

{A suivre.) 



DU DÉPEUPLEMENT ET DU REPEUPLExMENT 

DES RIVIÈRES ET COURS D'EAU DE FRANGE 
Par M. Albert LEROY 



Ayant à écrire il y a quelque temps à la Société d'Accli- 
matation, je profitais de ma lettre pour ajouter, dans un 
postscriptum de quelques mots, un moyen que je considérais 
comme efficace, pratique et peu coûteux pour le repeuple- 
ment de nos cours d'eau. 

Le Président de la troisième section voulut bien prendre 
en considération mon moyen et me demanda de faire un petit 
mémoire et de donner plus de développement à ma pensée. 
J'aurais préféré voir un des membres plus compétents adop- 
ter mon idée, et la soumettre à votre haute appréciation. 

Les causes de dépeuplement des rivières de France sont 
multiples : 

Parmi les plus importantes on place le braconnage et Véta- 
blissement d'usines. 

Le braconnage s'exerce jour et nuit et en tout temps, non 
seulement avec des lianes de fond et des engins de toutes 
sortes, mais encore par des modes de destruction dignes des 
temps les plus barbares : on a été, en effet, jusqu'à empoi- 
sonner des cours d'eau et à se servir de la dynamite. 

Le meilleur moyen d'empêcher le braconnage, c'est d'exer- 
cer une grande surveillance. 

V établissement des usines fournit encore plus de causes de 
dépeuplement que le braconnage; mais il faut avouer que les 
avantages que le pays retire de ces fabriques compensent lar- 
gement les dégâts causés. 

Le dépeuplement occasionné par les usines a deux causes 
principales : 

A. h' empoisonnement de Veau par les matières chimiques, 
le chlore principalement, et les détritus empestés provenant 
des féculeries, distilleries, etc. 



PISCICULTURE. 263 

Le remède à V empoisonnement de Veau est peut-être plus 
difficile à appliquer, mais il me semble que l'on arriverait à 
un bon résultat, en forçant les usiniers à filtrer leur eau em- 
poisonnée par un procédé semblable à celui employé dans la 
presqu'île de Gennevilliers pour les eaux d'égout, de manière 
que l'eau arrivât à la rivière épurée de toute composition mal- 
saine. 

Mais qu'arriverait-il le jour où cette terre serait saturée de 
ces produits? Le filtrage et l'épuration s'opéreraient-ils tou- 
jours d'une manière efficace? 

Peut-être, au contraire, obtiendrait-on un meilleur résultat 
en laissant séjourner dans des bassins él^nches ces eaux mal- 
faisantes, et trouverait-on un procédé chimique et peu coû- 
teux pour précipiter rapidement toutes les matières étran- 
gères. 

Une vanne permettrait l'écoulement de l'eau assainie dans 
la rivière et on enlèverait du fond du bassin le précipité ob- 
tenu qui, sans doute, trouverait encore son emploi. 

B. La deuxième cause principale de dépeuplement occa- 
sionné par rétablissement d'usines provient des différences 
de niveau de l'eau, soit par suite de réparations, soit que 
l'eau, employée comme force motrice, soit retenue dans un 
bief à une certaine hauteur pour descendre souvent, après 
quelques heures de marche, à un mètre au-dessous. 

Je ne cite que pour mémoire les irrigations et les faucar- 
dages répétés et souvent intempestifs que les usiniers ne 
manquent pas de faire, principalement au printemps et à l'au- 
tomne. 

Combien d'œufs coagulés à ces herbes et à ces roseaux cou- 
pés sont perdus. Si les usiniers se contentaient de couper et 
laissaient les herbes aller au courant de l'eau, le mal serait 
moindre, parce qu'on aurait la chance de voir ces œufs en- 
traînés éclore plus bas. Mais toujours ces herbes sont retirées, 
mises en tas et converties en riche fumier. 

Ne pourrait-on astreindre les usiniers à un certain règle- 
ment concernant le faucardage des rivières ? 

Mais j'estime que toutes ces causes de dépeuplement se- 



64 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

raient largement compensées si tous les œufs fournis par le 
petit nombre de poissons survivants venaient à bien (on sait, 
en effet, qu'il n'est pas rare de trouver dans le ventre de cer- 
taines femelles de cinquante à trois cent cinquante mille 
œufs) et si tous les alevins qu'on a lâchés depuis une dizaine 
d'années avaient vécu. 

Les personnes qui se sont occupées de pisciculture ont, 
selon moi, toujours voulu procéder trop rapidement ; elles se 
sont demandé quelles étaient les espèces les meilleures et, 
sans se préoccuper de savoir si la rivière qu'elles voulaient 
repeupler pouvait les nourrir, elles ont lâché des milliers 
d'alevins de Truites, d'Ombres Chevaliers, de Saumons et 
d'autres espèces voraces. 

Qu'est-il arrivé? D'abord beaucoup de ces alevins sont 
morts; ceux qui ont survécu ont commencé par manger ce 
qui restait de poissons dans le cours d'eau, puis se sont dévo- 
rés entre eux jusqu'à ce que ne trouvant plus rien à manger 
ils aient émigré dans des eaux moins dépeuplées, ou soient 
morts de faim. 

Donc le résultat a été souvent non seulement mauvais, mais 
encore néfaste ; au lieu de peupler, on a dépeuplé ! 

Il y a quinze ou vingt ans un étang que je pourrais nom- 
mer, était richement peuplé de Gyprinides de toutes sortes; 
le propriétaire y mit des Brochets. Trois ans après il fut 
étonné de trouver beaucoup moins de petits poissons et à 
chaque pêche son produit diminua d'une façon inquiétante ; 
enfin aujourd'hui cet étang, qui contenait alors peut-être cinq 
ou six milles Carpes marchandes, n'en contient plus que deux 
ou trois cents sans que le nombre des Brochets ait sensible- 
ment augmenté. On sait en effet qu'un Brochet peut manger 
ou détruire desCarpes d'un poids presque égal au sien et que, 
faute d'autres proies, il attaque ses congénères, qui, s'ils ne 
sont dévorés, reçoivent souvent des coups de dents qui déter- 
minent des végétations cryptogamiques occasionnant la mort. 
Il est très imprudent de lâcher dans des rivières peu pois- 
sonneuses des espèces voraces. 

Il faut donc, avant de lâcher des Salmonidés, commencer 



PISCICULTURE. 265 

par peupler un cours d'eau de poissons qui y trouveront faci- 
lement leur nourriture, tels que Carpes, Chevaines, Gardons, 
Brèmes, Tanches et Vérons. 

Les œufs de poissons éclosent mal dans les rivières pour 
plusieurs raisons; une des principales, ainsi que je le disais 
tout à l'heure, provient du niveau inconstant. 

Les poissons, en général, frayent au printemps et c'est à 
cette époque qu'ont lieu le plus souvent les inondations plus 
ou moins importantes (les déboisements pourraient donc 
être considérés encore comme une des causes de dépeuple- 
ment des rivières) : certains poissons déposent leurs œufs sur 
le sommet des herbes ou sur les radicelles qui se trouvent à 
fleur d'eau ; l'eau se retire, ou le moulin marche et l'eau 
baisse, et voilà des milliers d'œuls hors de l'eau et, par con- 
. séquent, perdus. 

Bien heureux encore si ces herbes n'ont pas été coupées 
entre la ponte et l'éclosion des œufs. 

Une autre raison qui empêche les œufs d'éclore, c'est qu'ils 
sont mangés. 

Tous les meuniers ou usiniers ont jusqu'à deux cents Ca- 
nards et plus qui naturellement trouvent leur nourriture 
dans la rivière et Dieu sait ce qu'un Canard peut manger 
d'œufs et d'alevins. (Pourquoi n'empècherait-on pas les Ca- 
nards de pêcher en temps prohibé ?) 

A ces Canards domestiques il faut ajouter les Bats d'eau, 
les Canards sauvages, les Sarcelles, les Poules d'eau, les Mar- 
tms-Pêcheurs, etc. 

L'année dernière, étant à canoter sur le Loir, près de sa 
source, vers le 15 juillet, je vis des Gardons frayer et dépo- 
ser leurs œufs sur des radicelles d'aulne. — Je m'approchai 
et j'emportai chez moi environ la moitié de ces racines cou- 
vertes de milliers d'œufs : je les mis simplement dans un ba- 
quet rempli d'eau et au bout d'une quinzaine de jours j'avais 
presque autant d'alevins que j'avais mis d'œufs en incubation. 
Dans une promenade en bateau je surveillais les œufs que 
j'avais laissés et tous les jours je m'apercevais que leur 
nombre diminuait; j'en eus l'explication en voyant un jour 



260 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

une demi-douzaine de Canards fouiller les racines de leur 
large bec. 

Enfin une autre fois, mes œufs étaient déjà éclos depuis 
deux ou trois jours, l'eau dans la rivière était basse, les ra- 
cines étaient sèches et étaient à plus d'un pied au-dessus de 
l'eau. 

Je pourrais affirmer que pas un des œufs que j'avais laissés 
dans la rivière n'est venu à bien et qu'au contraire presque 
tous ceux que j'avais mis en incubation m'ont donné des ale- 
vins que, du reste, je rejetai à la rivière dès que la vésicule 
fut résorbée. 

Ce que j'ai fait, tout le monde peut le faire sans aucune dé- 
pense : je n'avais aucun appareil de pisciculture ni eau cou- 
rante à ma disposition. 

Je voudrais que les garde-rivières, tout en étant des agents 
de répression, fussent surtout des agents conservateurs et 
producteurs. 

A défaut de garde-rivières, on pourrait prendre l'agent 
voyer, le cantonnier-chef ou le maître d'école. 

Les garde-rivières, ainsi que je l'ai fait, pourraient récol- 
ter facilement des œufs le long des cours d'eau confiés à leur 
garde ; les poissons ayant des dates à peu prés fixes de frai 
dans chaque rivière, je suis sûr qu'au bout de quelque temps, 
ces agents auraient acquis assez d'expérience pour suivre les 
Poissons dans leurs évolutions et prendre chaque jour des 
milliers d'œufs, qu'ils mettraient en incubation le soir en 
rentrant. 

Ils lâcheraient les alevins en temps opportun. 

La récolte des œufs serait bien simplifiée si l'on établis- 
sait sur les rivières des frayères artificielles : de simples balais 
de bouleau, de genêt et mieux de bruyère suffiraient, ainsi 
que j'ai pu le constater. 

Ce moyen de repeuplement peut être employé sans dé- 
penses appréciables. 

Mais ce que je préférerais voii-, c'est que l'on donnât à 
chaque garde-rivière (ou au maître d'école, à défaut d'autre 
agent), la jouissance d'une mare, n'eût-elle que 25 à 30 mè- 



PISCICULTURE. 267 

très de superficie sur 1 mètre de profondeur; dans cette 
mare il pourrait avoir des Gardons, Tanches, Carpes, etc., de 
quatre à dix de chaque espèce, suivant l'importance de la 
pièce d'eau, qui viendraient frayer sur des balais de bruyère 
disposés tout autour de la rive. 

Le garde-rivière, agent voyer, cantonnier-chef ou institu- 
teur, ferait facilement sa récolte, mettrait en incubation ses 
œufs et lâcherait les alevins dans les différentes parties des 
cours d'eau. 

Ce moyen qui n'entraînerait pas à une dépense de 50 francs 
par an rendrait certainement les meilleurs résultats. 

Le jour où nos rivières seront, grâce à ce procédé, riche- 
ment peuplées de Carpes, Tanches, Gardons et autres Pois- 
sons, alors seulement on pourra songer à acclimater des espèces 
telle que des Salmonidés. 



SUITE ET REPONSE 
A CERTAINES ORJECTIOMS FAITES A LA COMMUNICATION PRÉCÉDENTE 

Dans la communication que j'eus l'honneur de lire à la 
séance générale du vendredi 13 avril 1883 sur le dépeuple- 
ment et le repeuplement des rivières et cours d'eau de France, 
je proposais l'établissement de Carpières dans les endroits où 
il y aurait un agent de l'administration : garde-rivière, agent 
voyer, cantonnier-chef, etc. Je m'appuyais sur ce fait indé- 
niable que les essais de repeuplement par les Salmonidés 
avaient coûté très cher sans grand résultat, tandis que le re- 
peuplement par les Cyprinidcs pouvait être tenté sans dépenses 
appréciables. Qu'en plus ceux-là devaient être nourris et que 
ceux-ci trouvaient facilement leur nourriture dans nos cours 
d'eau. 

J'ajoutais que le jour où nos rivières seraient largement 
peuplées de poissons ordinaires, on pourrait tenter l'acclima- 
tation d'espèces rares et voraces qui trouveraient alors facile- 



268 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

ment leur nourriture, mais qu'il faudrait quand même conti- 
nuer l'éducation des Gyprinides. 

Un de nos collègues fit observer que dans beaucoup d'en- 
droits on avait établi sur les cours d'eau des réserves dans 
lesquelles, sous aucun prétexte, il n'était permis de pêcher, 
même à la ligne volante, et que ces réserve s atteignaient le but 
que je me proposais. 

Je considère ces réserves comme une excellente chose, 
mais je les crois absolument insuffisantes malgré les bons ré- 
sultats qu'elles ont donnés, et les observations que je fis alors, 
d'une manière générale, sur les rivières peuvent également 
s'appliquer à ces réserves. 

D'abord ces réserves sont-elles assez nombreuses ? En 
existe-t-il sur tous les cours d'eau ? Je ne sais ; mais dans mon 
département (fEure-et-Loir) je n'en connais aucune et il y a 
encore douze ou quinze rivières principales, sans parler des 
ruisseaux, qui ne sont toutes, il est vrai, ni flottables, ni 
navigables. — Si ces réserves ne sont établies que sur les 
canaux ou rivières flottables ou navigables, c'est bien peu de 
chose, car ceux-ci ne représentent pas la dixième partie 
linéaire des cours d'eau. 

Mais supposons qu'en France le quart de l'eau soit réservé 
(ce n'est pas le quart qu'il faudrait sans doute dire, mais la 
millième partie) : 

Ces parties réservées, c'est-à-dire soi-disant poissonneuses, 
ne sont-elles pas justement celles sur lesquelles s'exerce le 
plus le braconnage? 

Les poissons, s'ils sont nombreux à cet endroit, iront et 
viendront dans les eaux non défendues pour y trouver une 
nourriture plus abondante et se feront prendre au premier 
piège qui leur sera tendu. 

Ces réserves sont-elles à l'abri des Brochets, Perches, 
Loutres, etc. ? Non, c'est au contraire là que ces voraces se- 
ront le plus nombreux. 

Les oiseaux aquatiques sauvages ou domestiques ne vont-ils 
pas là comme ailleurs ? 

Les dilïérences de niveau ne s'y font-elles pas sentir comme 



PISCICULTURE. 269 

dans le reste de la rivière? Les eaux malfaisantes des usines 
n'y coulent-elles pas? 

On ne pêche pas dans ces réserves, une surveillance sévère 
en éloigne les braconniers, soit; mais quel moyen efficace 
avez-vous de protéger la reproduction? 

Les causes de dépeuplement que je signalais, en termes 
généraux, se manifestent dans ces réserves aussi bien qu'ail- 
leurs, car, je le répète, pour moi, le dépeuplement des ri- 
vières vient surtout de ce que les œufs et les alevins sont 
exposés h des milliers de causes de destruction dans les eaux 
courantes principalement, causes auxquelles échappent en 
partie les poissons d'un an et au-dessus. 

Je crois que, concurremment avec les réserves, l'établisse- 
ment de Carpières, de simples mares d'une quarantaine de 
mètres superficiels dans lesquelles se trouveraient toutes 
sortes de Cyprin ides et sous la direction d'agents compétents, 
serait le meilleur moyen de repeuplement, cà la condition 
toutefois que les élèves soient lâchés en temps opportun, 
temps variant suivant les localités : après les irrigations, les 
curages, les faucardages, etc. 

L'année suivante les Carpes, Tanches, Gardons, etc., seront 
déjà assez forts pour résister à certaines causes de destruction 
et trop gros pour s'aventurer dans la plupart des canaux 
d'irrigation. 

L'an dernier, je mis déjà un peu en pratique mon système; 
je compte cette année, si rien ne vient me déranger, renou- 
veler mon expérience plus grandement. 

Je me propose de repeupler de Cyprinides environ 6 kilo- 
mètres de rivière : 4 kilomètres du Loir, qui est à une lieue et 
demie de sa source et deux kilomètres de la Thironne, le pre- 
mier affluent du Loir. 

Je serai limité en aval par le premier moulin qui se trouve 
sur le Loir un peu plus bas que le confluent du Loir et de la 
Thironne, en amont sur la Thironne par un gué et sur le Loir 
par une pente assez rapide sur laquelle la rivière, sans pro- 
fondeur pendant 60 ou 80 mètres, coule rapidement entre de 
grosses pierres. 



^70 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Celle partie de rivière est très froide, étant alimentée par 
de nombreuses sources dont quelques-unes donnent depuis 
1 mètre jusqu'à 3 mètres cubes d'eau à la minute. Ce froid 
est très contraire au frai des Cyprinides. 

A 1 kilomètre au-dessus se trouve une féculerie qui pendant 
trois ou quatre mois de l'année envoie ses eaux empoison- 
nées dans la rivière. 

Le Loir à cette portée est très sujet aux inondations : pleut- 
il pendant cinq ou six heures de suite dans le haut de son 
bassin déboisé, douze heures après on voit la rivière monter 
souvent d'un mètre pour redescendre du reste aussi rapide- 
ment qu'elle a monté. 

Quoique j'aie vu des Gardons frayer vers le 15 juillet dans 
le Loir, je crois que les Carpes ne s'y reproduisent pas, du 
moins à cet endroit, et cependant les Carpes du Loir ont une 
certaine célébrité. J'ai tout lieu de penser que les Carpes pê- 
chées viennent des étangs en amont, d'où elles s'échappent au 
moment des grandes eaux ou de la pêche. Une fois dans la 
rivière, elles se débarrassent de leur désagréable goût de vase. 

Je suis donc dans de très mauvaises conditions pour expé- 
rimenter, puisque j'ai contre moi eaux empoisonnées d'une 
féculerie, niveau très inconstant, inondations fréquentes, 
rivière très froide, moulin en aval, Canards et canaux d'irri- 
gation. 

Malgré toutes ces causes, j'espère réussir à repeupler sans 
aucune dépense et dans deux ou trois ans, si cela peut vous 
intéresser, avoir à vous communiquer le succès de mon ex- 
périence. 



II. EXTRAITS DES PROCÉS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ 



SEANCE GENERALE DU 19 MARS 1886. 
Présidence de M. le marquis de SiNÉiy, Vice-Président. 

Le procès -verbal de la séance précédente est lu et 
adopté. 

— M. le Président proclame les noms des membres nou- 
ellement admis par le Conseil, savoir : 



V 



MiM. PRÉSENTATEURS. 

Farran (Henri), propriétaire, au château de ( E. Bellot. 
Verneuil, commune de Migné, par Poitiers ] A. Geoffroy Saint-Hilaire. 
(Vienne). ( A. Moreau. 

TOURNAT DE BuzENAUD, inspecteur de l'agri- \ ^^- ^eofoy Saint-Hilaire. 
culture à Quintenas (Ardèche). i Sa,nt-Yves Menard. 

l, Wuirion. 

r /iT- . Aie JN •'. • /'A. Berthoule. 

LouvET (Viclor-Allred), propriétaire, avenue \ „ ... 

de Neuilly, 136 bis, à Neuilly (Seine). f ^ . ' 
•^ -^ ^ ' \ Poupinel. 

n /nui- \ ■'. ■ • 17 II A. Berthoule. 

Régnier (Philippe), propriétaire, a Forreuil, \ , -^ ^v. ^ • . t,-i • 

V trnff y A. Geoffroy Saint-Hilairc. 

par Epernon (Eure-et-Loir). t o ■ . ^t ai - 

*^ ^ V Saint-Yves Menard. 

;' E. Barrachin. 

Thoureau (Edme), 8, rue d'Aumale, à Paris. A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

V Saint-Yves Menard. 

Thoureau (Félix), administrateur du Crédit ( ,*,^' „ „'. ,.., . 

ta A ni^, A ' n • A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

foncier, z, rue de Chateaudun, a Pans. ., ■ ,, ,, . 

V Saint- Yves Menard. 

— M. le D'Brocchi adresse des remerciements au sujet de 
sa récente élection aux fonctions de membre du Conseil. 

— M. Mengin annonce le renvoi de la femelle de son 
cheptel de Coloinbes poignardées. 

— M. E. Joly accuse réception du cheptel de Faisans de 
Lady Amherst qui vient de lui être expédié. 

— En remei^iant du couple de Lapins béliers qui lui a été 
accordé, M. le comte de Buisseret sollicite un cheptel de 
Poules de Campine. 



272 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACGLIMATATION. 

— Des remerciements pour les cheptels qui leur ont été 
accordés sont adressés par MM. Achille Adam fils, Al. Audap, 
Gustave Conte, O'Neill, Emile Delloye, de Confévron, N. Pau- 
tier, Mengin et Ramelet. 

— MM. les préfets de la Gironde, de l'Hérault, de Loir-et- 
Cher, de la Loire, de Maine-et-Loire, de la Nièvre, de l'Orne, 
de la Sarthe, des Deux-Sèvres et de la Haute-Vienne adressent 
des réponses aux demandes de renseignements qui leur ont 
été faites concernant la situation de la pisciculture dans leurs 
départements. 

— M. Max von dem Borne, de Berneuchen, demande des 
renseignements sur les principales espèces de poissons qui 
peuplent les eaux du Doubs, et sur les endroits où la pêche 
de ces poissons peut s'exercer le plus fructueusement. 

— En réponse à une lettre qui lui a été récemment adres- 
sée, M. Jules Tardy, sous-directeur de la ferme-école de La 
Roche (Doubs), veut bien promettre de tenir la Société au 
courant de ses travaux de pisciculture. 

— M. Paul Carbonnier, banquier à Bergerac, neveu de 
notre regretté collègue M. Pierre Carbonnier, annonce l'envoi 
de renseignements sur un établissement de pisciculture nou- 
vellement créé près de Bergerac. 

— M. le comte Giberto Borroméo, de Milan, demande à 
prendre part à la distribution des graines envoyées de Mada- 
gascar par le R. P. Camboué. 

— M. le D' A. Ricard, professeur à l'Académie commerciale 
de Prague, sollicite un envoi de semence de Riz de Mand- 
chourie. 

— M. le D' Louis Gaucher écrit d'Aïn-Témouchent (Al- 
gérie) : 

J'ai reçu en son temps 1 échantillon de Blé Schériff que la Société a 
eu l'obligeance de m'envoyer pour servir à des essais. Semé dans de 
très bonne terre, le résultat a été absolument nul. Cette variété est trop 
tardive pour notre région. Alors que les Blés durs tangaros et les 
Blés tendres étaient en état d'être récoltés, le Blé Shérilf était encore 
très vert dans toutes ses parties et le grain à peine formé. Deux jour- 
nées de vent chaud du Sud l'ont complètement détruit. 



PROCÈS-VERBAUX. 273 

Je pense que la Noix de Pacanier pourrait réussir ici à certaines 
expositions. M. Sanford devant en expédier à la Société, je serais heu- 
reux qu'elle pût m'en attribuer quelques-unes, afin que j'essaye l'intro- 
duction de cet arbre dans notre région. Les Orangers produisent beaucoup 
ici, ainsi que les Grenadiers et les Figuiers; c'est ce qui me permet de 
supposer que la Noix de Pacanier pourrait augmenter encore le nombre 
si restreint des essences utiles que l'on trouve dans le pays. J'avais bien 
songé au Cacaotier, mais il m'a toujours été impossible de me procurer 
des graines de cet arbre. 

— M. Léon Marquiset annonce qu'il soumellra prochaine- 
ment en séance généivale le résultat de ses essais de culture 
de Kuzu {Puer aria Thumber glana). 

— M. Berthoule donne, d'après un article publié par le 
journal The Colonies and India, d'intéressants détails sur 
l'histoire des fermes d'Autruches dans la colonie du Cap. 

— M. Berthéol présente un appareil de pisciculture de son 
invention; c'est un appareil d'éclosion avec flotteur, disposé 
pour être employé dans un cours d'eau. 

— M. Saint-Yves Ménard donne lecture d'une note de 
M. Ponsard, d'Omey (Marne), sur les Moutons prolifiques de 
Chine. (Voy. au Bulletin, p. 24-1.) 

— M. Jules Grisard communique une note de M. Rieffel 
sur les Chiens de prairie {Cynomys Ludoviciana). (Voy. au 
Bulletin.) 

— M. Brocchi donne lecture d'une note de M. Noordhoeck- 
Hegt, sur la pisciculture dans le Rhin inférieur. (Voy. au 
Bulletin.) 

— M. Hédiard présente un régime de Palmier sagoutier 
(Sagus Bhumphi) provenant de la Martinique, et il donne 
les détails ci-après sur les produits tirés de cet arbre, notam- 
ment sur le sucre que fournit la sève : , 

Les graines sont arrivées très fraîches et sans altération aucune, ce 
qui permettra de les faire germer en serre. Je vais en adresser à plu- 
sieurs de mes correspondants d'Algérie. 

Le Palmier sagoutier est très commun à Madagascar; on en trouve 

également beaucoup atix îles Moluques et dans diverses contrées de 

rOcéanie. L'indigène tire de ce Palmier de nombreux produits; c'est 

une source de richesse pour les pays où pousse le Sagoutier. Il y a 

4' SÉRIE, T. 111.— Mai 1886. ^[^ 



274 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aGGLIMATATION. 

d'abord la sève, que l'on obtient en pratiquant une incision à la base 
du régime; c'est la liqueur dite vin de palme. On suspend à l'endroit 
de cette incision un gobelet formé d'un morceau de bambou. Une sève 
abondante coule constamment. Mais on a remarqué que la nuit l'écou- 
lement est plus abondant que pendant le jour. 11 est très curieux de 
voir ce Palmier garni de gobelets, où chacun vient se désaltérer comme 
à un buffet permanent. Avec le vin de palme, on obtient, par la fermen- 
tation, une liqueur dite arach, qui est une sorte de rhum. Si on laisse 
aigrir ce liquide, il se transforme en vinaigre. Pour en obtenir du sucre, 
il suffit de faire évaporer le liquide, qui cristallise et donne un sucre 
de couleur brune dont le goût est agréable. 

De la moelle de ce Palmier on extrait une fécule qui, granulée, forme 
le sagou (espèce de tapioca), très nourrissant et très agréable en potage. 

Les fibres, qui sont autour de la moelle, s'exportent aujourd'hui en 
grande quantité, comme liens très solides et résistant à l'humidité. Dans 
les colonies, cette fibre trouve de nombreux emplois : on en fait des 
nattes, des tapis, des vêtements, des couffins pour l'emballage du sucre 
ou du café, etc. 

Le bois est très dur et sert aux constructions. 

Les régimes du Palmier sagoutier atteignent un volume considérable ; 
les grains, en forme de cône de pin, sont d'un bel effet ornemental, leur 
couleur acajou est très brillante et se conserve indéfiniment. Ces énormes 
grappes de graines, qui semblent avoir été vernies, sont fréquemment 
employées pour orner les demeures. Peut-être le Sagoutier pourrait-il 
réussir dans certaines parties de l'Algérie. 

— M. Rathelot dit qu'il a eu occasion de goûter du sucre 
de Sagoutier et qu'il l'a trouvé excellent. Ce sucre ressemble 
par la couleur à la cassonade, mais il est plus foncé. 



iSÉANCE GÉNÉRALE DU 2 AVRIL 1886. 

Présidence de M. Saint-Yves Ménard, Trésorier, 
puis de M. le marquis de Sinéty, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvel- 
lement admis par le Conseil, savoir : 

M. présentateurs. 

. ,, ,,, ^ . ti 1 f A. Berthoule. 

Arjuzon (le comte d ), 5, square du Roule, \ „ . n i * n 

. n ■ /' ' ^ j Comte Galvet-Rogniat. 

( A.Geoffroy Saint-Hilaire. 



PROCÈS-VERBAUX. :275 

MM. PRÉSENTATEURS. 

f, ,., ,„ .X . n • I ( J- Gornély. 

Gaillard lus (Honore), a Pussigiiv, par les \ . ^ «. <- • . n-i • 

f. /u- \ o j' r } A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Ormes (Vienne). / / 

(G. Pays Melher. 

/-. /» i_ii \ lo 1 ' n • 1 A. Berllioule. 

Grapanche (Achille), 18, rue Juge, a Pans \ . ^ ^ ^ . „., . 

. /- T^ . jn . . ' M v^ I 1 A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

et 4/ East 19 Street, a New-York. / „ . ,, \, , 

V baint-Yves Menard. 

SucHETET (Luc-André), au château d'Auti- ^ ' „ ^, ". „., . 

... ,-, , .,, ,,^ . T f • \ \ A. Geolhoy baint-Hilaire. 

ville, par GoderviUe (beine-Inferieure). c ■ ir ». . 

^ V Saint-Yves Menard. 

r^ ,, . , . . . , -, i G. Conte. 

pRAX (Louis), commissaire-priseur, a JNar- \ . ^ .u i 

,,\\ , A. Berthoule. 

bonne (Aude). i k r «• o • . ui • 

^ ' \ A.GeoiiroySaint-Hilaire. 

— Des remerciements pour les cheptels qui leur ont été 
accordés sont adressés par MM. Laborde, comte de Montle- 
zun, Ghandèze, Roussel, D' J. J. Lafon, et baron Le Pelle- 
tier de Glatigny. 

— M. Edouard Maistre écrit de Villeneuvette, par Cler- 
mont-l'llérault : 

Je viens vous demander la permission de vous adresser quelques 
observations au sujet de certaines opinions émises par plusieurs de nos 
honorables collègues, et notamment MM. Joly et Mailles, sur les Lépo- 
rides, dans les séances des 10 novembre et 8 décembre derniers. 

Je dois dire que si je prends la parole à ce sujet, c'est que depuis trois 
ans j'élève des Léporides (du commerce), et que depuis deux ans envi- 
ron, dans le but d'en avoir d'authentiques, je fais des expériences sur la 
production directe de l'hybride du Lièvre et du Lapin domestique. 

Pendant la même période, je me suis occupé aussi de trois questions 
qui paraissent au premier abord complètement étrangères à celle en 
discussion, mais dont l'étude peut, par analogie, en éclaircir certains 
points : 

1* Reproduction du Lièvre en captivité étroite; 

2° id. du Lapin sauvage; 

3" Croisement du Lapin sauvage avec des Lapins domestiques, et en 
particulier avec le Léporide. 

Je ne néglige rien pour résoudre ces différentes questions, mais sur- 
fout pour avoir des résultats dont l'exactitude ne puisse être révoquée 
en doute et, dans ce but, je note tout ce qui se passe dans mon clapier, 
je recueille la plus grande quantité possible d'observations sur les ani- 
maux que j'étudie, et que j'ai presque constamment sous les yeux. 

Dans ces conditions, cependant, si j'arrive au résultat cherché (acoou- 



276 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

plement d'un Lièvre et d'une Lapine, et si je l'annonce à notre Société, 
me croira-t-on lorsqu'on met en doute les affirmations émises par l'hono- 
rable M. Eugène Gayot dans ses différents ouvrages sur la question, 
affirmations justifiées par les expériences instituées par lui dans un but 
scientifique? Quelles sont les preuves qui vaudront plus que son témoi- 
gnage ? 

Eh bien, le résultat cité ci-dessus, je viens de l'obtenir, mais impar- 
fait : le 29 janvier dernier, une femelle de Lapin domestique, fécondée 
par un bouquin de Lièvre, donnait naissance à quatre petits, qui malheu- 
reusement furent trouvés morts le lendemain; les rats en avaient à moi- 
tié dévoré un, ce qui avait probablement été la cause que la mère avait 
laissé périr les autres, bien conformés, d'ailleurs. 

Ici, pas de doute au sujet de la valeur spécifique des reproducteurs : 
le bouquin est bien un Levraut pris jeune, il y a deux ans, dans une 
luzerne, et élevé depuis dans mon clapier; la Lapine est d'une race assez 
petite, grise, et se rapprochant assez, malgré son volume double, de la 
race sauvage. 

J'ai conservé dans l'alcool deux des petits Léporides ainsi obtenus, et 
si la 1" section le désire, je puis lui en envoyer un, on pourrait le com- 
parer avec un Lapin du même âge, c'est-à-dire venant de naître. Quant 
aux reproducteurs, je les ai réunis de nouveau pour essayer d'arriver à 
un résultat plus satisfaisant. 

Il est prouvé pour moi que la chose est possible; les faits cités par 
M. Gayot m'en avaient d'ailleurs donné la certitude. 

En effet, on objecte que M. Gayot a appelé Léporides le produit de La- 
pines avec un certain « Bibi » dont la valeur spécifique n'était pas bien 
connue, il en convient lui-même {Les petits quadrupèdes de la maison 
et des champs, f. II, p. 18); mais la dernière édition de cet ouvrage 
(1871) porte à sa dernière page (f. Il, p. 379) une note certifiant, d'après 
l'autopsie de cet animal, que Bibi était bien un lièvre. 

D'ailleurs M. Gayot cite plusieurs exemples d'accouplements féconds 
entre des Lapins et de véritables Lièvres, et notamment {même ouvrage, 
f. Il, p. 9-17) le cas d'un Lièvre à lui appartenant, qui a fécondé vingt- 
huit Léporides demi-sang. 

Mais, puisque des affirmations, même de la part de personnes aussi au- 
torisées que M. Eugène Gayot ne suffisent pas à établir l'authenticité des 
Léporides, il est nécessaire, pour arriver à connaître la vérité sur ce 
point, non seulement d'adresser des questionnaires détaillés aux per- 
sonnes s'oftcupant de cette question, mais d'envoyer chez elles une com- 
mission spéciale pour contrôler de visu leurs expériences. 

Il est certain que les Léporides du commerce, en grande partie du 
moins, n'ont aucun droit à ce nom, et c'est facile à comprendre, car les 
éleveurs (jui possédaient des Léporides authentiques ont dû souvent être 
assez peu scrupuleux pour vendre sous ce nom des produits de ces Lépo- 



PROCÈS-VERBAUX. 277 

rides avec des Lapins, ou même certaines races de Lapins ayant des ana- 
logies avec les Léporides, l'acheteur ne sachant pas, la plupart du temps, 
les caractères distinctifs de ceux-ci. Ce n'est donc pas en confiant un 
couple de Léporides du commerce à un membre de la Société qu'on 
apprendra quelque chose sur l'hybride du Lapin et du Lièvre ; ce n'est 
pas non plus en conflant à un membre un Lièvre et une Lapine : comme 
le dit très bien M. Mailles, le résultat, fort douteux, se ferait longtemps 
attendre très probablement, car il faut bien se garder, dans ces expé- 
riences, d'opérer dans de pareilles conditions : on ne doit pas opérer sur 
une petite échelle, car le résultat, quel qu'il soit, ne pourrait être géné- 
ralisé dans ce cas ; on ne doit pas mettre en scène des animaux brus- 
quement changés de milieu, expédiés à une distance plus ou moins 
grande, je parle pour les Lièvres, auxquels une pareille secousse enlève 
souvent, pour un temps, leurs facultés génératrices; endn, il faut (si ce 
n'est pas une condition sine qua non de la réussite, c'est toujours un grand 
point) que l'expérimentateur y apporte une très grande persévérance, 
les résultats se faisant ordinairement longtemps attendre et, j'irai plus 
loin, je trouve que, de plusieurs expérimentateurs consciencieux, celui 
qui est convaincu de la possibilité du fait contesté, arrivera plus tôt au 
but que l'indifférent, à plus forte raison que celui qui nie de parti pris. 

D'après ces considérations, ne semble-t-il pas que le mieux serait 
d'étudier bien en détail, de contrôler les résultats chez ceux qui se 
sont occupés, s'occupent ou vont s'occuper de la question, et après 
avoir discuté leur valeur scientifique, en faire connaître les conclu- 
sions pratiques, ce qui est le but final des travaux de notre honorable 
Société? 

En ce qui me concerne, je me mets entièrement à sa disposition, soit 
pour faire visiter mon clapier d'expériences, soit pour donner sur les 
questions mentionnées plus haut, et à la solution desquelles il est des- 
tiné, les détails qui me seront demandés. 

M. Edouard Maistre, ayaot été piûé de vouloir bien faire 
parvenir à la Société un de ses jeunes Léporides, adresse la 
lettre suivante : 

Conformément au désir que vous exprimez, je vous ai expédié ce matin 
par la poste, dans un bocal cacheté, un des jeunes Léporides que j'ai 
obtenus, et qui sont morts en naissant, ou quelques heures après leur 
naissance. Dans ma dernière lettre, j'attribuais leur mort à la dent des 
rats, qui en avaient rongé un, en effet; mais, après réflexion et examen 
de la mère et des petits, je crois plus probable que le volume relative- 
ment très considérable de ceux-ci et l'état d'embonpoint exagéré de 
celle-là ont rendu l'accouchement très laborieux, et causé la mort des 
jeunes. 



278 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Et, à ce propos, je crois devoir signaler à la Sociélé un écueil contre 
lequel se lieurleront souvent les personnes poursuivant de semblables 
expériences. 

Les femelles de Lapin mises en cohabitation avec des bouquins de 
Lièvre restent souvent fort longtemps sans produire, soit que la résis- 
tance provienne d'elles ou des mâles; il en résulte qu'elles s'engraissent 
outre mesure, d'autant plus que, mangeant toute la journée, elles con- 
somment, en outre de leur ration, une partie de celle de leur compagnon, 
qui ne mange guère qu'aux environs de la nuit. 

Cet embonpoint finit par les mettre dans l'impossibilité, soit de con- 
cevoir, soit de mener à bon terme leur portée, soit, comme c'était ici le 
cas, de mettre bas dans de bonnes conditions. 

Pour éviter cet inconvénient, il faut, de temps en temps, accoupler 
avec des Lapins les femelles en expérience et les remettre avec les bou- 
quins dès la mise bas, en sacrifiant leur nichée, ou une trentaine de 
jours après, si on veut la conserver. 

— M. Berthoule accuse réceplion des 500 œufs de Truite 
arc-en-ciel dont la Société a bien voulu disposer à son profit. 
Ces œufs ont accompli leur long voyage dans les meilleures 
conditions. C'est à peine si on a compté 40 morts à leur 
arrivée. Leur évolution embryonnaire était déjà très avan- 
cée, et tout fait espérer que l'éclosion se produii^a de la façon 
la plus satisfaisante. 

— M. Vincent accuse également réception des œufs de 
Truite arc-en-ciel qui lui ont été adressés. 

— M. Glaser fils, de Bàle, fait connaître les prix auxquels 
il pouiTait fournir à la Société des œufs embryonnés de 
Saumon, de Truite et d'Omble-Chevalier. 

— M. Berti^and, ingénieur des ponts et chaussées, à Poi- 
tiers, chargé de dresser le projet d'une échelle à Saumons 
pour le barrage de la Vienne, à Châtellerauit, prie la Société 
de vouloir bien lui fournir quelques informations sur les di- 
vers types d'échelles à Saumons en usage à l'étranger. 

Dans une seconde lettre, M. Bertrand remercie des rensei- 
gnements qui lui ont été adressés en réponse à sa demande. 

— M. le Préfet des Côtes-du-Nord fait parvenir sa réponse 
à la demande de renseignements qui lui a été adressée sur la 
situation de la pisciculture dans son département. 

— M. Max von dem Borne, de Berneuchen, demande 



PROCÈS-VERBAUX. 279 

quelles sonl les principales espèces de poissons qui peuplent 
les eaux du Doubs, et quelles sont les parties de ce cours 
d'eau où la pêche peut s'exercer le plus fructueusement. 

— M. Raveret-Wattel signale un nouvel essai tenté par le 
gouvernement de la Nouvelle-Zélande pour l'introduction du 
Hareng (Clupea harengus) dans les eaux qui baignent cette 
colonie. Le 13 mars dernier, le vapeur Jackal est parti de 
Plymouth emportant une cargaison considérable d'œuls fé- 
condés, qui ont été recueillis par M, le professeur Cossart 
Ewart sur des Harengs péchés aux bancs de Ballantrae, sur la 
côte sud de l'Ayrshire. Comme on le sait, les œufs de Hareng 
éclosent en l'espace de seize à dix-sept jours. 11 est donc 
nécessaire de retarder le développement d'une quarantaine 
de jours, pour éviter que l'éclosion ne se produise pendant le 
voyage, ou, tout du moins, trop longtemps avant l'arrivée à 
destination. Des glacières et des bacs spéciaux ont, en consé- 
quence, été installés à bord du navire, pour loger les œufs et 
pour recevoir les alevins qui viendraient à naître en route. 
Les œufs seront soumis à une température constante de 
-j- i degré environ. 

><i'*-^ M. l'abbé A. Mondain, directeur de l'Orphelinat agri- 
cole de La Breille (Maine-et-Loire), sollicite un envoi de tuber- 
cules de Stachys affinis. 

— M. Joseph Clarté, de Baccarat, met à la disposition de la 
Société des boutures d'Elœagnus edulis. — Remerciements. 

— M. le Directeur de la Société « La Ramie française » 
adresse quelques exemplaires de la brochure de M. P. A. Fa- 
vier sur la Ramie. 

— M. Sandford annonce l'envoi qu'il fait faire à la Société 
d'une barrique de noix de Pacanier. — Remerciements. 
""— A l'occasion de la lettre de M. Ed. Maistre, relative aux 
Léporides, M. Decroix fait connaître que la 1" section, qui a 
déjà reçu communication des renseignements contenus dans 
cette lettre, prendrait également connaissance avec intérêt 
de toutes les observations dont on voudrait bien lui faire 
part concernant les Léporides. 

— M. le D"" Brocchi fait remarquer que, d'après les termes 



280 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

de sa lettre, notre correspondant semble croire que l'on nie 
la reproduction du Lièvre et du Lapin. Or, ce qui est mis en 
doute, ce n'est pas la possibilité du croisement, mais la pos- 
sibilité d'obtenir par ce croisement une race qui se perpétue, 
sans que les sujets obtenus retournent, par un phénomène 
d'atavisme, aux caractères de l'une des deux espèces croisées. 

— M. Decroix annonce que le Lièvre confié à la 1" section 
pour les expériences dont elle s'occupe paraît avoir été appri- 
voisé, tout en montrant un naturel assez méchant. Cet ani- 
mal serait, en outre, cryptorchide. Quant à la Lapine qui 
l'accompagnait, elle avait déjà été couverte par un Lapin, et 
elle a mis bas trente jours après son arrivée chez notre col- 
lègue, M. Joly, qui a bien voulu se charger de suivre les 
essais. 

— M. Decroix signale l'intérêt que présente l'envoi de 
noix de Pacanier annoncé par M. Sandford; on peut seule- 
ment regretter, ajoute notre collègue, que cet envoi nous soit 
fait un peu tard en saison, et il importera de mettre les noix 
en distribution aussitôt qu'elles nous parviendront, afin que 
les semis puissent avoir lieu le plus tôt possible. 

. — M. A. Laloue fait une communication sur la valeur des 
produits industriels des Autruches domestiques (voy. au Bul- 
letin). 11 complète ces renseignements par les détails ci-après 
sur rélevage et la nourriture des Autruches en captivité : 

Nous avons, malheureusement, en Algérie, un grand inconvénient. 
Soit faute d'une nourriture convenable et bien distribuée, soit faute 
d'un espace suffisant, tous nos élèves sont atteints d'une maladie des 
jambes à l'âge de trois à six mois. Nous en perdons une grande partie 
par suite de rupture des membres. Nous n'avons pas su, jusqu'à pré- 
sent, trouver le moyen d'éviter ces accidents. Il nous est arrivé, sur 
vingt-quatre Autruchons mâles, par exemple, de n'en sauver qu'un ou 
deux, ce qui nous a empêchés de prospérer, car depuis quelques années, 
on s'est donné en Algérie toutes les peines possibles pour arriver à un 
bon résultat. 

Pour la nourriture d'une Autruche, il faut compter environ 100 francs 
par mois. On nourrit ces animaux avec de l'herbe, de la luzerne, quel- 
quefois des feuilles de vigne. Lorsqu'on manque de verdure, il suffit de 
leur donner des fourrages arrosés d'eau avec un peu de sel. Il est vrai 



PROCÈS-VERBAUX. 281 

que cette nourriture n'est pas favorable et ne pourrait être employée 
longtemps ; mais, faute d'autre, elle permet d'attendre un temps meilleur. 
Nous avons pu entretenir des Autruches pendant plus d'un mois et 
demi rien qu'avec des luzernes sèches arrosées d'eau, avec du seigle, 
de l'avoine, de l'orge. Quant au prix d'entretien, il dépend naturelle- 
ment du nombre de personnes employées pour soigner les animaux. 
. Les sujets reproducteurs sont installés de différentes façons. Au Jardin 
d'essai, ils sont dans des parcs d'une contenance d'environ 300 mètres, 
entourés de murs, de grillages pour intercepter le jour entre les dif- 
férents parcs. Il est indispensable que les oiseaux ne s'aperçoivent pas 
mutuellement; sans quoi la jalousie s'en mêle. Ils s'envoient mutuelle- 
ment des coups de pied à travers les barrières ; celles-ci se brisent et 
bientôt s'engagent des batailles qui amènent de graves blessures. 
Nous avons vu des pieds entamés où l'on apercevait l'os. Les animaux 
toutefois ont une très bonne charnure ; on les guérit très rapidement. 
A Aïn-Marmora, on a construit des murs qui sont élevés de 2 mètres et 
plus. J'avoue que c'est là une grosse erreur, car la dépense est très 
lourde. Les animaux ne s'en trouvent pas mieux, au contraire ; ils ne 
paraissent pas s'y convenir. Cependant on a obtenu des résultats dans 
ce parc. 

A Zéralda, on a installé des parcs avec des clôtures. On a laissé 
dans l'intervalle un espace de 3 ou 4 mètres, suivant les dispositions, 
dans lequel nous laissons pousser des broussailles vives, avec l'espé- 
rance qu'un jour ces broussailles remplaceront les fagots qui y sont 
actuellement. Les oiseaux s'y trouveraient mieux. 

Les parcs de Marmora ont 300 à 400 mètres de superficie : 15 mètres 
sur 25. Ceux de Zéralda sont inégaux : les uns ont 300 mètres; les 
autres 400. On a profité des accidents de terrain de façon à donner le 
plus d'espace possible et à profiter des broussailles pour les isoler les 
uns des autres. En principe, il convient de donner 300 mètres d'espace 
aux oiseaux reproducteurs. 

Au Cap de Bonne-Espérance, on donne un plus grand espace. Mon avis 
est que c'est là une des causes du succès; je crois qu'en donnant un 
espace plus grand, oh il y aurait de la verdure, une culture quelconque, 
où les animaux pourraient courir toute la journée, à droite et à gauche, 
je crois, dis-je, que nous obtiendrions un meilleur résultat. 

L'année dernière, nous avons essayé trop tard, nos animaux étaient 
déjà pris de la maladie ; nous n'avons pu conserver que ceux qui ont 
profité de l'espace donné, et qui depuis sont devenus bien plus grands 
que ceux que nous avions l'habitude d'obtenir jusqu'à présent. 

— M. le Secrétaii'e général rappelle à ce sujet qu'une 
opinion absolument conforme à celle de M. Laloue a été 
émise, il y a déjà longtemps, par M. Gréput : 



SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Tout récemment encore, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, j'avais l'hon- 
neur de donner communication à la Société d'un mémoire dans lequel 
M. Créput expliquait comment, après des tâtonnements nombreux, après 
avoir modifié la nourriture de plusieurs façons, il est arrivé à penser 
que si l'Autruche était prise de rachitisme entre quatre et huit mois, 
ce devait être manque d'espace. M. Créput a mis ses jeunes élèves dans 
des conditions de mouvement, de liberté plus importantes, et il a dé- 
claré avoir obtenu un résultat plus considérable. Il avait amené à bien 
son élevage entier sans plus de peine que pour des Poulets. 

Les Autruches, à l'état sauvage, sont obligées de déployer une acti- 
vité incessante pour chercher leur nourriture, qui est très clairsemée, 
sur d'immenses terrains. Elles font de grands parcours pour se saisir 
des Lézards, des Insectes, des graines dont elles font leur alimentation ; 
il leur faut faire beaucoup de chemin pour trouver ce qui est néces- 
saire à leur pâture. 

M. Laloue est donc en accord parfait avec notre collègue, M. Céput, 
sur la solution, qui semblerait trouvée aujourd'hui. 

— M. le Président demande quel est l'espace qu'il con- 
vient de donner aux Autruches pour qu'elles soient dans de 
bonnes conditions. 

— M. Laloue répond qu'un espace d'au moins 4-00 à 
500 mètres est nécessaire et il donne à ce sujet les détails 
ci-après : 

Dans notre établissement, nous leur avons donné presque un hectare, 
dans lequel, au lieu d'avoir du sable, nous avons fait semer de laluzerne, de 
l'orge, des graminées quelconques. L'animal court toujours à droite et à 
gauche et se donne de l'exercice. De plus il mange un peu toute la 
journée, sa digestion se fait graduellement. Quand, au contraire, on 
lui apporte sa nourriture une, deux, trois fois dans la journée, c'est in- 
suffisant. Ces animaux sont très gloutons; ils avalent immédiatement ce 
qu'on leur apporte. Nous en avons eu plusieurs qui sont morts d'indi- 
gestion pour avoir trop mangé. Les cailloux sont absolument nécessai- 
res à leur existence. En Algérie, lorsque nous avons distribué la nour- 
riture, l'orge, la verdure, etc., les oiseaux se précipitent vers des tas 
de cailloux qui sont mis à leur disposition. Ils avalent des pierres très 
grosses. Ces pierres semblent indispensables à leur existence ; quand 
ils n'en ont pas, ils souffrent. Nous en avons perdu plusieurs qui ont 
péri étouffés; ils n'avaient pas de cailloux dans leur gésier. 

— M. Raveret-Wattel fait une communication sur les 



PROCÈS-VERBAUX. 283 

travaux entrepris au laboratoire d'agriculture marine de 
Flôdevig (Norvège) par M. le capitaine G.-M. Dannevig. 

• — M. de Barrau de Muratel signale l'arrivée précoce des 
Hirondelles dans le Tarn. Notre collègue a vu de ces oiseaux 
dès le i-4 mars ; à la vérité le temps était beau et chaud depuis 
plusieurs jours. Le 58, il en a vu trois ensemble. Peut-être 
formaient-elles l'avant-garde des légions qui devaient arriver ; 
mais M. de Barrau de Muratel n'a pas pu s'en assurer, étant 
parti pour Paris le 30 mars. Jamais, ajoute notre collègue, je 
n'avais vu d'Hirondelles avant les premiers jours d'avril. 

— M. le Président estime que les arrivages d'Hirondelles 
ne varient guère que d'une quinzaine de jours. Les observa- 
tions faites à ce sujet ont permis de dresser des tables des 
migrations. 

— M. de Barrau de Muratel se demande si l'arrivée précoce 
des Hirondelles serait l'annonce d'un été chaud ; lorsqu'il a 
vu ces oiseaux, le thermomètre oscillait entre 45 et 20 degrés, 
ce qui est une température très suffisante pour les Hiron- 
delles. 

— M. le D' Brocchi fait observer que ce n'est pas parce que 
l'on aura vu deux ou trois Hirondelles, qu'on peut dire 
qu'elles sont arrivées. Tous les ans, un certain nombre d'Hi- 
rondelles, pour une raison quelconque, ne partent pas avec 
les autres ; elles hivernent, elles restent dans des trous et elles 
profitent des beaux jours. On en voit quelquefois, en plein 
hiver, qui sortent quand il fait beau et chaud. 

— M. Mailles rappelle que les premières Hirondelles arri- 
vent dans les environs de Paris vers le 21 mars ; ce sont des 
Hirondelles de cheminée. Les Hirondelles de fenêtre n'arri- 
vent pas avant le mois d'avril. 

— En annonçant l'arrivée au Jardin d'acclimatation de 
Chabins et de Bœufs nalos du Chili, M. Geoffroy Saint-Hilaire 
met sous les yeux de l'assemblée des aquarelles représentant 
ces animaux. Il rappelle que les Bœufs natos se rencontrent 
dans un certain nombre de provinces de l'Amérique du Sud. 
Cette race est caractérisée par le peu de longueur des jambes 
et par une conformation particulière de la lêle ; le maxillaire 



284 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

inférieur est beaucoup plus long que la mâchoire supérieure, 
de sorte que les dents font saillie, absolument comme chez le 
Chien bouledogue. En Europe, il n'est pas rare de voir naître 
des Veaux avec cette difformité, qui, devenue héréditaire et 
complètement fixée après un certain nombre de générations, 
a formé, en Amérique, la race nata. Chez cette race, les pro- 
portions de la tête sont singulièrement modifiées. Tandis que, 
chez notre Bœuf domestique, l'œil se trouve placé à peu près 
aux deux tiers supérieurs de la tête (c'est-à-dire qu'en divi- 
sant la longueur de la tête en trois parties, il y en a deux au- 
dessous de l'œil et une au-dessus), chez les Bœufs natos, 
l'œil se trouve à peu près à égale distance du sommet de la 
tête et de l'extrémité du mufle. Si ces animaux sont curieux, 
ils ne peuvent rendre aucun service particulier. Leur alimen- 
tation ne se fait que d'une façon défectueuse; ils ne sauraient 
donc être recommandés au point de vue de la multiplication 
dans l'agriculture. Au Chili, on leur trouve un avantage: 
celui d'être plus faciles à tenir enfermés dans les clôtures, 
qu'ils|nefpeuvent franchir aisément à cause de leurs jambes 
courtes. 

Quant aux Chabins, ou hybrides féconds du Mouton et delà 
Chèvre, leur existence a souvent été niée. L'arrivée en France 
de spécimens de celte race présente donc de l'intérêt. Ces 
animaux vont être soumis à M. le professeur Sanson et seront, 
de sa part, l'objet d'un rapport dont la Société recevra com- 
munication. 

— M. Maurice Girard annonce que l'École d'agriculture de 
Grignon vient de recevoir également trois Chabins : un mâle 
et deux femelles. 

— M. Daresle rappelle qu'il y a une vingtaine d'années, 
étant professeur à la Faculté des sciences de Lille, il a eu 
occasion d'observer, dans une localité voisine de cette ville, 
un Veau qui présentait tous les caractères de la race nata. Un 
travail publié à ce sujet, par noire collègue, dans le Bulletin 
du comice agricole de Lille, mentionnait, avec détails, 
l'existence de? Bœufs natos de l'Amérique du Sud. Mais 
quelques personnes contestèrent l'existence de cette race. 



PROCÈS-VERBAUX. 285 

L'arrivée au Jardin d'acclimatation des aniniaux qui lui ont 
été expédiés du Chili, vient rendre le doute impossible. Au 
Mexique, il existait, paraît-il, une race de Bœufs natos sans 
cornes. 

M. Dareste ajoute que, chez nos Bœufs domestiques, les 
naissances de sujets présentant cette difformité des mâchoires 
n'est nullement rare. Une thèse, récemment publiée, cite de 
de nombreuses observations recueillies dans le département 
du Pas-de-Calais. Dans presque tous les cas, la déformation de 
la tête était accompagnée d'autres monstruosités portant sur 
différentes parties du corps, spécialement sur le rectum et 
sur les organes génitaux. 

— M. le Secrétaire général constate qu'en effet presque 
tous les Veaux qui naissent entachés de monstruosité dans la 
forme de la tête, présentent d'autres vices de conformation 
qui en rendraient l'élevage difficile. 

— M. Saint-Yves Ménard a eu occasion d'examiner un Veau 
à tête de bouledogue qu'exhibait un bateleur. Ce Veau, 
auquel la conformation de ses mâchoires n'aurait pas permis 
de teter, avait dû être allaité artificiellement; les membres, 
fortement incurvés etd'une très grande faiblesse, ne pouvaient 
porter l'animal. Chez les Bœufs du Chili qui viennent d'ar- 
river au Jardin d'acclimatation, les membres sont droits, bien 
conformés et seulement un peu courts. 

Notre confrère saisit cette occasion pour rappeler que le 
Jardin d'acclimatation a reçu en juillet 1883 une Mule arabe 
(Catherine) , accompagnée d'une jeune Pouliche , sa fille 
(Gonstantine), née en mars 1873, et d'un Cheval barbe (Caïd), 
son étalon. 

Le fait d'une Mule fécondée par un Clieval, sans être nouveau, dit 
M. Ménard, était assez rare pour attirer l'attention ; et ce qui frappait 
particulièrement, c'était la[^,vigueur de la petite Pouliche qui paraissait 
devoir s'élever très facilement. 

Dans les exemples de reproduction des Mules connues jusqu'alors, on 
remarque une sorte de gradation de la fécondité. Les femelles fécondées 
ont été peu nombreuses ; souvent elles ont avorté, rarement elles ont 
donné des produits viables, et c'est très exceptionnellement que ceux- 
ci ont pu être élevés comme des]^animaux ordinaires. 



286 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Eh bien, Constantinea pris un très beau développement, elle a atteint 
la taille de son père, l^jdb environ, et elle est devenue une bêle de 
service remarquable. 

A son entrée au Jardin d'acclimatation, la Mule Catherine était encore 
pleine du même Cheval. En avril 1874, elle a donné le jour à une se- 
conde Pouliche (Hippone) qui s'est développée comme sa sœur aînée, 
qui a fait paire avec elle à la voiture et qui est aujourd'hui une des 
meilleures bêtes de selle du manège du Jardin d'acclimatation. 

Ces deux produits de la Mule, qui sont trois quai'ts de sang Cheval, 
ressemblent absolument à des Chevaux, l.es personnes non prévenues 
les considèrent comme tels et l'examen le plus approfondi des carac- 
tères extérieurs (oreilles, crinière, queue, etc.) ne décèle en rien le 
quart de sang d'Ane. Seul, le hennissement présente une petite différence 
avec celui du Cheval. 

La descendance de Catherine ne s'est point arrêtée là. Notre Mule 
accouplée avec un Ane d'Egypte a donné naissance à deux sujets mâles, 
Salem en juin 1875 et Athman en janvier 1878. Ce sont des animaux 
d'une vigueur peu commune, d'une grande vitesse, d'une résistance au 
travail tout à fait extraordinaire. Chose curieuse ! ces produits trois 
quarts de sang Ane, que l'on pouvait s'attendre à voir rapprochés du 
Cheval, ressemblent absolument à des Mulets. Toutes les personnes qui 
les voient faire le service de ti-amw^ay de la Porte Maillot au Jardin 
d'acclimatation les prennent pour desjMulets. Ils ont les oreilles demi- 
longues, la crinière un peu courte et tombante, la queue à moitié garnie 
de crins vers le haut ; leur voix tient le milieu entre le hennissement 
et le braiment. 

Enfin Catherine a été représentée à son premier étalon Caïd ; elle a 
avorté en 1879, puis elle a donné en juin 1881 un cinquième produit 
« Kroumir » qui ressemble à un Cheval comme Constantine et Hippone, 
qui commence à travailler et qui promet de ne le céder en rien à ses 
frères et sœurs sous le rapport de la bonne constitution et de l'énergie. 

Ces animaux présentent un réel intérêt scientifique et peuvent éclai- 
rer plusieurs points de la question de l'hybridation. 

Us démontrent tout à la fois et la rapidité, en certains cas, du retour à 
l'espèce qui intervient à la seconde génération (Constantine, Hippone, 
Kroumir), et l'irrégularité de ce retour (Salem et Alman). 

Nous avons voulu nous rendre compte de la fécondité des enfants de 
la Mule. 

Accouplée avec Caïd, puis avec un Cheval japonais, « Nippon », Cons- 
tantine a été pleine deux fois, et les deux fois en 1871 ; puis en mars 
1886, elle a mis bas à terme, mais elle a eu des produits chétifs, inca- 
pables de se porter, hors d'état de vivre. Ces produits avaient tous les 
caractères du Cheval. 

Hippone, saillie par le même étalon japonais, sujet très vigoureux. 



PROCÈS-VERBAUX. 287 

a été pleine également et a eu en août 1882 un produit débile sem- 
blable aux précédents, qu'elle n'a pas élevé. 

Quand à Salem, il a sailli plusieurs juments sans résultats ; cela donne 
une présomption de son infécondité. Nous n'en pouvons pas dire da- 
vantage. 

— M. le Sécrétai l'e général fait remarquer à cette occasion 
que, chez les animaux hybrides, l'infécondilé des mâles est si- 
non générale, au moins très fréquente. C'est ainsi, par exemple, 
que dans les divers croisements qui ont été faits en Europe, 
de l'Yack avec le Bœuf ordinaire et avec le Zébu, les femelles 
hybrides se sont toujours montrées d'une fécondité extraordi- 
naire, tandis que jamais les mâles n'ont pu être employés 
comme étalons. 

— M. Raveret-Wattel rappelle que, dans les essais de croi- 
sements faits à Halle, par M. le pi^ofesseur Kûhn, entre le 
Gayal de l'Inde (Bibos frontalis) et le Bœuf domestique, les 
produits femelles se sont toujours montrés féconds ; les sujets 
mâles, au contraire, n'ont, jusqu'à ce jour, donné aucun 
produit, pas plus avec des femelles d'une des deux espèces 
souches qu'avec des Vaches hybrides comme eux. 

Des faits analogues ont été observés chez les Poissons. De 
nombimix essais de croisements ont eu lieu, dans ces der- 
nières années, entre diverses espèces de Salmonidés ; parmi 
les produits obtenus, on trouve fréquemment des femelles 
donnant des œufs, tandis qu'il est très rare, au contraire, de 
rencontrer des mâles dont la laitance renferme des sperma- 
tozoïdes. 

— M. le Président demande s'il y a quelque chose de fondé 
dans l'opinion, assez répandue dans les campagnes, que, 
quand une Jument a été saillie par un Ane et qu'elle a donné 
naissance à un Mulet, si elle est ensuite saillie par un Cheval, 
le nouveau produit obtenu tient toujours un peu du Mulet. 

— M. Dareste rappelle qu'un fait analogue a été raconté au 
sujet d'une Jument qui aurait été fécondée une première fois 
par un Zèbre, et dont, ultérieurement, les produits se seraient 
toujours i^essentis de cette union ; mais ce . l'ait a été très 
sérieusement contesté. 



288 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

— M. Saint-Yves Ménard dit que, dans les campagnes, où 
cette influence du mâle est généralement admise, on a donné 
le nom de Chevaux-Mulets aux produits d'une Jument qui a 
été une première fois saillie par un Ane. Dans les essais de 
croisements faits au Jardin d'acclimatation, une femelle de 
Daw, qui, après avoir été couverte deux fois par un Cheval, 
avait été donnée à un mâle de son espèce, aurait pu fournir 
d'intéressants éléments d'observation sur la question ; mal- 
heureusement, le sujet est mort avant que le fœtus ait ses 
zébrures dessinées. 

— iM. Geoffroy Saint-Hilaire fait connaître que cette expé- 
rience va pouvoir être reprise avec une femelle de Daw, qui 
se trouve en ce moment au Jardin zoologique de Marseille. 

Le Secrétaire des séances, 
G. Raveret-Wattel. 



IHIV 



If • 



III. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS. 



PREMIERE SECTION. 

SÉANCE DU 2 MARS 1886. 
Présidence de M. Decroix, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Cretté de Palluel déclare qu'il a essayé, à plusieurs reprises 
d'obtenir des Léporides, en formant des couples de Lapins et de Hases; 
mais le résultat a toujours été négatif. 

M. le Président pense qu'il serait utile que des tentatives de ce genre 
fussent reprises, avec des couples Lièvres et Lapines. 

M. Cretté de Palluel répond qu'il n'est plus à même de se livrer à 
des expériences semblables. 

M. Joly dit qu'il a eu de ces ménages Lièvres-Lapines, et qu'aucun 
produit n'a été obtenu. 

M. Cretté de Palluel signale les hybrides de Chardonnerets et de Se- 
rines; ces hybrides s'obtiennent difficilement, et il faut, le plus sou- 
vent, former un grand nombre de couples pour réussir avec un ou 
deux. 

M. Mailles fait observer qu'en général les oiseaux donnent plus 
facilement des produits hybrides que les mammifères, puisque l'on ob- 
tient de ces reproductions non seulement d'espèces appartenant au 
même genre, mais aussi à des genres différents ; tandis que les mam- 
mifères, surtout les petits, et notamment les rongeurs, se montrent 
rebelles aux croisements entre espèces distinctes, quoique du même 
genre; les grandes espèces, surtout les ruminants et les solipèdes, 
donnent plus aisément de ces produits. 

M. Huet cite les hybrides de Faisans de diverses espèces et même de 
divers genres, et ceux obtenus de l'union du Coq faisan et de la Poule 
domestique. On peut voir de ces différents produits à la Ménagerie et 
au Jardin d'Acclimatation. 

■ M. Berthoule donne ensuite lecture d'une lettre de M. Egal, dans 
laquelle notre collègue déclare ne posséder que des Léporides 3/i sang 
Lièvre; M. Egal offre, en même temps, quelques-uns de ces animaux 
à la Société, offre que la section accepte avec reconnaissance. 

M. Mailles propose qu'une note soit insérée dans la Chronique, dans 
le but d'obtenir des renseignements sur l'état actuel de la colonie des 
Dipodillus Simoni (Lataste). 

M. Decroix déclare s'intéresser méJiocrcment à ce petit rongeur; s'il 

4" SÉRIE, T. III. — Mai 1886. 19 



290 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

appuie la proposition de M. Mailles, c'est uniquement parce qu'il s'agit 
d'une expérience intéressante, dont le but est de suivre les modifica- 
tions successives que pourra subir, par l'effet de la domesticité, le 
petit animal. 
31ise aux voix, la proposition est adoptée. 

Le Secrétaire, 

GH. 3IAILLES. 



DEUXIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 2 MARS 1886. 
Présidence de M. HuET. 

Lecture du procès-verbal, qui est adopté. 

M. Gretté de Palluel rappelle que, dans une séance de l'année der- 
nière, il avait été amené à parler de la mue des oiseaux; cette commu- 
nication lui valut une lettre de M. Rogeron, lettre dans laquelle 
M. Rogeron se sert d'expressions qu'il ne peut accepter, 

MM. Huet, Joly et plusieurs membres de la section confirment ces 
paroles 

M. Gretté de Palluel, à la demande de la section, veut bien promettre 
de donner dans une procbaine séance un rapport sur ce sujet. 

M. Huet donne lecture d'un rapport sur un mémoire de M. des Murs,, 
sur une exposition d'un système unique de classification en zoologie, 
spécialement pour l'ornithologie. 

Dans cette notice, M. des Murs émet le vœu que l'on change la mé- 
thode de classification des êtres qui depuis les premiers auteurs sont 
classés des plus parfaits aux plus dégradés. 

M. des Murs propose au contraire, rappelant en cela les idées de 
Schaeffer, Lamarck, Lesson et Reichenback, de commencer par les êtres 
les plus inférieurs, pour terminer par les plus élevés comme organisa- 
tion. 

De plus M. des Murs se demande s'il n'y aurait pas lieu d'instituer 
deux ordres de plus dans la classe des oiseaux : 

Parmi les Nageurs, l'ordre des Manchots ; 

Parmi les Gallinacés, celui des Mégapodes. 

Enfin M. des Murs exprime le vœu que la Société prenne l'initiative, en 
cette occasion, pour formuler une proposition dans ce sens, et croit que 
cette initiative prise par elle ferait prendre en considération cette pro- 



PROCÈS-VERBAUX. 291 

position, qui rendrait plus logique et plus rationnel l'enseignement 
officiel des sciences naturelles et aiderait au progrès de l'instruction 
publique. , • 

Le Secrétaire, 

E. JOLY. 



TROISIEME SECTION. 

SÉANCE DU 10 MARS 1886. 
Présidence de M. Vaillant. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Berthoule donne lecture d'une lettre de M. Lefebvre, dans laquelle 
il est fait mention de la présence de Saumons dans les eaux de la vieille 
Somme. M. Lefebvre ajoute que ses essais d'élevage de Salmonidés ont 
été contrariés par un accident survenu à la vésicule, qui était double 
chez un grand nombre d'alevins. 

M. Berthoule pense qu'il s'agit de fragments d'enveloppe d'œufs restés 
fixés contre la vésicule, ce qui a pu induire M. Lefebvre en erreur ; 
iM. Berthoule ajoute que cette particularité s'observe assez souvent. 

M. Rathelot déclare qu'il n'a jamais constaté la présence de fragments 
d'œufs restés ainsi fixés; mais notre collègue croit que M. Lefebvre ne 
commet pas d'erreur en signalant le fait d'une épidémie ayant pour 
caractère apparent le dédoublement de la vésicule. M. Rathelot a pu 
observer fréquemment cet accident pathologique. 

M. le comte d'Esterno entretient la section au sujet des ophidiens de 
son département et d'un Saurien apode, l'Orvet. Mais les paysans de 
cette contrée croient à l'existence d'une Vipère pourvue de deux pattes. 
Renseignements pris, M. d'Esterno a reconnu qu'il s'agit simplement de 
Vipères ordinaires qui, sous l'influence d'une souffrance vive, ont projeté 
extérieurement leurs appareils reproducteurs, internes lorsqu'ils sont au 
repos et garnis d'appendices épineux. 

M. Vaillant dit que ce sont les pénis, doubles chez ces animaux, qui 
sont garnis d'épines. 

M. le D' Brocchi entretient la section au sujet de la reproduction de la 
grande Lamproie. Ce poisson étant vivipare, il est évident qu'il y a un 
véritable accouplement, comme l'a dit M. Léon Fairy. 

M. Vaillant appuie celte opinion. 

M. Raveret-Wattel pense qu'il serait intéressant de se procurer de ces 
Lamproies et de faire de nouvelles observations à ce sujet. 

La section s'occupe ensuite de la reproduction de l'Anguille. Rien de 
certain n'a encore été découvert sur ce point. 



292 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

M. Berthoule donne lecture d'une lettre par laquelle M. Vidal déclare 
ne pouvoir accepter la continuation de ses fonctions de secrétaire de la 
troisième section. , 

En conséquence, il est procédé à de nouvelles élections, pour la no- 
mination d'un Secrétaire, d'un Vice-Secrétaire, et du Délégué aux ré- 
compenses, pour la continuation de la présente session. 

Sont nommés à la majorité : 

Secrétaire : M. Mailles. 

Vice-Secrétaire : M. Cloquet. 

Délégué aux récompenses : M. Berthoule. 

Le Secrétaire, 
Gh. Mailles. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 16 MARS 1886. 
Présidence de M. Maurice Girard, Président. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. Mailles lit l'extrait suivant d'un travail de M. Williston sur un 
Diptère comestible : 

« Grâce à la bonté des professeurs G. -F. Brush et S.-J. Smith, j'ai 
reçu dernièrement une grande quantité de larves d'un Diptère, inté- 
ressantes, et parce qu'elles habitent des eaux très alcalines, et parce 
qu'elles servent à l'alimentation de l'homme, ce qui est un fait unique, 
à ma connaissance, concernant cette famille d'insectes. Ces spécimens, 
appartenant au genre Ephydra, proviennent des lacs qui se trouvent 
près de Ragtown (Nevada). Arnold Hague donne une description du plus 
grand de ces lacs. La teinte des eaux en est bleu clair; cet étang n'a 
pas de déversoir, et est alimenté par une source d'eau très fraîche. Les 
eaux sont fortement alcalines et si denses qu'un corps humain flotte à la 
surface, et, après un séjour prolongé dans cette eau, la peau du cadavre 
est couverte d'un épais enduit blanc. 

» On supposerait qu'aucun être ne peut vivre dans ce lac. Cependant, 
à certaines époques, il s'y trouve de grandes quantités de larves d'une 
petite Mouche que les Indiens Pah-Ute font sécher et pulvérisent en une 
sorte de farine. 

» En comparant ces larves avec celles que le professeur Silliman 
avait récollées dans le lac Mono, je ne trouvai aucune différence entre 
elles, au moins en apparence; et, de plus, les eaux du Mono, d'après la 
description du professeur W.-H. Brewer, sont à peu près de la nature 
de celles dont j'ai parlé, et, comme ces dernières, habitées seulement 



PROCÈS-VERBAUX. 293 

parées larves. Les Indiens de la région les mangent également. Il est 
donc 1res probable que les Diptères des lacs de l'Ouest et du lac Mano 
sont identiques et appartiennent à l'espèce Californica {Ephydra Cali- 
fornica Pack). D'ailleurs ce genre renferme plusieurs espèces voisines 
entre elles et vivant dans des conditions analogues, tels que les Ephydra 
subopaca Lœw, halophila Pack, gracilis Pack, et VEphydra Mans 
Say, des environs de Mexico, où la larve vit dans des eaux également 
alcalines. » 

M. le Président fait remarquer que le genre Ephydra existe aussi 
dans les eaux de France. 

M. Fallou annonce que le Conseil a écrit au P. Camboué pour lui de- 
mander des renseignements; le P. Camboué annonce, du reste, qu'il va 
étudier les espèces du genre Borocera qui vivent à Madagascar. 

M. Fallou présente à la section des cocons de Theophila mandarina, 
Ver à soie du Miîrier, qui lui ont été gracieusement envoyés par le Pré- 
sident du Laboratoire d'étude de la soie à Lyon. 

Ces Cocons proviennent de la province de Kianson (Chine), sur la rive 
occidentale du lac Taï-Hou, oîx ils ont été récoltés sur les Mûriers en 
très grande quantité à l'état sauvage. 

M. Fallou promet pour la séance prochaine une note détaillée sur ce 
Theophila, dont il a aussi reçu des papillons qu'il compte préparer et 
soumettre à la Société. 

M. Fallou présente également des Cocons de Caligula Suraka, Sa- 
turnia Japonica, S. Diana et S. Jankowskii. 

D'après M. Rondot, l'industrie emploie déjà, malgré sa grossièreté, le 
cocon de S. Japonica, dont la larve vivrait sur un Châtaignier. 

M. l'Agent général signale à la section une Monographie du Tussore 
et d'autres Soies sauvages de l'Inde, qui a paru cà l'occasion de l'Expo- 
sition universelle de 1878. Ce travail, dû à M. Thomas Wardle, contient 
un certain nombre de renseignements intéressants, notamment en ce 
qui concerne l'alimentation des divers séricigènes des Indes. 

M. J. Grisard fait en outre remarquer qu'il existe une grande ana- 
logie entre le T.' mandarina, signalé par M. Fallou, et le Bombyx 
texta dont parle M. Wardle dans sa brochure. Il pourrait fort bien se 
faire que l'on eût affaire à une seule et même espèce. 

M. le Président fait remarquer à cette occasion que l'éducation du 
Cynthia vera fut entreprise d'abord à la Société d'Acclimatation et en- 
suite à la Ménagerie des Reptiles au Muséum par M. Vallée. 

M. Fallou annonce la découverte d'une nouvelle espèce d'Attacus 
{A. Wagner i), sur laquelle il n'y a pas encore de renseignements suf- 
fisants. 

Le Secrétaire, 

M. SÉDILLOT. 



294- SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

CINQUIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 23 MARS 1886. 
Présidence de M. Paillieux, vice-président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. Paillieux rappelle à la section qu'il a publié en 1879, en collabo- 
ration avec M. Bois, sous le titre de Nouveaux légumes (Vhiver, un 
opuscule sur divers étiolats de plantes qui ne sont pas ordinairement 
employées dans l'alimentation. Ces essais d'étiolement avaient été ac- 
cueillis avec un intérêt dont ces messieurs avaient reçu de nombreux 
témoignages. 

Dans la Société d'horticulture, le rapporteur de la Commission des 
récompenses disait, le 26 novembre 1880 : «MM. Paillieux et Bois ont 
fait hommage à la Société d'un petit livre intitulé : Nouveaux légumes 
(V hiver, dans lequel ils ont consigné les résultats de leurs expériences 
faites en vue de modifier par l'étiolement la saveur et la consistance 
d'une centaine de plantes, dans l'espoir de les rendre alimentaires. Ce 
travail, de tous points intéressant, a été l'objet de deux rapports égale- _ 
ment favorables, et dus, l'un à M. Siray, l'autre à M. Ed. Prillieux. 
Saisie de ces rapports par un vote de la Société, et partageant la bonne 
opinion qui y est exprimée sur le livre de MM. Paillieux et Bois, la Com- 
mission des récompenses accorde aux deux auteurs une médaille d'ar- 
gent. » 

En cette même année 1880, M. A. Geoffroy Saint-Hilaire, au nom de 
votre Commission des récompenses, disait à son tour : « MM. Paillieux 
et Bois, dans un ouvrage consciencieux, ont fait connaître leurs essais 
pour rendre comestibles par l'étiolement divers végétaux qui ne sont 
pas ordinairement employés dans la consommation. Ces messieurs ont 
démontré qu'un certain nombre d'espèces, cultivées d'une façon rai- 
sonnée, pouva.'ent devenir de bons légumes d'hiver. MM. Paillieux et 
Bois continueront leurs expériences; la Société récompense d'une mé- 
daille de première classe les résultats obtenus. » 

MM. Paillieux et Bois ne s'étaient pas bornés à écrire, ils avaient 
exposé, hors concours, au Concours général agricole de 1880, un grand 
nombre d'étiolats fort remarqués. L'exemple était donné. 

« De timides essais, dit M. Paillieux, ont suivi; mais enfin, cette 
année, une magnifique exposition de plantes étiolées vient d'obtenir 
une médaille d'or au Concours général agricole; vous comprendrez 
tout le plaisir que j'ai eu à l'admirer. 

3) L'exposant, M. H. Buisson, cultivateur à Montreuil-sous-Bois, m'a 
remis la liste de ses étiolats, ainsi composée : 



PROCÈS-VERBAUX. 295 



Chicorée de Bruxelles, à grosse racine 
(à café), Witloof des Belges. 

Chicorée de Magdebourg, à grosse 
racine (à café). 

Chicorée de Brunswick, à grosse ra- 
cine (à café). 

Chicorée sauvage d'Italie, à feuille 
rouge. 

Chicorée sauvage panachée. 

Scorsonère. 



Scolyme d'Espagne. 

Bardane du Japon {Lappa edulis). 

Bardane sauvage. 

Bon Henri. 

Pissenlit à cœur plein. 

Pissenlit très hàtif. 

Pissenlit commun. 

Raifort. 

Cerfeuil musqué. 

Crambé. 



Salsifis. j Etc., etc. 

• » Toutes les Chicorées exposées étaient superbes. Les variétés à 
feuilles rouges ou panachées forment la meilleure et la plus jolie salade 
qui puisse être servie sur une table. 

» J'ai remarqué les variétés de Pissenlit, qui rivalisent avec les Chi- 
corées; le Salsifis, le Raifort, le Cerfeuil musqué, auquel j'attache de 
l'importance ; le Scolyme d'Espagne, qui était très beau. 

î J'aurais voulu trouver, dans l'exposition de M. Buisson, le Witloof 
pommé, pour lequel nous sommes encore tributaires des Belges; les 
pousses des vieux pieds d'Artichaut, que nos pères estimaient beaucoup, 
qu'ils préféraient même au Cardon, et qu'on obtient facilement des 
vieux pieds, aujourd'hui jetés et perdus. 

» Le Crambé exposé était bien venu, et j'appelle de nouveau votre 
attention sur ce légume trop négligé, que nos marchands de comestibles 
font souvent venir d'Angleterre, et dont la culture est facile. 

» Les Nouveaux légumes d'hiver n'ont pas été publiés par la Société 
d'Acclimatation, et la plupart d'entre vous ne connaissent pas la leçon 
de botanique du professeur Henri Lecoq, intitulée: Note sur deux cents 
légumes nouveaux, qui a inspiré notre petit livre et lui sert de préface. 
^» Cette note est extrêmement curieuse et instructive; elle est le point 
de départ de tous les progrès que pourra faire l'industrie de l'étiolement. 

» Une erreur s'est glissée dans le compte rendu de nos essais, 2* série. 
Nous avons donné à VAralia raccmosa le nom à'Aralia esculenta. 
La méprise est grave. Je fais de grands efforts pour acquérir la seconde 
de ces plantes. Ils seraient vains sans l'inépuisable obligeance de la 
maison Vilmorin. 

s J'ai reçu d'elle des graines qui n'ont rien produit, parce que les 
graines des Aralia perdent très promptement leur propriété germina- 
tive et qtt'il y a loin de Yokohama à Paris. J'ai reçu plus récemment, de 
la même maison, du plant que j'ai mal cultivé. Quelques pieds sont-ils 
sauvés? Je l'espère. 

» J'attache une grande importance à l'acquisition de l'Aralia comes- 
tible, qui, sous le noni de Oudô, tient au Japon une place notable dans 
la consommation. » 

M. Paillieux entretient ensuite la section des ravages que fait l'Altise 



296 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

dans les plantations de Crucifères. Dans le territoire de Crosnes, les 
Choux, les Radis, les Cressons, sont littéralement dévorés. Au mois 
d'août, notre confrère ne peut cultiver ni la Moutarde tubéreuse ni 
le Daïkon. Les jeunes plantes ne peuvent pas même se montrer, et, 
lorsqu'il s'agit de faire un nouveau semis, il est trop tard. 

Un remède ou un palliatif des insectes a été proposé dernièrement 
par la section d'insectologie. La naphtaline, paraît-il, fait fuir l'Altise 
sans nuire aux plantes. 11 est désirable de l'essayer. 

« Je le ferai pour ma part, dit M. Paillieux; mais je désire que plu- 
sieurs de mes confrères expérimentent en même temps cette matière, et 
veuillent bien nous rendre compte des résultats qu'ils auront obtenus. 
Je mets donc à la disposition des amateurs de bonne volonté dix paquets 
d'un kilogramme de naphtaline. J'espère que dix personnes consentiront 
à envoyer chercher de ces paquets et à en répandre le contenu sur les 
Crucifères de leur culture. 

» On mêle la naphtaline à du sable, et l'on répand ce mélange sur 
le sol. » 

M. Hédiard donne quelques détails sur la production et la culture de 
l'Endive dans les départements du Nord. 

M. le Président fait remarquer que non seulement cette plante donne 
une salade appréciée, mais encore que l'on peut en utiliser les feuilles 
pour les manger cuites. 

M. Marquiset dit que si l'on pousse à la production des feuilles, la 
racine de la Chicorée à café donne des produits très inférieurs et perd 
40 pour 100 de sa valeur. 

M. Hathelot ajoute que ces Chicorées épuisées sont colorées artificiel- 
lement et vendues néanmoins comme étant de bonne qualité. 

M. Hédiard distribue : i° des semences d'un Haricot originaire de 
l'Inde, qu'il a nommé Haricot Saint-Ciboire. C'est une espèce naine, très 
productive; on la mange en vert; 2" des graines de Carabassette du 
Pérou, provenant de fruits récoltés en Algérie ; 3° des bulbilles d'Igname; 
4» des graines de 3Ielon de Valence. 

Revenant sur l'Altise, M. Chappellier dit que, dans le Midi, cet insecte 
fait un tort énorme à la Vigne. On le détruit en secouant les branches 
dans une sorte d'ombrelle renversée, qui porte à son extrémité un en- 
tonnoir terminé par un sac qui recueille ainsi tous les insectes. 

M. Marquiset présente des échantillons de papier de Kuzu. A ce pro- 
pos, M. Ralhelot dit qu'il a essayé le tissage des tiges de Houblon; et qu'il 
en a obtenu un fil extrêmement solide. 

Le Secrétaire , 

Jules Grisard. 



IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Pêcheries aux iles Loffoden. 

La Société de géographie commerciale a clos le carême (séance du 
20 avril) avec le plus grand à-propos, par une humoristi(}ue commu- 
nication de M. Rabot sur les pêcheries de Harengs et de Morues en 
Laponie. Dans ces contrées déshéritées qu'éclairent timidement les 
pâles rayons d'un soleil sans chaleur, que les glaces abandonnent 
comme à regret, quelques semaines à peine, dans lesquelles, par con- 
séquent, la nature est sans vie et la terre sans printemps, l'indigène 
n'a d'autres domaines que la mer et ses fjords; aussi les exploite-t-il 
avec une infatigable ardeur; tous, hommes, femmes, enfants, travaillent 
avec courage, les uns bravement à la lame, les autres sur le rivage. 

Les Harengs se montrent au printemps et en automne, ils envahissent 
les fjords par bancs serrés et innombrables ; le télégraphe signale leur 
arrivée sur tous les points de la côte, et aussitôt tous les hommes valides 
prennent la mer, les filets sont jetés à l'eau, ils se rompent sous le poids 
du poisson, et l'on a souvent, alors, le spectacle de nouvelles pêches 
miraculeuses. On estime à 900 000 livres la quantité moyenne prise 
chaque année dans ces parages. 

La pêche de la Morue est plus importante encore ; elle absorbe et fait 
vivre une population de 25 000 individus, Suédois, Russes ou Lapons. 
La saison venue, ces intrépides marins s'aventurent au large, sans se 
soucier de la tempête si redoutable dans ces mers, aux abords des îles 
Loffoden. Leurs embarcations très petites, gréées d'une simple voile 
carrée, ne sont pas même pontées; elles tiennent mal la mer et chavi- 
rent souvent à la lame ; mais les braves gens, sans s'émouvoir beaucoup 
de ces accidents trop fréquents, se tiennent accrochés à leur chaloupe 
renversée et attendent patiemment le secours de quelqu'un des leurs. 
Cette pêche est très productive; on prend, bon an mal an, sur ces côtes, 
cinquante millions de Morues, d'une valeur de 15 à 20 millions de francs. 
Aussitôt déposés au port, les poissons sont dépecés, les uns sont salés 
(salt-fisli), les autres accrochés, pour être séchés, à des forêts de mâts 
sur le rivage (stock-fish). On les exporte bientôt sur tous les ports du 
globe. Les têtes, bouillies et mêlées à quelques maigres herbes, servent 
à la nourriture du bétail : les foies produisent l'huile si précieuse que, 
trop souvent malheureusement, on mélange à l'huile de baleine; enfin, 
les débris de toute nature sont convertis en un guano dit guano de 
poisson, qui constitue un engrais d'une certaine valeur. 

La pêche de la Baleine est pratiquée avec un acharnement toujours 
croissant; on compte actuellement plus de vingt grandes compagnies, 
ayant chacune sa flotte de guerre ; déjà même quelques bateaux mar- 
chent à la vapeur et sont armés à l'avant d'un canon lance-harpon : le 
canon est placé sur un aff'ût à pivot, mobile en tous sens ; le harpon 



298 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

part sous l'explosion d'une forte charge de poudre, en déroulant un 
cable dont l'extrême bout est fixé au bateau; il porte en pointe un obus 
percutant qui produit une blessure le plus souvent mortelle; les fortes 
barbes du harpon s'ouvrent dans la plaie, et le malheureux Cétacé, im- 
puissant à se dégager, bientôt à bout de forces, est tiré au rivage après 
s'être épuisé dans une lutte désespérée, qui n'est pas exempte de péri- 
péties. Un essaim de travailleurs, armés de longs coutelas, s'abat alors 
sur son cadavre ; il est dépecé en de larges lanières, la graisse est fon- 
due, certaines parties des chairs sont préparées en conserves, dont le 
jeune voyageur a pu apprécier la haute saveur; enfin les fanons de ce 
monstre informe, qui semble si peu fait pour servir d'auxiliaire à la 
grâce, s'en vont servir aux intimes et mystérieux usages que connaît le 
beau sexe. 11 paraît mênie que les barbes, trop faibles pour secourir de 
la sorte dame nature, font néanmoins l'objet d'une exportation considé- 
rable en Angleterre, oîi on les convertit... en plumes d'Autruches! 
N'est-ce pas le dernier mot de l'antithèse? 

Quoi qu'il en soit, la capture d'une Baleine a son importance; quel- 
ques-unes représentent une valeur de 5 à 6000 francs; les moins appré- 
ciées ne valent pas moins de 800 francs. On en prend encore environ 
quatorze cents chaque année ; mais leur nombre diminue sensiblement, 
et déjà on peut prévoir l'heure prochaine où elles auront complètement 
disparu des mers polaires, leur dernier refuge. 

Si nous ajoutons que ces récits, faits avec entrain, ont été accompa- 
gnés de nombreuses projections; que M. Rabot nous a ainsi montré la 
sauvage nature du Nord, les pittoresques anfractuosités des fjords, les 
scènes de la vie indigène, les opérations du dépeçage des baleines, voire 
même un soleil de minuit, on verra que, pour une conférence de carême, 
celle-ci a élé fortement nourrie et n'a pas valu la moindre abstinence à 
l'esprit des auditeurs. 

Le gouvernement norwégien se préoccupe aujourd'hui de la diminu- 
tion du poisson sur ses côtes. Il ne peut malheureusement pas grand' 
chose pour la protection de la Baleine ; mais du moins travaille-t-il à la 
multiplication artificielle des Morues et de quelques autres espèces ma- 
rines. La Société d'Acclimatation elle-même, toujours soucieuse d'en- 
courager, par les moyens en son pouvoir, des entreprises d'une si incon- 
testable utilité, en quelque pays qu'elles soient faites, a reçu cette année 
même un intéressant rapport sur l'une de ces stations récentes, la sta- 
tion de Flôdwig, dirigée par M. le capitaine Dannevig, où l'on a obtenu 
en 1885 vingt-huit millions d'alevins de Morues. Ce rapport a été trans- 
mis cà notre Commission des récompenses ; il ne nous appartient pas de 
divulguer avant l'heure le résultat de ses délibérations, mais nous pou- 
vons dire que les travaux de M. le capitaine Dannevig ont attiré vive- 
ment son attention. 

Am. Berthoule. 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 299 



Pisciculture dans la Souinie. 

Je vais essayer de répondre au questionnaire que vous me faites 
l'honneur de m'adresser, relativement à la récolte que j'ai faite d'envi- 
ron 26 000 œufs de Saumon, provenant de trois femelles prises dans la 
vieille Somme, en aval d'Amiens et du barrage de la Chaudière. A cet 
endroit, la Somme se divise en deux bras, qui suivent une direction pa- 
rallèle, laissant entre eux une bande de terre appelée île Sainte-Ara- 
gonne. 

A droite, c'est le canal de la Somme; à gauche, c'est la vieille 
Somme, qui n'est pas navigable. A 70 mètres du barrage existe sur 
cette rivière une passerelle. C'est à partir de ce point, sur un espace 
d'environ 60 mètres en descendant , que les pêcheurs jettent l'épervier 
pour prendre le Saumon qui vient là pour frayer. 11 s'y trouve un fond 
de 4-0 centimètres de cailloux sur lesquels, avec des bottes, on peut 
s'avancer à plusieurs mètres du bord. Le maximum de profondeur est 
de l'-SSO. 

Pour la première fécondation, qui eut lieu le 28 novembre, avec une 
femelle et deux mâles, et la deuxième, le 2 décembre, avec un seul sujet 
de chaque sexe, je me suis servi d'individus de taille moyenne, c'est-à-dire 
de 6 à 7 kilogrammes, sauf l'un des deux premiers mâles, dont le poids 
peut être évalué à i^'-^,hQO. J'ai employé pour la troisième opération, le 
U décembre, la plus forte femelle prise cette année; elle pesait 11 ki- 
logrammes. Je ne lui ai enlevé qu'une partie de ses œufs, que j'ai arrosés 
de la laitance du plus petit mâle qu'on ait encore observé; son poids ne 
dépassait pas 2^3,500. 

Le plus fort mâle pris à cette époque pesait ni^SjSOO et mesurait 
d'°,22. J'avais essayé de faire pondre une femelle de 6 kilogrammes ; j'ai 
dû y renoncer parce que ces œufs n'étaient pas mûrs; ils pesaient 
i'^g,600. 

Le premier Saumon que j'ai vu de la saison pesait environ 5'^8,500; il 
était suspendu par la queue au moyen d'une corde, accroché dans une 
étable et vivait encore. En le décrochant et le mettant dans la position 
inverse, au moyen d'une faible pression, je constatai immédiatement que 
c'était une femelle dont les œufs sortaient librement, sans que la main 
ait besoin de continuer son oflice. Je m'empressai d'arrêter cet écoule- 
ment et j'allai à la recherche d'un mâle, à 150 mètres de là, puis je re- 
vins chercher la bête; mais pendant ce temps elle était morte, et, au 
moment de recueillir les œufs, il m'a été impossible de les faire éva- 
cuer, 

- Le nombre des Saumons pris, dans l'espace de trois semaines, à l'em- 
placement dont je viens de parler, a été de vingt-huit. On en prend sept 



800 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

ou huit entre Saint- Valéry et Amiens, aux barrages de Pont-Remy, Long- 
pré, Hangest, Picquigny et Ailly, où ils attendent quelquefois pour passer, 
soit par l'ouverture des vannes, soit par-dessus. On m'a dit qu'on en pre- 
nait à Pont-Remy, en mettant les eaux basses dans une coulerie. On a vu 
cette année un de ces poissons sauter quatre fois pour franchir le bar- 
rage de la Chaudière, dont la hauteur est d'un mètre environ; il a réussi 
à la cinquième fois. Trois Saumons ont été capturés en amont de ce bar- 
rage, dans les canaux de la ville. Actuellement on signale la présence 
d'un de ces poissons, d'environ 5 kilogrammes, en amont et à peu de dis- 
tance du même barrage ; il y a quinze jours on l'avait vu en aval. 

En 1884 on en a pris quatre-vingt-seize; en 1883, autant; mais beau- 
coup moins les années précédentes. 

Les Saumons s'arrêtent à Amiens et ne se rendent pas dans la Selle ou 
l'Avre qui se jettent dans la Somme, la première en aval, la seconde en 
amont d'Amiens. 

La présence dans nos eaux des Saumons, dont les mâles sont désignés 
ici sous le nom de Bécards et les femelles sous le nom de Bidoises, ne 
doit pas, je pense, être attribuée à des essais de repeuplement. Depuis 
la construction du barrage, qui remonte à une date très éloignée, les 
Saumons viennent nous visiter chaque année et s'arrêtent là à l'époque 
du frai ; ils ont été plus nombreux autrefois. 

Il y a une vingtaine d'années, un Amiénois, le docteur Terrai, a fait 
éclore des œufs de Salmonidés, qu'il recevait d'Huningue, et dont il se 
débarrassait aussitôt après la résorption de la vésicule ou à peu près. 
Depuis, je n'ai pas connaissance qu'une autre personne s'en soit occupée 
sur le cours de la Somme. 

Les pêcheurs n'ont jamais trouvé de tout jeunes Saumons dans leurs 
filets. 

C'est la première année que je recueille des œufs de Saumon. Pen- 
dant trois semaines j'ai été chaque jour à l'île Sainte-Aragonne, alin de 
ne pas manquer les occasions de sauver ces œufs d'une perte certaine. 

Jusqu'à ce jour, j'ai compté 6183 œufs mauvais, 30 jeunes morts, 
27 jeunes difformes, 9628 éclosions ; il me reste encore 6500 à 7000 œufs 
prêts à éclore. Je serais désireux de savoir si les 3000 œufs que je vous 
ai adressés sont arrivés en bon état. 

Je me sers, pour l'incubation, de bacs en fonte émaillée, munis de pe- 
tites grilles en toile métallique pour empêcher les alevins de s'échapper 
à la sortie de l'eau; les œufs sont placés sur des baguettes de verre. 
Mon matériel étant insuffisant pour la quantité d'œufs de Saumon obte- 
nus, j'ai utilisé des espèces de tamis en toile métallique formée de lils de 
fer étamés, terminée par un rebord en zinc; je n'ai pas eu à m'en félici- 
ter. Dans un bassin dehors, j'avais placé sur des baguettes de verre et sur 
la toile métallique, exactement dans les mêmes conditions, des œufs fé- 
condés en même temps, provenant des mêmes reproducteurs; tandis que 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 301 

l'incubation suivait régulièrement son cours pour les œufs placés sur le 
verre, je voyais sur les autres se former une petite tache blanche recou- 
verte de poils, au point de contact de la toile métallique. Celle-ci com- 
prend cinq mailles par centimètre. 

Quant au.\ petites grilles qui empêchent les alevins de passer d'un bac 
dans un autre, elles sont formées d'une toile métallique sur laquelle on 
compte neuf mailles au centimètre. De jeunes Salmonidés entraînés vers 
la sortie de l'eau sont retenus contre la toile et, malgré le rapproche- 
ment des fils, leur vésicule, quoique très grosse , passe tout entière du 
côté opposé oîi le corps de l'alevin est prisonnier; il en résulte quelque- 
fois une obstruction qui fait déborder le bassin et permet aux jeunes 
poissons de tomber dehors. Les malheureux qui ont causé le déborde- 
ment finissent par périr à l'endroit qu'ils ne peuvent quitter. 

Mes alevins de Truite et de Saumon se comportent très bien ; mais 
plusieurs jeunes Salmo fontinalis sont attaqués d'une maladie consistant 
dans la formation d'une seconde vésicule entourant la première et ren- 
fermant un liquide complètement transparent. Les malades ne tardent 
pas à périr; cependant mes fontinalis se trouvent dans les mêmes con- 
ditions que les autres alevins pour la qualité, la quantité et la tempéi'a- 
ture de l'eau comme pour la lumière. J'ai éprouvé le même inconvénient 
pour l'élevage des Ombles-chevaliers. Je serais heureux de connaître un 
moyen préventif ou curatif de cette maladie. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Lefebvre. 



V. BIBLIOGRAPHIE. 



La Raïuie, par P. A. Favier. 3« édition. Eug. Lacroix, éditeur. 

195 pages. 

Les plantes les plus utiles ne sont pas toujours celles que la culture 
adopte avec le plus d'empressement; l'histoire de la Ramie en témoi- 
gne après bien d'autres. Depuis près d'un siècle qu'elle a pris pied en 
Europe, en dépit de ses précieuses qualités, et malgré la vaillante croi- 
sade de ses apôtres, cette plante y a encore à peine acquis droit de cité. 
M. Favier est du nombre de ces fidèles à la persévérance desquels on ne 
saurait trop applaudir, car ils auront puissamment contribué à la solu- 
tion d'une question vivement intéressante au point de vue industriel, 
non moins qu'au point de vue agricole. 

La Ramie {Rliea, China-grass, Rhamié) appartient à la famille des 
Urticées et au genre Bœhmeria. C'est une plante vivace qui se propage 
par rhizomes, par boutures et par graines; elle croît spontanément 
dans la plupart des contrées de l'Asie, et son habitat s'étend des régions 
tropicales jusqu'aux zones tempérées. 

La Ramie blanche {Bœhmeria nivea ou candicans), reconnaissable 
d'une manière générale, à ses feuilles vertes en dessus, blanches en 
dessous, est de beaucoup la plus rustique; ainsi résiste-t-elle très 
bien à nos hivers, sans abri, dans le Jardin d'Acclimatation du Rois de 
Roulogne ; mais ses tendances à pousser en broussailles, avec des tiges 
grêles et courtes, la placent à un rang secondaire. 

La Ramie verte (B. utilis ou tenacissima) a la feuille longue, légère- 
ment acuminée, cordiforme à la base, vert clair sur les deux faces, le 
dessous couvert d'un duvet grisâtre, strié par de fortes nervures; sa 
végétation est luxuriante ; ses tiges fortes, élancées, hautes de deux 
mètres et plus, sont formées de fibres d'une extrême ténacité. Moins 
rustique peut-être que la précédente, elle peut néanmoins résister à un 
froid accidentel de — 8 degrés, et supporter les plus hautes tempéra- 
tures. Nous l'avons vue se développer plantureusement au pied des 
dattiers, dans l'oasis de Gafsa (Sud tunisien), oîielle avait été introduite 
par les soins du colonel d'Orcet. 

De temps immémorial la Ramie a été utilisée par les Chinois, les 
Malais et la plupart des peuples orientaux, comme plante textile; et il 
est hors de doute qu'elle ne doive occuper le premier rang à cet égard. 
Ses longues fibres donnent, au tissage, un degré de résistance de 50 
pour 100 supérieur à celle des meilleurs lins et même des chanvres ; 
elles peuvent se cotoniser, prendre l'aspect et le toucher de la laine, 
et même celui de la soie, enfin servir à la fabrication du papier. 



BIBLIOGRAPHIE. 303 

En présence d'une aussi multiple utilisation possible, on ne com- 
prendrait pas que l'agriculture ne se fût pas déjà emparée de cette pré- 
cieuse plante, si, de son côté, l'industrie n'avait été arrêtée par une 
difficulté jusqu'ici à peu près insurmontable, la décortication mécanique 
et à bon marché. M. Favier s'est appliqué à la résoudre, et si on n'ose 
pas dire encore qu'il y soit absolument parvenu, du moins les derniers 
pei-fectionnements apportés par lui aux machines de son invention, per- 
mettent-ils de penser qu'il est à la veille de toucher au but, et que 
l'industrie ne tardera pas à consacrer le succès de ses persévérants 
efforts. 

L'inventeur s'est attaché à la décortication à l'état sec ; il a eu le bon 
esprit d'étudier de près les vieux procédés à la main usités chez les 
Chinois et de construire sa machine sous cette inspiration. L'appareil 
est divisé en deux parties, pouvant être séparées ou réunies, et corres- 
pondant à chacune des deux opérations à pratiquer. Dans la première, 
VÉcorceuse, les tiges saisies entre deux galets, fendues et ouvertes dès 
leur entrée, sont soumises à la pression d'une série de cylindres unis, 
produisent une sorte de laminage, et opèrent la séparation complète et 
le détachement de l'écorce et du bois, par le brisement de la résine 
qui les unissait. Ces mêmes tiges sont poussées sans intermittence dans 
la seconde partie, la Fricteuse, sous une nouvelle série de cylindres, 
ceux-ci cannelés, et destinés, comme de vraies mâchoires, à broyer le 
bois qui est définitivement rejeté sous l'appareil. L'écorce sort de là 
débarrassée de sa pellicule extérieure et des bois de la tige, à l'état de 
filasse ouverte, qu'un simple peignage suffira désormais à rendre utili- 
sable industriellement. La quantité de filasse ainsi obtenue est évaluée 
à 20 pour 100; en douze heures, avec une force d'un demi-cheval- 
vapeur, cette machine transforme 245 kilogrammes de tiges sèches, 
correspondant à plus de 1000 kilogrammes de tiges vertes et donnant 
43 kilogrammes de filasse pure. Le prix maximum de la main-d'œuvre 
et des frais généraux de toute nature a été calculé à 25 centimes par 
chaque kilogramme de filasse pure. M. Favier se livre sur ces bases à 
des calculs détaillés pour arriver à établir les résultats financiers que 
donnerait une usine de cent métiers; il ne nous appartient pas de l'y 
suivre; nous devons nous borner à constater l'importance d'une inven- 
tion, qui déjà, parait-il, commence à faire ses preuves. 

M, Favier fait connaître sommairement les divers procédés, aujour- 
d'hui en usage, pour les opérations industrielles du dégommage, du 
peignage, du blanchiment, de la filature, se réservant d'ailleurs d'y 
revenir plus en détails dans un traité technologique spécial. 

Cette notice se termine par un manuel de culture qui la complète de 
la manière la plus utile. D'après l'auteur, une culture bien dirigée 
devrait donner en tiges sèches 2000 kilogrammes la première année, 
de 7 à 8000 la deuxième, en deux coupes, de 11 à 12 000 la troisième, et 



304 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

(le 15 à 16 000 les années suivantes. On se rendra compte de l'importance 
de ces résultats, si nous ajoutons que le prix de vente n'a jamais été 
inférieur jusqu'à présent à l^ francs les 100 kilogrammes. 

Nous avions donc bien raison de dire, au début de cette rapide ana- 
lyse, que la question de la Ramie est une très grosse question, et qu'elle 
intéresse au même degré l'agriculture et l'industrie nationales. Les im- 
portations en France des diverses matières textiles, chanvre, lin, coton, 
laine, soie, ont dépassé pendant ces dernières années 1200 millions 
de francs. Quel ne serait pas l'intérêt d'une culture nouvelle qui rem- 
placerait dans la proportion d'au moins 1/10' la production étrangère, 
et nous en affranchirait dans la même mesure ? 

Am. Berthoule. 



Culture pratique des Azalées de l'Inde, par Léon Duval. 
Lille, 1885, imp. L. Danel, grand in-8, 20 pages. 

Les amis des fleurs liront avec autant d'intérêt que de profit celte 
monographie des Azalées, conçue dans l'esprit le plus pratique, par un 
homme sachant bien son sujet. Depuis nombre d'années, en effet, 
M. Duval vit au milieu des fleurs et s'adonne à leur culture. C'est là une 
profession qui, de nos jours, on peut le dire, est devenue un art. 

En quelques mots, l'auteur fait l'histoire des Azalées en Europe, de- 
puis leur importation, au commencement du siècle, jusqu'à nos jours; 
il nous initie ensuite à tous les secrets de leur culture, bouturage, greffe, 
semis. Enfin, dans un dernier chapitre, il parle des maladies auxquelles, 
par la loi commune, ces admirables plantes sont exposées, et des re- 
mèdes propres à les combattre. 

Ce travail, somme toute, est très clair et assez complet, en dépit de 
sa grande concision. Aussi a-t-il été distingué par la Commission belge 
et placé au premier rang, dans un récent concours, entre deux mémoires 
écrits sur ce même sujet. 

A. B. 



ERRATA. 



Bulletin de février, page 120, ligne 6, lisez : Tinea, au lieu de 

Tillea. 

Bulletin d'avril, page 228, ligne 3 du 6« paragraphe, lisez : Larves 
de fourmi, au lieu de : Larves de farine. 



Le Gérant: Jules Grisard. 



5328. — BOURLOTON. — Imprimeries "réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIËTÉ. 
NOTE 

SUR LES NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS 

DE LA MÉNAGERIE DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 
Pendant les mois de janvier, février, mars et avril 1886. 

Par M. HUET 

Aide-naturaliste, chargé de la ménagerie. 



Dans le mois de février, il est né : 

1 Antilope Algazelle {Oryx leiicoryx) des individus offerts, 
il y a quelques années, par M. Brière de l'Isle, gouverneur 
du Sénégal. 

i Cerf-cochon {Cervus porcinus). 

En mars : 

1 Zébu de xMadagascar. 

1 Bouc et 2 Chèvres de Norvège, 

1 Bouc et 1 Chèvre Angora. 

En avril : 

5 Mouflons à manchettes {Ovis tragelaphus). 

1 mâle et 1 femelle d' Antilope de l'Inde {Antilope cer- 
vicapra) . 

1 Maki noir femelle {Lemur niger). 

1 femelle d'Axis {Cervus Axis). 

1 femelle de Cerf Mi-lou {Elaphurus Davidianus). 

Cette dernière naissance est très intéressante, bien que ce 
ne soit pas la première fois que ce curieux Cerf se soit repro- 
duit en Europe. C'est au Jardin zoologique de Berlin que ces 
Cerfs se sont reproduits pour la première fois, mais aucune 
relation concernant leur naissance n'ayant été donnée, nous 
ne connaissions pas quels étaient les caractères de ce jeune 
animal comparativement aux autres espèces du même groupe. 

Nous sommes heureux de pouvoir ici donner la descrip- 
tion de ce Faon et les rapports qui existent entre lui et les 
autres espèces du genre Cerf. 

4e SÉRIE, T. III. — Juin 1886. 20 



306 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

A voir la différence qui existe à beaucoup d'égards entre 
le Cerf Mi-lou et tous les autres Cerfs, on était en droit de 
supposer aussi qu'il devait y avoir une différence très notable 
dans les caractères extérieurs des jeunes, qui, à notre grande 
surprise, ressemblent à tous les jeunes Cerfs et surtout aux 
jeunes Daims. 

Comme taille, ce jeune Mi-lou ne dépasse pas de beaucoup 
un jeune Daim; il est donc très petit relativement aux pa- 
rents, qui sont de la taille d'un fort Cerf de France ; mais ce 
qui le caractérise tout d'abord, c'est la longueur de la tête, 
d'une part, et les sabots qui sont déjà larges comme chez les 
Rennes; la queue est aussi différente : au lieu d'être grêle et 
courte comme cela se voit chez tous les jeunes Cerfs, ici elle 
est assez longue et surtout très garnie de longs poils frisés. 

La coloration générale est d'un roux assez foncé sur la 
tête, le cou et le dos ; cette teinte se dégrade progressivement 
en se rapprochant des parties inférieures pour se terminer par 
une teinte blanc roussâtre sous la gorge, le dessous du cou, 
le ventre et les quatre jambes. Sur le dessus du cou et de 
chaque côté à partir de la base des oreilles, on observe deux 
rangées de taches blanchâtres, irrégulières de forme, mais 
cependant bien visibles; ces taches se continuent sur le dos, 
les flancs et la croupe; une ligne principale parcourt les flancs 
depuis le défaut de l'omoplate jusqu'au défaut de la cuisse, et 
remonte jusque sur la tête du fémur, où elle se termine; cette 
ligne est composée de taches allongées etirrégulières; le dos 
et la portion lombaire, comme nous l'avons dit plus haut, sont 
aussi maculés de taches, mais elles sont semées irrégulière- 
ment ou forment des lignes courtes et souvent interrompues. 

Comme on le voit par cette description, et par la taille et 
par la coloration, ainsi que par la livrée, ce jeune se rap- 
proche bien plus du Daim, avec lequel on pourrait très bien 
le confondre à première vue, si ce n'étaient les caractères de 
la tête, des pieds et de la queue qui l'en différencient. 

En mars, il est né en fait d'oiseaux : 

1 Oie des Sandwich {Bernicla Sandwicensis). 

o Cygnes noirs {Cygnus atratus). 



NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS DU MUSÉUM. 307 
MAMMIFÈRES ET OISEAUX REÇUS EN DONS 

1 Biche de France {Cervus elaphus), don de M'" Diolot. 
1 Macaque {Macacus Sinicus), don de M'" Maubec. 
4 Saïmiri {Saïmiri sciurius), don de M. Glosniadeuc. 
1 Coati {Nasua fusca), don de M. Closmadeuc. 

1 Sanglier {Sus scrofa), don de M"' la vicomtesse de 

Coiirson. 

3 Moulons chabins, don du gouvernement chilien. 

\ Macaque {Macacus ci/nomolgus) , don de M. Charles. 

4 Chacal {Canis aureus), don de M. Aury. 

2 Cygnes blancs {Cygnus olor), don de M. le ministre de 

l'instruction publique. 
2 Goélands {Lariis argentatus), don de M. Leroy, 
l Paon {Pavo cristata), don de M. Randon. 
\ Gacaloës à huppe jaune {Cacatua galerila) , don de 

M"^Chad\vick. 
1 Colin houi {Ovlyx houx), don de M. Closmadeuc. 
1 Grand-Duc de l'Inde {Duho Bengalensis), don de 

M. Rieger. 
1 Fou de Bassan {Fula alha), don de M. Guénin. 
1 Perdrix rouge (Perdix ruhra), don de M. de Lavenue de 

la Montaise. 

MAMMIFÈRES ET OISEAUX ACQUIS 

1 Grand Guib {Tragelaphus gratus) du Gabon, femelle. 

2 Kangurous géants {Macropus g iganteus) d'Australie. 

3 Kangurous rats {Hypsiprimnus Gaimardii) d'Australie. 
\ Orang-outang {Simia Satyrus) de Bornéo. 

2 Gouras couronnés {Goura coronata), Nouvelle-Guinée. 

1 Cygne à col noir {Cygnus nigricollis), Amérique méri- 

dionale. 

2 Thylacines d'Australie {Thylacimis cynocephalus). 

C'est la première fois que l'on voit vivant en France ce cu- 
rieux carnassier de l'ordre des Mai'supiaux, le plus grand de 
tous. 



CROISEMENTS DE CANARDS 

(PRINTEMPS 1885) 
Par M. Gabriel ROGEROiV 



Celte année-ci, j'ai été plus heureux que les précédentes 
dans mes croisements de Canards, surtout qae l'année der- 
nière, où le résultat avait été entièrement négatif. J'ai ra- 
conté (1) que, pour être plus sûr de la réussite, j'avais privé 
ma femelle mélisse sauvage- Chip eau de ses ailes, et qu'elle 
n'avait pas pondu ; ce printemps, je lui ai laissé toute liberté, 
m'exposant, il est vrai, aux plus grands risques, et elle m'a 
donné deux couvées. 

En effet, au mois d'avril, elle s'esl remise à vagaJDonder 
comme d'habitude dans les douves et fossés du voisinage, et, 
la seconde quinzaine de mai arrivée (elle pond toujours très 
tard), je pus m'apercevoir qu'elle s'abattait de préférence à 
un demi-quart de lieue de chez moi dans des champs et prai- 
ries, à la bifurcation des lignes du Mans et de Poitiers, aux 
abords d'Angers. L'ayant guettée, je trouvai, en effet, son nid 
dissimulé au pied d'un Chêne, au bord immédiat d'un sentier 
longeant la ligne du Mans et à 5 ou mètres de celle-ci. 

Elle couvait quatorze œufs bien exposés, ainsi que la Cane, 
comme on voit, que je me hâtai d'enlever et de donner à une 
Poule. Une douzaine de jours après éclosaient quatorze pe- 
tits, portant tous le cachet paternel et en tout semblables à 
ceux des années précédentes. Sur cette couvée, onze ont été 
élevés. 

Un mois plus tard, ma femelle mélisse était de nouveau 
disparue. J'étais convaincu qu'elle couvait encore, revenant 
par intermittence le soir partager le souper des autres Ca- 
nards. Mais impossible même de soupçonner où pouvait se 
trouver son nid, tant elle semblait cette fois s'étudier à varier 
ses directions au départ, quand un faucheur vint me prévc- 

(1) BnUelin d'août s|885. 



CROISEMENTS DE CAIXARDS. 309 

nir qu'il venait de faucher une Cane et son nid; heureuse- 
ment, par le plus grand des hasards, il croyait bien qu'elle 
n'avait pas de mal, ayant plutôt donné de sa faux au-dessous, 
dans les œufs, que dans la mère, qui d'ailleurs avait pu s'en- 
voler. 

Conduit à l'endroit de l'accident, distant à peine d'une 
centaine de mètres du premier nid, j'y trouvai moins de dé- 
gât que je ne supposais. Un œuf et un petit bien formé dans 
la coque étaient coupés en deux, un autre œuf craquelé 
d'un bout à l'autre, mais sept œufs restaient intacts, que je 
mis à couver, ainsi que l'œuf fendu, après l'avoir préalable- 
ment raccommodé d'une bande de papier collé, opération qui 
me réussit une fois sur deux. Quelques jours après, éclosaient 
huit nouveaux métis; mais ces derniers eurent le malheur 
de naître au moment où j'étais encombré de couvées de 
toutes sortes. Impossible de les lâcher sans mère dans ma 
pièce d'eau ; car, jusqu'à ce que les Canards de cette race 
soient arrivés à leur grosseur, on ne peut en avoir raison, tant 
ils sont indisciplinables, et ils auraient péri dans la pièce 
d'eau sans que j'eusse pu les en faire sortir. Il fallut donc me 
contenter d'un parquet trop étroit, que leur passion effrénée 
du barbolage contribuait encore à rendre malsain. Aussi sur 
ces huit, je ne pus en élever que cinq. Donc seize élevés cette 
année en deux couvées. 

Quant à la mère, elle en avait été quitte pour la peur de 
son coup de faux, et depuis lors, que le printemps est passé, 
elle vit paisible avec son MUouin sur ma pièce d'eau, ne se 
doutant guère qu'elle est la mère d'une aussi nombreuse 
famille. 

Mais de ces métis provenant de ce triple croisement, pour- 
rait-on arriver à former une race d'hybrides? Tout tend à le 
faire espérer, bien que mes efforts à cet endroit soient restés 
jusqu'à ce jour infructueux, que je n'aie jamais obtenu même 
un œuf. Leur mère, métisse elle-même, n'est-elle pas en effet 
très féconde, à cette seule condition, comme elle m'en a 
donné la preuve, qu'elle ait ses ailes et toutes ses libertés 
d'allures, puisque sur quatre années, la seule fois où je l'ai 



310 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

privée de ses ailes, elle n'a pas pondu? Or, chaque fois que 
j'ai voulu étendre la même expérience à ses produits, c'est-à- 
dire leur laisser leurs ailes, j'ai été si malheureux qu'il 
m'a fallu y renoncer, et voici pourquoi. 

Notre département de Maine-et-Loire possède de nom- 
breux cours d'eau, bordés ordinairement de vastes marais, et 
cela surtout aux abords d'Angers, où un grand fleuve et trois 
ou quatre rivières se réunissent. Sur ces rivières et prairies, 
inondées l'hiver, nombre de chasseurs de profession se 
livrent à la chasse très lucrative des Canards de toutes sortes 
qui y abondent. Pour cette chasse, on entretient et on élève 
chaque année quantité de Canards d'une race domestique dite 
de chasse, dont l'usage est de servir d'appeau aux Canards 
sauvages. Ces Canards, bien que différant beaucoup pour un 
œil exercé des sauvages, dont ils sont loin de jouir de la 
même élégance et de la même souplesse de forme, possèdent 
à peu près les mêmes couleurs, bien que moins vives, la même 
taille, et surtout ne volent pas mal, s'écartant très souvent de 
l'habitalion du chasseur pour s'abattre deci et delà dans les 
cours d'eau et les mares. Pour le commun des mortels, ce 
sont les mêmes oiseaux, et pour preuve, c'est qu'à Angers 
même, quand les Canards sauvages se font rares, on vend ceux 
de chasse sur notre marché à leur place, et la plupart des 
cuisinières, quoique la qualité de la chair soit loin d'être la 
même, s'y laissent prendre de la meilleure foi du monde. La 
seule différence appréciable pour bien des gens, c'est que les 
vrais Canards sauvages vivants semblent plus anxieux, se 
tiennent plus sur le qui-vive, s'envolent au premier danger, 
tandis que les autres restent paisiblement en place. Ces Ca- 
nards de chasse sont considérés par nos honnêtes populations 
d'Anjou comme des oiseaux domestiques, à l'égal des Poules 
et Pigeons s'écartant de leur habitation, et d'ordinaire on ne 
les traite pas autrement. C'est ce qui fait que mes Canards 
sauvages, bien que très purs de race , sont généralement pris 
pour des Canards de chasse et respectés, lors même qu'ils 
s'écartent très loin de chez moi, voire jusqu'à la Loire et la 
Maine parfois. 



CROISEMENTS DE CANARDS. 311 

Ma femelle métisse Chipeau-sauvage ressemble aussi beau- 
coup à une Cane sauvage et par conséquent à une Cane de 
chasse ; aussi jouit-elle du même privilège ; c'est également 
ce qui l'a sauvée jusqu'à ce jour. Mais il n'en est plus de 
même de mes triples-métis, dont la tournure et les couleurs 
indiquent aussitôt un oiseau inconnu. Et on sait ce qui d'or- 
dinaire attend chez nous les oiseaux inconnus et étrangers; 
les lois de l'hospitalité ne sont guère respectées à leur égard. 
Il n'est pas nécessaire d'être naturaliste pour cela, et le sen- 
timent du premier moment en telle circonstance est d'aller 
chercher un fusil et de tuer l'oiseau, fût-il d'apparence le plus 
maigre gibier, ce qui est loin d'être le cas pour ces petits 
Canards aux formes rondelettes et appétissantes. Aussi toutes 
mes femelles triples-métisses, pour qui j'ai essayé de laisser 
l'usage de leurs ailes, m'ont été régulièrement tuées. Le 
printemps dernier, je fondais de grandes espérances sur une 
qui semblait dans les meilleures conditions pour la repro- 
duction ; je lui laissai sa liberté, et il est vrai à regret, car 
par ailleurs je tenais beaucoup à cette petite Cane très appri- 
voisée et fort amusante dans sa familiarité; elle aussi, au 
bout de peu de temps, subissait le triste sort de ses aînées (i). 

Ainsi, malgré trois essais répétés pour ces femelles mé- 
tisses, il m'a été impossible de mener à bonne fin une seule 
fois l'expérience qui m'a si bien réussi pour leur mère. Et par 
ailleurs, bien que mes pièces d'eau soient assez vastes, avec 
le grand nombre de Palmipèdes qui s'y trouvent, plus de la 
centaine à présent, certaines espèces, et ces métis sont, je 
crois, du nombre, n'y rencontrent pas une nourriture maré- 
cageuse assez variée pour s'y reproduire. 

Mais je possède mieux que des probabilités pour la repro- 
duction de ces hybrides. Il y a deux ans, je cédai une jeune 
femelle à M. Ch. van Kemper, cà Saint-Omer. Je l'avais prise 
au hasard, elle ne semblait ni plus belle ni mieux conformée 

(1) Néanmoins, depuis plus d'un an, je possède un mâle de ces métis vivant 
en liberté complète. Doué d'un vol très puissant, matin ot soir il fait d'im- 
menses rendonnées, quelquefois à une grande hauteur; mais comme jusqu'à 
présent il a eu le bon esprit de retomber toujours sur ma pièce d'eau, il ne 
lui est jamais encore arrivé d'accident. 



312 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

que celles qui me restaient; dès le premier printemps, elle 
se mit à pondre chez son nouveau possesseur. Malheureuse- 
ment je ne lui avais pas cédé le couple et l'expérience n'a pu 
être qu'incomplète. 

Tout porte donc à croire que dans un autre milieu, dans 
des situations plus favorables, chez des amateurs qui pour- 
raient disposer d'une nourriture plus marécageuse avec 
moins d'autres Canards pour la partager, qui auraient à leur 
disposition une queue d'étang, par exemple, et dans des con- 
ditions de propriétés assez vastes pour leur laisser leurs ailes 
sans crainte d'accidents de la part des chasseurs, cette race 
reproduirait infailliblement, d'autant plus que les mâles très 
ardents semblent, de leur côté, devoir donner toute satisfac- 
tion à cet égard. Et il est à espérer que ces circonstances fa- 
vorables finiront par se rencontrer chez quelques-uns des 
amateurs à qui je céderai mes élèves. 

Je désire néanmoins encore essayer pour mon propre 
compte, d'autant plus que même dans les conditions défavo- 
rables que j'ai indiquées, avec des femelles ayant l'aile cou- 
pée, l'expérience n'a rien de désespérant, n'ayant encore été 
que bien peu tentée ; deux Canes seulement ont été conser- 
vées dans cet état. Et tout amateur sait combien, même parmi 
les espèces les mieux acclimatées, les chances de reproduc- 
tion sont variables suivant les individus. Aussi ai-je conservé 
cette année trois nouvelles femelles, auxquelles je couperai 
les ailes ne pouvant faire autrement, mais que, par de nou- 
veaux aménagements pratiqués depuis peu, je pourrai isoler 
avec leurs mâles de mes autres Canards, et par là même avec 
plus de facilité, pourvoir artificiellement d'une nourriture 
plus animalisée, plus marécageuse et par conséquent plus 
propre à les faire reproduire. 



NOTE SUR L'AQUICULTURE 

DANS LE QUARTIER MARITIME DE MARENNES 
Par M. Pniil RROrCHI 



Je désire entretenir la Société de quelques faits concer- 
nant l'aquiculture dans le quartier maritime de Marennes. 

Je rappellerai d'abord que les établissements de piscicul- 
ture et d'ostréiculture sont pour la plupart situés sur les 
deux rives de la Seudre. La Seudre, physiquement et admi- 
nistrativemenl, est un bras de mer, recevant à son extrémité 
un petit cours d'eau qui lui a donné son nom. 

Cependant, outre les claires et les réservoirs qui bordent 
ce bras de mer, un certain nombre de viviers ou parcs sont 
installés sur le bord de la mer, en face l'île d'Oléron. 

Je crois inutile de rappeler ici, l'aménagement de ces 
claires, qui sont si bien connues depuis la publication de 
Coste. 

Je me contenterai de faire remarquer que par une excep- 
tion, unique peut-être, ces établissements sont ici la pro- 
priété des parqueurs. 

Les terrains à claires ont acquis une grande valeur dans ces 
dernières années. Le prix du Journal (30 ares environ) est 
en moyenne de 1800 francs. Quand le terrain est bien situé, 
à proximité du chemin de fer, etc., ce prix augmente consi- 
dérablement. C'est ainsi qu'il y a peu de temps une claire de 
13 ares a été vendue 4-500 francs. 

Pour terminer ces généralités, je dirai que pendant ces 
dernières années on a introduit annuellement 133 millions 
d'huîtres dans les parcs de cette région, et que l'on en a 
vendu 104 millions chaque année. 

Le premier point sur lequel je désire attirer l'attention de 
la Société est la reproduction des Huîtres en bassins clos. 

Dans ces dernières années, de nombreuses tentatives ont 



314 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

été faites en ce sens, tant en Angleterre qu'en Hollande, mais 
elles n'ont donné que des résultats fort médiocres. Cepen- 
dant, la Commission Zoologique Néerlandaise a multiplié ces 
essais, ne négligeant aucunes précautions. C'est ainsi que l'eau 
des bassins a été aérée, agitée, chauffée même, mais, je le 
répète, sans résultats pratiques. 

A l'heure actuelle, il n'existe en Europe, à ma connais- 
sance du moins, qu'un seul point où l'Huître se reproduise 
dans un espace à peu près fermé. 

Ce point est un petit lac de Norvège, situé dans les envi- 
rons de Stavanger, et que nous a fait connaître M. le docteur 
Rasch. H ne communique pas directement avec la mer, dans 
le voisinage de laquelle il est situé, mais il peut recevoir de 
l'eau salée quand avec les hautes marées coïncide une tem- 
pête du sud-ouest. 

D'autre part il reçoit de l'eau douce par un ruisseau com- 
muniquant aux deux lacs supérieurs. 

Dans cette petite étendue d'eau, connue sous le nom de 
lac d'Ostravigt, les Huîtres se reproduisent avec facilité et 
cela pendant plusieurs mois. M. Rasch attribue ce fait à la 
température élevée que conservent toujours les couches infé- 
rieures de l'eau. 

Pendant mon séjour à la Tremblade, quelques observa- 
teurs sérieux attirèrent mon attention sur la reproduction 
des Huîtres dans les claires. Ils me rapportèrent que les mol- 
lusques ne donnaient pas de naissain dans ceux de ces bas- 
sins qui ne reçoivent l'eau qu'à l'époque des fortes marées, 
mais, ajoutaient-ils, si l'on expose pendant une heure ou deux 
les Huîtres de ces claires au soleil, elles deviennent laiteuses, 
elles donnent des embryons. 

Bien que ce fait me parût tout à fait extraordinaire, j'ai 
cru devoir y prêter attention. J'ai exposé au soleil, à diver- 
ses reprises, des Huîtres complètement adultes, et séjour- 
nant depuis longtemps dans les bassins, et, comme je m'y 
attendais bien, je n'ai jamais vu ce traitement avoir aucun 
effet sur les organes génitaux. Beaucoup de ces mollusques 
ne tardaient pas à succomber par suite de l'évaporalion de 



NOTE SUR l'aquiculture. 315 

l'eau contenue entre les valves de leur coquille. Je pense que 
l'erreur commise par les observateurs dont j'ai parlé, pro- 
venait du fait suivant. On apporte quelquefois dans les claires 
des Huîtres à l'époque de la reproduction. Ces Huîtres prises 
sur les bancs naturels sont en pleine reproduction et peuvent 
dans ce cas donner du naissain, même sans être exposées 
aux rayons du soleil. Je me rappelle avoir vu deux Huîtres 
donner leurs embryons dans un petit aquarium d'apparte- 
ment. Elles avaient été achetées le matin même à la halle, et 
la nature suivait son cours. 

Si j'ai cru devoir entretenir la Société de cette question, 
c'est qu'elle a quelque intérêt au point de vue pratique. 

Le décret de 1882 défend la vente des Huîtres pendant les 
mois de l'été, en se basant sur l'inconvénient que présente à 
divers points de vue le commerce de ces mollusques à l'épo- 
que de la reproduction. Avec quelque raison, les ostréicul- 
teurs de la Seudre font observer que leurs Huîtres ne se re- 
produisant pas pourraient sans danger être mises en vente. 

On sait que les Huîtres élevées aux environs de Marennes 
proviennent soit des parcs d'Arcachon, soit de ceux de la 
Bretagne. Cependant on élève aussi quelques Huîtres prove- 
nant des bancs naturels de la région, et c'est de ces bancs 
que je désirerais maintenant entretenir la Société. 

Deux bancs naturels se rencontrent dans ce quartier. L'un, 
le banc deCharret, est situé entre l'île d'Oléron et la côte. 
Souvent envahi par les moules, ce banc avait été reconstitué 
en partie. Malheureusement, l'Administration ayant cru devoir 
retirer la péniche garde-pêche qui le surveillait, il est à 
craindre de le voir, comme toujours, pillé à outrance et par 
conséquent disparaître. Le second banc, dit de JMouillelande, 
est situé dans la Seudre même. Lui aussi avait perdu il y a 
quelques années une partie de son importance à la suite de 
pillages répétés. Grâce à la vigilance et à l'énergie du com- 
missaire de la marine, M. Sené-Desjardins, le banc de Mouil- 
lelande avait été complètement reconstitué. Sur ces fonds se 
trouvent une grande quantité de coquilles vides de Cardium 
edide {Coques ou Sourdo)is) qui forment des collecteurs na- 



316 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

turels, et qui bientôt s'étaient couvertes de naissain. Les 
Huîtres étaient d'excellente qualité, superbes de forme. J'ai 
le regret d'annoncer que ce magnifique banc est à la veille de 
disparaître. L'ennemi sous lequel il va succomber est V Huître 
portugaise. 

On sait que depuis quelques années les ostréiculteurs de 
Marennes ont introduit dans leurs claires une grande quan- 
tité de ces mollusques du Tage, qu'ils revendent ensuite 
comme améliorés. Ces Huîtres ont été placées non seulement 
dans les claires, mais aussi dans les chenaux ou ruissons 
qui viennent déboucher dans la Seudre. 

La lutte pour l'existence s'est alors engagée entre notre 
Huître indigène et la portugaise, qui malheureusement a 
remporté une complète victoire. 

A l'heure actuelle, chaque Huître française, devenue col- 
lecteur, porte sur ses valves plusieurs portugaises qui l'étouf- 
fent et l'anéantissent. De plus, comme partout où se trouve 
les gryphées, il s'est formé là de vastes amoncellements de 
vase, le fond a été sali, bouleversé. 

Il est trop tard maintenant pour porter remède à cet étal 
de choses, mais je crois qu'il y a lieu de signaler ce fait à 
tous les ostréiculteurs, de leur montrer quel danger il y au- 
rait pour eux à introduire dans leurs claires le mollusque 
portugais. 

Ce sont surtout les ostréiculteurs bretons qui ont un inté- 
rêt de premier ordre à proscrire les gryphées. On sait, en 
effet, que ces mollusques se plaisent surtout dans les eaux 
vaseuses, et introduits dans le golfe du Morbihan, dans les 
rivières d'Auray,ils ne tarderaient pas à anéantir les Huîtres 
indigènes. D'ailleurs, je m'empresse de le dire, les Bretons 
connaissent bien ce danger et jusqu'à présent ils se sont bien 
gardés d'importer dans leurs eaux les Huîtres portugaises. 
J'ai profité de mon séjour dans le Sud-Ouest pour me ren- 
dre sur les bords de la Gironde, où, comme chacun sait, les 
Huîtres portugaises ont formé des bancs considérables. Le 
centre de l'exploitation, dans cette région, est le petit bourg 
du Verdon. 



NOTE SUR l'aquiculture. 317 

Je demanderai à la Société de lui dire quelques mots de 
l'état de l'industrie huîtrière dans cette région. 

Les gryphées se sont développées, multipliées avec une 
abondance vraiment extraordinaire. Chaque jour elles ga- 
gnent du terrain. Les murs des quais de Royan, situés 
cependant à une certaine distance du Verdon, sont déjà cou- 
verts de mollusques. 

Dans les premières années, les Huîtres portugaises ont 
rapporté aux riverains de la Gironde de très beaux bénéfices. 
Il n'y avait pour ainsi dire qu'à se baisser pour ramasser 
d'abondantes provisions de ce mollusque. Bientôt on eut 
l'idée de poser des collecteurs, et la récolte fut des plus 
abondantes. xMais la quantité produite est telle que les prix 
ont baissé dans une proportion énorme. L'année dernière, 
les portugaises se sont vendues 3 francs le mille (les petites) 
et 10 francs les moyennes, 1 franc le cent. Et pour le faire 
remarquer en passant ce sont ces Huîtres qui se sont vendues 
au détail, sur le marché de Paris, 70 et 80 centimes la dou- 
zaine. 

Cette baisse de prix a amené beaucoup d'ostréiculteurs 
du Verdon à abandonner leurs collecteurs, à ne pas les rele- 
ver, le prix de la main-d'œuvre nécessitée par cette opéra- 
tion dépassant celui qu'aurait donné la vente des produits. 
Un seul ostréiculteur m'a dit avoir abandonné ainsi 50000 
collecteurs. Or il importe de remarquer que les Huîtres 
ainsi abandonnées croissent avec une rapidité étonnante; 
elles prennent les formes les plus bizarres, et leur valeur 
marchande est bien loin de s'accroître. 

Devant ces faits on est en droit de s'étonner en voyant pré- 
coniser la fécondation artificielle appliquée aux huîtres por- 
tugaises. 

Je suis loin de nier l'intérêt scientifique que peut présen- 
ter une semblable opération, mais je suis obligé de dire 
qu'au point de vue pratique, elle me semble absolument 
inutile. 

Je ne pouvais séjourner dans la Charente-Inférieure, sans 
me préoccuper des bouchots à moules, de cette industrie de 



318 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

la baie d'Aiguillon, si bien décrite par MM. Costa et de Qua- 
trefages. Les bouchots existent toujours, et leur nombre 
a même considérablement augmenté. 

Dans le quartier de Marans, qui comprend la baie de l'Ai- 
guillon, on compte actuellement environ 1500 bouchots don- 
nant chaque année une moyenne de 4-0000 hectolitres de 
moules. Dans le quartier de La Rochelle, ces établissements 
sont également fort nombreux, notamment dans la baie d'Es- 
nandes. L'Administration maritime se refuse même adonner 
de nouvelles concessions, de crainte de voir celte baie se 
combler par suite de l'amoncellement des vases. 

En terminant, je rappellerai que dans le quartier de Ma- 
rennes existent un grand nombre de réservoirs à poissons. 
Ils sont basés, établis, sur le même principe que ceux du 
bassin d'Arcachon. 

Seulement le manche est ici remplacé par de grandes 
nasses d'osier ou de fils métalliques, appareils auxquels on 
donne le nom de langons. 

Ces établissements souffrent un peu de leur éloignement 
des grands centres. Étant donné le prix des transports, la 
vente du poisson est parfois difficile. Enfin, ils éprouvent 
parfois des pertes sérieuses par suite du froid. Je pense qu'en 
construisant des abris, des poêles pour les poissons, en fai- 
sant usage des nattes employées sur divers points du littoral, 
on pourrait en partie parer à cet inconvénient. 



L'ANANAS 

{BROMEUA ANANAS L.) 

SA CULTURE DANS LES COLONIES. — VIN ET EAU-DE-VIE D'ANANAS 

Par M. Aitg. PAILLIEUX 



Dans uu compte rendu d'une séance de la Société de géo- 
graphie, je lisais dernièrement : « Un des membres de la 
Mission (1), M. Manas, a installé à Franceville une fabrique 
d'eau-de-vie d'Ananas qui fournit, paraît-il, un alcool déli- 
cieux, rappelant le goût de la Chartreuse verte (2). » 

Ce passage du compte rendu me confirmait dans le projet 
que j'avais formé de recueillir et de vous communiquer des 
renseignements sur l'Ananas, considéré comme plante indus- 
trielle de grande culture. 

Il s'agit ici d'une culture tropicale, mais nous ne devons 
pas oublier que notre Société est internationale, universelle, 
et s'intéresse à toutes les tentatives agricoles utiles, qu'elles 
aient lieu dans nos colonies ou à l'étranger. 

Je me suis donc donné, en ce temps d'enquêtes perpé- 
tuelles et d'interviews sans fm, une mission de commissaire 
enquêteur que j'ai remplie et dont je vous apporte les ré- 
sultats. 

M. le D' Sagot, dont l'obligeance et les lumières ne me 
font jamais défaut, m'écrit en réponse à mes questions : 

(( Je n'ai jamais trouvé dans mes herborisations à la Guyane 
l'Ananas sauvage. Je crois que le D' Grevaux et d'autres voya- 
geurs l'ont observé dans la région monlueuse où les fleuves 
prennent leur source. Je présume qu'il y pousse surtout dans 
les fissures et les excavations des rochers, ou au pied des 
roches, dans un sol riche en terreau, recevant une sorte de 

(1) Mission de l'Ouest africain, sous la direction de M. de Brazza, commis- 
saire de la République française dans l'Ouest africain. 

(2) Station tenue par M. Roche. 



320 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

fumure arliticielle des déjections d'oiseaux et d'animaux sau- 
vaoes, et de l'irrigation par des eaux qui ont lavé le rocher 
voisin et les terres voisines. Dans celte station, l'Ananas re- 
çoit à la fois la double action de la. pluie et du soleil, et a un 
sol naturel très riche, en même temps qu'il ne souffre ni de 
l'ombre trop épaisse des grands bois, ni du voisinage étouf- 
fant de l'herbe. 

» L'Ananas cultivé à la Guyane ne donne de bons et beaux 
fruits, bien juteux et bien sucrés, que dans des terres excel- 
lentes et d'une fertilité presque potagère (environs immédiats 
de l'habitation à sol fumé par le voisinage de l'homme, jar- 
dins, nouveaux défrichés de forêts, alluvions vaseuses de la 
côte, dites terres basses, régulièrement desséchées). 

» A une distance un peu plus grande de l'équateur, l'Ananas 
peut peut-être se contenter d'un sol d'une fertilité un peu 
moindre, mais il lui faut toujours une bonne terre. En sol 
épuisé et stérile, même avec des pluies suffisantes, il pousse 
en feuilles, mais ne donne qu'un fruit petit, mal formé, dé- 
pourvu de chair juteuse et sucrée abondante, parfois atteint 
de gomme, fibreux ou coriace. 

» L'Ananas est un des fruits qui gagnent le plus en volume 
et en qualité à la large fumure et à l'arrosage régulier, soit 
naturel par l'effet des pluies, soit artificiel. 

» Pendant qu'il pousse en feuilles, il peut supporter, sans 
préjudice notable, des sécheresses temporaires même pro- 
longées, ou, dans la région tempérée chaude (Algérie), des 
rafraîchissements de température temporaires. 

» Dans les pays chauds, l'Ananas (œilleton terminal) rap- 
porte au bout de l'année un fruit mûr; planté de rejets laté- 
raux, il fructifie un peu plus vite. 

» Dans les pays ayant une saison fraîche bien marquée qui 
suspend momentanément sa végétation, l'Ananas peut ne don- 
ner son fruit que la seconde ou même la troisième année. 

» Je ne me figure pas très facilement de grandes plantations 
d'Ananas dont les fruits fourniraient un vin d'Ananas. Où 
trouverait-on de suflisantes étendues de terres assez fertiles? 
Serait-ce dans de nouveaux défrichés de forêts vierges? Mais 



L'ANANAS. 321 

le sol y garderail-il longtemps sa fertilité? Serait-ce dans le 
fond de petites vallées inclinées où la terre végétale ô'accu- 
mule? Mais aurait-on des étendues suffisantes et n'aurait-on 
pas à craindre des ravinements et des inondations tempo- 
raires dans les grosses pluies d'orage et les cyclones? 

» Serait-ce dans des sols alluvionnaires vaseux de la côte? 
Mais trouverait-on des ouvriers dociles et patients pour l'exé- 
cution des fossés et des digues de dessèchement? 

» Serait-ce dans des sols naturellement moins fertiles, mais 
engraissés par une fumure? Mais serait-il pratiquement pos- 
sible de faire ce fumier, et la culture resterait-elle lucra- 
tive ? » 

Arrivons à la conversion du jus d'Ananas en boisson fer- 
mentée. Elle a été pratiquée plusieurs fois avec succès dans 
les pays chauds, mais je ne sais pas exactement quels procé- 
dés de fermentation ont été suivis et quel degré de finesse 
de goût, de force alcoolique et de parfum a été obtenu. 

A mon sens, pour que l'opération ait un sens réel, une va- 
leur indiscutable, il faut produire une boisson qui puisse 
supporter le parallèle avec les vins-liqueurs, sucrés ou secs, 
du midi de l'Europe. 

Cultiver l'Ananas pour produire simplement de l'alcool 
me paraît absurde. La culture de la Canne en produirait bien 
davantage et bien plus facilement. On trouverait, en outre, 
un produit rival dans l'alcool de Betterave puritié des cultures 
du Nord. 

Heureusement le jus d'Ananas paraît réunir les conditions 
qui permettent la production d'un vin-liqueur. Il est abon- 
dant, limpide, sucré et acide à la fois; il a un parfum propre. 
Soit par une simple fermentai ion bien conduite à l'abri 
du contact de l'air et arrêtée à temps, soit par une fermenta- 
tion aidée de quelques légères additions chimiques inoffen- 
sives, j'ai lieu de croire qu'il peut arriver à l'état d'une bois- 
son alcoolique, de bon goût, saine, tonique et très agréable. 

A la Guyane, chez M. Houry, agriculteur très éclairé et 
très actif, j'ai eu autrefois occasion de goûter du vin d'Ana- 
nas, qui présentait parfaitement le type de vin-liqueur. Au 

4» SÉRIE, T. m. — Juin 1886. 21 



322 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Brésil, soit avec le jus d'Ananas, soit avec le jus d'Orange, soit 
avec le jus du fruit d' Anacardium (noix d'acajou), il a été 
souvent préparé des boissons fermentées imitant les vins du 
Midi, et il en a été présenté en Europe dans les expositions. 

Si l'on veut, à Paris, se faire une idée de la fermentation du 
jus d'Ananas, rien de plus facile que de faire quelques expé- 
riences dans de petites fioles avec le jus d'Ananas rapportés 
par les paquebots, que l'on trouve k acheter, chez les mar- 
chands fruitiers de la rive droite, à des prix assez modiques 
(1 ou 2 francs) . 

Quand on veut arrêter une fermentation énergiquement, 
on met parfois une parcelle imperceptible de borax dissous 
dans l'eau. 

Quand on veut donner un peu d'apparence de vétusté, on 
met un peu de glycérine. 

Je ne sais pas le chiffre exact de sucre que peut contenir 
l'Ananas, et ce chiffre doit varier d'un fruit h un autre, mais 
le fruit est très sucré. Comme le fruit est en même temps 
acide, une partie du sucre doit être à l'état de glucose, ce qui 
est favorable à la bonne fermentation. 

M. Arsène Rouzaud habite aujourd'hui Bordeaux. D'impé- 
rieuses raisons de famille l'obligeant à quitter la Nouvelle- 
Calédonie, il a cédé son établissement à un Anglais, qui con- 
tinuera la distillation du jus d'Ananas. 

Je me suis adressé à M. Rouzaud père ; je l'ai prié de de- 
mander, pour moi, à son fils des renseignements aussi éten- 
dus que possible sur la culture de l'Ananas dans notre colo- 
nie, et celui-ci, avec le plus obligeant empressement, m'a fait 
remettre un rapport dont la clarté et la précision ne laissent 
rien à désirer. 

Voici cet utile document : 

« Sous tous les climats, la science agricole sait tirer un 
parti avantageux du sol riche, profond et plus ou moins frais 
des plaines. Partout, au contraire, les difficultés sont grandes 
pour utiliser d'une manière fructueuse les sols plus ou moins 
secs et arides des coteaux et des montagnes. 



l'ananas. 



» Si, dans le premier cas, les cultures peuvent être variées 
à l'infini, elles sont au contraire fort restreintes et limitées 
dans le second et doivent revêtir plus particulièrement un 
caractère industriel ; c'est ainsi que, selon les zones, on confie 
aux sols inférieurs la Vigne, l'Olivier, etc. 

» Démontrer que dans les pays chauds on peut tirer le même 
parti de la culture de l'Ananas me paraît donc une œuvre es- 
sentiellement utile au point de vue colonial, 

» C'est ce que je vais essayer de faire en quelques mots, 
non pas en théoricien, mais en homme pratique, ayant le 
premier planté, cultivé et utilisé industriellement l'Ananas 
en Nouvelle-Calédonie. 

SOL 

» Si pour l'Ananas, comme pour toutes les plantes en gé- 
néral, le sol des plaines permet une culture plus facile et un 
plus grand développement dans la végétation et les fruits, sa 
rusticité exceptionnelle permet néanmoins de le cultiver avan- 
tageusement dans tous les terrains défrichés, même les plus 
arides. La seule condition sur laquelle il ne transige pas, c'est 
la privation des rayons solaires; à l'ombre, il ne produit pas 
ou ne donne que peu de fruits et de qualité inférieure. 

PLANTATION 

» Après avoir bien labouré son terrain, il est prudent de 
faire une culture ou deux de Maïs, Pommes de terre ou autres 
plantes sarclées, afin de purger le sol aussi complètement 
que possible des mauvaises herbes. Cela fait, on laboure de 
nouveau le sol et l'unit à la herse ; puis on trace des sillons 
bien droits et parallèles, distancés de 1 ou 5 mètres, selon 
qu'on est en plaine ou sur coteaux, dans lesquels on place 
les plants h 50 centimètres les uns des autres, de manière à 
avoir 10000 ou 20000 pieds par hectare. 

» Bien que l'Ananas puisse se planter en toute saison, on 
doit autant que possible opérer la plantation à l'époque des 
pluies et des grandes chaleurs, et choisir comme plants les 
plus beaux bourgeons. 



324 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

» Avant de planter, et pour faciliter la sortie rapide des 
racines, on doit arracher les cinq ou six premières petites 
feuilles du bas du bourgeon, qui autrement se pourriraient 
et empêcheraient le développement des racines. 

» Cette première précaution prise, on a le soin de réunir 
toutes les feuilles de la plante serrées dans la main gauche, 
afin que, en fixant le plant dans le trou destiné à le recevoir, 
la terre ne s'introduise pas dans le cœur de la plante. De cette 
recommandation importante dépend le succès de la plan- 
tation. 

» Les feuilles qui entourent le cœur de l'Ananas sont, en 
effet, disposées de telle façon (en forme de cornet) qu'elles 
reçoivent chaque nuit, pour la conduire au cœur de la plante, 
la rosée toujours très abondante dans les pays chauds. Cette 
rosée, s'évaporant lentement pendant le jour, entretient une 
humidité constante, véritable aliment pour la plante, qui fait 
que celle-ci ne souffre nullement des grandes sécheresses et 
se comporte parfaitement dans tous les terrains les plus secs 
et sous le soleil le plus ardent. 

CULTURE 

» La plantation faite dans les conditions qui précèdent as- 
sure une reprise certaine; il ne s'agit plus désormais que de 
chausser ou butter légèrement les plants à la charrue, et d'o- 
pérer ensuite des binages suivis pour empêcher les herbes 
d'envahir la plantation, exactement comme on fait pour la 
Vione, car les soins culturaux à donner à l'Ananas sont les 
mêmes. / 

» On comprend immédiatement par là que la culture en 
terrain sec et aride, où les herbes ont de la peine à pousser, 
exige moins de sarclage que celle faite dans le sol riche et 
frais des plaines où l'herbe pousse abondamment. 

» La nécessité du passage plus fréquent de la charrue en 
sol riche est une des raisons qui me font conseiller en plaine 
la plantation en rangs espacés de 2 mètres. 

» Une autre raison est tirée de cette considération que, la 



L ANANAS. 325 

période de grande produclion de l'Ananas étant de trois an- 
nées, sa plantation nouvelle pourra se faire sans frais de trans- 
port, pour ainsi dire sans déplacement, puisqu'il suffira de 
prendre à la plante en déclin son plus beau bourgeon et de 
le planter dans la ligne parallèle distante d'un mètre seu- 
lement. 

» Cette ligne intercalaire, en effet, aura été admirablement 
préparée à la recevoir par les cultures intermédiaires de Ha- 
ricots, Pommes de terre et autres plantes sarclées et basses 
qu'elle aura supportées pendant trois années, et, en alternant 
ainsi, le même sol pourra indéfiniment accepter dans d'ex- 
cellentes conditions la culture de l'Ananas sans en être épuisé. 

» Enfin, une troisième raison de la culture en rangs espa- 
cés de 2 mètres est de faciliter dans les sols riches le dévelop- 
pement des feuilles de l'Ananas qui peuvent être coupées à la 
fructification de la plante et fournir un produit accessoire 
dont j'aurai occasion de parler. 

» Cette considération n'existant pas pour l'Ananas cultivé 
en sol pauvre et sec et les cultures intermédiaires ne pou- 
vant pas y être rémunératrices, je conseille d'y faire la plan- 
tation en rangs espacés d'un mètre seulement, qui permettra 
le passage facile de la charrue au début, de celui de la pioche 
ensuite, pour détruire les herbes plus rares, tout en doublant 
les pieds d'Ananas, sauf à laisser reposer le sol ensuite avant 
la replantation de ce dernier. 

PRODUCTION 

» Ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire, la pleine produc- 
tion de l'Ananas doit être comptée pour une période de trois 
années. 

» Durant ces trois années chaque pied d'Ananas produira 
annuellement en moyenne : 

» En plaine, culture soignée contenant 10000 pieds 
d'Ananas à l'hectare, 4200 grammes de fruits par pied, 
12000 kilogrammes de fruits à l'hectare; 13000 Ananas en- 
viron. 



326 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

» La première année, l'Ananas rapporte peu, mais les 
deuxième et troisième années, on peut souvent dans les cul- 
tures en plaine laisser deux beaux bourgeons à chaque pied 
et on aura deux beaux fruits. 

» En sol aride, qui contiendra 20000 pieds d'Ananas à 
riiectare, les Ananas seront moins beaux que ceux récollés 
dans les plaines et il ne faudra compter que sur 800 grammes 
par pied, soit 16000 kilogrammes de fruits à l'hectare; 
20 000 Ananas environ. 

» Je ne compte qu'un Ananas par pied parce que, dans les 
terrains arides, il est rare qu'on puisse laisser plus d'un 
bourgeon par pied. 

» Au premier abord ce résultat paraîtrait singulier, car il 
donnerait un avantage marqué aux terrains pauvres sur les 
terrains riches ; je dois donc faire remarquer immédiate- 
ment que dans les terrains pauvres les fruits seront d'abord 
moins beaux, ce qui diminuera la moyenne de leurs poids ; 
qu'ensuite l'Ananas dans ces terrains supportera seul les frais 
de culture, qui seront compensés en plaine par le produit des 
cultures intermédiaires; qu'enfin dans la plaine la culture 
de l'Ananas sera indéfinie, alors qu'en sol sec et aride elle 
devra être suspendue tous les trois ans. 

» Mais il ne reste pas moins ce fait certain, important, 
que l'Ananas assure une culture rémunératrice dans les sols 
de la plus mauvaise qualité. 

» Donc, en acceptant les données plus haut indiquées qui 
sont le résultat de l'expérience en Galédonie, on aura en- 
viron à l'hectare en moyenne : dans les plaines, 13000 Ana- 
nas, en sol aride, 20000. 

» Employés en conserves, j'ignore ce que pourrait être un 
pareil résultat; il serait déjà probablement très beau, mais 
je dois reconnaître que limité à cet emploi, malgré l'étendue 
qu'il peut prendre, l'Ananas ne pourrait être considéré 
comme une plante de véritable grande culture. Heureuse- 
ment, l'industrie peut en tirer parti d'une autre manière. 



l'ananas. 327 



DISTILLATION DE L ANANAS 

» Dans la séance de l'Assemblée législative française du 
8 mai 1885, M. Gerville-Réache, député, ayant rappelé dans 
un rapport la déclaration faite par l'amiral Courbet, que la 
culture de l'Ananas était très répandue à Nakéty (Nouvelle- 
Calédonie) et que la distillation du fruit était déjà essayée 
avec avantage, M. Georges Périn crut pouvoir répondre : « Ce 
n'est pas sérieux; on ne distille pas VA nanas. » 

» Je suis au regret de le déclarer pour M. Georges Périn, 
auquel la spécialité des questions coloniales semble tenir à 
cœur, la seule chose non sérieuse, c'est sa réponse. Ce que 
le regretté et illustre amiral disait, il pouvait l'affirmer, car 
il l'avait vu chez moi, à Nakéty, dans une visite où m'était 
réservé l'honneur de donner une hospitalité bien modeste à 
cet homme réellement supérieur, si foncièrementjusteetbon, 
si profondément dévoué à tout ce qui était l'intérêt de la 
France! Il n'est du reste pas le seul qui se soit arrêté à cette 
question si importante pour la colonie. Son distingué et 
digne successeur, le commandant Pallu de la Barrière, qui a 
laissé comme gouverneur de la Calédonie de si unanimes re- 
grets par les services éminents rendus à la colonie, s'y est 
également beaucoup intéressé et m'a fait l'honneur aussi de 
visiter à plusieurs reprises mes plantations, m'encourageant 
à persévérer dans cette voie, que j'ai dû abandonner pour 
rentrer en France, mais que j'aurais poursuivie avec achar- 
nement si j'étais resté dans la colonie. 

» Avant de soumettre l'Ananas à la presse, il faut avoir soin 
de le bien broyer. Le jus que l'on extrait ensuite doit être 
reçu dans un tamis, afin de le débarrasser des détritus qu'il 
entraîne avec lui, puis ramené, par une addition d'eau, à 
7 degrés. Cette addition d'eau peut se faire aussitôt la pre- 
mière pressée faite, en ajoutant ladite eau au marc que l'on 
vient de sortir et que l'on soumet de nouveau à la presse. Si 
celte opération est bien faite, on devra obtenir un rendement 
de 2 pour 100 en plus en alcool. 



328 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

» Comme la fermentation se fait très rapidement, il faut, 
autant que possible, par une installation convenable, main- 
tenir la température à 25 degrés. Si la température est plus 
élevée, ce qui arrive souvent, il importe de veiller et de con- 
vertir le jus en flegmes aussitôt la fermentation terminée ; on 
peut ensuite attendre la rectification définitive. 

» Par une fermentation bien surveillée, j'ai obtenu un bon 
vin pouvant être exporté sans la moindre crainte de le voir 
se détériorer. Mis en bouteilles après trois mois, il était lim- 
pide, ne fermentant plus, ressemblant à un bon vin blanc 
ordinaire et j'ai pu le faire boire, comme vin de raisin venant 
de France, par des Européens se prétendant connaisseurs, 

» Là se trouverait peut-être même la véritable utilisation 
de l'Ananas, car il fournirait un vin de grande consomma- 
tion. 

» Mais, revenant à la distillation, le vin obtenu démontre 
qu'elle est essentiellement pratique et ne peut que donner 
d'excellents résultats. Aussi, bien qu'opérant avec des appa- 
reils insuffisants, ai-je obtenu des eaux-de-vie acceptées par 
la consommation locale, et que des procédés connue de rec- 
tification rendraient bien supérieures aux produits aujour- 
d'hui courants dans le commerce. 

» Il y a donc là une culture fructueuse pour les pays 
chauds, et, pour moi, l'Ananas est un des fruits les plus utiles 
de la création. 

» Voici les résultats bruts par hectare que peut donner la 
culture. 

» En plaine (frais compensés par les cultures intermé- 
diaires) : 

12000 kilogrammes fruits. 
7200 litres jus. 
720 litres eau-de-vie à 50 ou 52 degrés. 

» En sol aride : 

16000 kilogrammes fruits. 
9600 litres jus. 
960 litres eau-de-vie à 50 ou 52 degrés. 



l'ananas. 329 



UTILISATION DE LA FEUILLE DE l'aNANAS 

)) On peut utiliser la feuille de l'Ananas ,qni donne un très 
beau fil. Bien des personnes connaissent déjà les beaux tissus 
fabriqués dans l'Inde avec ce fil, d'une finesse très grande et 
ressemblant à de la soie. 

» La coupe des feuilles doit se faire lorsqu'elles ont atteint 
leur complet développement, c'esl-cà-dire peu de temps avant 
la maturité du fruit, de façon à ne pas nuire à ce dernier. 
J'estime ce produit supplémentaire à 50 grammes par pied 
en plaine, soit 500 kilogrammes à l'hectare. 
» Bordeaux, le 8 janvier 1886. 

» Arsène Rouzaud. » 

J'ai interviewé M. Ralu qui m'a accueilli avec une parfaite 
obligeance. Si ma mémoire est fidèle, voici les renseigne- 
ments qu'il a bien voulu me donner : 

Il a traversé la période des essais ; il fabrique et vend du 
vin d'Ananas. 

Le jus lui est expédié du pays de culture. Sa fermentation 
€st prévenue par un procédé particulier, A l'arrivée du jus, 
la fermentation est rétablie et le vin est fabriqué. 

Ce vin possède, selon M. Ralu, d'admirables propriétés. Il 
possède notamment celle de dissoudre et d'expulser l'acide 
urique de l'économie, évitant à tous ceux qui font bonne 
chère les terribles affections connues sous les noms de gra- 
velle, de goutte, de rhumatismes goutteux. Il s'appuie sur 
le témoignage du R. P. Labat, du R. P. Dutertre, du docteur 
"Vriès, de Sumatra. 

C'est un vin-liqueur extrêmement agréable, doux, moel- 
leux, capiteux; c'est de lui qu'un célèbre gourmet anglais a 
dit : « C'est du soleil en bouteille ! » 

Au sujet de l'eau-de-vie d'Ananas, M. Ralu m'a dit : Le 
jus de l'Ananas distillé aussitôt après la fermentation donne 
une eau-de-vie absolument dépourvue d'arôme. 

Si l'on fait d'abord du vin d'Ananas comme du vin de Rai- 



330 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

sin et si on distille ce vin, on obtient une eau-de-vie qui pos- 
sède dans toute sa délicatesse le parfum de l'Ananas. 

L'opération pourrait alors être fructueuse à cause du prix 
élevé qu'on obtiendrait. Autrement, on ne peut faire qu'une 
eau-de-vie commune qui serait vendue à bas prix aux indi- 
gènes et aux équipages des navires. 

N. B. — Les distillateurs d'alcool de grains, de betteraves, etc., appellent 
flegmes le produit de la distillation du jus fermenté. 

Les flegmes, à 45 degrés d'alcool environ, sont soumis à une deuxième 
distillation qui donne l'alcool à 90 degrés. Les jus fermentes s'acélifiant promp- 
tement à l'air, il importe de les convertir en flegmes inaltérables aussitôt que 
la fermentation est terminée. 

Les jus sucrés peuvent être conservés et transportés après ébuUition et à 
l'abri de l'air. Les ferments sont tués par l'ébuUition et la fermentation alcoo- 
lique ne peut se produire qu'avec le concours de l'air. Pour plus de sûreté, 
on peut ajouter au liquide un peu d'alcool ou d'acide sulfureux dissous. 

A l'arrivée en France on peut faire fermenter le jus d'Ananas en se servant 
du ferment alcoolique, la levure de bière. 



II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ 



RAPPORT 

SUR LES 

ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE 

FAITES PENDANT L'ANNÉE 1885 
Par M. BIGOT 



Pontoise, le 5 février 1886. 

Messieurs, 

Si depuis 1879, date de mon dernier rapport, je n'ai fait 
aucune communication à votre Société, c'est que rien de 
particulièrement intéressant n'a été consigné sur mon jour- 
nal pendant cette longue période; seule, ou à peu près, la 
dernière année d'expérience, c'est-à-dire l'année 1885, a 
fourni quelques particularités dignes, je crois, d'attirer 
votre attention. 

Je dois commencer par vous déclarer que les six années qui 
se sont écoulées depuis mon dernier rapport, ont été mar- 
quées par un succès de plus en plus accentué des éducations 
des Attacus Yama-maï, Pernyi et Ci/nlhia, tout en faisant 
quelques réserves pour Pernyi; je m'en expliquerai plus 
loin. 

ÉDUCATION DE l' ATTACUS YAMA-MAI POUR l'ANNÉE 1885 

La dernière quinzaine du mois de mars ainsi que la pre- 
mière du mois d'avril ont été très froides, il en est résulté 
un retard très sensible dans la végétation du Chêne; ainsi 
par exemple, le 23 mars 1880 j'ai trouvé des feuilles de 
Chêne suffisamment développées pour permettre de com- 
mencer une éducation; il est vrai que c'était la première fois 
qu'il m'était donné de constater une végétation aussi hâtive ; 



332 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

si maintenant je me reporte à l'année 1884, je reconnais que 
le Chêne est bien développé dès les premiers jours du mois 
d'avril, tandis que cette année, à la date du i9 avril, je n'ai 
trouvé sur une étendue d'au moins vingt hectares, qu'un 
seul pied épanoui et une trentaine, environ, dont les bour- 
geons très gonflés étaient prêts à s'ouvrir. 

La température douce et parfois chaude de la deuxième 
quinzaine d'avril fit avancer la végétation d'une manière sur- 
prenante; ainsi, le Chêne qui, le 19 avril, n'était encore 
qu'en bouton, est bien développé le 22 et en pleine feuille 
le 24 du même mois ; il est vrai d'ajouter que les taillis en 
question sont plantés dans un terrain sablonneux et parfaite- 
ment exposés au midi. 

Des œufs. 

Les œufs ont été placés comme d'habitude, pour l'hiver- 
nage, dans un grenier bien aéré, situé à l'est d'un côté et au 
nord de l'autre; ils se trouvent ainsi exposés à une tempéra- 
ture assez basse pour qu'il n'y ail pas à craindre d'éclosions 
prématurées ; depuis près de vingt ans que je m'occupe de 
l'acclimatation de différentes espèces de Vers à soie exoti- 
ques, j'ai toujours remarqué que l'éclosion des œufs hiver- 
nants coïncide d'une manière rigoureuse avec la pousse des 
feuilles servant à leur nourriture. 

11 est généralement admis, lorsqu'on perçoit quelques nais- 
sances, de soumettre la graine à une température assez éle- 
vée pour permettre à l'éclosion de s'effectuer rapidement et 
régulièrement. Au point de vue théorique, ce moyen peut 
être excellent, mais il n'en est pas de même dans la pratique 
et voici pourquoi. 

Je considère, d'une manière absolue, comme contraire à la 
bonne constitution du Ver et très dangereux pour ses descen- 
dants, de le faire naître à l'aide d'une température artificielle 
variant de 18 à 25 degrés et de l'exposer ensuite à fair libre 
alors que la température naturelle atteint à peine 7 à 8 de- 
grés pendant le jour et descend à zéro et au-dessous pendant 
la nuit; il y a là une transition beaucoup trop brusque qui, 



ÉDUCATIONS DE VERS À SOIE. 333 

malgré la robusticité du Ver, lui est incontestablement fu- 
neste; si au contraire l'éducation devait être faite en chambre 
chauffée, au moins pendant la première phase, l'éclosion 
forcée pourrait être appliquée avec succès. 

Ayant l'habitude de faire mes éducations en plein air, j'ai 
laissé, à l'époque prévue, mes œufs exposés, comme les 
années précédentes, à l'air libre. 

Des Chenilles. 

L'éclosion des Chenilles s'est faite dans de bonnes condi- 
tions, du 22 au 24 avril, avec une température moyenne de 
12 degrés le matin et de 16 degrés le soir, mais les jours 
suivants sont marquées par de fréquentes averses amenant 
avec elles une baisse sensible de la température. 

Le premier sommeil a commencé le 4 mai; à partir de 
cette date jusqu'au 11 du même mois, le thermomètre donne 
une moyenne de 5 degrés le matin et de 9 degrés le soir ; air 
froid accompagné de pluie et de grêle; les 11 et 12 mai, 
fortes gelées ; le Chêne est partout atteint, c'est au milieu de 
difficultés sans nombre que je parviens à en récolter quel- 
ques rameaux en prévision du réveil de mes jeunes élèves. 

Du 13 au 20 mai, le froid continue avec intermittence de 
pluie et de grêle. 

Le réveil s'est effectué du 17 au 20 mai, la première mue 
a donc duré de quatorze à dix-sept jours. 

Pendant plus de vingt ans j'ai élevé un nombre considé- 
rable de Chenilles de toutes espèces et plus particulièrement, 
depuis seize ans, de nombreuses espèces sétifères : jamais je 
n'ai vu de phénomène de cette nature; de tous temps mes 
Chenilles ont été exposées aux intempéries de la saison, c'est- 
à-dire à la pluie, à la grêle, à la neige, à la glace, etc., etc., 
et pourtant rien de semblable ne s'est présenté ; je crus, tout 
d'abord, être en présence d'un commencement de dégéné- 
rescence; mais, quand plus tard le réveil fut accompli et que 
je vis mes élèves manger avec avidité et grossir dans des con- 
ditions normales, je dus reconnaître que je m'étais trompé 



334 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

dans mon appréciation et qu'au lieu de s'élioler ils prenaient 
chaque jour plus de force. 

En attendant que le bois où je m'approvisionne fût re- 
feuillé, je dus me mettre à la recherche de quelques taillis 
épargnés par la gelée et, après plusieurs recherches infruc- 
tueuses, j'eus la bonne fortune d'en trouver un en assez bon 
état. 

Les trois autres mues se sont effectuées dans de bonnes 
conditions, rien d'anormal dans la durée du sommeil. 

Le coconnage a commencé le 9 juillet et a été terminé le 
18 du même mois. 

Les cocons sont superbes et bien tournés; je n'ai jamais 
obtenu meilleur résultat, tant au point de vue de la beauté 
qu'à celui de la qualité des cocons. 

Ma récolte a été de neuf cent quarante cocons (940). 

Les Papillons ont éclos du 15 août au i" septembre et ils 
ont produit quatre cent cinquante grammes de graine 
(450 grammes). 

ÉDUCATION DE l'aTTACUS PERNYI POUR L'ANNÉE 1885 

Dans une de mes précédentes communications, je vous ex- 
primais mon opinion sur la valeur de chacune des deux 
espèces précitées de Vers à soie du Chêne; je n'hésitais pas 
à préconiser la supériorité du Pernyi à cause : 1" de son éle- 
vage facile, 2" de la beauté de son cocon et 3° de la richesse 
de son produit; de plus, il me faisait l'effet d'être plus rus- 
tique que le Yama-maï : l'insecte parfait était beaucoup 
plus vigoureux, il s'accouplait, en captivité, avec une grande 
facilité et toujours plusieurs fois, particularité propre à cette 
espèce, et c'est peut-être là précisément qu'est la cause prin- 
cipale de sa dégénérescence, car aujourd'hui il n'y a plus à 
en douter, elle est à peu près complète partout où cette belle 
espèce était cultivée. 

Il y a quelques années, je m'aperçus qu'une partie de mes 
œufs se déprimaient quelques jours après la ponte et pour- 
tant les accouplements s'étaient faits avec une régularité par- 



ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE. 335 

faite, il en était de même des pontes; cependant les éclosions 
des Chenilles attirèrent mon attention d'une manière parti- 
culière; les jeunes Vers semblaient être plus petits que ceux 
des éducations précédentes : je suivis alors toutes les phases 
de leur existence avec beaucoup de soin ; arrivés au dernier 
âge ils étaient tous aussi beaux de force et de santé que ceux 
des autres éducations ; les cocons étaient très soyeux et par- 
faitement tournés, les Papillons d'apparence superbe; j'exa- 
minai avec soin la durée des unions qui fut comme toujours 
de seize à vingt-quatre heures ; après chaque séparation des 
couples je transférais les femelles dans une cage particulière, 
pour leur permettre d'effectuer leur ponte sans être déran- 
gées. Eh bien, malgré toutes ces précautions, les œufs dépri- 
més se montraient de plus en plus nombreux. Le même fait 
s'est présenté jusqu'en 1885; cette année-là les cocons mis à 
la reproduction étaient magnifiques, ils donnèrent des Pa- 
pillons d'apparence très robuste, mais, au lieu d'opérer 
comme précédemment, c'est-à-dire de séparer les couples 
après le mariage, je les laissais dans la même cage, le ré- 
sultat fut moins heureux, car sur 200 grammes d'œufs mis à 
l'éclosion j'obtins environ 350 Chenilles, qui toutes périrent 
d'épuisement entre la deuxième et la troisième mue. 

Néanmoins, malgré ce résultat final, je demeure persuadé 
que cette espèce peut être, comme le Yama-maï, acclimatée 
chez nous avec beaucoup de succès, et pour atteindre ce but 
il suffira, je crois, d'observer d'une manière rigoureuse les 
prescriptions suivantes : 

1° Croiser les éducations; il faudra pour cela s'entendre 
avec un ou plusieurs éducateurs et échanger en temps utile 
un nombre de cocons choisis et propres à la reproduction ; 
on mettra à l'éclosion les cocons échangés avec un nombre 
égal de cocons provenant de votre éducation, puis on laissera 
les mariages s'accomplir. 

2" Il serait urgent, je crois, après la désunion, d'isoler les 
femelles, car, ainsi que je le faisais remarquer plus haut, 
le Pemyi est très ardent, les mariages se renouvellent plu- 
sieurs fois, et plus l'espèce s'affaiblit et plus aussi les rappro- 



336 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

chemenls sont fréquents; il y a là à n'en pas douter une cause 
sérieuse d'épuisement, qu'il serait facile d'éviter en mettant 
en usage les prescriptions précitées. 

ÉDUCATION DE l'attacus cyntiiia vera POUR l'année 4885 

Si je vous parle de cette espèce, c'est pour mémoire seu- 
lement; je l'élève sur arbre vif avec la plus grande facilité; " 
on peut considérer ce Ver comme parfaitement acclimaté 
dans notre contrée, où il ne tardera pas, je pense, à faire 
partie de la faune. 

Messieurs, je tenais essentiellement à vous communiquer 
ce petit extrait de mon journal, afin de bien vous persuader 
que le Yama-maï est toujours, chez moi, en bonne santé et 
que d'autre part, si le Pernyi a failli à ses promesses, il n'en 
est pas moins, j'ose vous l'assurer, tout disposé à se réhabi- 
liter; il suffira pour cela d'avoir de bonnes graines et des 
éleveurs disposés à en faire un bon usage. 

Veuillez recevoir, Messieurs, les bien sincères salutations 
de votre dévoué serviteur. 



II. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 16 AVRIL 1886. 
Présidence de M. le marquis de Sinéty, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté, 
après quelques observations de MM. de Barrau de Muratel, 
Dareste et Mailles. 

— M. le Président proclame les noms des membres nou- 
vellement admis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

Geiw-Dambricourt, propriétaire au château i „' ®y' ^°"'^- 

d'Halliae (Pas-de-Calais). ) ^^ artel-Houzet. 

[ Marquis de Sinéty. 

Gaillard fils (Honoré), propriétaire, à Ber- 'f J. Cornély. 

teau, commune de Pussigny (Indre-et- | A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Loire), par les Ormes (Vienne). ( Pays-Mellier. 

GOUDCHAUX (Charles), banquier, 26, avenue \ A- Geoffroy Saint-Hilaire. 
de la Grande-Armée, à Paris. / Samt-Yves Ménard. 

[ Touchard. 

— M. le Directeur du Jardin d'Acclimatation communique 
l'extrait suivant d'une lettre qui lui est adressée par M. Pays- 
Mellier : 

« La femelle Oryx leucoryx que je possède a encore un jeune; mal- 
heureusement c'est encore un mâle. Le premier était né le 9 juillet 
1885; le second est venu le l^^"" avril. C'est un résultat intéressant. » 

— MM. Gustave Conte, Mercier et Ramelet accusent récep- 
tion et remercient des cheptels qui leur ont été adressés. 

— M. Rogeron fait connaître que son travail sur un projet 
de loi internationale pour la protection des oiseaux de pas- 
sage est publié en ce moment par la Chasse illustrée. 

— M. Léon Lefort annonce qu'il a reçu en bon état les 
œufs de Truite arc-en-ciel dont l'envoi lui a été fait. 

— MM. Dubard, Gallais, Rathelot et Rivoiron adressent 
des remerciements pour les envois d'œufs de Truite arc-en- 

4° SÉRIE, T. ni. — Juin 1886. 2<9 



338 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

ciel qui leur ont été faits; malheureusement, presque tous 
ces œufs sont arrivés gâtés. 

— M. Després écrit de Nanteuil-en-Vallée : 

« J'ai le biea vif regret de vous annoncer que les œufs de Truite 
arc-en-ciel que vous m'avez envoyés sont complètement perdus. Tous 
ces œufs sont éclos pendant le voyage, et le plus grand nombre des 
embryons étaient même déjà entrés en décomposition. 

» Si c'est une déception pour moi, je ne saurais trop vous remercier 
quand même de votre bonne intention ; j'espère qu'à une autre occasion 
elle se traduira par un meilleur résultat pour nous tous. 

j Les œufs de Salmo fontinalis que la Société m'a envoyés ont fait 
merveille; mes alevins dévorent et sont superbes; la perte n'a pas été 
d'un dixième sur le nombre des œufs. 

ï Je puis en dire autant des grandes Truites de Saint-Front; après la 
première perle que j'ai déjà signalée sur les œufs, résultant du voyage, 
tout s'est passé pour le mieux ; les alevins atteignent aujourd'hui la 
taille de 3 centimètres. Je les nourris, ainsi que les Salmo fontinalis, 
avec de la cervelle de cheval réduite en très petites parcelles. Cette 
nourriture me réussit mieux que la viande, parce qu'elle est plus molle 
et d'une digestion plus facile, j 

— M. Berthéol écrit à M. le Secrétaire général : 

« J'ai l'honneur de vous prier de présenter tous mes remerciements à 
la Société pour son envoi d'œufs de Truite arc-en-ciel {Salmo irideus) 
du 3 courant. J'ai également reçu, pour la mise en incubation, ceux que 
je dois remettre à M. RiefTel après incubation et, si besoin est, après 
résorption de la vésicule. Ces deux lots étaient un peu avariés; j'ai dû 
les soumettre à un courant très fort pour les débarrasser des byssus 
dont ils étaient couverts, étant restés en contact trop longtemps avec 
des œufs morts. J'ai toutefois réussi à en sauver les deux tiers. Les éclo- 
sions commencent et donnent des sujets assez vigoureux. 

» Les œufs de Salmo fontinalis que vous m'avez fait parvenir le 
6 février dernier ont très bien réussi. Je n'ai perdu que 8 œufs sur 385; 
je n'ai pas eu de mortalité dans les alevins, lesquels ont bien prospéré 
dans mon appareil conique à courant circulaire. Ils s'y nourrissent 
abondamment des parcelles de viande qu'on leur distribue chaque jour, 
et que le fonctionnement de l'appareil met constamment en mouvement. 
J'aurai l'honneur de présenter prochainement cet appareil à la Société, 
après y avoir apporté plusieurs perfectionnements... » 

— M. Albouy, conducteur des ponts et chaussées à Quillan 
(Aude), accuse réception des appareils de pisciculture qui lui 
ont été adressés. Ces appareils sont arrivés en bon état. Mal- 



PROCÈS-VERBAUX. 339 

heureusement, il n'en a pas été de même des œufs de Truite 
arc-en-ciel, qui étaient joints à cet envoi. 

« La caisse renfermant les œufs, écrit M. Albouy, était en bon état à 
l'extérieur; mais, à l'intérieur, la presque totalité des œufs étaient dé- 
tériorés. Je m'en suis aperçu en les mettant dans l'auge, et chaque jour 
la putréfaction est allée croissant, de telle sorte qu'il reste à peine 
vingt-deux alevins éclos trois jours après la mise des œufs dans l'au^-e. 
J'attribue ce désastre à cette circonstance que les œufs devaient être 
trop avancés pour voyager. 

» Si je ne vous ai pas accusé réception plus tôt de votre envoi, c'est 
que je voulais, par la même occasion, vous rendre compte de mes opé- 
rations touchant la mise en liberté des alevins de Saumon. C'est le 
26 mars que j'ai commencé, au moyen de l'outillage que vous avez bien 
voulu m'envoyer. J'en ai fait porter dans l'Aude, aux abords de Quillan, 
environ deux mille. Le 27, tout en faisant ma tournée vers les bains 
d'Escouloubre, j'en ai fait déposer trois mille entre Axât et Gesse, à une 
distance, en amont de Quillan, qui varie entre 12 et 20 kilomètres. 
Enfin, le 31, j'en ai fait porter environ deux mille cinq cents entre 
Quillan et les gorges de la Pierre-Lys, sur une distance de 4. kilomè- 
tres. 

î Les transvasements dans les seaux et des seaux dans la rivière se 
sont effectués avec soin et sans accidents. Après les différents voyages, 
dont un en voiture, les alevins étaient aussi alertes que dans les auges. 
Ils se tenaient, d'ailleurs, très bien dans l'Aude. Les lieux de dépôt ont 
été bien choisis ; ce sont partout des fonds graveleux à courant vif, et 
dont la profondeur varie de 30 à 60 centimètres. 

» En résumé, l'opération que vous m'avez fait l'honneur de me con- 
fier s'est terminée à mon entière satisfaction. L'éclosion a été aussi 
parfaite que possible, car, sur 8000 œufs, il ne s'en est perdu que 390. 
Il faut compter, en outre, 65 alevins qui sont morts dans les appareils. 
Les divers transvasements des alevins n'en ont fait perdre aucun. Je 
constate donc, pour le moment, que le résultat obtenu est excellent. 
J'ajoute que c'est à vos instructions, si détaillées et si précises, qu'il est 
dû. Maintenant, que faut-il augurer du résultat final? Je suis trop peu 
expert en ces matières pour le dire. Mais il me semble que, vu les nom- 
breux ennemis contre lesquels ont à lutter les jeunes alevins, l'essai de 
repeuplement s'est fait sur une trop petite échelle. » 

— M. Lefèvre écrit d'Amiens : 

« Je vous prie de vouloir bien témoigner ma reconnaissance à la So- 
ciété d'Acclimatation, qui, dans ses lettres des 17 et 20 mars, m'a fait 
parvenir de précieux renseignements, et qui vient encore de ni'adresser 
des œufs de Truite arc-en-ciel, parvenus chez moi le 4 à midi. Quel- 
ques-uns étaient en mauvais état; j'en ai retiré 16, morts depuis leur 



340 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

arrivée; il me reste 192 œufs à éclore et 115 Truites écloses, soit 307 
œufs ou jeunes vivants. 

» Mes éclosions de Saumons sont terminées; j'en ai eu 17 093. Ils 
viennent bien. Presque pas de malades; mais ils se collent contre mes 
petites grilles et déterminent la mort d'un grand nombre, qui passent 
par-dessus le bord; j'ai versé aujourd'hui dans un bassin environ 
3000 Saumons, dont la vésicule n'est pas encore résorbée, pour ne pas 
avoir à ramasser leurs cadavres en dehors des bacs à éclosion. J'en ai 
5000 dans un grand aquarium. 

» Dès que j'ai reçu votre lettre du 20 mars, je me suis cependant 
occupé de préparer un remède à cet état de choses, aussi bien que de 
la guérison de l'hydropisie, qui fait toujours de grands ravages sur les 
alevins de Truite d'Amérique. J'attendais, pour vous remercier de vos 
bons conseils, de pouvoir vous dire que j'avais installé de nouveaux 
appareils coniques ; mais j'ai écrit à ce sujet à plusieurs maisons de 
Paris, et j'éprouve des retards que je déplore. 

» Je ne me suis pas adressé à M. Berthéol, dont vous m'aviez donné 
l'adresse, parce que j'ai craint de recevoir des appareils en zinc peint, 
comme m'en a fourni autrefois M. Garbonnier. Je regarde cette peinture 
intérieure comme très mauvaise ; elle s'écaille, et les petits fragments 
étouffent les alevins; je voulais de la fonte émaillée... 

î D'un autre côté, j'ai écrit il y a onze jours pour demander à M. A. 
Givry, de Paris, du zinc et du cuivre perforé, suivant les dessins que je 
lui ai adressés. Je veux des grilles sans soudure, parce que la soudure 
sur cuivre, dans l'eau, s'altère rapidement, se réduisant en une poudre 
blanche qui empoisonne les poissons et permet aux pièces réunies de se 
séparer. Dans les morceaux de zinc, comme dans ceux de cuivre destinés 
à former les grilles, il y aura des parties pleines et d'autres dont le 
métal sera perforé; il suffira de le plier aux endroits voulus et d'étamer 
le cuivre... » 

— MM. les pi^élets du Gei^s, du Loiret et de la Meuse font 
parvenir des réponses au questionnaire qui leur a été adressé 
sur la situation de la pisciculture dans leurs départements. 

— Le R. P. Gamboué écrit de Tamatave : 

« Selon ma promesse, j'ai l'honneur de vous envoyer un second petit 
mémoiresur quelques-uns de nos séricigènes malgaches, pour compléter 
celui qui a déjà paru sur le même sujet dans le Bulletin de juin 1885. 
J'y joins un assez misérable dessin des cocons cy et Ç du Borocera 
Bibindandy. 

» Eli même temps que ces lignes, je confie à la poste une boîte à votre 
adresse, renfermant des cocons et insectes à l'état parfait. Void les 
noms correspondant aux numéros : 

» N° 700. Borocera Madinika çf et Ç. 



PROCÈS-VERBAUX. 



341 



> No 701. Borocera Bibindandy, (f et ^ (race du littoral). 

> N° 701. Borocera Bibindandy, o^ et ^ (race de l'intérieur). 

» Prochainement, j'espère pouvoir vous envoyer le mémoire sur nos 
Aranéides utiles et nuisibles de Madagascar, dont je vous ai déjà parlé. 

i. Outre la boite ci-dessus, vous recevrez également par cette malle 
trois autres paquets postaux, renfermant divers échantillons de végé- 
taux. Ci-joint une petite note donnant quelques renseignements corres- 
pondant aux numéros des paquets. î 

— M. Romanet du Caillaiid adi^esse la noie suivante sur 
l'empaillage coallarisé des jeunes arbres. 

« Les jeunes arbres nouvellement plantés sont ordinairement entourés 
de branches épineuses, pour les défendre contre la dent des chèvres et 
des moutons. 

» Cet épinage est long et dispendieux. De plus, au bout d'un an, les 
épines, devenues sèches, se cassent; et les maraudeurs font leurs petits 
fagots avec le bois de l'épinage. 

» Certaines essences, comme les peupliers plantés sur les bords des 
cours d'eau, ont à craindre les attaques des rats d'eau, qui rongent 
l'écorce. On combat l'appétit de ces rongeurs en peignant l'écorce au 
coaltar; mais le coaltar peut quelquefois brûler l'écorce trop tendre des 
jeunes arbres. 

» Je remplace l'épinage et la peinture au coaltar par un empaillage 

coaltarisé. 

» Autour du tronc du jeune arbre, je dispose de la paille, à brins aussi 
longs que possible; près de terre, le cylindre de paille doit s'évaser coni- 
quement, de manière à couvrir la terre sur un rayon de 10 centimètres 
environ. 

» Ce cylindre de paille est fixé autour de l'arbre par quatre liens en 
fil de fer galvanisé. 

» Puis, la paille est peinte au coaltar. L'empaillage coaltarisé de 

260 arbres a coûté : 

Cinq jours et demi de huit heures à 1 fr. 75. 9 fr. 62 

128 kilogrammes de paille à 7 francs 8 96 

47 kilogrammes de coaltar à 18 francs 8 46 

4'<9,200 de paille de fer à 80 francs 3 36 

Frais généraux 80 

Total 31 fr. 20 

Ce qui fait 52 centimes par arbre. 

» L'épinage coûte beaucoup plus comme façon et n'a pas les mêmes 
avantages. 

» Peint au coaltar à sa surface, le cylindre de paille se conservera 
environ trois ans. 

» L'odeur et le goût du coaltar éloignent les chèvres et les moutons, 



342 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

les rats et autres rongeurs. Ils éloigneront de même les fourmis et les 
mouches qui déposent, sur les peupliers notamment, des œufs de vers si 
désastreux pour la santé des arbres. 

s L'empaillage préserve l'arbre, du froid en hiver, et de la chaleur en 
été. Il favorise donc la reprise de l'arbre nouvellement planté. 

» Enfin la vieille paille ou la paille coaltarisée. qui peut maculer les 
doigts, aura certainement moins d'attrait pour les maraudeurs que les 
aubépines sèches, qui, dépourvues au bout d'un an du piquant de leurs 
épines, leur procurent d'excellents fagots. » 

— M. le D' Antonio Del Bon, de Padoue, signale un pro- 
cédé dont il se sert pour pi^ovoquer le développement de 
nombreuses grappes sur la Vigne, et qui consiste en une 
suppression méthodique des vrilles. 

— M. Gorry-Bouteau adresse un compte rendu de ses 
cultures de divers végétaux. 

— M. Raveret-Wattel signale un travail publié dans le 
Pharmaceulical Journal du 20 mars 1886, sur la matière 
médicale de l'Eucalyptus, par M. Joseph Bosislo, examina- 
teur à l'École de pharmacie de Melbourne. 

— M. le D'' L.-F. Henneguy, préparateur au Collège de 
France, rend compte de ses observations sur une maladie qui 
fait périr les alevins de Truite élevés dans les bassins de pis- 
ciculture du Collège de France, et qui est causée par un in- 
fusoire flagellé, le Bodo necator (voy. au Bulletin). 

— En annonçant l'arrivée des Noix de Pacanier gracieuse- 
ment offertes à la Société par M. Sanford, M. l'Agent général 
rappelle que le Pacanier est un arbre qui se plaît dans les 
terrains humides. 

— M. Decroix demande quelle est la température néces- 
saire à cet arbre. 

— M. Grisard répond que, très répandue dans certaines 
parties des États-Unis, notamment dans l'Illinois, l'Arkansas, 
le Missouri, celte espèce réussirait dans le midi de la France; 
dans la Haute-Garonne, à Toulouse, le Pacanier végète admi- 
rablement bien. Il existait autrefois au Muséum un Pacanier 
qui a péri dans l'hiver 4879-1880. Cet arbre donnait des 
fruits dans les étés chauds. 

— M. Decroix désirerait que la Société provoquât des essais 



PROCÈS-VERBAUX. 34-3 

de culture du Pacanier en Algérie, tant au jardin du Hamma 
que sur d'autres points, et notamment à Bône, h. Biskra, etc. 

— M. Grisard fait remarquer qu'il esta craindre que le 
climat ne soit trop chaud. Néanmoins des envois seront faits 
à toutes les personnes en mesure de procéder à des essais. 

— M. Berthoule dépose sur le bureau une note dans la- 
quelle M. Dautreville rend compte de la nouvelle analyse qu'il 
a faite des tubercules de Stachys af finis. Ces tubercules ne 
renferment pas de fécule, mais ils contiennent une quantité 
assez considérable d'inuline, dont la présence doit engager 
les diabétiques à n'user que modérément de ce nouveau 
léeume. 

— M. Dareste fait une communication sur les Bœufs nàios 
de l'Amérique du Sud (voy. au Bulletin). 

— M. Bené de Sémallé fait connaître, à cette occasion, 
qu'on lui a récemment signalé la naissance dans le départe- 
ment de la Sarlhe d'un Veau présentant les caractères de la 
race nàta. 

— M. Saint-Yves Ménard rappelle que certaines difformités 
accidentelles observées chez les animaux sont presque inva- 
riablement accompagnées d'autres difformités portant sur 
une partie quelconque du corps. Parfois, ces monstruosités, 
devenant héréditaires, arrivent à constituer des races. 

— M. Dareste fait remarquer qu'un grand nombre de 
races ont pour origine des monstruosités fixées par la sélec- 
tion et devenues héréditaires : 

« Dans la note dont je viens de donner lecture, je n'ai traité qu'une 
question spéciale, l'origine tératologique de la race des Bœufs nàtos. 
Les réflexions de M. Saint-Yves Ménard ont étendu la discussion, en gé- 
néralisant à un certain nombre de races domestiques les observations 
que j'avais faites sur un cas particulier. Or j'ai eu occasion, depuis plus 
de vingt ans, d'étudier les caractères anatomiques des Poules huppées, 
et j'ai été ainsi conduit à les considérer comme formant une race d'ori- 
gine tératologique. Je demande à la Société la permission de lui exposer 
mes observations sur ce sujet. 

» La race des Poules polonaises, ou Poules de Padoue, se caractérise 
à l'extérieur par une huppe très développée, tandis que la crête est ru- 
dimentaire ou manque complètement. Cette huppe repose sur une pro- 
tubérance osseuse faisant saillie sur le crâne et qui recouvre les hémi- 



34-4 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION, 

sphères cérébraux. J'ai étudié, il y a longtemps, le développement de 
cette protubérance, et j'ai constaté qu'elle constitue une anomalie ou 
une monstruosité, du genre de celles que l'on désigne sons Ir nom, 
d'ailleurs impropre, de hernies du cerveau, et que nous appellerons 
proencéphalie, avec I. -Geoffroy Saint-Hilaire. Au moment de réclu- 
sion, la tète est surmontée d'une tumeur molle dans laquelle sont en- 
fermés les hémisphères cérébraux, et qui maintient les os frontaux à 
une certaine distance l'un de l'autre. Les parois de cette tumeur sont 
formées de trois couches : une couche extérieure cutanée, une couche 
intermédiaire qui est une partie du crâne membraneux primitif, et 
forme entre les frontaux une fontanelle considérablement développée; 
enfui une couche interne, la dure-mère. L'ossification de la couche 
moyenne et peut-être aussi de la couche interne se produit peu à peu, 
mais n'est bien complète qu'à l'âge adulte. 11 y a donc là une conforma- 
tion organique dont l'origine tératologique est manifeste et qui est de- 
venue un caractère de race. 

» Nous ignorons l'époque de la formation de cette race, et par consé- 
quent de l'apparition de ces caractères. Toutefois, nous connaissons un 
fait curieux de son histoire qui nous est attesté par Bechstein (1793) et 
par Blumenbach (1813); c'est que la conformation particulièrcjde la tête 
qui la caractérise, n'appartenait alors qu'au sexe féminin, tandis que le 
sexe mâle présentait la conformation normale. Quand et comment les 
mâles de la race ont-ils pris les caractères des femelles, nous l'igno- 
rons, comme nous ignorons d'ailleurs presque tous les faits qui se rat- 
tachent à l'origine des races domestiques. 

» J'ai cru pendant longtemps que la race des Poules de Padoue était 
la seule qui présentait cette conformation particulière de la tète. Des 
observations récentes m'ont prouvé qu'on la retrouve dans notre race 
des Poules de Houdan. Je n'ai pu toutefois m'assurer si ces caractères 
sont constants ou simplement fréquents chez les animaux de cette race, 
et s'ils appartiennent aux deux sexes ou simplement au sexe femelle. 

» 11 y a donc lieu de se demander si toutes les races de Poules hup- 
pées présentent celte conformation tératologique de la tête. Je n'ai pu 
jusqu'à présent répondre à cette question, par suite de la difficulté que 
l'on a de se procurer des corps d'animaux appartenant à des races 
pures. Je la signale aux personnes qui se trouveraient dans de meilleures 
conditions que moi. 

» Or l'intérêt qui s'attache à ces faits, c'est que j'ai vu cette confor- 
mation tératologique se produire chez des Poulets qui n'appartenaient 
point à des races de Poules huppées. Les premiers que j'ai observés 
m'avaient été remis par mon ancien collègue de la Faculté des sciences 
de Lille, Lamy, le célèbre inventeur du thallium. Il m'a affirmé qu'il 
n'avait jamais eu, dans sa basse-cour, que des Poules de la race com- 
mune du département du Nord, race qui ne porte point de huppe et 



PROCÈS-VERBAUX. 345 

dont la tête n'est pas modifiée. Nous voyons donc là l'apparition subite 
d'une disposition analomique qui caractérise, comme je viens de le mon- 
trer, certaines races gallines. Il est donc tout naturel de supposer que 
ces races se sont produites par la transmission héréditaire d'une sem- 
blable disposition, subitement apparue. 

» Assurément on pourrait m'objecter l'influence de l'atavisme; on 
pourrait me dire que l'apparition de cette hernie du cerveau serait due 
à l'influence d'ancêtres qui auraient eu ce caractère. A cela je n'ai 
qu'une réponse à faire, c'est que la proencéphalie n'apparaît pas seule- 
ment dans l'espèce de la Poule, mais encore dans un grand nombre 
d'espAces d'Oiseaux. Bechstein l'a signalée chez l'Oie, le Canard et le 
Serin. J'ai moi-même eu l'occasion de le constater sur uu jeune Casoar. 
Il y a donc tout lieu de penser que cette conformation tératologique 
pourrait devenir, dans ces espèces, le caractère de races comparables 
aux Poules huppées. Je signale ces faits aux personnes qui s'occupent 
de l'élève des Oiseaux. » 

— M. rAgentgénéi'al donne lectufe d'une noie de M. Grelté 
de Palliiel « sur la façon dont s'accomplit la mue des rémiges 
et des l'ectrices chez les oiseaux » (voy, au Bulletin). 



SEANCE GENERALE DU 30 AVRIL 1886. 
Présidence de M. Amédée Berthoule, Archiviste. 

Le procès-vefbal de la séance précédente est lu et adopté. 

— A l'occasion du procès-vei-bal, M. Dareste fait connaître 
que, d'après les indications données par M. de Sémallé dans 
la dernière séance, il a cherché à obtenir des renseignements 
sur un Veau à tête de Bouledogue qui sei^ait né chez un cul- 
tivateur du département de la Sarthe ; mais la lettre expédiée 
à l'adresse indiquée est restée sans réponse. 

— M. le Secrétaire pi^ocède au dépouillement de la corres- 
pondance. 

— MM. Forest et Lombard de Gastelet demandent à 
prendre part aux cheptels de la Société. 

— M. Laverne rend compte de la perte de la femelle de 
son cheptel de Faisan de Lady Amherst. 

— M. le marquis de Brisay écrit d'Auray: 

« J'ai l'honueur de vous informer que j'ai retourné ce jour au Jardin 
d'acclimatation Je couple de Colombes leucotiota, de l'Himalaya, que 



346 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

la Société avait bien voulu me confier en cheptel pour deux années, en 
février 1885. 

» Des raisons d'aménagement de volières et de diminution dans le 
nombre de mes élèves et reproducteurs ont motivé ce renvoi. 

» Les oiseaux retournés sont en excellent état de santé et de plumage, 
et j'espère que la Société n'aura pas à regretter la confiance qu'elle m'a 
témoignée en ra'attribuant le cheptel de ces oiseaux de prix. 

» Quant à leur mœurs, usages et aptitudes à la reproduction, voici 
quelles sont les remarques que j'ai faites : 

» La Colombe à queue noire de l'Himalaya {Colomba leuconota), qui 
me paraît appartenir au genre Palombe, est un beau et gros Pigeon dont 
le plumage est agréablement marqué de blanc et de noir. Son vol est 
puissant et développe des ailes d'une grande envergure; la queue, lar- 
gement étalée, lui offre un fort soutien et, au point de vue ornemental, 
produit un très bel effet. Il fait entendre un bruit strident en volant. 

» Les mœurs de ce Pigeon sont placides, mais il sait se faire respec- 
ter par ses compagnons de volière et vit bien au milieu des Faisans; il 
est inoffensif pour les Colombes plus pefites qui l'approchent, mais ne 
supporte point d'être tourmenté par elles. 

» Il est exclusivement granivore et se nourrit de Millet comme de Maïs. 
Chpz moi, les quatre graines suivantes : Blé noir, Froment, Maïs, Riz, 
formaient l'alimentation quotidienne du leuconota. 

» A la saison des amours, laquelle est tardive, le mâle fait entendre des 
sons saccadés et martelés qu'il accentue en baissant la tête à chaque 
cri, de sorte qu'il semble assez bien faire, à la mode des musiciens chi- 
nois, retentir un instrument de métal à coups de bec répétés; il préci- 
pite cessons à mesure qu'il est incité davantage par le désir de l'accou- 
plement. 

» Mais la femelle l'évite avec soin. Je n'ai jamais surpris d'accouple- 
ments entre eux. La femelle s'est décidée à faire une ponte en juillet. 
Elle a déposé à terre ses deux œufs, auxquels j,elle a témoigné la plus 
complète indifférence. J'ai fait couver les œufs par des Pigeons com- 
muns : ils étaient clairs. 

» Malgré la rusticité de cet oiseau, la reproduction me paraît difficile à 
obtenir; il passe l'hiver dehors sans souffrir aucunement du froid ni des 
grands vents; mais son acclimatement est parfaitement inutile s'il ne se 
décide point à nicher, et c'est la chose à laquelle la femelle paraît le 
moins disposée malgré les ardeurs et les instances du mâle. 

» La Colombe leuconota reste donc recommandable au point de vue 
de l'ornementation. Au point de vue plus important de l'alimentation, 
elle demeure de nul profit, au moins jusqu'à nouvel ordre. » 

— M. Vigour écrit de Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) : 

c Le couple de Tragopans de Cabot que j'ai en cheptel donne des 



PROCÈS-VERBAUX. 347 

espérances. La femelle a pondu cinq œufs, que j'ai mis hier en incu- 
bation sous une Poule nègre du Japon, très bonne couveuse. 

» Je ne sais pas si la femelle Cabot va s'arrêter ou continuer la ponte. 
11 y a quatre jours qu'elle n'a pas pondu. Reste à savoir si ces œufs se- 
ront fécondés. Le mâle ne paraît pas très ardent. Ces animaux sont 
seuls dans un parquet de 100 mètres carrés, garni de verdure, et ils 
sont en parfaite santé. » 

— M. TeiTas, de la Mulalière (Rhône), annonce l'envoi 
prochain des renseignements qui lui ont été demandés sur 
ses travaux de pisciculture. 

— M. le Ministre de l'agriculture accuse réception et re- 
mercie de l'envoi qui lui a été fait d'exemplaii^es du rapport 
récemment présenté à la Société sur la maladie des Écrevisses. 

— M. Laisnel de la Salle adresse la note suivante : 

« Revenant sur la question des Grenouilles-bœufs, iM. Charles Mailles, 
dans la séance générale du 8 janvier 188G, a donné lecture d'une note 
que je ne puis laisser sans réponse. Je serai bref, autant que cela me 
sera possible, tout en répondant, pour la dernière fois, à chacune des 
allégations et des objections qui me touchent. 

» 1* Je n'avais pas, à l'origine, l'honneur de connaître M. Mailles. Je me 
suis ému de sa communication me concernant, comme je me serais ému 
de l'opinion de n'importe lequel de nos collègues, contestant des faits 
que j'avançais, les sachant exacts. 

)) 2° 11 est vrai, il a été impossible de se procurer, en 1885, des têtards 
de Grenouilles-bœufs, dans les eaux du lac de Saint-James. Cela prouve 
uniquement que ces batraciens, très nombreux de 1875 à 1881, sont en- 
suite devenus de plus en plus rares, pour être introuvables en 1885. 

» 3° Sans doute si, dans le principe, j'avais pensé devoir écrire l'his- 
toire des Grenouilles que j'élevais, j'aurais enregistré soigneusement et 
au jour le jour leurs faits et gestes. Mais, telles qu'elles étaient, mes 
notes me permettaient d'affirmer ce que j'ai dit. 

» Pardon, sur un point, un seul, M. Mailles a raison, et je suis heureux 
d'en convenir. Je n'ai pas inscrit la date du jour oîi, pour la première 
fois, mes Grenouilles ont mugi, et tout porte à croire que je me suis 
trompé d'une année. 

» 4" Dans mon Appendice paru au Bulletin et auquel M. Mailles fait 
allusion avec persistance, il m'etit été bien difficile de relater notre en- 
tretien, pour l'excellente raison que cet entretien a eu lieu postérieure- 
ment à l'envoi, — je dis l'envoi et non l'insertion, — de ma lettre à la 
Société. 

» 5" Pour ce qui concerne l'installation des Grenouilles au Jardin d'ac- 
climatalion, qu'ai-je voulu dire et dit autre chose que ceci : 

I (jue la cage défoncée à laquelle M. iMailles faisait allusion comme 



348 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACGLIMATATION. 

étant la demeure habituelle des Grenouilles, n'avait été pour elles qu'un 
essai momentané d'emprisonnement; que le véritable domaine des batra- 
ciens, l'endroit où, pendant plus de quinze ans, je les avais vus presque 
journellement vivre et s'ébattre, était l'enclos tout entier situé derrière 
l'aquarium ; qu'il n'y avait, par conséquent, pas plus de raison d'appeler 
ce lieu Parc aux Pingouins, deux hôtes alors récemment débarqués, 
qu'il n'y aurait eu, quelque temps auparavant, à le dénommer parc à 
l'Albatros, ou mieux encore parc aux Caïmans, lorsque, à différentes 
reprises, plusieurs de ces animaux l'avaient occupé? Depuis, je le sais, 
les choses ont changé. Les Grenouilles sont devenues rares, et les Pin- 
gouins, au nombre de dix-neuf, sont maîtres de la place. 

» Mais laissons ces personnalités, qui ne peuvent rien prouver quant au 
fait dont nous nous occupons. Parlons, pour la dernière fois, de la vraie 
question, de la seule importante, qui est celle delà reproduction dans 
les eaux du Bois de Boulogne, des Grenouilles-bœufs échappées du Jar- 
din d'acclimatation. 

» M. Mailles ne met pas en doute ma bonne foi; qu'il veuille bien me 
reconnaître en outre l'intelligence suffisante pour apprécier le signale- 
ment des Biill-froijs dont je me suis occupé tout spécialement. Je ne lui 
demande rien de plus. Je lui répéterai alors que, dans le lac Saint-James, 
j'ai vu, de mes yeux vu, pendant de nombreuses années, en août et sep- 
tembre, de très nombreux Têtards-bœufs; que j'ai pris de ces Têtards 
qui se ressemblaient tous; que je les ai mis chez moi et qu'ils s'y sont 
transformés en Grenouilles absolument semblables par la forme, la 
couleur, les habitudes, la voix, la grosseur, à celles que le Jardin nous 
exhibe depuis quinze ans comme Grenouilles-bœufs provenant d'Amé- 
rique. 

)) J'aurai fini, lorsque j'aurai rappelé que la reproduction des Gre- 
nouilles-bœufs, dans les eaux du Bois de Boulogne, ne fait aucun doute 
pour tous ceux qui, à un titre quelconque, fréquentent les bords du lac 
Saint-James_; que, de plus, le personnel entier du Jardin d'acclimatation, 
à commencer par son Directeur M. Geoffroy Saint-Hilaire, et à finir par 
M. Garnoi, chef de l'aquarium, est complètement édifié à cet égard. 

» La question ainsi posée me semble suffisamment claire. Je ne vois pas 
qu'elle ait à faire un seul pas en avant. 11 ne nous manque, pour qu'elle 
soit résolue à la satisfaction de M. Mailles, qu'une apostille favorable 
émanant de la troisième Section. Cette apostille serait précieuse, sans 
doute, mais est-elle indispensable? 

» Malgré tout cela, je n'ai pas l'espoir de convaincre M. Mailles. Je sais 
qu'il ne se rendra à l'évidence que lorsque je présenterai des sujets vi- 
vants. Aussi, je m'adresse surtout à ceux de mes collègues qui, égale- 
ment amis de la vérité, sont moins exclusifs. 

» P. S. .\u dernier moment, j'ai appris que M. Cornély avait adressé 
au Jardin, à l'intention de M. Mailles, une vingtaine de Grenouilles- 



PROCÈS-VERBAUX. 349 

bœufs, nées dans ses bassins. Je les ai vues et, malgré leur livrée d'hi- 
ver, j'ai parfaitement retrouvé en elles mes jeunes élèves. 

» Toujours, à propos de Grenouilles, on a, dans les extraits des procès- 
verbaux des séances de la troisième Section, page 117 du numéro de 
février 1886, relevé l'invraisemblance de la phrase que voici : 

c Dans le lac de Saint-James, j'ai vu une Perche de forte taille fondre 
» sur une Brème au repos près de la rive, et, la coupant en deux, fuir avec 
» la moitié. î 

» Je me suis mal exprimé peut-être. J'étais avec mon ami M. Louis 
Fournier, attaché à la direction générale des tabacs au ministère des 
flnances; nous avons vu une Perche raser une Brème immobile et, dans 
ce mouvement rapide comme l'éclair, lui enlever un long et épais mor- 
ceau de chair. Comment cela s'est-il produit ? Je ne me charge pas de 
l'expliquer. Le fait peut n'être pas vraisemblable, mais pourtant il est 
vrai. î> 

— M. Vincent rend compte de la perte de ses alevins de 
Truite arc-en-ciel. 

— M. P. Carbonnier adi^esse un plan des bassins de pisci- 
culture qu'il a fait établir dans sa propriété près de Bergerac, 
et fait connaître, en même temps, les résultats de ses pre- 
miers essais d'élevage de Truite. 

— M. Chauvet transmet deux notes de M. Després, de Nan- 
teuil-en-Vallée (Charente), sur la pisciculture. 

— M"' Perny, protonotaire apostolique, sollicite un envoi 
de graine de Ver à soie du Chêne de la Chine. 

— M. J. Fallou i^emercie de l'envoi qui lui a été fait de 
cocons dWttacus Pernyi. 

— M. Bigot adresse un mémoire relatif à l'établissement 
des ruchers, mémoire publié à l'occasion d'un arrêté pris 
par le. maire de Boussy-Saint-Antoine (Seine-et-Oise) et ren- 
fermant les dispositions suivantes : 

« Tout propriétaire ou locataire d'un jardin enclos ne 
pourra établir de rucher qu'à une distance de 120 mètres de 
toute habitation. En dehors des habitations la distance sera 
réduite à -40 mètres des voisins et des chemins traversant la 
commune. » 

• — M. Leroy, sous-inspecteur de l'enregistrement, écrit 
d'Oi\in : 

« Le catalogue des séricigènes, établi par M. Wailly et inséré au Biil- 



350 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

letin de la Société, n° de février 1886, mentionne un Ver à soie de l'Inde, 
VAntherœa mylitia, qui vit sur le Ziziphusjujuba. 

)) Il existe en Algérie un Ziziphus, appelé vulgairement Jujubier sau- 
\ao-e, très commun dans les terres incultes. Il serait intéressant de sa- 
voir si cette plante peut servir à l'éducation du Mylitia, car dans l'af- 
firmative, il y aurait avantage à répandre cette espèce en Algérie, où 
l'élevage du Ver à soie du Mûrier est de plus en plus délaissé. 

» Je vous serai reconnaissant de vouloir bien me faire connaître si la 
Société d'Acclimatation peut mettre à ma disposition quelques cocons ou 
des œufs de cette espèce afin que j'en fasse l'élevage. Dans le cas de 
l'affirmative, j'aurai soin de tenir la Société au courant des résultats. 

» On pourrait également propager en Algérie le Yama-maï et le Per- 
nyi; mais, en ce qui me concerne, je ne puis pour le moment m'en oc- 
cuper, ne possédant pas encore de Chênes pour assurer leur alimenta- 
tion. » 

— M. de Barrau de Muratel et M. le comte de Bouchaud de 
Bussy remercient de l'envoi qui leur a été fait de tubercules 
de Stachys af finis. 

— M. le D"" Joseph Michon sollicite l'envoi de tubercules de 
Stachys a f finis. 

— M. Arthur Lewis-Michel adresse d'ismaïlia une collec- 
tion de graines de différents végétaux utiles. — Remercie- 
ments. 

— A l'occasion de la correspondance, M. Mailles fait con- 
naître qu'il ne croit pas devoir répondi^e à la note deM.Laisnel 
de la Salle concernant les Grenouilles-bœufs, parce que cette 
note ne renferme pas de faits nouveaux. « Je ne m'occuperai 
maintenant de cette question, ajoute M. Mailles, que quand 
on m'aura montré des Tèlards de Grenouille-bœuf; mais je 
puis, du moins, constater que M. Laisnel de la Salle s'est 
rétracté sur la plupart des points qu'il avait d'abord main- 
tenus. » 

— M. Jules de Guerne présente à la Société un modèle des 
aréomètres adoptés par la ComiTiission de Kiel pour les re- 
cherches sur la salure delà mer, et il donne, à ce sujet, d'in- 
téressants détails sur les travaux de cette Commission, chargée 
de l'étude scientifique des mers allemandes. (V. nn Bulletin.) 

— M. le Secrétaire général fait une communication sur le 
jardin zoologique de Moscou et sur la création pi^ojetée à 



PROCÈS-VERBAUX. 351 

Vienne d'un important jardin d'acclimatation; il donne, à 
cette occasion, la nomenclature des divers établissements zoo- 
logiques qui ont été successivement créés et qui existent en- 
core actuellement. (Voy. au Bulletin.) 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 14 MAI 1886. 
Présidence de M. Camille Dareste, membre du Conseil. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté, 
après une observation de M. Gh. Mailles. 

— M. le Président proclame les noms des membres nou- 
vellement adinis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEIRS. 

„ /MX ' • X ' rt 1 ' (A. Geoffrov Saint-Hilaire. 

BoissiN (Maxime), négociant, a Orléans \ _ . ., •'., , , 

,, . , /' o 1 Saint-ïves Menard. 

(Loiret). / „ , ,, . 

[ René Hogier. 

Marchal (Camille), éleveur d'Autruches, à ( Jules Forest. 

la ferme du Planteur, à Zeralda, par Sta- | A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

ouéiy (Algérie). ( Saint-Yves Ménard. 

SuDRE (comte R.), propriétaire au château [ de Quatrefages. 

de la Rochecotard, par Langeais (Indre- j A. Berthoule. 

et-Loire). ( Saint- Yves Ménard. 



— M. le Ministre de l'agriculture annonce qu'il veut bien 
accorder à la Société une médaille d'or, pour être décernée 
lors de la prochaine distribution des récompenses. 

— M. Xavier Odent fait connaître qu'il a pris livraison du 
couple d'Éperonniers chinquis qui lui a été accordé en chep- 
tel. Les oiseaux sont arrivés en fort bon état et sont très bien 
installés. 

— M. Laverne annonce le renvoi de la femelle de son 
cheptel de Faisan de Lady Amherst. 

— M. le docteur Clos, directeur du Jardin des Plantes de 
Toulouse, écrit à M. le Secrétaire généi\il : 

« On sait que les oiseaux de proie établissent ordinairement leur nid 
dans les endroits escarpés : les Grands-Ducs choisissent, dit-on, dans 



355 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

ce but, les trous des murs et des rochers, les dessous des toits, les 
creux d'arbres; mais les a-t-on vus pondre à l'état de captivité? 

» Le Jardin des Plantes de Toulouse possède renfermés dans la même 
cage trois de ces animaux, dont deux femelles. L'an passé, l'une de 
celles-ci pondit quatre œufs,, les couva pendant quelques jours et les 
abandonna. Nouvelle ponte dans la première quinzaine du mois de mars 
dernier; le seul œuf qui ait été conservé, a été couvé longtemps par la 
femelle; après quoi, il a été reconnu clair. » 

— M, le Directeur du Jardin d'Acclimatation communique 
une lettre par laquelle M. Camille Marchai, de Zéralda, près 
Staouély (Algéiie), rend compte de ses élevages d'Autruches. 

— M. Buttin, régisseur du domaine de Dampierre, an- 
nonce l'envoi prochain de renseignements sur les Poissons- 
Chats (Amiunis nebiilosiis) provenant de la Société. 

— MM. les ingénieurs en chef des départements du Calva- 
dos, du Puy-de-Dôme et de l'Yonne, ainsi que du service 
de la Marne au Rhin, remercient de l'envoi qui leur a été 
fait du travail sur la maladie des Écrevisses récemment pu- 
blié par la Société. 

— M. Maurice Richard écrit de Millemont, par Laqueue- 
lez-Yvelines (Seine-et-Oise) : 

« Je n'ai aucun renseignement nouveau à donner sur les jeunes San- 
dres qui m'ont été confiés par la Société d'Acclimatation et ne pourrais 
en avoir qu'en vidant l'étang où je les ai mis. Ils sont, ainsi que je l'ai 
dit, dans un étang d'un hectare et demi environ (alimenté par un ruis- 
seau) qui venait d'être péché et dans lequel il restait du frai de Gardon. 

j> Je désire réussir et ferai tout ce qui sera nécessaire pour y 
parvenir. » 

— M. le marquis de Pomereu rend compte de la situation 
satisfaisante des alevins de Black-Bass qui lui ont été con- 
fiés par la Société. Aucun de ces jeunes poissons n'a péri et 
tous ont sensiblemement grossi depuis leur arrivée. Ils sont 
installés dans un bassin d'eau courante, k fond de gravier, 
où leur nourriture consiste principalement en Vers de vase. 
Daphnies, Cyclopes, etc. 

— M. Gallais, de Ruffec, rend compte de la situation des 
jeunes sujets de Poisson-Chat qui lui ont été remis par la 
Société. 



PROCÈS-VERBAUX. 353 

— M. Henri Gadeau de Kerville adresse deux notes sur la 
faune de la Seine et de son embouchure, travaux qu'il a 
présentés au récent Congrès des Sociétés savantes à la Sor- 
bonne. 

— iM. le préfet de, l'Allier fait parvenir une réponse au 
questionnaire qui lui avait été adressé concernant la situation 
de la pisciculture dans son département. 

— M. Ernest Olivier sollicite l'envoi de tubercules de Sta- 
chys af finis. 

— M. le Directeur de la Ligue de reboisement de l'Algérie 
remercie de l'envoi qui lui a été fait de Noix de Carya oli- 
vœformis. 

— M. le comte Robert de Montbron demande à prendre 
part à la distribution de graines annoncées dans la Chronique. 

— M. Garcin, consul du royaume d'Hawaï, à Grenoble, 
signale que des essais de culture de Ramie ont été faits à 
Grenoble, et qu'on en a obtenu de très bons résultais; la 
deuxième année, les tiges ont atteint de l'",50 à 2 mètres de 
longueur. 

« Un de mes amis, ajoute M. Garcin, a inventé une machine à décor- 
tiquer la Ramie sèche; les résultats donnés par cette machine sont très 
heaux, car la filasse sort de la machine très nette ; on n'a qu'à la peigner 
pour la filer. » 

— M. le Secrétaire dépose sur le bureau, de la part de 
.M.leD'Hoek, de Leyde, une notice sur l'ostréiculture con- 
sidérée comme industiùe nationale, et il fait ressortir l'intérêt 
que présente ce nouveau travail du savant Secrétaire de la 
Société zoologique néerlandaise. 

M. Raveret-Wattel communique ensuite à la Société les 
renseignements qui lui ont été donnés par M. le D' Victor 
Fatio, de Genève, sur les travaux de pisciculture et d'accli- 
matation de poissons exotiques entrepris en Suisse par l'ad- 
ministration fédéi\^le. La grande Truite des lacs des États- 
Unis (Sahno Naymacush) réussit très bien en Suisse; le 
développement de ce poisson paraît être plus rapide que celui 
de toutes les autres espèces de Truites essayées jusqu'tï ce 
Jour. Le Coregonus alhus donne aussi de très bons résultais. 

4' SERIE, T. III.— Juin 188G. fi 



354 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Cette espèce a été introduite sur différents points, notamment 
dans le lac de Saint-Moritz, en Engadine (à 1800 mètres au- 
dessus de la mer), où il n'y avait jamais eu que de la Truite 
et point de Gorégones. A cette altitude, le C. albus semble 
réussir parfaitement et se développer très vite. On s'applau- 
dit beaucoup en Suisse de cette importation. 

— M. Maurice Girard présente, de la part de M. Fallou, 
qui les a déterminés et préparés, des Papillons et des cocons 
provenant d'un envoi fait à la Société par le R. P. Gamboué 
(de Madagascar). Parmi ces insectes figure une espèce très 
intéressante, le Borocera bibindandy , dont les Malgaches 
tirent une soie fort estimée chez eux; ils en confection- 
nent des étoffes appelées lambas, qui servent à ensevelir les 
morts de qualité. 

— M. Maurice Girard fait ensuite hommage à la Société des 
séries 10,11, 12 de ses Bons points instructifs d'entomologie 
(Paris, Hachette et G'*). Les 36 lithochromies accompagnant 
les notices sont dues à l'habile pinceau de notre collègue 
M. A. Clément. 

10^ séiHe. Les Dermestes, les Silphes, les Thrips des céréales, le Ter- 
mile lucifuge, la Mygale maçonne, l'Araignée d'eau, les Rhizotrogues, 
la Noctuelle du Chou, l'Eumolpe de la Vigne, le Rhynchite Bacchus, la 
Teigne de la grappe, l'Altise des potagers. 

ii^ série. La Lygée aptère, le Cynips de la galle à teinture, le Sta- 
phylin adorant, les Syrphes, l'Ammophile des sables, la Cigale du Frêne, 
le Valgue hémiptère, le Céphe pygmée, la Punaise rouge du Chou, 
l'Empuse appauvrie, le Ténébrion des boulangeries, la Panorpe com- 
mune. 

12^ série. Les Mouches à viande, la Nèpe cendrée, le Microgaster 
agglomérant, le Réduve masqué, le Lépisme du sucre, le Drile flaves- 
cent, la Ranâlre linéaire, la Gantharide, la Scolopendre mordante, le 
Sirex géant, le Lophyre du Pin, le Scarabée sacré. 

M. Maurice Girard donne ensuite quelques détails qui expliquent l'in- 
térêt que peut présenter cette dernière notice figurant VAtenchus sacer 
roulant une boule de fiente plus grosse que lui, qu'il pousse avec ses 
pattes de derrière. Il faut détruire une légende niultisécùlaire sur le 
Scarabée sacré, dont les prêtres égyptiens comparaient les travaux à 
ceux d'Osiris ou du Soleil. On croyait que chaque boule contenait un 
œuf; on voyait l'insecte l'enterrer, et on supposait qu'au bout de vingt- 
huit jours, temps d'une révolution lunaire, la race du Scarabée s'animait. 



PROCÈS-VERBAUX. 355 

de sorte qu'au bout du vingt-neuvième jour, qu'il connaissait pour être 
celui de la conjonction de la lune avec le soleil et de la naissance du 
monde, un nouveau Scarabée sortait de la boule. 

Cette antique erreur, datant de l'époque des Pharaons, a été tout ré- 
cemment réfutée par les observations de iM. Henri Fabre. Au printemps, 
de nombreux Scarabées sacrés roulent leur immonde pilule sur les pla- 
teaux arides des environs d'Avignon. L'aide des écoliers du villao-e des 
Angles fut requise par l'offre fastueuse d'une belle pièce neuve d'un 
franc pour chaque boule oîi l'on trouverait au centre un œuf ou une 
petite larve. Après plusieurs semaines des plus consciencieuses investi- 
gations sur des cenlaines de boules, il fallut se rendre à l'évidence. 
Elles ne contiennent pas d'œufs et sont seulement des réserves d'ali- 
ments que le Scarabée enfouit dans son terrier pour s'en repaître. 
M. Fabre a également fait justice d'une autre erreur capitale. Souvent 
on voit un second Scarai)ée paraissant s'associer aux efforts d'un pre- 
mier rouleur de boule. Avec l'idée préconçue que le rouleur était une 
femelle, on imagina que l'autre était un mâle, encourageant la femelle 
par sa présence, sans prendre une part directe toutefois à son travail, 
pareil à ces guerriers sauvages qui assistent aux pénibles labeurs dé- 
volus à leurs seules compagnes. Les deux sexes des Atenchus étant 
extérieurement pareils, l'idée était plausible. Mais M. Fabre a reconnu, 
par de nombreuses dissections internes, que les deux Scarabées occupés 
après la même boule sont tantôt de même sexe, tantôt de sexes diffé- 
rents. La vérité est un de ces faits de paresse intelligente dont les In- 
sectes industrieux sont coutumiers. Un Scarabée rencontre un sujet de 
son espèce roulant une boule appétissante, il cherche à s'associer au 
festin sans travail, entre dans le terrier oîi la boule est déposée et s'in- 
vite à diner sans cérémonie. 

Les mêmes faits ont été vérifiés par M. G. Poujade, du Muséum, sur 
une autre espèce, V Atenchus semipunctatus, commun au printemps sur 
la plage de Palavas, près de Montpellier. M. Poujade a gardé vivants, à 
Paris, de nombreux sujets de cette espèce qui ont roulé leurs boules 
toute l'année et ne sont morts que l'année suivante, à la suite d'une 
insolation accidentelle; pendant l'hiver ils avaient été soustraits à l'action 
du froid. 

Les boules furent toutes visitées et ne contenaient pas d'œufs. Une 
autre espèce, V Atenchus laticollis, plus petite, remonte assez haut 
dans l'intérieur de la Fi-ance et se trouve quelquefois jus(iue sur les 
coteaux des environs de Lyon. Les Atenchus n'arrivent pas jusqu'à 
Paris. 

— M. le Secrélaire général fait la communication sui- 
vante : 

« Messieurs, j'ai demandé la parole pour vous signaler une naissance 



356 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

d'un certain intérêt qui a été obtenue au Jardin d'acclimatation dans le 
courant du présent mois de mai. M. Pichot, à différentes reprises, vous 
a entretenus du Cerf qui vit, à l'étal sauvage, dans les parcs de l'em- 
pereur de la Chine, VElaphuriis Davidianus, de ce Cerf singulier, 
proche parent du renne, qui, aujourd'hui , existe seulement à l'état 
de demi-domesticité, et dont l'habitat sauvage n'est pas connu. Cette 
espèce a été introduite en Europe, il y a maintenant environ dix à douze 
ans, par l'ambassade d'Allemagne à Pékin, qui envoya au -lardin zoolo- 
gique de Berlin un couple de ces cervidés précieux. Après plusieurs 
années de séjour, ils reproduisirent, et je pus me rendre acquéreur de 
plusieurs de ces animaux. Ils sont restés au Jardin d'acclimatation, pen- 
dant trois ans, sans donner naissance à aucun petit. Enfin, cette année- 
ci, pour la première fois, il nous est né un jeune. 

» Je profite de cette occasion pour vous annoncer que, cette année 
encore, le Porcula salviani, cette petite espèce de suidés qui habite 
dans l'Indoustan, les haies de bambous, le bord des rivières, a de nou- 
veau reproduit. Mais nous avons eu, cette année encore, le regret de ne 
pas pouvoir élever les jeunes. Il y a là, évidemment, un tour de main 
à trouver. Dans les premières années (car ils ont reproduit dès la se- 
conde année de leur importation), nous fournissions à la mère une abon- 
dante litière de foin, nous avons retrouvé les jeunes comme noués dans 
le foin. Nous avons imaginé d'autres litières sans obtenir un meilleur 
succès. Enfin, cette année, nous avons employé le bouchon pilé, de 
telle sorte que les animaux se trouvassent garantis de la fraîcheur du sol 
et qu'ils ne pussent pas se nouer dans la litière. Le résultat malheureu- 
sement a été le même ; et cela est d'autant plus fâcheux que les jeuneg 
obtenus étaient venus à terme, dans les meilleures conditions. Quel est le 
vice de l'installation ? Pour l'année prochaine, nous comptons aussitôt 
que la saison le permettra, c'est-à-dire dans le courant de février (les 
naissances arrivent fin avril ordinairement), nous comptons abandonner 
ces animaux à eux-mêmes, dans un grand espace, dans un parc, au 
risque de les laisser souffrir un peu du froid. Ils sont moins frileux, 
d'ailleurs, qu'on ne le croyait au moment de leur importation. Aban- 
donnés à eux-mêmes, absolument tranquilles, sûrs de n'être pas inquié- 
tés, les jeunes pourront-ils s'élever? Nous devons l'espérer. 

1) Il est vraiment à souhaiter qu'on puisse arriver à multiplier en cap- 
tivité le Porcula salviani. Celte petite espèce mesure, au garrot, vingt- 
deux à vingt-quatre centimètres. C'est vous dire combien il est petit, et 
son volume est celui d'un chien terrier de moyenne taille. Il y aurait 
donc là une introduction très intéressante et peut-être une domestica- 
tion très curieuse à tenter si on arrivait à obtenir un cochon facile à 
reproduire et pas plus gros qu'un lapin. 

» J'ai cette année, comme de coutume, la satisfaction de vous annon- 
cer que les Casoars Emeus du Jardin d'acclimatation ont reproduit. 



PROCÈS-VERBAUX. 357 

Nous avons vu éclore, sous le couple qui s'est livré à l'incubation, sept 
jeunes, et depuis nous avons ajouté à la couvée un jeune qui était né 
dans la couveuse artificielle. 

» Vous savez combien ces petits animaux grandissent rapidement ; 
jusqu'à présent leur éducation, au Bois de Boulogne, n'a donné lieu à 
aucune de ces difficultés qui ont été signalées par les éleveurs d'Au- 
truches en Algérie, ces cas de rachitisme, ces fractures soudaines des 
os, enfin tous ces accidents qui surviennent pendant l'élevage des Au- 
truches en Algérie, et dont il vous a été si souvent parlé : rien de sem- 
blable ne s'est produit sur les Casoars. 

i> Je signalerai encore à votre attention la naissance de deux Cha- 
meaux d'Asie {Camelus bactrianus). Ces naissances n'ont pas un intérêt 
considérable, et cependant il est curieux d'examiner ces animaux dans 
leur premier âge, de voir cette bosse qui est destinée à recevoir un 
réservoir d'aliments, se remplir peu à peu à mesure que l'animal se dé- 
veloppe. 

» Notre collègue, M. Rodocanachi, nous a récemment signalé qu'il a 
obtenu, cette année, à sa faisanderie d'Andilly, une ponte très intéres- 
sante. Un couple d'Argus de Malaisie a donné des œufs fécondés qui 
doivent éclore ces jours-ci. C'est la pi'einière fois que ce résultat a été 
obtenu en France. De plus, comme chaque année, la faisanderie d'An- 
dilly élève de jeunes pigeons Goura Victoria, ces beaux pigeons bleus 
à aigrettes que vous connaissez. » 

— M. Berlhoule dépose sur le bureau, de la part de 
M. Grapanche une note sur la culture artificielle de l'Alose 
aux Etats-Unis. Cette note est accompagnée d'un modèle 
d'appareil d'éclosion. 

— M. Lataste fait hommage à la Société d'un exemplaire 
de l'ouvrage qu'il vient de publier sous le titre : Elude de 
la faune des Vertébrés de Barbarie, catalogue provisoire 
des mammifères apélagiques sauvages. Ce travail sera suivi 
d'une seconde partie comprenant les reptiles. 

— M. Raveret-Wattel fait une communication sur les tra- 
vaux de pisciculture entrepris en Belgique, oïl l'Administra- 
tion s'occupe activement de repeupler les divers aflluents de 
la rive droite de la Meuse. 

Le Secrétaire des séances, 
C. Raveret-Wattel. 



I«. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS- 



PREMIÈRE SECTION. 

SÉANCE DU 30 MARS 1886. 
Présidence de M. Decroix, Président. 

l.e procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Berthoule fait part à l'assemblée du décès de notre collègue, 
M. Égal; une lettre de condoléance a été envoyée à M""' Égal. 

j\I. Joly fait connaître qu'il a reçu, de la Société, un Lièvre et une 
Lapine argentée. 

Le Lièvre est, physiquement, impropre à la reproduction. 

Quant à la Lapine, trente jours après son arrivée chez M. Joly, elle 
a mis bas, non des Léporides, mais bien des Lapins. M. Joly pense que 
bien des personnes, en pareil cas, auraient cru être en présence de 
produits hybrides. 

MM. Decroix et Mailles déclarent que le 29 mars ils sont allés chez 
M. Joly, et ont vu les sujets en question. Le Lièvre est agressif et peu 
farouche. Les petits Lapins avaient alors les yeux ouverts et commen- 
çaient à sortir du nid. Ils sont noirs et offrent tous les caractères de la 
race argentée, à laquelle appartient la mère. D'ailleurs, le Bouquin 
est, en effet, absolument inapte à la reproduction. 

Dans ces conditions, il est urgent de se procurer un autre Lièvre. 
M. Rathelot fera son possible pour cela, autant que la saison avancée et 
les conditions budgétaires accordées par le Conseil le permettront. 

M. Pays-Mellier envoie une lettre dans laquelle il dit que ses Cervules 
de Reeves se montrent parfaitement rustiques. 

A ce propos, M. Huet entretient la Section au sujet de ces Cervules 
qui vivent à la ménagerie. Ces Ruminants se reproduisent bien, élè- 
vent parfaitement leurs petits, et résistent à toutes les intempéries de 
nos régions. 

M. le Secrétaire donne ensuite lecture d'une lettre que M. Maistre 
adresse au Président de la Section. L'auteur y parle de ses essais de 
croisement entre Lièvres et Lapins, ainsi que de diverses autres tenta- 
tives d'hybridation ou de métissage, le tout accompagné de considérants 
étrangers à la question des Léporides. 

Par un autre courrier, M. Maistre annonce l'envoi d'un petit animal, 
mort-né, que notre collègue nomme Léporide. Toute la portée de ces 
petites bêtes est arrivée bien constituée, mais non viable, ce que 
M. Maistre attribue à la taille relativement forte de ces jeunes ani- 
maux. 

La Section examine ce jeune Léporide, qui baigne dans un flacon 
d'alcool. Cet intéressant sujet présente tellement les caractères et 



PROCÈS-VERBAUX. 359 

l'aspect des Lapins du même âge, c'est-à-dire d'un jour, qu'aucun des 
membres présents ne peut l'en différencier. De même que les Lapins, à 
la naissance, cet échantillon n'a encore d'apparentes que les vibrisses; 
les poils sont absents. 

La question des Léporides reste donc toujours au même point. 

La Section s'occupe, en terminant, des modifications qu'il y aurait 
lieu d'apporter à la publication des procès-verbaux des Sections. 

Le Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



DEUXIEME SECTION. 

SÉANCE DU 30 MARS 1886. 
Présidence de M. HuET, Président. 

Lecture du procès-verbal, qui est adopté. 

M. Pays-Mellier adresse une communication relative à la reproduction 
de deux Aras d'espèce différente {Ara Rauna, Ara Cttnga); malheu- 
reusement les deux œufs furent cassés accidentellement. 

M. Pays-Mellier espère, l'année prochaine, réussir conaplètement en 
prenant les précautions nécessaires. 

M. Decroix convoque la première Section, s'il y a lieu, pour le 
deuxième mardi de mai; de même M. Huet se charge de réunir la 
•deuxième Section. 

Le Secrétaire, 

E. JOLY. 



TROISIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 7 AVRIL 1886. 
Présidence de M. Vaillam, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Berlhoule donne lecture de plusieurs lettres : 

l"|De M. Uubard, qui donne des renseignements sur l'éclosion des 
œufs de Truite arc-en-ciel. Résultats médiocres; 

2° De iM. Rivoiron, sur le même sujet. Mêmes résultats; 

3" De M. Albouy, conducteur des ponts et chaussées, département de 
l'Aude. Mêmes résultats pour cette espèce; assez bons pour le Salmo 
sakcr ; 



360 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCGLIMATATION. 

4" De M. Berthéol, un tiers de perte pour le Salmo iridea et à peu 
près autant pour le Salmo fontinalis; 

5° De M. Lefebvre, ses Salmo iridea et salar lui ont donné d'assez 
bons résultats ; 

6° De M. Berthoule père, qui déclare avoir obtenu de très bons ré- 
sultats. Les pertes ont été peu considérables. 

Enfin, M. Rathelot demande la parole et dit qu'il espère sauver un 
tiers, environ, de ses Truites arc-en-ciel et que l'éclosion a été d'environ 
la moitié des œufs. 

M. Raveret-Wattel parle des travaux de pisciculture faits en Finlande 
et en Suède. Les résultats obtenus sont satisfaisants; les Saumons de- 
viennent plus nombreux dans la Baltique, et les Allemands en tirent 
profit. 

M. de Guerne présente des appareils aréomètres pour mesurer le 
degré de salure de l'eau de mer; notre confrère parle ensuite des pu- 
blications de la Société de Kiel et propose l'échange des Bulletins. (Ren- 
voi à l'examen du Conseil.) 

M. Rathelot met sous les yeux de la Section un flacon dans lequel sont 
quelques alevins à double vésicule. 

MM. Vaillant, le D"^ Brocclii, Raveret-Wattel, Joly et Mailles déclarent 
être en présence d'une véritable monstruosité de la vésicule, et qu'au- 
cune partie d'œuf n'est fixée à sa surface. 

M. Jules de Guerne, à propos d'un travail récemment publié par le 
professeur Ray Lankester, de Londres, sur les Huîtres vertes {Quaterly 
Journ. microsc. science, nov. 1885), dit que la plupart des faits signa- 
lés comme nouveaux par le naturaliste anglais ont été mis en lumière, 
dès 1880, par M. Puységur (Revue inarit. et colon., février 1880). Ce 
savant ostréiculteur a montré en effet que le verdissement des Huîtres 
est dû à une diatomée {Navicula fusiformis ostrearia), qu'il a d'ail- 
leurs soumise à l'examen de deux botanistes éminents, MM. Bornet et 
Griinow. Depuis son apparition, le travail de M. Puységur a été maintes 
fois cité, notamment par M. le D"" Brocchi, dans son excellent Traité 
d'ostréiculture (Paris, 1883, p. 144). 

M. Certes, vice-président de la Société zoologique de France, prépare 
à ce sujet une note rectificative, établissant les droits incontestables de 
priorité de notre compatriote. Les journaux politiques eux-mêmes et en 
particulier le Temps, ayant fait quelque bruit delà prétendue découverte 
de M. Ray Lankester, M. de Guerne exprime le vœu que la notice de 
M. Certes, très brève du reste, soit reproduite in extenso dans le Bul- 
letin. 

M. Berthoule rappelle ensuite le procédé imaginé chez lui pour l'in- 
cubation des œufs de diverses espèces de Corégones. On dispose ces 
œufs dans les cuvettes ordinaires, sous des ardoises légèrement canne- 
lées et fixées presque à fleur d'eau. La teinte foncée de l'ardoise,. con- 



PROCÈS-VERBAUX. 361 

trastant avec celle des œufs, en rend l'inspection facile. En outre, l'eau 
n'arrive pas par un seul jet, mais divisée en pluie fine, ce qui en favo- 
rise bien mieux l'aération. GrAce à ces diverses améliorations, l'incuba- 
tion et l'éclosion des œufs des espèces du genre Coregonus se fait dans 
d'excellentes conditions. 

Le Secrétaire, 
Ch. Mailles. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 13 AVRIL 1886. 
Présidence de M. Maurice Girard, Présideat. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Secrétaire général adjoint lit des extraits d'un mémoire du 
P. Camboué, sur les Borocera de Madagascar. 

31. Fallou lit la note suivante sur le Sericaria Mori. « A notre réu- 
nion du i6 mars dernier, j'ai annoncé à la Section que j'avais reçu, du 
laboratoire d'études de la soie de la Cbambre de commerce de Lyon, 
une collection de cocons de Sericaria Mori. Voici une série des princi- 
pales races que je viens vous soumettre aujourd'hui. 

» D'après les renseignements que j'ai relatés dans le rapport présenté 
à Ja Chambre de commerce de Lyon par la Commission administrative 
(année 1884), nos races françaises acquièrent une nouvelle renommée, 
particulièrement celles du Var, de la Corse et des Pyrénées. 

» Le tableau des douanes pour 188i indique une exportation de 
8000 kilogrammes d'œufs de vers à soie, c'est-à-dire près de 320 000 onces. 

ï En dehors de la France, l'Italie seule en Europe fait des efforts pour 
rester à la tète de la sériciculture : elle veut demeurer la terre de la 
soie. Du nord au midi, dans toutes les provinces, les questions de sélec- 
tion, de conservation des graines et de croisements de races sont à 
l'ordre du jour. Ces efforts ont eu pour résultat de relever la récolte 
italienne à 3000000 de kilogrammes de grèges, quantité égale à celle 
des soies importées de Chine en Europe. 

» A Florence, la beauté et la richesse en soie des cocons sont surtout 
frappantes. Les Toscans n'ont pas abandonné leurs races indigènes et ne 
veulent pas élever d'œufs importés du dehors; ils cherchent par des 
croisements avec des races analogues aux leurs : races de Sardaigne, de 
Corse, de Modène, à reconstituer des races dites Sardegna, Corsica, 
Carpinesi, à vers robustes et à cocons étoffés. 

» Dans l'Italie méridionale, les cinq sixièmes de la récolte sont obte- 
nus avec des graines qu'on importe de Toscane, de Corse et de France. 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

» Hors de l'Italie, il y a en Europe un profond découragement, sur- 
tout en Espagne, depuis que les maladies déciment les races indigènes, 
oîi sa récolte est descendue de 800000 kilogrammes de soie grège à 
100000 kilogrammes. 

» l-e Portugal produit d'assez bons cocons, ils sont plutôt petits et 
constituent une race indigène dont le rendement annuel est de 30 kilo- 
grammes pour une once de graines. 

)) Les cocons reçus de Turquie d'Europe, de Turquie d'Asie et de 
Perse attestent la décadence de la sériciculture dans le Levant. Bizarre- 
rie dans les formes, variété dans les nuances, mollesse du tissu, abon- 
dance de cocons à chrysalides multiples: telles sont, dans ces contrées, 
les tristes conséquences de la destruction des races indigènes par la 
maladie, et du peu d'intelligence apportée dans les croisements. Si 
quelques beaux cocons apparaissent encore çà et là, c'est qu'ils sont le 
produit de graines françaises sélectionnées importées à Constantinopie. 

» A Brousse, on s'efforce de conserver, en la sélectionnant, d'après la 
méthode de M. Pasteur, la race à cocons blancs, dite race de Bagdad. 

3) En Valachie, en Moldavie, en Bulgarie, les tristes cocons envoyés 
par M. Degrand, consul, à Koutschouck, confirment la décadence des 
races levantines. 

» Les lettres des consuls au Pirée, à Kalamata, Syra, Tauris, Tarsous, 
Erzeroum, Trébizonde et Jérusalem, signalent la disparition de la séri- 
ciculture dans ces contrées. A l'île d'Andros, on conserve une race indi- 
gène bien dégénérée, dite vitaliste; c'est un croisement de la race indi- 
gène avec la race japonaise. 

» Je ferai encore remarquer dans la collection que je soumets à la Sec- 
tion, des cocons, race du Tonkin, envoyés par M. Brunat; des cocons 
jaunes du Cambodge, blancs et jaunes de Cochinchine , verts du Japon; 
ceux du Bombyx Arracanensis, blancs et jaunes provenant de la Bir- 
ganie (Inde anglaise) ; les cocons et papillons du Theophila mandarina 
et de Rontoiia mentiana (Moore), espèces très intéressantes sur les- 
quelles nous reviendrons lorsque des renseignements plus complets 
nous seront parvenus. » 

31. le Président présente une boîte d'Attacus Pernyi 'envoyée par 
M""^ Simon, de Bruxelles, et qui sont à la disposition des Membres de la 
Société qui en désireraient, puis il ajoute : 

« On m'a remis à l'école de Grignon une fausse chenille de Tenthrède, 
qui, au mois de septembre, ravageait les Pins sylvestres; grcàce à la col- 
lection Giraud, j'ai pu, après d'assez longues recherches, déterminer 
cette espèce; c'est le Lopliyrus pini. 

» Les larves sont munies de vingt pattes d'un vert jaunâtre sale; à 
l'époque de leurs métamorphoses, elles se filent un cocon de soie d'un 
tissu ferme et coriace oîi elles se changent en nymphes, offrant les or- 
ganes de l'adulte apparents sous une mince pellicule. Les antennes du 



PROCÈS-VERBAUX. 363 

mâle offrent cette particularité remarquable qu'elles sont largement 
pectinées, ce qui est très rare chez les Hyménoptères, d 

Le Secrétaire, 

M. SÉDILLOT. 



CINQUIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 20 AVRIL 1886. 
Présidence de M. DE ViLMORiN, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

M. le secrétaire fait connaître à la section l'arrivée de Noix fraîches 
de Carya olivœformis, don de M. Sanford, ancien ministre des États- 
Unis à Bruxelles. 

Il donne ensuite communication de lettres de 31M. le comte de Bou- 
chaud de Bussy et Gourdin, annonçant l'envoi de graines de Chamœrops 
excelsa. Ce Palmier est maintenant très répandu dans les cultures de la 
région méditerranéenne et on ne se donne même plus la peine de recueil- 
lir les graines. 

Ces diverses semences sont mises en distribution. 

M. de Barrau de Muratel fait connaître que dans le Tarn, qu'il habite 
l'été, ses corbeilles de fleurs étaient chaque année détruites par les 
Courtilières. Les Zinnias et les Pétunias avaient particulièrement à souf- 
frir des ravages de ces Insectes. 

Pour se débarrasser de ces hôtes incommodes, notre confrère fit placer 
dans le sol, à une profondeur de 30 centimètres et distantes de 50 cen- 
timètres, des capsules renfermant 10 grammes de sulfure de carbone. 

Les plantes se sont fort bien trouvées de ce traitement ; les Cour- 
tilières ont disparu et la végétation s'est maintenue vigoureuse jusqu'aux 
gelées. Notre confrère a cru en outre remarquer que le sulfure de car- 
bone serait d'un bon emploi contre les Cryptogames qui envahissent les 
racines de certaines plantes, mais ceci sous toutes réserves, une nou- 
velle expérience est nécessaire pour tirer une conclusion certaine. 

M. le Président dit qu'il est convaincu de l'efficacité du sulfure de 
carbone comme insecticide, et il est employé couramment à Verrières 
pour débarrasser les terreaux de feuilles mortes et autres des Insectes 
qui y vivent. II signale aussi comme de précieux auxiliaires la Huppe 
et la Pie, qui font une guerre acharnée aux Courtilières et aux Vers 
blancs. 

M. de Muratel dit qu'il a cultivé avec succès la Bardane du Japon 
(Gobo). Les racines sont tendres, mais elles conservent malheureuse- 
ment, après cuisson, un goût aromatique prononcé qui ne plaît pas à 
tout le monde. 



36-4 SOCIÉTÉ NATIONALE d'âCCLIMATATION. 

31. ]e Président répond qu'il faut profiter de la précocité de cette plante 
en l'arrachant de bonne heure, elle gagne beaucoup à ne pas être laissée 
en terre trop longtemps. 

M. J. Grisard annonce l'envoi prochain de boutures à'Elœagnus lon- 
gipes, par M. Clarté. 

Il est ensuite donné lecture d'une lettre de M. de Confévron sur le 
greffage du Poirier sur Pommier et de Y Acer negiindo sur VAcer cam- 
pes tre. 

M. Dautreville adresse une nouvelle note relative à l'analyse par lui 
faite des tubercules de Stachys affinis. 

j\I. de Vilmorin place sous les yeux de la Section une remarquable 
collection de fleurs diverses d'Anémones issues de VAnemone hortensis 
du midi de la France, espèce très variable, dont les deux variétés sui- 
vantes paraissent si distinctes que les botanistes les ont considérées 
comme espèces. 

Anémone œil de Paon (A. pavonina), de Provence, à fleur large, d'un 
vif coloris rouge, ayant au centre un large œil jaune. 

Anémone éclatante {A. fidgen&) de la France occidentale; on la trouve 
communément aux pieds des Pyrénées. Sa fleur, d'un écarlate vif, est 
des plus jolies. Le semis donne de grandes variations de forme et de 
couleur variant du blanc au rouge-sang; les fleurs doubles ont les pétales 
fort étroits et aigus. 

M. Mailles croit que ces variations dans la couleur des fleurs sont 
dues à une influence de sol; il cite les Hortensias qui, à Tarbes, fleu- 
rissent tous avec des tons violets prononcés. 

M. Rathelot dépose sur le bureau des Haricots de Madagascar, connus 
sous le nom de Haricots marbrés du Cap. 

M. Meunier présente une nombreuse et intéressante collection de 
graines des colonies portugaises et du Canada, consistant principalement 
en Pois, Haricots, Maïs, etc. 

Ces semences sont mises à la disposition de nos confrères. 

Le Secrétaire, 
Jules Grisard, 



V. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Les fermes à Autruches. 

Au moment où l'élevage des Autruches semble gagner quelque faveur 
en Algérie et solliciter plus vivement l'attention de notre Société, il 
n'est peut-être pas hors de propos de rapporter ici l'histoire de cette 
mèine industrie dans la colonie du Gap. Cette histoire, dont nous trou- 
vons les principaux éléments dans le journal the Colonies and India, 
est d'ailleurs assez courte : à peine, en effet, remplit-elle une période 
de vingt années; mais elle offre un certain intérêt, et contient de salu- 
taires enseignements pour l'avenir. 

Jusqu'en 1864, personne dans le Transvaal n'avait eu l'idée d'une in- 
dustrie, alors à la veille de naître, et dont le développement allait être si 
rapide et si prodigieux : ceux que n'absorbait pas la fiévreuse recherche 
des diamants, se livraient paisiblement à la culture du sol et à l'élève 
du bétail. Déjà, il est vrai, on pouvait voir la première Autruche domes- 
tiquée dans une ferme du district d'Aberdeen; mais c'était encore un 
simple objet de curiosité. Vers cette époque, deux hommes, dont les noms 
méritent d'être cités, MM. Booysen et Meyers, conçurent le hardi projet d'un 
élevage industriel, et, associant leurs efforts et leurs capitaux, créèrent 
la première ferme d'Autruches. Le succès ne se fit pas attendre ; au 
bout de quelques années ils réalisaient déjà de sérieux profits. Leur 
exemple fut bientôt suivi, quoique avec des fortunes diverses, par de 
nombreux colons. 

Peu après l'introduction des couveuses artificielles par M. Douglas, 
de Grahamstown (année 1875), vint porter à son comble un engouement 
déjà bien près de l'exagération. Ge fut alors comme une explosion d'en- 
thousiasme qui gagna les plus timides, pour les entraîner dans le dan- 
gereux tourbillon de la spéculation la plus effrénée. 

Dés lors, les champs de diamants devinrent déserts. Dans les fermes, 
les Mérinos eux-mêmes et les Chèvres d'Angora tombèrent en défaveur 
et cédèrent la place aux favoris du jour. Les journaux n'étaient pas 
assez grands pour cél